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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 06:06

Ce que fait la Coalition pour la souveraineté alimentaire

 

L’Europe agricole est obnubilée par l’optique néolibérale, ce qui l’empêche de voir ce qui fonctionne bien ailleurs, sur d’autres bases. Au Canada, depuis plus de 30 ans, la gestion de l’offre, la mise en marché collective du lait, ont permis d’assurer une rémunération, stable et satisfaisante, de tous les acteurs de la filière. Voir Eloge du système agricole canadien par Marcel Groleau (Québec, lait) - 25 janvier 2011. 

 

Certains partisans du libéralisme veulent remettre en cause cet acquis. C’est ce que reconnaît Bruno Letendre, le nouveau président de la fédération des producteurs de lait du Québec dans cet article signé Claudette Samson publié par Cyberpresse. Il refuse l'argument selon lequel le contrôle exercé sur la production serait un obstacle au commerce international.

 

Plaidoyer en faveur de la gestion de l'offre du lait

 

Alors que les négociations d'accords de libre-échange entre le Canada et diverses régions du monde se multiplient, le nouveau président de la Fédération des producteurs de lait du Québec a livré mercredi un chaud plaidoyer favorable à la gestion de l'offre devant plus de 150 délégués réunis en assemblée générale à Québec.

Bruno Letendre a tenu à faire contrepoids aux esprits pessimistes qui prédisent que le Canada n'aura pas le choix de renoncer à la gestion de l'offre pour être accepté autour de certaines tables de discussion. Il a d'ailleurs exprimé sa confiance envers le gouvernement provincial de Jean Charest, qui s'est engagé à défendre ce système.

La gestion de l'offre et la mise en marché collective du lait ont permis d'assurer stabilité et prévisibilité d'un bout à l'autre de la chaîne d'approvisionnement, de l'agriculteur au consommateur, dit-il. En 2011, la hausse de prix des produits laitiers au Canada a été de 1,4 %, contre 4,7 % pour l'ensemble des aliments. Dans le même temps, elle a été de 10 % sur la planète, de 8,1 % aux États-Unis et de 6 % en France.

Il refuse l'argument selon lequel le contrôle exercé sur la production serait un obstacle au commerce international. Il donne pour preuve le fait que les importations d'ingrédients et de produits laitiers comblent de 8 à 10 % de la consommation canadienne, contre de 2 à 3 % aux États-Unis et 1,5 % en Europe. Avec un marché 15 fois plus petit que l'Europe, le Canada importe presque 10 fois plus de produits laitiers qu'il en exporte là-bas (des fromages en particulier). Et l'existence de ce système n'a pas empêché la signature de 11 accords différents depuis 1989.

En assurant un revenu stable aux agriculteurs, en provenance du marché et non de subventions gouvernementales, la gestion de l'offre permet également d'intéresser la relève et de mettre les terres agricoles à l'abri de la spéculation, croit le président.

 

Le Québec est en pointe du combat pour la souveraineté alimentaire. Jean-François Messier, agriculteur québécois, producteur d’œufs de consommation, m’a mis en relation avec le site de Olivier Petit - Journal Mobiles. J’y ai trouvé cet article, daté du 16 avril 2012, de cet ancien journaliste, qui a travaillé pour la Coordination rurale en France, avant de s’installer au Québec :

 

Spéculation sur les produits alimentaires : un crime contre l’humanité ?

En matière de souveraineté alimentaire*, le Canada fait figure d’exception en protégeant partiellement sa production agricole. Au Québec, la Coalition pour la souveraineté alimentaire œuvre activement pour mettre notre alimentation à l’abri de la spéculation des marchés. Cette question est souvent traitée dans une division Nord/Sud, mais si la différence entre les paysans affamés du Sud et les producteurs pauvres du Nord n’était qu’une question de degré ? Ce ne serait alors qu’une question de temps pour que le fléau de la spéculation sur l’alimentation, que Jean Ziegler qualifie de crime contre l’humanité, ne s’abatte sur nos régions.

Le 17 avril est la journée mondiale des luttes paysannes. Cette journée a été instaurée par le mouvement mondial de défense des petits paysans Via Campesina en souvenir des 19 paysans sans terre assassinés en 1996 au Brésil par des milices paramilitaires. Elle est donc largement associée aux pays du Sud et aux problèmes d’accaparement des terres agricoles, hier par de riches propriétaires, aujourd’hui de plus en plus par des multinationales.

Mais les problèmes de l’agriculture concernent également les pays développés, même si l’abondance dans les rayons des épiceries tend à le faire oublier. Le marché des produits agricoles est de moins en moins considéré comme un marché sensible pour les dirigeants des pays développés. De nombreux pays ont en effet abandonné leurs outils de gestion de l’offre, qui permettaient d’assurer un peu de stabilité aux marchés agricoles. C’est le cas notamment en Europe : si l’Union européenne s’est largement construite sur la Politique Agricole Commune (PAC), celle-ci a été largement démantelée au cours des dernières années. Les lois de l’économie de marché s’appliquent donc à plein et les fluctuations liées à la spéculation viennent aggraver les variations historiques de ces marchés, liées à l’abondance des récoltes.

Le Canada fait encore en partie figure d’exception, puisqu’un certain nombre de produits bénéficient encore de protection, comme le lait ou les œufs. Une caractéristique qui agace ses partenaires commerciaux, comme on l’a encore constaté récemment lors de la rencontre au sommet entre les présidents américain, mexicain et M. Harper le 2 avril 2012. C’est donc assez logique de retrouver le Québec en pointe sur la question de la souveraineté alimentaire, à travers la Coalition pour la souveraineté alimentaire. Nous nous sommes entretenus avec Frédéric Paré, coordonnateur de la Coalition, pour faire le point sur ces questions.

Le but de la coalition est de fédérer les efforts des producteurs agricoles et des représentants des consommateurs afin de promouvoir l’idée que les produits agricoles ne sont pas des produits comme les autres et qu’ils ne doivent pas être laissés aux seules lois du marché.

L’idée est d’aider ainsi aussi bien les pays du Nord que les pays du Sud, en ouvrant la possibilité de protéger l’agriculture du pays de la pression des gros exportateurs agricoles. Dans les pays du Sud, plusieurs des victimes de la faim sont des paysans qui ne parviennent plus à vivre de leur travail, faute de pouvoir le vendre correctement. Dans les pays du Nord, la course à la rentabilité met en péril le modèle des petites et moyennes exploitations, avec un impact important sur les communautés locales (et sur l’environnement ?).

Au Québec, la coalition cherche avant tout à informer, à sensibiliser, les citoyens, et surtout les politiciens, pour leur faire prendre conscience du prix à payer pour cette libéralisation du commerce agricole. La coalition organise ainsi régulièrement des campagnes de lettre ouverte et de pétition. Actuellement, la Lettre alimentaire citoyenne a été envoyée à plus de 15 000 exemplaires aux députés québécois. La coalition essaie de rallier un maximum de personnalités politiques à sa cause en vue de possibles élections dans les mois à venir. Même si le Plan Nord a éclipsé le Livre vert sur la politique agricole dans les priorités de la Commission sur l’agriculture, les pêcheries, l’énergie et les ressources naturelles (CAPERN), la coalition espère que les élections constitueront une opportunité de faire avancer ses idées.

Sa mission d’information passe aussi par des conférences. Elle a ainsi organisé les 3, 4 et 5 avril 2012 trois conférences avec Jean Ziegler, ancien rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Le message porté par M. Ziegler (qu’on a pu également entendre en entrevue sur Radio-Canada et sur le plateau de Tout le monde en parle) est direct et volontairement provocateur : en mettant en perspective l’évolution des marchés agricoles et de la faim dans le monde, il assimile la spéculation sur les produits alimentaires à un crime contre l’humanité. L’image est frappante, mais son argumentation est solide. Ses conférences ont fait salle comble à Ottawa, Québec et Montréal. Une des conférences a eu lieu à Ottawa car, au niveau fédéral aussi, des choses se préparent, avec le cadre politique Cultivons l’avenir, en révision pour juin 2012, et que la coalition juge très décevant.

Face à des organismes comme l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui milite activement pour la suppression de toute barrière douanière, la coalition est également active sur le plan international. Elle fédère ainsi des initiatives légales : des groupes de juristes spécialisés dans les questions de droit international cherchent à contrebalancer les exigences de l’OMC avec d’autres textes internationaux, signés par de nombreux états, mais trop souvent cantonnés au rang de belles intentions. Il s’agit pour la coalition d’en faire des outils concrets, utilisables pour barrer la route aux excès du libéralisme. Elle rejoint ainsi la logique de travail du programme Lascaux en Europe et de chercheurs comme Geneviève Parent, de l’université Laval à Québec.

Ce combat est certes moins spectaculaire que celui des Paysans sans terre, mais il ouvre la voie à une vraie solidarité Nord-Sud sur la question de la souveraineté alimentaire. Un combat qui peut se mener ici comme là-bas.

 

* Voir la définition de la souveraineté alimentaire dans cet article : Souveraineté alimentaire : colloque européen en août 2011 - 12 juillet 2011. 

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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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