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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 09:31

Comment les banques renouent avec leurs pires travers

Par Benjamin Masse-Stamberger, publié le 17/02/2010 à 18:20 - mis à jour le 17/02/2010 à 19:21

 
Le 13 janvier à Washington, les dirigeants des grandes banques américaines prêtent serment devant la commission d'enquête sur la crise financière.

REUTERS/Kevin Lamarque

Le 13 janvier à Washington, les dirigeants des grandes banques américaines prêtent serment devant la commission d'enquête sur la crise financière.

Les Etats ont sauvé les établissements financiers pour éviter une catastrophe économique. Mais les banquiers ont repris leurs mauvaises habitudes : rémunérations folles et spéculation à outrance. Au risque de sceller leur divorce avec le reste d'une population toujours confrontée à la crise.

Alignés en rangs d'oignons, les patrons de Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley et de la Bank of America lèvent la main et prêtent serment devant la commission d'enquête sur la crise financière. A Capitol Hill, en cette froide journée de janvier, on joue Candide au pays des subprimes. Droits dans leurs bottes, les quatre cavaliers de l'Apocalypse rejettent les accusations, invoquent la fatalité, la nature cyclique de l'activité économique, le caractère imprévisible des crises, aussi difficiles à prévoir et à arrêter que les cyclones ou les tornades. "Ne parlez pas d'actes de Dieu, finit par lâcher le président de la commission, Phil Angelides, excédé, à l'adresse de Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs. La crise est le résultat d'actions commises par des hommes et des femmes."

Un avis partagé par une large majorité de l'opinion américaine, remontée à bloc contre les oligarques de Wall Street. Elle n'est pas la seule : un peu partout, la colère monte contre des financiers qui semblent aussi imperméables à la critique qu'incapables de se remettre en question. Selon un récent sondage Ifop-Le Monde, 80 % des Français et 73 % des Britanniques jugent que les banquiers n'ont pas tiré les leçons de la crise. En Islande, face à la colère qui monte, le président de la République va organiser un référendum, le 6 mars : les contribuables devront décider s'ils acceptent de régler l'ardoise de 3,8 milliards d'euros laissée par la banque Icesave, en faillite pour s'être outrageusement gavée d'actifs toxiques. Est-ce une révolte ?

Les dirigeants de l'Union européenne se sont réunis, le 11 février, à Bruxelles, pour trouver une solution aux problèmes de la Grèce. Très endetté, le pays est la cible des spéculateurs.

Y. Herman/Reuters

Les dirigeants de l'Union européenne se sont réunis, le 11 février, à Bruxelles, pour trouver une solution aux problèmes de la Grèce. Très endetté, le pays est la cible des spéculateurs.

Les financiers ne sont pas pour rien dans la rapide détérioration de leur image : alors que la crise continue à sévir, avec son cortège de destructions d'emplois et de fins de mois difficiles, les banques qui ont traversé la tempête semblent, elles, plus florissantes que jamais. L'incontournable Goldman Sachs a annoncé 13,3 milliards de dollars de bénéfices pour 2009, six fois plus qu'en 2008. En Europe, plusieurs banques, comme Deutsche Bank, Santander ou, en France, BNP Paribas, ont dévoilé de confortables bénéfices. La bonne santé recouvrée du secteur ne susciterait guère de débats si elle ne s'accompagnait, dans certains établissements, d'un retour aux pratiques délétères qui ont conduit l'économie mondiale au bord du gouffre : bonus géants, spéculation débridée de financiers mordant sans vergogne la main d'Etats venus les tirer du précipice il y a tout juste quelques mois.

Les rémunérations folles cristallisent la colère de citoyens confrontés au gel des salaires et aux restrictions budgétaires. Car les banques n'ont pas fait dans la demi-mesure : aux Etats-Unis, c'est une somme stratosphérique -145 milliards de dollars ! - qui a été versée au titre de 2009 aux salariés du secteur financier. Soit une hausse de 18 % par rapport à 2008, quand le salaire moyen des Américains a reculé de 1,4 %. Au Royaume-Uni, malgré la taxe sur les bonus, les pratiques pousse-au-crime ont repris de plus belle (voir notre reportage Les bonus pleuvent sur la City). La France s'est montrée un peu plus raisonnable, mais les montants des primes n'en frisent pas moins l'indécence (les traders parisiens devraient toucher, selon les calculs du Monde, près de 1 milliard d'euros). "Le fait même qu'il y ait des bonus cette année est surréaliste au regard de la situation économique et de la responsabilité des banques, note Marc Fiorentino, ancien trader, PDG d'Euroland Finance. Du coup, les gouvernements taxent : ils se rendent compte, mais un peu tard, qu'ils se sont fait avoir."

Les profits de Goldman Sachs ont été multipliés par six en 2009.

Un peu tard, en effet. Car si les établissements financiers ont si rapidement retrouvé la forme, c'est bien grâce au soutien inconditionnel d'Etats multipliant dans l'urgence les plans de sauvetage, sans toujours exiger de leurs bénéficiaires des contreparties tangibles. "Le plan Geithner [NDLR : le secrétaire d'Etat américain au Trésor] a été extraordinairement favorable aux banques, qui ont obtenu que leurs pertes soient transférées au contribuable", confie à L'Express le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, dont le nouvel ouvrage paraît ces jours-ci (Le Triomphe de la cupidité, éd. Les Liens qui libèrent). Les banques centrales ont aussi été mises à contribution, déversant des milliards sur un système financier en voie d'assèchement. La baisse des taux d'intérêt, enfin, a constitué un formidable effet d'aubaine pour des financiers qui ont pu obtenir du cash à moindre prix pour retourner au plus vite à leur occupation favorite : la spéculation.

Pas besoin de le leur dire deux fois : le casino rouvert, les accros du jeu n'ont pas tardé à reprendre leurs bonnes habitudes : pile, je gagne, face, tu perds. Au risque - en s'attaquant par exemple à la zone euro - de rompre le fragile équilibre auquel l'économie mondiale était parvenue. La liste est longue des dysfonctionnements qui sont réapparus au coeur du système financier. De nouvelles bulles se sont constituées (sur les marchés émergents, les matières premières, ou encore les dettes d'Etat), dont l'explosion pourrait avoir des conséquences imprévisibles. Les produits hautement inflammables à l'origine de la crise, comme ceux issus de la titrisation, ont fait leur retour en plusieurs points de la planète financière. Et les Einstein des marchés ont profité de leur diète forcée pour peaufiner de nouveaux joujoux explosifs. A l'image du trading à haute fréquence, une technique qui utilise les ressources d'ordinateurs sophistiqués pour effectuer des allers-retours boursiers ultrarapides. En cas de problème, les géants de Wall Street, plus gros et moins nombreux que jamais, savent que les Etats viendront de toute façon les secourir.

Pas question, donc, de chambouler les règles d'un jeu qui a si bien réussi aux banques lors de la dernière décennie. Une taxe sur les transactions financières ? Selon une étude du cabinet Greenwich Associates, 93 % des grandes institutions, au niveau mondial, y sont hostiles. Le renforcement des fonds propres, exigé par les dirigeants des grands pays à Pittsburgh ? "J'ai discuté avec les patrons de grandes banques américaines, peu après le G 20, dans une réunion internationale, raconte un banquier français. Ils m'ont dit qu'ils n'avaient aucune intention de mettre ces mesures en oeuvre."

Des liens incestueux avec l'administration américaine

Lors du dernier Forum de Davos, Nicolas Sarkozy s'en est pris ouvertement au secteur financier.

P. Wojazer/Reuters

Lors du dernier Forum de Davos, Nicolas Sarkozy s'en est pris ouvertement au secteur financier.

Et, pour bloquer les décisions prises par leurs gouvernements, les banquiers n'hésitent pas à sortir leur carnet de chèques. Entre 2000 et 2006, Wall Street a ainsi déboursé entre 60 et 100 millions de dollars par an en lobbying auprès des parlementaires. Toute relation entre ces subsides et le flou réglementaire qui a débouché sur la crise serait bien sûr purement fortuite. Rebelote en 2009 : lors des neuf premiers mois de l'année, les banquiers ont déversé 120 millions de dollars sur le Congrès.

Les liens incestueux qui unissent les grandes maisons et l'administration n'encouragent pas non plus la neutralité des décisions gouvernementales. Une consanguinité que Goldman Sachs illustre jusqu'à la caricature. Plusieurs secrétaires au Trésor, dont Hank Paulson, en poste au moment de la faillite de Lehman Brothers, étaient des anciens de "la Firme". Une tradition qui se perpétue aujourd'hui : Mark Patterson, ex-lobbyiste de Goldman Sachs, est ainsi le principal conseiller de Timothy Geithner, tandis que l'ex-Goldmanite Gary Gensler dirige la commission chargée de contrôler les produits dérivés. On pourrait multiplier les exemples... A force d'être partout, Goldman a fini par éveiller les soupçons. Selon le New York Times, la firme aurait aidé, en 2001, la Grèce à dissimuler l'ampleur de sa dette. Et, aujourd'hui, le gouvernement hellénique suspecte la banque d'avoir spéculé sur un possible défaut de paiement du pays. Pourquoi pas après tout, puisque, selon le mot de Lloyd Blankfein, Goldman Sachs est là "pour faire le travail de Dieu" ?

L'incroyable désinvolture des banquiers a fini par indisposer les esprits les plus conciliants. "Ma détermination à récupérer chaque cent dû au peuple américain, a prévenu Barack Obama, ne peut être que renforcée au vu des profits énormes et des bonus obscènes dans les sociétés qui doivent leur survie à la population." Après avoir longtemps joué la conciliation, le président a finalement décidé de s'attaquer frontalement à Wall Street (voir notre article Obama, shérif de Wall Street ?). Tout comme Nicolas Sarkozy, à Davos, s'en est pris une fois de plus au secteur financier. A Paris, la ministre de l'Economie Christine Lagarde, a elle aussi dénoncé "l'irresponsabilité dévastatrice de certains acteurs de la finance." Des commentateurs aussi mesurés que Jacques Julliard, historien et éditorialiste au Nouvel Observateur, ont fini par en appeler à des mesures radicales. Puisque "la plupart des banques ont déserté leur mission essentielle", écrit-il dans Libération, il ne prône rien moins que "la nationalisation, au moins partielle, du système bancaire". Non, ce n'est pas une révolte...

 

Les banques renouent avec leurs pires travers

http://www.marcfievet.com/article-le-systeme-bancaire-doit-il-etre-nationalise-45165945.html

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commentaires

Eva R-sistons 27/02/2010 14:57


Merci Cerf, je vais justement sortir un post de résistance aux banksters sur http://r-sistons.over-blog.com, j'en ferai part. Merci ! eva


Cerf 18/02/2010 17:05



Une association de consommateurs et une association de défense des très petites entreprises ont justement lancer une pétition pour réclamer une reprise en main des banques afin que celle-ci
soient au service des ménages et des entreprises :
http://www.petition-contre-les-abus-bancaires.org/petition/



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