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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 17:13


http://www.comite-valmy.org/spip.php?article881 -  

« L’Etat se prépare à une guerre dans les cités » Par David Servenay

 

Note d'eva :

 

Exceptionnellement, je publie le même post en deux fois,

mais ici seulement centré sur la partie armée:

Pour qu'on dissocie les deux sujets,

l'opération banlieues proprement dite,

et ce que va devenir notre armée.

Il s'agit donc d'un extrait du post précédent,

centré sur les changements intervenus dans l'Armée.

Il faut les connaître !

 

 

Quand on m’interroge sur la probabilité de cette intervention militaire, je rappelle toujours qu’il existe deux fronts : le front sécuritaire mais aussi le front social – ce dernier étant tout aussi diabolique car difficile à cerner, donc à démasquer. Il faut évidemment s’intéresser à la dimension sécuritaire, mais ce serait commettre une grave erreur que de ne pas se pencher sur le processus de dégradation de la vie sociale et citoyenne dans ces territoires.


C’est finalement une guerre à deux faces que mène le pouvoir sarkozyste dans ces lieux ; c’est pourquoi je parle de « guerre totale ». Il y a l’aspect spectaculaire, mais aussi son pendant invisible – cette guerre faite aux associations, menée contre tous les leaders émergeant sur ces territoires ou les voix contestatrices. (..)
.
La victoire des culturalistes augure finalement d’une perspective mortifère, celle que le chef de l’Etat envoie demain l’armée dans les quartiers populaires en s’appuyant sur un facteur déclenchant – le plus évident étant la mort de policiers dans les banlieues.

 

Le terrain a été « intellectuellement » labouré, et les conditions d’une intervention militaire sont désormais prévues par les textes : depuis que la loi de programmation militaire a fait en 2008 de la défense et de la sécurité nationale un ensemble homogénéisé, Nicolas Sarkozy est désormais en capacité d’envoyer la troupe dans ces territoires.


C’est l’axe majeur de votre ouvrage. Mais celui-ci est loin de se limiter à l’aspect militaire des choses...


La vraie question qui travaille mon livre est celle-ci : comment a t-on pu laisser les choses se développer ainsi et aller aussi loin ? Davantage qu’un ouvrage sur l’intervention possible de l’armée en banlieue, il s’agit en réalité d’un livre sur l’état de déliquescence de la vie politique française et sur la dévitalisation de notre vie démocratique. De sorte qu’un homme – Nicolas Sarkozy - peut demain, au nom d’une idéologie dangereuse et réactionnaire, créer les conditions d’une guerre civile. C’est surtout cela qui m’importe.


Je ne suis pas le seul ... Un journaliste m’a demandé pourquoi mes interlocuteurs gendarmes ou militaires s’exprimaient ouvertement dans ce livre alors qu’ils sont, pour une bonne part, tenus à un devoir de réserve. La réponse ? Je crois qu’ils sentent que quelque chose est en train de leur échapper. Ils ont compris que nous nous trouvons dans un environnement régressif sur le plan démocratique : les vigilances s’émoussent, la démocratie s’effondre, le seuil de tolérance aux banlieues de la société française a fortement baissé ... Bref, les conditions sont réunies pour que le pire ne soit plus incertain.


Et eux, gendarmes et militaires, en ont conscience ?


Bien entendu. Quand je les interrogeais, c’était toujours sur un même mode. J’avançais des hypothèses et leur demandais : est-on toujours dans le registre du possible, du probable ? Parmi les officiers que j’ai rencontrés – tous s’affichant loyaux et républicains -, aucun n’a été surpris par mes questions sur l’imminence d’une intervention dans les banlieues ; ils la craignent et la rejettent, mais le fait qu’ils aient répondu ouvertement à mes interrogations montre que quelque chose est en train de se jouer. Je note là une forme d’homogénéité des positions. Dans une société française qui s’est politiquement anémiée et radicalisée, le corps militaire, j’y inclus la gendarmerie nationale, se sent isolé. Peut-être qu’ils s’expriment, justement, parce qu’ils pensent qu’ils ont tout intérêt à le faire.


Quand bien même les militaires s’initient à la guerre urbaine et à sa réversibilité (soit cette idée que ce qui est pratiqué sur un théâtre extérieur des opérations peut aussi être pratiqué sur le territoire national), je crois qu’un tabou demeure. Ces officiers de l’armée de terre savent que pour rendre possible l’envoi de la troupe dans les banlieues, un facteur déclenchant, basé sur l’émotion, sera nécessaire – le plus favorable étant, encore une fois, la mort de policiers dans une cité. Nicolas Sarkozy n’engagera pas de militaires parce qu’il l’aura décidé d’un claquement de doigts ; il lui faudra d’abord créer les conditions du pire. D’évidence, le facteur émotionnel sera le plus opérant. C’est justement ce que craignent ces militaires ; comment pourraient-ils contester leur intervention dans de telles conditions ? Je pense que ceux qui s’expriment dans le livre prennent leurs marques face à une telle éventualité.


C’est d’ailleurs l’un des éléments surprenants du livre : je n’aurais pas cru que les militaires puissent faire preuve d’une pareille réticence ...


Ces militaires – encore une fois, je parle des officiers, pas des hommes de troupe que je n’ai pas interrogés – sont marqués par l’histoire. Ils m’ont souvent fait cette observation : « Si on nous envoie sur le terrain, c’est pour mitrailler : c’est notre travail. Est-ce bien cela qu’on attend de nous ? » ; ou encore : « Si nous on y va, ensuite il n’y a plus personne... » Ils ne trouvent pas rassurant ce continuum sécurité intérieure / défense nationale imposé par Nicolas Sarkozy et ne souhaitent pas être entraînés dans ce processus régressif. S’ils acceptent par exemple d’apprendre à Sissonne (Aisne), ce vaste champ de manœuvre destiné à « travailler » des stratégies de guerre urbaine, la technique du contrôle des foules pour les opérations en Afghanistan, ils renâclent à l’idée de le pratiquer un jour à La Courneuve ou à Villiers-le-Bel.


Reste que ces militaires sont soumis à des ordres. Depuis la nouvelle loi de programmation et l’intégration du Conseil de défense au Conseil de défense et de sécurité nationale, la décision de leur mise en action sur le territoire national appartient au chef de l’État. En clair, si Nicolas Sarkozy le décide, l’armée de terre interviendra dans les cités françaises. Voilà à quoi risque d’aboutir ce développement cynique et redoutable de la guerre sécuritaire et sociale dans les banlieues françaises ...


Notes
[1] Publié à La Découverte.

[2] L’ANRU, agence nationale de rénovation urbaine, est le bras armé de l’État en matière de remodelage des quartiers populaires ; elle disposait, pour l’exercice 2004-2008, d’une enveloppe de 30 milliards d’euros. La même agence, explique Hacène Belmessous, « a signé une convention avec le ministère de l’Intérieur pour "associer" la police nationale aux projets de rénovation urbaine ». (..)

 

http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EkAVplFAylHPCOIgBu.shtml

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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