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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 21:17

Euro : et si le problème de la BCE n’était pas le E, mais le BC ?

ÉCONOMIE. Les libéraux, tous des vendus au grand capital et aux banques gloutonnes ? Voici au contraire le regard très critique d'un libéral sur la Banque centrale européenne (BCE) et les banques privées.
Sélectionné et édité par Maxime Bellec

Temps de lecture Temps de lecture : 6 minutes

La cause est entendue, la catastrophe monétaire que nous vivons aujourd’hui est une crise européenne. Si l’euro s’effondre, c’est la faute à l’Europe.

 

L’Union européenne a certes beaucoup de défauts – sans jeux de mots, mais le problème avec ce coupable trop parfait, c’est qu’il n’explique pas pourquoi depuis plus d’un siècle, toutes les monnaies finissent par s’effondrer, lentement ou rapidement. La caractéristique commune aux devises de l’immense cimetière monétaire des cent dernières années, ce n’est pas d’être européennes, mais d’être pilotées par une banque centrale.

 

Le symbole euro à Francfort en Allemagne, en 2005 (Wikimedia Commons - Lars Aronsson - cc)

Le symbole euro à Francfort en Allemagne, en 2005 (Wikimedia Commons - Lars Aronsson - cc)

 

Euro : accident industriel exceptionnel, ou usine à gaz mal conçue ?

 

Si un type d’usine finissait systématiquement par exploser, on s’interrogerait sur la conception de l’usine. Si un type d’avion finissait systématiquement par s’écraser, on s’interrogerait sur la conception de l’usine. Les monnaies fiduciaires (dont la valeur repose sur la confiance qu'on leur accorde) se crashent toutes les unes après les autres – ou perdent leur valeur dans des proportions abyssales – et, manifestement, personne ne songe à s’interroger sur l’organisation même de la production de monnaie.

 

La faute vient toujours de circonstances particulières : la classe politique de tel pays est gaspilleuse et désinvolte, les spéculateurs sont cupides, les Chinois font ceci, ou les Américains qui font cela. Ces circonstances sont – souvent – vraies, mais il serait peut être temps de s’interroger sur un modèle monétaire qui résiste si mal à des circonstances certes particulières, mais non exceptionnelles.

 

Nous vivons dans un système monétaire organisé autour d’une banque centrale, d’une monnaie fiduciaire, et de banques privées à réserves fractionnaires (c'est-à-dire qui prêtent de l'argent qu'elles n'ont pas), conduisant mécaniquement à l’affaissement de toutes les monnaies dont il a la charge (1).

 

Ceux qui ont la charge de la monnaie – les États, toujours avides de ressources sans impôts visibles ; les banques centrales, dont l’indépendance est très relative ; et les banques privées, premières bénéficiaires des nouvelles liquidités, n’ont aucun intérêt à garder une monnaie saine, aucun intérêt à ne pas faire tourner la planche à billets virtuelle.

 

Dans le même temps, des apprentis sorciers – monétaristes comme keynésiens – prétendent planifier le crédit ou l’activité économique, en fixant les taux d’intérêts à court terme, en dévaluant ou instaurant les fameux quantitative easing (augmentation de la masse monétaire) de la banque centrale américaine. Ils ressemblent à des gamins de cinq ans ouvrant une lance à incendie pour arroser un pot de fleurs. La lance à incendie trop puissante les balade dans tous les sens de manière chaotique. Le pot de fleurs, s’il en reste un après la crise, est ravagé.

 

La crise de l’euro, au-delà de ses particularités, n’est pas un accident, mais la norme : les banques centrales sont structurellement incapables de maintenir une monnaie saine comme un secteur financier stable. Ce n’est pas par hasard : elles n’ont pas été conçues pour cela.

 

Le bâtiment de la Banque centrale européenne à Francfort en 2009 (Wikimedia Commons - Donald24 - cc)

Le bâtiment de la Banque centrale européenne à Francfort en 2009 (Wikimedia Commons - Donald24 - cc)

 

Des machines à piller les classes moyennes, au profit des Etats et des grandes banques

 

La feuille de route des premières banques centrales avait le mérite d’être claire : capter discrètement des ressources au peuple au profit des États en diluant la monnaie, refondre les pièces avec moins de métaux précieux ou faire tourner la planche à billets.

 

La Banque d’Angleterre est créée en 1694 par le roi William III, dont le trône est vacillant après des années de guerre civile, pour s’assurer discrètement des ressources, sans mécontenter le peuple avec des impôts nouveaux. La Banque de France, créée en 1800, est dotée de privilèges par un Napoléon Premier Consul, souhaitant financer ses guerres par la planche à billets, tout en arrosant ses proches actionnaires de la banque.

 

La BCE, en monétisant la dette de la Grèce avec des euros sortis de nulle part, reste donc dans cette lamentable tradition : ce qui ne sera pas payé par les impôts le sera "discrètement" avec l’inflation subie sur le panier d’achat ou les investissements des entreprises. Une deuxième mission s’est ensuite ajoutée à ces institutions déjà nocives : garantir la stabilité des grandes banques.

 

Les banques ont souvent eu tendance à prendre des risques inconsidérés avec l’argent des déposants. Pour éviter les crises, il y avait donc deux solutions :

 

1. Une bonne solution : interdire aux banques d’utiliser l’argent des déposants. Les banques ne peuvent utiliser que l’argent qui leur est expressément prêté, pas celui confié en dépôt. Si une banque fait faillite, l’argent des dépôts est alors restitué aux déposants. De même que si votre pressing fait faillite durant la nuit, vous pourrez récupérer les vêtements le matin, sans autre problème que de devoir trouver un autre lieu pour nettoyer vos vêtements.

 

2. Une mauvaise solution : favoriser l’utilisation des dépôts par les banques, ce qui démultiplie leurs profits et l’expansion d’un crédit "virtuel" non assis sur de l’épargne, dont l’utilité économique est très contestée en particulier par les économistes de l’école autrichienne (Mises, Rothbard, Hayek). De plus, lors d’une faillite, les dépôts disparaissent avec la banque. Ce qui n’était qu’un problème concernant uniquement les actionnaires ruinés par la faillite de leur banque devient alors un problème public : le sort de tous les particuliers, des entreprises et des autres banques est alors lié à la vie à la mort à celui de la banque en faillite, obligeant la banque centrale à venir à son secours par des mécanismes proches de celui de la planche à billets.

 

On ne peut comprendre le sauvetage à fonds perdus de la Grèce que dans l’optique de sauver les grandes banques de la faillite, faillite entrainant mécaniquement la faillite des particuliers et des entreprises. Les banques privées ont ainsi acquis un poids politique considérable : elles ne peuvent plus faire disparaître pour mauvaise gestion ou prises de risque excessives comme les autres entreprises privées. Ceci constitue un véritable pousse-au-crime : les profits sont privés, les pertes sont publiques.

 

La Banque centrale, une usine à gaz instable

 

Non seulement les banques centrales ne protègent pas la monnaie et ne stabilisent pas le secteur bancaire, mais elles sont au contraire la principale source d’inflation et d’incitation aux prises de risque des banques. Ces dernières savent qu’elles pourront compter sur l’appui de la banque centrale en cas de défaillance.

 

Des pièces et des billets d'euros (Wikimedia Commons - Acdx - cc)

Des pièces et des billets d'euros (Wikimedia Commons - Acdx - cc)

 

Un système monétaire peut parfaitement se passer de banques centrales. Des monnaies décentralisées, basées sur un métal (platine/or/argent/cuivre) peuvent remplir toutes les fonctions monétaires. Si nous avions la possibilité d’utiliser en parallèle de l’euro un compte libellé en grammes d’or ou d’argent, avec une carte bancaire faisant la conversation automatique à chaque achat, très vite, beaucoup d’entre nous choisiraient d’utiliser une monnaie qui conserve son pouvoir d’achat, et qui n’est pas emportée avec la banque en cas de faillite. En effet, le métal existe bel et bien, et appartient uniquement au déposant, sans ambigüité juridique.

 

La vie des utilisateurs de cette nouvelle monnaie décentralisée mais universelle ne serait pas tellement modifiée par rapport à aujourd’hui : une carte bancaire, un carnet de chèques pour les caddies ou les gros achats. On peut même imaginer des billets et des pièces en résine transparente, avec une pointe d’argent ou d’or pour les petits montants, des appareils de mesure simple permettant aux commerçants de détecter la nature du métal dans la résine. Simplement, dans cette monnaie, le prix d’une grande partie des achats n’augmenterait pas – personne ne peut faire marcher de planche à billets pour une monnaie 100% métallique, sans réserve fractionnaire.

 

L’épargne des particuliers ne serait plus grignotée par l’inflation

 

Pour les entreprises, le changement ne serait pas beaucoup plus lourd – une nouvelle devise dans la comptabilité ce qu’elles font déjà pour l’exportation, mais elles n’auraient plus besoin d’un recours aussi massif aux services de placements bancaires pour leur trésorerie, ou au crédit pour financer leur expansion : leurs revenus, leur trésorerie dans une monnaie saine ne serait pas exposée à l’inflation, une partie des biens de capitaux qu’elles achètent n’augmenterait pas en monnaie saine métallique..

 

Cette réforme simple passerait par l’abrogation de quelques articles (*) du Code pénal, et l’abolition des taxes sur l’or. Elle ne nécessite même pas l’abolition de l’euro, et n’empiète pas sur les ressources légitimes de l’État. Celui-ci continuera de prélever des impôts sur les transactions, le revenu ou le patrimoine.

 

Les citoyens choisiraient petit à petit la monnaie la plus saine, avec un secteur bancaire le plus stable délaissant un euro si mal géré, ou forçant ce dernier à s’améliorer sans doute par l’adossement à un métal précieux. C’est d’ailleurs ce que craignent les architectes des monnaies fiduciaires actuelles. Si leur monnaie est si supérieure aux métaux précieux, pourquoi prennent-ils la peine d’interdire aux citoyens d’échanger en utilisant de l’or ou de l’argent ?

 

Cette réforme permettrait de commencer en douceur une transition vers une économie basée sur l’épargne, la monnaie saine et un secteur bancaire à sa juste place.

 

Il est probable qu’au-delà des difficultés de l’euro et du dollar, nous vivions aujourd’hui la fin de l’âge d’or des banques centrales. Tant mieux, il n’est qu’une longue suite de catastrophes monétaires aux conséquences économiques (et parfois politiques) vertigineuses. L’euro n’est pas coupable, il est juste victime de la malédiction commune à toutes les monnaies fiduciaires : la banque centrale.

 

 

 

(*) Techniquement, la réforme consisterait à :


- Abroger les articles suivants du Code Pénal : [442-4] : seule la banque centrale a le droit de battre monnaie ; [R642-3] : nous n’avons pas le droit
d’utiliser d’autre monnaie que celle de l’Etat et ; [R642-2] : nul ne peut refuser la monnaie de l’Etat en paiement.

- Abroger toutes les taxes sur les gains en capital réalisés en euro sur les métaux (platine, or, argent, cuivre) ainsi que la taxe sur l'or à la revente.

 

 

Pour en savoir plus :

 

La théorie de la monnaie et des cycles expliquée version humoristique

État, qu'as tu fait de notre monnaie ? - Murray Rothbard

Auteur parrainé par Maxime Bellec

 

http://leplus.nouvelobs.com

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