Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 23:11

31/12/2011 - 2012: Pourquoi je suis pessimiste

Le rapport Stiglitz propose un nouveau Bretton Woods

Posted: 10 Aug 2012 11:55 PM PDT

 

« Il est important de saisir l’occasion de réformer en profondeur, afin que le monde puisse aborder le 21èmesiècle avec un système financier mondial plus équitable et plus stable, capable d’inaugurer une époque plus prospère pour tous les pays ». La commission ne se contente pas des mots, mais, outre un constat robuste, elle fait de nombreuses propositions très intéressantes tout au long du rapport.

Les principes de la réforme

Les auteurs proposent huit principes fondamentaux : « rétablir l’équilibre entre le marché et l’Etat (par opposition à une déréglementation excessive), accroître la transparence et la responsabilité, agir à court terme en cohérence avec les visions long terme, évaluer les effets de répartition de la richesse, éviter d’aggraver les asymétries et les déséquilibres mondiaux, mieux répartir le risque, gérer les problèmes d’irréversibilité (éviter les gros chocs) et assurer une diversité intellectuelle ».
Avant le chapitre financier, les rapporteurs appellent à « renforcer la protection sociale », outil de justice sociale, mais aussi de stabilisation économique, et à veiller à ne pas favoriser les grandes entreprises au détriment des PME. Ils souhaitent que les décisions des banques centrales soient ratifiées par le Parlement, dans un but de transparence et de responsabilité car leurs «opérations ont des conséquences budgétaires qui doivent être supervisées de la même façon que celles du Trésor ».
Pour stopper l’accumulation de réserves, il soutient qu’il « faut pour les pays en voie de développement des sources de financement qui puissent être vite activées en n’imposant pas de conditions inappropriées », comme le fait l’initiative de Chiang Mai à l’échelle asiatique depuis 2000. Le rapport appelle également à « mobiliser les fonds disponibles dans les pays qui ont accumulé de grosses réserves » et évoque logiquement la piste des DTS. Il note aussi qu’il « semblait admissible que les actifs d’un pays appartiennent à un Etat étranger (via les fonds souverains), mais pas à l’Etat du pays lui-même ».
Pour eux « les coûts supplémentaires d’une meilleure réglementation ne sont rien à côté de ceux qu’a imposés à la société la non-réglementation. (…) On n’a guère de preuve que les inventions du secteur financier ces dernières années aient amélioré le comportement global de l’économie, même si elles ont évidemment accru les profits du secteur. Une large part de son effort d’innovation avait pour but de contourner des réglementations, des lois fiscales et des normes comptables ».

Les propositions de réforme de la finance
 

La Commission est favorable à la comptabilité mark-to-market(qui valorise le bilan au cours du jour, ce qui implique un effet pro-cyclique puisque sa valeur baisse en cas de crise et inversement), qui a le mérité de la transparence, mais juge qu’il faut en contrebalancer les effets négatifs par « des règles contracycliques d’adéquation des fonds propres et des provisions ». Elle évoque également un « mark-to-funding » fonction du mode de financement (court ou long terme).

La Commission propose d’imposer la transparence pour les transactions de gré à gré. Dans une logique proche du 100% monnaie, elle avance que « les régulateurs et les banques centrales pourraient convenir ensemble d’un taux d’expansion annuel du crédit bancaire et d’une fourchette autour de ce taux », et parle de « service public » pour la partie « dépôt » des banques en évoquant des réglementations différentes (voir une séparation) pour le dépôt, les prêts, et les banques d’affaire.
Assez logiquement, le rapport propose une réduction de l’effet de levier. Il critique la titrisation qui complique grandement les restructurations de dettes et propose que les CDS suivent la réglementation des produits d’assurance. Il reprend l’idée chinoise d’une gestion active de l’immobilier en variabilisant l’apport initial. Il propose également d’imposer des mensualités de remboursement plus élevées pour le crédit à la consommation pendant les phases de croissance. Enfin, il évoque le développement d’un secteur public bancaire, coexistant avec le secteur privé.
Le rapport propose d’inscrire l’ensemble des stock-options au passif du bilan des entreprises pour en modérer l’usage, un renforcement des mesures anti-trust et une « divulgation, au moins auprès du régulateur, des positions des banques d’affaires pour repérer les conflits d’intérêts potentiels » (« les points de vue des analystes d’une banque d’affaires (…) peuvent être influencés par les positions que détiennent leur banque ») et renforcer la responsabilité financière des acteurs.
Il propose de « morceler les grandes institutions financières et limiter leur taille pour qu’elles ne soient pas trop grandes pour faire faillite » ou qu’elles paient « des primes plus élevées pour la garantie des dépôts ». Il soutient une réforme du droit des faillites en permettant de « convertir en actionnaires les détenteurs de créances à long terme ». Il critique les plans d’aide inconditionnels aux banques, comme en France, (« un gros transfert de richesse des simples citoyens vers des personnes bien plus aisées ») et propose à la place des garanties limitées pour les nouveaux prêts. Pour les rapporteurs, la responsabilité doit être celle du pays d’accueil et non d’origine, tirant les leçons du cas islandais.
Il propose la « tolérance zéro à l’égard des centres financiers qui assurent le secret bancaire et facilitent l’évasion fiscale », tout en soulignant que les grands pays ne sont pas exempts de tout reproche, comme les Etats du Delaware et du Nevada aux Etats-Unis, ou même Londres. Naturellement, il pointe les cas du Luxembourg et de l’Irlande, adeptes de la « concurrence fiscale » et propose la « mise en quarantaine des centres voyous, isolés du système financier international ».
Il met en avant le rôle des institutions de réglementation qui tendent à « être capturées par les intérêts et les points de vue des réglementés » et suggère de « donner voix au chapitre aux usagers de la finance – les PME, les retraités, les consommateurs et peut-être d’autres partis intéressées ». Il propose deux autorités de régulation pour le système financier, la banque centrale, sur les questions macros et une Autorité de Réglementation Financière, pour les enjeux micros.

Un nouveau Système Monétaire International

Enfin, le rapport propose une réorganisation du système financier internationale, inspirée des propositions de Keynes à Bretton Woods, autour d’une monnaie de réserve internationale pour mettre fin au privilège du dollar, qui créé beaucoup d’instabilité, en plaçant les Etats-Unis en position de « pays déficitaire de dernier ressort » et qui a abouti à un système paradoxal où les pays en voie de développement financent les pays développés qui ont un déficit extérieur, alors que cela devrait être le contraire.
Le rapport propose donc la cration d’une monnaie de réserve mondiale, dans un système où les quotes-parts des pays seraient payées dans la monnaie nationale de chaque participant, contrairement à aujourd’hui. Il propose que le FMI en soit chargé, puisqu’il gère déjà les DTS, qui pourraient servir de base au système. L’idée serait de promouvoir cette monnaie comme instrument de réserve en offrant une rémunération intéressante pour les détenteurs, notamment les banques centrales.
Les allocations pourraient être fonction des soldes commerciaux, pour dissuader les gros excédents. Il propose que le volume des émissions annuelles soit « déterminé de façon à compenser l’augmentation des réserves » et envisage un ajustement des émissions de façon contracyclique où elles seraient « plus importantes quand la croissance mondiale se trouve au-dessous de son potentiel ». Le rapport envisage des montants compris au minimum entre 150 et 300 milliards de dollars par an.
Le rapport envisage un groupe de pays pionniers qui pourraient mettre en commun leurs réserves dans un tel système, qui attirerait progressivement d’autres pays, y compris les Etats-Unis. Difficile de ne pas imaginer que ce premier groupe pourrait être européen... Enfin, il propose de mettre en place des bons liés à la croissance du PIB ou à la valeur de la matière première exportée du pays débiteur pour ajuster la charge des emprunts à la conjoncture, un vrai plus pour les pays en voie de développement.
C’est tout l’intérêt de ce rapport que d’être extrêmement riche en propositions pour réorganiser le monde de la finance. En cela, il est source indispensable d’inspiration pour réfléchir à ces questions, qui complètera mes analyses précédentes. Demain, je reviendrai sur ses analyses des politiques d’austérité.

Source : « Le rapport Stiglitz », Joseph Stiglitz, éditions Babel

 

.

Le rapport Stiglitz condamne les plans d’austérité

Posted: 11 Aug 2012 11:55 PM PDT

 

Outre une proposition de réforme de la finance, le rapport Stiglitz prend fermement position contre les plans d’austérité, au regard des potions amères infligées par le FMI aux pays en voie de développement en crise. Une leçon qui trouve un écho particulier avec la situation actuelle des pays européens.

Mettre fin à l’accumulation de réserves

Dans une analyse largement partagée par les économistes (Jacques Sapir, Paul Krugman), le rapport pointe la responsabilité des politiques d’ajustement dans les déséquilibres actuels, outre la libéralisation excessive des mouvements de capitaux à court terme. En effet, quand un pays subit une crise de son financement, pour bénéficier de l’aide internationale, il doit passer sous les fourches caudines des plans d’austérité extrêmement brutaux du FMI (comme aujourd’hui en Europe).
Résultat, les pays accumulent des réserves pour ne pas avoir à demander une telle « aide ». Mais cette accumulation de réserves pose de nombreux problèmes. Comme le note le rapport, « il y a réduction de la demande globale mondiale » et cela créé aussi une masse financière recyclée dans la spéculation… Très keynésien, il propose un système « conçu pour faire pression sur les pays excédentaires afin qu’ils réduisent leur contribution à l’insuffisance de la demande globale ».
Le rapport souligne que « le système actuel est aussi injuste par son résultat : les pays en développement transfèrent des ressources, en général à de faibles taux d’intérêt, vers les pays développés (…) Accumuler des réserves en dollars, en particulier, revient à prêter aux Etats-Unis à des taux d’intérêt très bas ». Il note que « l’écart entre le taux qu’ils perçoivent sur ces prêts et celui qu’ils paient aux pays développés constitue un transfert de ressources supérieur à l’aide extérieure qu’ils reçoivent ».

Une leçon pour l’Europe ?
 

Ce rapport, écrit en 2009, décrit de manière prophétique l’impasse politique et économique dans laquelle se trouve aujourd’hui l’Europe.  Il note que, dans les pays en voie de développement, les crises des dettes souveraines ont eu « des coûts sociaux extrêmement lourds, notamment de longues périodes marquées par des pertes de revenus et d’emplois, l’extension de la pauvreté, et, dans certains cas, l’aggravation de l’inégalité des revenus », comme on le voit maintenant en Europe.

Les rapporteurs pointent la responsabilité des dettes privées quand l’Etat recapitalise le secteur bancaire, dans un écho avec la situation espagnole d’aujourd’hui. Ils soulignent aussi que les créanciers ont tendance à être favorisés, que les restructurations de la dette sont souvent trop légères et que les citoyens sont trop souvent oubliés. Il souligne que l’Argentine montre que « l’élimination du fardeau de la dette peut créer les conditions d’un redressement économique rapide ».
Il propose de créer un « Tribunal de restructuration des dettes internationales », qui pourrait déclarer certaines dettes « odieuses », et comprendrait un service de médiation intermédiaire. Il note que les crédits accordés aux pays en difficulté ne doivent pas être « un mécanisme uniquement conçu pour renflouer les créanciers qui n’ont pas fait preuve de la diligence de rigueur quand ils ont accordé leurs prêts ». Il dénonce un système « où les pouvoirs publics ont dû de multiples fois payer les pots cassés ».
Mais la critique des politiques européennes se fait plus évidente, avec la mise en cause transparente de la politique de la BCE par rapport à la Fed : «  les banques centrales qui ont utilisé pleinement la flexibilité implicite dans la politique du ciblage d’inflation ont peut-être mieux réussi que celles qui ont suivi cette politique de façon rigide (…) Il n’est pas vrai non plus que, dans une économie, chaque institution doive s’en tenir à un seul instrument et n’être responsable que d’un objectif ».
La conclusion du rapport est comme un message à l’Europe : « les fonds remis ne doivent en aucun cas s’accompagner des conditions procylciques contre-productives qui ont été si souvent imposées dans le passé (…) La déflation menace tout autant la prospérité économique que l’inflation ».

Source : « Le rapport Stiglitz », Joseph Stiglitz, éditions Babel

 

.

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche