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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 05:04
Parce que l’UE n’est qu’une étape...
En sortir n’est pas une fin en soi
samedi 20 novembre 2010
par Jean-Yves CREVEL
Le jour même où, à Lisbonne, l’OTAN se réunit pour se donner de nouveaux objectifs, La Russie signe avec la Biélorussie et le Kazakhstan un accord macro-économique visant à faire de ces trois pays une « union » ayant de très fortes ressemblances avec l’Union européenne.

L’UD, (Union Douanière) une UE bis ?

 


Voici la teneur de cet accord créant le nouvel Espace économique unique russo-biélorusso-kazakh :

-  Code douanier unique sur le territoire de ces pays, (déjà en vigueur depuis le 06/07/2010)

-  Plafonnement des déficits budgétaires nationaux à moins de 3% du PIB,

-  dette publique à moins de 50% du PIB à partir de 2013,

-  accord sur des principes et des règles uniques en matière de concurrence,

-  coopération dans la lutte contre les migrations clandestines,

-  statut juridique des travailleurs migrants et de leurs familles,

-  accord sur l’accès aux services des monopoles naturels dans le secteur énergétique,

-  accord sur la formation des prix et la politique tarifaire dans le domaine de l’énergie,

-  contrôle douanier aux frontières extérieures de l’Union, (à partir du 1er juillet 2011)

-  espace économique unique avec des règles communes régissant l’activité de leurs milieux d’affaires. (à partir du 1er janvier 2012)

Toujours plus loin

Comme l’UE, l’UD est destinée à s’élargir, à court terme vers :

-  La Moldavie :

La Moldavie, qui a tourné le dos à l’UE en boycottant le référendum du 5 septembre 2010 organisé par les néo-libéraux pro-roumains et pro-UE moldaves de l’AIE, pourrait maintenant se tourner vers cette nouvelle Union douanière, comme le souhaite Valeri Passat, le nouveau leader du Parti humaniste de Moldavie.

- Le Tadjikistan :

"En ce qui concerne l’adhésion du Tadjikistan à l’Union douanière, nous envisageons sérieusement cette possibilité", a déclaré lundi à Astana le président tadjik Emomali Rakhmon.

- Le Kirghizstan :

La présidente kirghize Roza Otounbaïeva avait auparavant émis la possibilité d’une adhésion du Kirghizstan.

Une même logique impériale

Comme l’UE est dominée par l’Allemagne, l’UD est dominée par la Russie

Réellement seule à profiter de l’intégration économique de l’UE, l’Allemagne a liés tous les pays d’Europe par un traité visant à soumettre et fondre tous les peuples dans un seul "peuple européen". Puis, au moment de ratifier elle-même ce traité, elle rappelle que cette ratification ne saurait remettre en cause l’arrêt de la Cour de Karlsruhe de 1992 qui établissait définitivement que « l’Union européenne n’est pas un état en elle-même, avec un peuple européen » ce qui implique, entre autre, que « le droit constitutionnel [allemand] national l’emporte toujours, en cas de conflit, sur le droit communautaire » et que « si l’UE ne remplit pas ses objectifs, les transferts de compétences déjà opérés restent toujours réversibles », position exactement inverse de celle du Conseil constitutionnel français qui, en collaborateur zélé, se contente de s’assurer que la loi française transpose intégralement le « droit » (illégitime) européen. [1]

L’indispensable pétainisme de Sarkozy

Voilà pourquoi Angela Merkel a laissé Nicolas Sarkozy s’attribuer la paternité du traité de Lisbonne : si outrageante était-elle, la fanfaronnade du président français fraîchement élu lui permettait de dissimuler que le traité d’aliénation de Lisbonne fut préparé secrètement par l’Allemagne avant la présidentielle de 2007.

Dimitri Metvedev, lui, n’a pas besoin de finasser ainsi : les pays de la CEI ont l’habitude de la domination russe, peu importe qu’ils n’arrivent pas à sourire pour la photo, dès lors qu’ils signent !

Une simple étape du N.O.M.

Telle l’UE, l’UD n’est pas un fin en soi

Comme les pays de l’UE, les anciennes républiques soviétiques perdent toute souveraineté en entrant dans l’Union douanière. Ils ne peuvent que maintenant souhaiter la prééminence d’un ensemble plus vaste, à même de desserrer l’étau russe. Cet ensemble, c’est l’OMC, dont le président biélorusse réclame une adhésion de l’Union douanière. Vœu pieu : la Russie négociera son entrée à l’OMC en fonction de ses seuls intérêts, comme elle l’a déjà prouvé en octobre 2009 en revenant sur ses engagements d’adhésion commune pour poursuivre des négociations séparées avec l’OMC.

Voilà donc à quoi servent les blocs continentaux : à étendre la domination de l’état le plus puissant du continent pour que ses intérêts président à la négociation plus vaste, celle visant à cheminer vers le « Nouvel Ordre Mondial » voulue par les éternels ennemis des droits des peuples et des démocraties. Ainsi, c’est « en parlant d’une seule voix », celle des signataires du traité de Maastricht qu’on a privé la France de faire entendre sa différence (à laquelle se joignait traditionnellement des pays non européens) et qu’ont ainsi abouti les accords de Marrakech de 1994, instituant l’Organisation mondiale du commerce, fondation de la mondialisation. [2]

J.C. Trichet prône le fascisme mondial

En matière de cynisme politique, le fin du fin consiste aujourd’hui à présenter la marche vers la dictature mondiale comme la solution aux désordres et méfaits de la mondialisation :

Jean-Claude Trichet y va franchement : « Nous avons encore aujourd’hui une gouvernance bâtie sur les États souverains eux-mêmes, un monde « westphalien » et qui ne correspond pas aux besoins nouveaux de gouvernance d’une économie mondiale intégrée. Le grand défi de la période présente est d’accélérer le passage à une gouvernance mondiale qui soit à la mesure du monde nouveau que nous avons progressivement créé, particulièrement au cours des vingt dernières années après l’effondrement de l’empire soviétique et la conversion des grands pays émergents à l’économie de marché »

Que d’aveux en si peu de mots !

-   « une gouvernance bâtie sur les États souverains eux-mêmes, »

La volonté de supprimer la souveraineté des états est ici exprimée par le Président de la BCE qui parle ès qualité, sur le site de l’institution. Ce président, nommé par d’un commun accord par les chefs d’États, représente la communauté des états souverains qui ont mis en commun ce qu’ils ont de plus précieux, leurs souveraineté, leurs réserves d’or et de monnaie pour constituer celles de la BCE. Qu’il se croit autorisé à prôner la destruction de ceux qu’il l’ont fait roi est pour le moins choquant. Qu’aucun chef d’État ne le rappelle à l’ordre est également très révélateur de la déliquescence européenne, continent où la propension à trahir sa patrie est devenue le premier critère pour accéder au pouvoir [3]

-  un monde « westphalien »

Un ordre westphalien reposant sur l’équilibre résultant d’une nécessaire supériorité de l’addition des puissances inférieures sur la puissance dominante, considérer qu’il « ne correspond pas aux besoins nouveaux de gouvernance d’une économie mondiale intégrée » revient à soumettre in fine tous les états aux seuls intérêts et desiderata de la puissance dominante, donc aux États-Unis, (selon le droit social français, il devrait en résulter que le gouverneur de la BCE soit flanqué à la porte pour déloyauté, constituant une faute lourde le privant de toute indemnité)

-   « accélérer le passage à une gouvernance mondiale »

C’est, en novlangue, la traduction de : détruire les états, les nations, et supprimer tout ordre démocratique pour ne soumettre les individus qu’à un seul pouvoir central planétaire, celui de l’argent, totalement détenu par une poignée d’individus totalement immoraux au point de se complaire dans un si funeste dessein.

-   « Un monde nouveau que nous avons progressivement créé »

M. Trichet admet ici que le déclin dans laquelle l’Union européenne a été plongée, les déséquilibres économiques, les reculs sociaux, les bulles boursières, et finalement, aujourd’hui, l’éclatement des systèmes dollar et euro qui se révèlent être les plus vaste escroqueries que l’humanité n’a jamais connue, tout ceci n’avait rien d’accidentel, c’était un plan arrêté de longue date.

Mais M. Trichet ne dit pas tout : il continue de faire croire que ce n’est « qu’après l’effondrement de l’empire soviétique » que ces plans ont été mis en place alors que ceux qui ont étudié à la fois la genèse de la Banque fédérale américaine, le déclenchement des deux guerres mondiales et la construction européenne savent que la mondialisation qui s’est accélérée depuis seize ans pour aboutir à la dictature mondiale que M. Trichet appelle de ses vœux n’est que l’aboutissement d’un long processus d’asservissement de l’homme entamée à la fin du XIXe siècle. Ce processus aurait d’ailleurs pu prendre une forme différente, si l’URSS ne s’était pas effondrée ainsi, comme le révèle le compte-rendu [4] d’une conversation de Gorbatchev avec le président argentin Carlos Menem qui eut lieu le 25 octobre 1990, donc avant l’effondrement de 1991, les présidents soviétique et argentin faisait référence au président Juan Peron qui voyait déjà, en 1950, dans le continentalisme le moyen « d’avancer vers un gouvernement du monde ». [5]

Que ce soit le président de la BCE en personne qui s’oublie ainsi est en réalité une magistrale démonstration. L’explosion de la zone euro est maintenant inéluctable, de l’avis de tous les acteurs économiques. Les états, gouvernés par des politiciens de rencontre, corrompus par les banksters faillis, se financent à court terme en s’appauvrissant les uns les autres, leur fonds souverains spéculant sur la perspective de défaut de paiement des plus faibles. (voir les spreads CDS, exemple ici [6])

L’extrémisme mondialisateur et la nécessité d’accélérer la mise en place d’une dictature relèvent de l’énergie du désespoir, commune à tous les effondrements d’empires. En 1945, les dirigeants du IIIe Reich voulaient croire que la situation pourrait être retournée par des armes nouvelles. En 2010, dans son bunker de Francfort, M. Trichet, fervent partisan de la dictature mondiale, veut encore croire à son avenir, fusse en œuvrant pour la disparition de ses donneurs d’ordre.

CONCLUSION

Plus que jamais, dans cette période d’accélération de l’Histoire, il faut avoir conscience que nous vivons l’écroulement de vieux mythes, mis en place et instrumentalisés pour appauvrir nos Nations. Les rodomontades actuelles ne visent qu’à retarder l’échéance. Les perspectives de Nouvel Ordre Mondial ne sont même pas envisagées sérieusement par leurs thuriféraires, qui savent pertinemment que sous couvert d’œuvrer pour l’émergence d’un ordre néo cistercien, elles n’ont d’autre fonction qu’entretenir « ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles » selon leurs définitions marxistes. [7]

A ce désordre destructeur, nous devons opposer un Nouveau désordre mondial, comme un nouvel humanisme. Ce désordre, cadré par la prééminence :

-  de la Loi juste et protectrice sur la loi du plus fort,
-  de l’Homme sur l’argent,
-  de l’authentique expression démocratique dans les Nations libres sur la dictature planétaire,
-  de la Participation [8] sur les Hedges funds.

Ce désordre organisé pour le Bien de l’Homme sera la plus grande expression de l’ordre, tel que défini par Proudhon.

Seule alternative aux funestes perspectives de dictature mondiale, voilà où ce situe la modernité. Voilà ce qui motivera les peuples pour se libérer des empires en déconfiture, ce qui rendra universelle la volonté de se libérer pour construire un ordre social plus juste, merveilleuse et implacable équation du programme du Conseil National de la Résistance.

 


Reproduction libre avec ce lien http://www.decapactu.com/spip/article.php3 ?id_article=560

Post-scriptum :
Parce que l’UE n’est qu’une étape, en sortir n’est pas une fin en soi, ce qui n’empêche qu’il faudra tout de même commencer par en sortir pour s’en sortir et utiliser l’article 50 du traité de Lisbonne

[1] Cerise sur le gâteau, le sénateur Haenel, auteur du rapport sénatorial sur l’arrêt de la Cour de Karlsruhe, applaudit à deux mains le sursaut de souveraineté démocratique allemand, puis rejoint ensuite le Conseil constitutionnel français, résigné à ne plus remplir son rôle.

[2] Notons au passage l’escroquerie visant à présenter l’UE comme le remède à une mondialisation tombée du ciel ou sortie des enfers alors que l’UE fut précisément l’outil indispensable à la mise de place de cette mondialisation pour le seul bénéfice d’intérêts très privés et restreints.

[3] comme le prouvent tout à la fois la composition du nouveau gouvernement et la présélection médiatique des candidats « socialistes » au primaire du PS. (l’un et l’autre dominés par des institutions occultes, telles le Siècle ou défendant des intérêts étrangers, comme la French American Foundation)

[4] rapporté par Vladimir Boukovsky dans "L’Union européenne, une nouvelle URSS"

[5] M. Gorbatchev. (...) Nous devrions aller plus loin. Le progrès futur dépendra des actions en Europe, en Amérique latine, dans la région Asie‑Pacifique. Après la construction de la maison européenne, beaucoup d’autres maisons de coopération doivent suivre. (...)

C. Menem. (...) en parlant d’intégration, tout le monde est d’accord. En Amérique latine, nous avons l’intention d’agir le long des mêmes lignes que l Europe. Plus largement, l’humanité n’a pas d’autre choix. Et ensuite, après l’intégration, nous nous concentrerons sur la conquête de l’univers. M. Gorbatchev. L’un de mes assistants a écrit il y a quelque temps que nous devons créer un gouvernement mondial. Les gens riaient de lui à l’époque. Mais maintenant ?

C. Mènem. Il y a quelque quarante ans, Peron parlait du continentalisme qui nous permettrait d’avancer vers un gouvernement du monde.

M. Gorbatchev. Je crois que nous devrions penser à améliorer le rôle des Nations unies. L’organisation ne s’est pas rendue compte de son potentiel pendant quarante ans et elle vient seulement d’avoir l’occasion de le faire. Voilà un prototype de gouvernement du monde.

[6] Exemple de Spread CDS sur PIIGS/Allemagne/France

  Vendredi 12/11 Lundi 15/11 Mardi 16/11
Portugal 405,372 395,372 420,372
Irlande 499,219 474,219 504,219
Italie 199,064 190,564 203,064
Grèce 818,079 808,079 913,079
Espagne 270,285 260,285 277,785
France 96,29 93,79 97,29
Allemagne 51,349 51,349 53,349

[7] « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés. » (Manifeste du Parti communiste)

[8] "La participation, elle, change la condition de l’homme au milieu de la civilisation moderne. Dès lors que des gens se mettent ensemble pour une oeuvre économique commune, par exemple pour faire marcher une industrie, en apportant soit les capitaux nécessaires, soit la capacité de direction, de gestion et de technique, soit de travail, il s’agit que tous forment ensemble une société, une société où tous aient intérêts à son rendement et à son bon fonctionnement, et un intérêt direct." Charles de Gaulle, entretien avec Michel Droit du 7 juin 1968

http://www.decapactu.com/spip/article.php3?id_article=560

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