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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 23:03

http://lalettredulundi.fr/2010/11/28/le-temps-des-bulles/

Le temps des bulles

novembre 28th, 2010

  
Le système paraissait pourtant extrêmement vertueux. Avec le micro-crédit, les pauvres allaient pouvoir accéder au développement : un prêt de 50, 100 ou 200 euros devait permettre à des millions « d’entrepreneurs » du Tiers-monde de créer une affaire toute simple, du type petit commerce ou artisanat, afin de sortir (un peu) de la très grande misère.
  
Imaginée au Bengladesh par Muhammad Yunus il y a une trentaine d’années, la micro-finance a proliféré : il existe aujourd’hui plus de 10 000 établissements de micro-crédit dans plus de 80 pays. En 2006, Muhammad Yunus reçut le prix Nobel de la paix : tous les indicateurs étaient au vert.
 
  
Le krach
  
Hélas, en Inde, le système est en train de s’effondrer, sur fond de suicides d’emprunteurs qui ne parviennent plus à rembourser et de scandale financier à la Bourse.
  
Comment en est-on arrivé à une telle situation ? L’explication est des plus simples. Compte tenu des taux d’intérêt pratiqués (20 % et plus), les institutions de micro-crédit s’avèrent extrêmement rentables. D’où introductions en Bourse de ces institutions, afflux de capitaux et exigence des investisseurs d’un excellent retour sur investissement. À ce moment-là, la machine s’emballe : multiplication des crédits à tout va, à n’importe qui, pour des « projets » qui n’en sont plus (par exemple, payer les festivités du mariage d’un rejeton), « entassement » de crédits sur la tête d’un même bénéficiaire qui doit rembourser parallèlement plusieurs emprunts et en souscrit un nième pour rembourser les précédents… en résumé, tous les éléments d’une bulle qui a fini par exploser.
  
Les conséquences ? Elles sont bien évidemment très préoccupantes, pour ne pas dire tragiques : suicides des surendettés, menaces et intimidations à l’égard des mauvais payeurs… sans oublier qu’avec les faillites en cascade d’institutions de micro-crédit, c’est la possibilité de sortir de l’extrême misère qui s’évanouit pour des millions d’habitants du sous-continent indien.
  
  
Quels enseignements tirer de cette déconfiture ?
  
Tout d’abord une constatation. Dans le micro-crédit comme dans nombre de secteurs d’activité, on assiste à la multiplication de « bulles » en tous genres : bulle immobilière aux États-Unis, ayant donné naissance à la crise des subprimes, bulles sur les matières premières, bulle du micro-crédit… ou, plus localement, bulles immobilières à Paris ou à Madrid.
  
On observe là une manifestation de l’entropie de plus en plus rapide du système financier qui, quel que soit le type d’investissement, augmente constamment le volume et la vitesse de rotation des masses monétaires, jusqu’à aboutir (dans le cas des bulles) à l’explosion finale. Un exemple particulièrement frappant est celui du développement relativement récent du « trading de haute fréquence » qui consiste à utiliser des ordinateurs programmés pour multiplier la rapidité (on est là au niveau du millième de seconde) et le nombre d’ordres d’achat ou de vente d’actions ou autres produits financiers… la spéculation à très grande vitesse et 100 % informatisée en quelque sorte. Ce type de trading représente déjà plus de 60 % des transactions d’actions aux États-Unis et près de 40 % en Europe.
  
Paradoxalement, alors que l’immense majorité des individus vit une « crise » économique perpétuelle, il y a trop d’argent qui ne sait comment s’employer (pour plus de détails, voir notre billet Le monde selon Picsou) et est constamment à la recherche des rendements les plus élevés, d’où bulles et spéculations en chaîne. Dans le monde d’aujourd’hui, ces bulles et spéculations ne sont plus un phénomène isolé, exceptionnel, mais au contraire un élément permanent, structurel.
  
Cette évolution génère une concentration des richesses dans un nombre de mains de plus en plus restreint, entraînant à son tour une accélération des fusions-acquisitions, un rythme sans cesse plus soutenu du « mécano financier ».
  
  
Un jour dans la presse économique
  
Pour illustrer ces deux tendances – existence structurelle de bulles et accélération de la concentration du capital à travers les fusions-acquisitions – feuilletons le numéro le plus récent du quotidien économique Les Échos publié avant la parution de ce billet, daté des 26 et 27 novembre. La lecture en est particulièrement révélatrice…
  
Sur quatre titres de « Une » (ceux de la première page), deux concernent le phénomène des bulles :

La folle flambée des prix des logements se généralise ;

Matières premières agricoles : comment freiner la spéculation.

Quant aux fusions-acquisitions et autres événements liés à la concentration du capital, on en dénombre pas moins de 8 dans les pages intérieures, dans tous les secteurs d’activité, tant au niveau local qu’international :

KKR met la main sur Del Monte Foods pour plus de 5 milliards de dollars ;

Les producteurs américains (de charbon) condamnés aux rapprochements ;

Ebro, propriétaire de Lustucru et Panzani, va acheter pour 195 millions d’euros la division riz du groupe espagnol SOS ;

Orange veut racheter les opérateurs locaux Korek Telecom en Irak et Telekom Srbija en Serbie ;

La banque Bayern LB veut fusionner avec des banques régionales du sud de l’Allemagne ;

LVMH acquiert une participation supplémentaire de 40,1 % dans la société Samaritaine et détient désormais « le contrôle total des murs et de l’exploitation » de la Samaritaine ;

Le Crédit Mutuel rachète L’Est Républicain et devient ainsi le premier groupe de presse quotidienne régionale en France (après plusieurs rachats d’autres titres) ;

La Centrale des Multiples acquiert Les Bébés de Sabine (secteur de la puériculture).

La conséquence principale de cette évolution, c’est que toute l’énergie et le « mode de pensée » des dirigeants d’entreprise sont entièrement tournés vers la maximisation et la concentration des ressources et produits financiers. Finies les considérations ou priorités liées à la production, à la recherche ou au marketing : la direction financière détermine seule la stratégie de l’entreprise, ou ce qui en tient lieu…
  
S’est ainsi créée et se conforte une « nouvelle aristocratie » du troisième millénaire, celle qui manipule l’argent, spécule et joue au mécano financier. À la différence de l’aristocratie née au début du deuxième millénaire, elle ne tire pas sa puissance de la force armée ou des guerres qu’elle remporte mais de l’accumulation sans cesse croissante de moyens financiers qui dépassent aujourd’hui ceux de la plupart des États. Sinon, pour le reste, rien n’a changé : elle a besoin de serfs pour cultiver ses terres et de piétaille pour servir ses canons. En ce début de XXIe siècle, on les appelle employés et cadres d’exécution.
  
  
Lundi
© 2010 La Lettre du Lundi

 

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