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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 11:52

 

La peur au pouvoir

by Patrick Le Hyaric

Les élites mondiales et françaises ne sont pas tant rassurées que cela. Elles ont provoqué un désordre si ample, au cœur même de leur crise, qu’elles ne maîtrisent plus les soubresauts contradictoires qu’elles alimentent elles-mêmes.

Ainsi, ces trois agences de notations - Moody’s, Fitch Ratings et Standard & Poor's - qui, hier, ont été complices et actrices de la chute de la grande banque Lehman Brothers aux Etats-Unis, s’acharnent désormais à distribuer des notations pour faire flamber les bourses, tout en servant d’arguments aux pouvoirs en place pour réduire les droits sociaux et démocratiques.

Mais elles sont contraintes de déclarer un jour que leur potion amère est nécessaire et le lendemain d’avouer que l’austérité apporte la récession, donc l’inefficacité économique. Cette valse-hésitation est la manifestation d’une certaine peur.

Voyons ce seizième sommet européen tenu en fin de semaine dernière, deux ans après la mise en œuvre du traité de Lisbonne, et vingt ans, jour pour jour, après celui de Maastricht. Quel aveu d’échec ! Ces traités avaient été présentés comme permettant la construction européenne. Aujourd’hui, les mêmes s’inquiètent de sa déconstruction. Les gouvernements et leurs médias ont sur-dramatisé la situation pour enfermer le raisonnement dans un seul choix possible, celui de l’austérité, interdisant  tout débat contradictoire sur les solutions alternatives. Au-delà, voyons bien l’extrême gravité de ce qui se profile : un nouveau pas dans la destruction de l’état social, de la République sociale. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont acté le contenu du pacte « Euro plus » et les six règlements que la majorité droitière du Parlement européen a voté il y a quelques semaines (*), pour aller vers un nouveau traité encore plus antisocial.

Le maître mot est « discipline » au sens militaire. En son nom, l’élaboration des budgets des pays échappe totalement aux élus du peuple, au profit d’une petite caste de personnalités non élues eu sein de la Commission de Bruxelles, en lien avec la Banque centrale européenne aux ordres des marchés financiers.

L’enjeu fondamental est de réduire sans cesse les dépenses publiques indispensables au plus grand nombre pour  que les plus fortunés et  le monde de la finance contribuent encore moins à la marche de la société. C’est ce qui était  déjà largement entamé avec / la diminution de l’impôt sur les sociétés, / la fin de la taxe professionnelle, / la diminution de l’impôt sur les grandes fortunes / et le bouclier fiscal.

L'ambition suprême des capitalistes est d’en finir avec nos systèmes de sécurité sociale et de retraites pour en faire des sources de profits pour le privé. Le même raisonnement est en cours à propos des services publics, avec la réduction générale des politiques publiques.

Plus fondamentalement, ce qui est en jeu derrière le vocable de « coordination des politiques économiques », c’est un Etat rabougri, voir vidé de sa substance sociale, démocratique et économique. C’est un Etat aliéné par des superstructures, supranationales, européennes, non élues. C’est donc une démocratie de domination qui se prépare. Ainsi, les dirigeants du monde tentent  de faire croire que les choix économiques, que les orientations budgétaires seraient, comme le temps qu'il fait, des données  dépolitisées qui s'imposent à tous, indépendamment de l'idée que l'on en a. Il n'y aurait plus à choisir.

Il faudrait subir l'opulence pour les marchés financiers, et l'austérité à perpétuité pour les travailleurs et leur famille. Leur peur de la démocratie et des peuples les conduit à un coup de force ! Seul recours qu'ils ont trouvé pour faire face au rejet désormais majoritaire de leurs choix.

Il est du devoir de la gauche d’aider à décrypter ce complexe dispositif mortifère pour que l’expression populaire se mette au niveau de l'ampleur de l'attaque. Parce que sa seule boussole ne peut être que le service de l’intérêt général et  des classes populaires, la gauche doit dire clairement qu’elle refuse de mettre en œuvre le pacte Sarkozy-Merkel. Sa vocation n'est pas de laisser entrevoir qu'il pourrait y avoir quelques vertus à regarder du côté de M. Bayrou et sa tentative de rassembler coupables et victimes dans une même tentative d’unité nationale. Il propose une cure d’austérité encore plus violente que celle du pouvoir actuel et  la droite, en réelle difficulté, pousse un projet d’union nationale pour un programme d’austérité à perpétuité. L'UMP estime que la crise du système capitaliste et les décisions européennes créent des conditions favorables à une union sacrée qu'elle appelle de ses vœux depuis des mois. En se retirant de la compétition présidentielle, M. Borloo a montré la route. Le dispositif interne à l’UMP, avec ce découpage interne de « droite populaire », « droite sociale », « droite humaniste » et des « réformateurs libéraux » vise à amplifier le mouvement. Mais l'annonce de la candidature de M. Villepin montre que la tâche est ardue tant sont grands le rejet de Nicolas Sarkozy et l'aspiration au changement.

Mardi, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a enfoncé le clou en déclarant : « Au-delà des clivages, au-delà des échéances électorales, nous devons afficher une volonté politique commune pour faire accepter la discipline budgétaire ». C'est à dire la super-austérité si dure au monde du travail et de la création, si douce aux possédants, mise au service  d'une union sacrée des loups et des agneaux. Président de la République en tête, les responsables des difficultés de nos concitoyens vont dramatiser la situation pour obtenir une majorité derrière eux.

M. Guéant a lui  la tâche, avec ses prises de positions  gluantes et nauséabondes,  de rallier  les troupes de l’extrême-droite qui dangereusement progresse dans les enquêtes d’opinion. Comment pourrait-il en être autrement avec l’insupportable climat des affaires touchant les deux familles politiques présentées comme susceptibles de gouverner ?

L’extrême-droite est associée au pouvoir en Grèce et en Italie... pour y faire la même politique que celle de Nicolas Sarkozy.

suite ici :

La peur au pouvoir

Lire aussi :

 

Attention, ils naviguent à vue !

by Patrick Le Hyaric

 


Ceci paraît incroyable. C’est pourtant vrai et triste à la fois. Mardi matin, 13 décembre, le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy, et le Président de la Commission européenne, M. Barroso, sont venus devant les parlementaires européens pour expliciter les conclusions du dernier Conseil européen de Bruxelles.

A les entendre, « tout va bien », cette fois, nous assure M. Van Rompuy. Nous allons sortir de la crise grâce au « nouveau traité fiscal et budgétaire » naissant.

Et M. Barroso de nous déclarer qu’il allait « démontrer qu’on pouvait juguler les tensions sur les marchés ».

La différence entre les deux dirigeants européens est que chacun d’eux fait le même plaidoyer… pro domo, se vantant chacun d’être à l’origine de cet accord scélérat. De quoi rendre jaloux Mme Merkel et M. Sarkozy.

Mais, ce mercredi matin, 14 décembre, patatras ! Voilà que  le Premier ministre polonais est devant le Parlement pour rendre compte de son bilan à la tête de l’Union européenne depuis six mois. En effet, il y a toujours une présidence tournante de l’Union européenne. Il déclare que l’Union européenne est « au bord du précipice » et pour être clair, il déclare tout de go : « Je ne peux pas dire que l’Europe est plus unie et je ne peux pas dire que nous avons surmonté cette crise ».

Pourtant, tout ce beau monde a assisté au même Conseil européen ! Celui qui, une nouvelle fois, devait nous sortir du pétrin. Décidemment, ils godillent à vue ! Et nous mènent dans le mur.

Après cela, on accuse des candidats de gauche d’être des « quasi traîtres » parce qu’ils ne font que demander une renégociation de l’accord de Bruxelles.

 

Lire aussi :

Banques françaises: l’argent des français ne suffit pas, elles accueillent maintenant l’argent des grecs!

 

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"Je ne suis pas marxiste,mais..."

Echange avec Emmanuel Todd « La dette publique est un mécanisme d’exploitation financière des biens publics » – Entretien avec Emmanuel Todd Que vous inspire, aujourd’hui, l’état des services publics…

Pour lire la suite cliquez ici

 

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