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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 21:31


Ronald Spogli, ex-ambassadeur états-unien en Italie

Berlusconi ? Leader faible d’un pays en déclin, un clown offensif. Ce qu’écrit l’ex-ambassadeur états-unien : il dira oui à toute requête, en particulier militaires.

ITALIE : Le bouffon va à la guerre
Berlusconi ? Leader faible d’un pays en déclin, un clown offensif.
20 février 2011


Un leader faible et incapable, qui a offensé son pays et créé des difficultés aux alliés européens. Le portrait de Silvio Berlusconi, fait par Ronald Spogli, ex-ambassadeur états-unien en Italie, dans ses rapports à Barak Obama et Hillary Clinton, diffusés par Wikileaks, ne pouvait être plus impitoyable. Le leader italien y est décrit comme un homme qui dirige avec de « fréquentes gaffes » et avec « un choix pauvre de mots », un homme politique qui, écrit Spogli, « est devenu le symbole d’une incapacité et d’une inefficacité des gouvernements italiens pour affronter les problèmes du pays ».  Mais aussi, et c’est l’aspect qui, cyniquement, intéresse le plus Washington,  un  allié fidèle, à qui on peut tout demander, d’un plus grand engagement militaire en Afghanistan à la possibilité d’avoir carte blanche en ce qui concerne les bases militaires états-unienne sur notre territoire. Et, pour ça justement, un homme à défendre.

Que l’Italie soit, « une plate-forme stratégique unique pour les troupes états-uniennes », nous le savions déjà avant que ne le disent les câbles de l’ambassade Usa à Rome, filtrés à travers Wikileaks, dont La Repubblica et L’Espresso ont rapporté hier certains passages. Les données officielles du dernier inventaire des bases militaires (Base Structure Report 2010), publié par le département d’Etat états-unien de la défense, le confirment : en Italie, le Pentagone possède 1408 édifices et en a en location ou en concession 881 autres, pour une superficie totale de plus d’un million et demi de mètres carrés.  Ils sont distribués en 41 sites principaux, auxquels s’ajoutent quelques autres, mineurs, portant le total à environ 70 sites.

Comme nous l’avons déjà écrit dans il manifesto, les sites des forces armées états-uniennes en Italie, bien qu’étant moins nombreux qu’en Allemagne, sont en train de prendre une importance croissante dans le « ralliement » stratégique effectué par le Pentagone, qui redéploie ses forces depuis l’Europe centrale et septentrionale vers celle du sud et orientale : pour les projeter plus efficacement au Moyen-Orient,  Europe orientale et Afrique.  Ceci est confirmé par les câbles de l’ambassade Usa : le déploiement en Italie permet aux forces états-uniennes de « rejoindre facilement les zones turbulentes du Moyen-Orient, de l’Europe orientale et de l’Afrique ». Grâce à quoi, l’Italie est « devenue la base du plus important dispositif militaire déployé hors des Etats-Unis. Et avec AfriCom elle sera un partenaire plus significatif encore de notre projection de force ».

Dans ce cadre, la 173ème brigade, basée à Vicence, a été tansformée en escadrille de combat formée par davantage de bataillons, en potentialisant son rôle d’unique « force de riposte rapide » aérotransportée du Commandement européen des Etats-Unis.  D’où la décision, approuvée par le gouvernement Prodi, de créer une autre base états-unienne à Vicence, dans la zone de l’aéroport Dal Molin. A Vicence encore,  a été installé le US Army Africa (Armée états-unienne pour l’Afrique), qui transforme la Force tactique dans le Sud de l'Europe en composante terrestre du Commandement Africa (AfriCom). En même temps, a été potentialisée la base d’Aviano, une des principales bases des Forces aériennes USA en Europe. A Aviano a été déployé le 31st Fighter Wing, l’unique escadron de chasseurs-bombardiers états-unien au sud des Alpes, composé de deux escadrilles de F-16.  Il dispose aussi de bombes nucléaires, déposées à Aviano et à Ghedi Torre.

Dans cette potentialisation, s’est développé le rôle de Camp Darby, la base logistique qui approvisionne les forces terrestres et aériennes états-uniennes dans la zone méditerranéenne, moyen-orientale, africaine et au-delà. C’est l’unique site de l’armée Usa dans lequel le matériel entreposé (chars d’assaut etc.) est relié avec les munitions : dans ses 125 bunkers se trouve l’intégralité de l’équipement de deux bataillons de cuirassés et de deux d’infanterie mécanisée. Y sont aussi stockées d’énormes quantités de bombes et de missiles pour avions, avec des « kits de montage » pour construire rapidement des aéroports dans des zones de guerre.  Ces matériels, et d’autres, de guerre peuvent être rapidement envoyés en zone d’opération à travers le port de Livourne et l’aéroport de Pise. A Camp Darby -confirment les câbles de l’ambassade Us- sont aussi stockées les cluster bombs (bombes à fragmentation qui projettent chacune des centaines de sous-munitions). Formellement, les autorités Usa ont demandé au sous-secrétaire Gianni Letta si ceci était un problème, étant donné que l'Italie a souscrit (mais pas ratifié) le traité pour la mise au ban de ces armes.  Et Letta a assuré que le gouvernement n’interviendra pas sur ce problème.

Même situation à Naples, où siège le commandement des forces navales Usa en Europe, qui comprennent la Sixième Flotte, auquel s’est adjoint celui des forces navales AfriCom. Les autorités états-uniennes -d’après les câbles- ont demandé que la nouvelle caserne pour le personnel de la Sixième Flotte, construite à Gricignano d‘Aversa (Caserta), jouisse de l’extraterritorialité. Ceci est contraire à la Constitution italienne. Le ministre de la défense La Russa a cependant proposé de contourner l’obstacle, en stipulant un  pacte bilatéral qui garantisse une autonomie complète aux militaires états-uniens en matière de sécurité et de surveillance.

Avec l’accord aussi bien du gouvernement Prodi que de celui de Berlusconi, le Pentagone a aussi potentialisé ces dernières années la base aéronavale de Sigonella (en Sicile), où se trouve un des deux centres d’approvisionnement de l’US Navy hors du territoire états-unien : base d’où opère une force spéciale Usa pour des missions secrètes en Afrique et d’où partent les vols secrets des Global Hawks.  Dans cette même base se trouve une des trois stations terrestres du réseau de communications satellitaires GBS de la US Air Force. A Niscemi, non loin de là, où sont déjà en fonction 41 antennes du centre de transmission de Sigonella, seront installées trois grandes paraboles satellitaires du Muos (Mobil User Obejctive System), le système de télécommunications satellitaires de nouvelle génération de l’US Navy.  Mais -nous confirment les câbles- la population y est opposée, craignant des troubles pour la santé, et Letta et La Russa n’arrivent pas à dépasser ces résistances.

sigonella













Base militaire états-unienne de Sigonella


Les câblogrammes de l’ambassade Usa confirment donc que le gouvernement Berlusconi a approuvé toutes les requêtes états-uniennes, y compris celle d’une plus grande participation à la guerre en Afghanistan : il a même envoyé plus de troupes que n’en réclamait le Pentagone et a ôté toute limite à leur emploi dans les combats. On peut donc déduire que, sur d’autres questions pour le moment non émergées des câbles, le gouvernement gardera la même attitude conciliante, dont l’on doit à la vérité de reconnaître qu’elle a aussi caractérisé les gouvernements D’Alema et Prodi.

Parmi ces questions il y en a deux de particulière importance : la possibilité - émergée du rapport états-unien U.S. non-strategic nuclear weapons in Europe : a fundamental Nato debate à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN- que les armes nucléaires états-uniennes en Europe soient à l’avenir concentrées à Aviano ; la possibilité que la décision de construire à l’aéroport de Pise le Hub aérien national des forces armées (italiennes, ndt) ait été prise sous la pression du Pentagone, qui a besoin de potentialiser l’envoi de matériels de guerre depuis Camp Darby vers divers théâtres d’opérations, hypothèse confirmée par le rapport à la Commission Défense de la Chambre des députés, dans lequel on affirme que « la structure, une fois réalisée,  pourra être mise à disposition de l’OTAN en cas de crises internationales ».

Devrons-nous attendre d’autres dossiers de Wikileaks pour en avoir confirmation ?

 

Edition de samedi 19 février 2011 de il manifesto,

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23299

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