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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 03:01
Les Mésopotamiens protestent contre le manque de produits de base, la corruption et l’occupation : une résistance dont les médias ne parlent guère

 

Les Irakiens aussi se soulèvent, mais…silence radio

 

Joachim Guilliard

Traduit par Michèle Mialane
Edité par Fausto Giudice

 

 

Le monde arabe est en ébullition. Ces dernières semaines, l’Irak a lui aussi connu une vague massive de contestation ignorée par les médias occidentaux. À la différence des manifestations dans les autres pays, elles ne sont presque pas médiatisées ici - peut-être parce que d’aucuns croient vraiment que la Mésopotamie est « libérée » depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 ? Rien que vendredi dernier, au cours des manifestations qui ont eu lieu dans tout le pays, au moins 29 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées, selon l’agence de presse UPI. On parle de 300 arrestations. Le Washington Post avançait le chiffre de 23 morts- en faisant preuve d’une grande compréhension envers les forces gouvernementales.

 


La répression a fait d’autres morts que les manifestants. On compte également de nombreuses victimes assassinées pour des raisons d’ordre politique ou de prétendus « rebelles » abattus lors de razzias. Selon les médias qu’a consultées le portail Internet « Iraqi Body Count », il y aurait eu 388 civils tués en janvier et 254 en février, mais l’expérience prouve que leur nombre est sans doute plusieurs fois supérieur.
 
Dès l’été 2010 les Irakiens étaient descendus dans la rue pour protester contre le manque de denrées alimentaires, d’eau et d’électricité ainsi que contre la corruption, d’une ampleur démesurée. Cette nouvelle contestation, nourrie par le dénuement matériel et la colère contre des dysfonctionnements particuliers, et ici aussi le fait d’une jeunesse militante, place les politiciens de la «Zone verte» de Bagdad et leurs parrains US retranchés dans leur ambassade devant une forme de résistance qui les soumet à forte pression.
 
Même si ces dysfonctionnements quotidiens constituent le principal grief, beaucoup ont des revendications qui vont bien au-delà. Les manifestations sont bien sûr dirigées contre le maintien de 50 000 soldats US ainsi que contre les murs qui partagent la ville et en général contre le régime ethno-sectaire mis en place par l’occupant.
 
Soutenu par Washington, le régime réagit avec une brutalité à la hauteur des problèmes. Plus de 40 manifestants et journalistes ont été tués au cours des deux premiers mois de l’année. Dès les premières contestations, début février, plusieurs personnes ont été blessées par balles dans la province de Diwaniyah, au Sud du pays, dont au moins une mortellement touchée. Quelques jours plus tard, à Kout, plusieurs manifestants ont été atteints par des tirs, après quoi une foule déchaînée a incendié un bâtiment officiel. Cependant le mouvement a gagné pratiquement toutes les villes de petite et moyenne importance du pays, y compris du Kurdistan, au Nord.  
 
Le général Abdulaziz Al Koubaïssi, chef du personnel au Ministère de la Défense, a quitté le gouvernement en signe de protestation contre la brutalité du régime et face à une caméra de la chaîne satellitaire Al-Sharquiyah, il a arraché les insignes de son grade. Selon lui, l’armée déclare que le gouvernement actuel de Nouri El-Maliki est corrompu « de fond en comble», et qu’il subira le même sort que Zine El-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Égypte. Al Koubaïssi a été arrêté sur-le-champ, mais quelques officiers se sont ralliés à lui, ont quitté l’armée et se sont joints aux contestataires. On a également emprisonné Mountadher Al Zaïdi, le journaliste qui s’était rendu célèbre en lançant son soulier sur le président George W. Bush.
 
Comme dans d’autres pays, la répression n’a fait qu’attiser la contestation. En de nombreux endroits des manifestants exaspérés ont attaqué des bâtiments officiels et des postes de police et exigé la démission des autorités locales ou du gouvernemeur de la province. Les contestataires dénonçaient également les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés aux prisonniers, et réclamaient la libération des prisonniers politiques et le libre accès aux prisons secrètes des unités spéciales de Maliki. Les manifestations se sont accompagnées de plusieurs mouvements de grève, par exemple dans l’industrie du cuir à Bagdad et dans une usine textile à Kout. Il y a eu aussi des mouvements ouvriers - entre autres- à la Northern Oil Company, à Kirkouk, et dans les centrales électriques de Bassorah.
 
Quoi qu’il en soit, les dernières manifestations commencent à porter leurs fruits. Pour la première fois les secours alimentaires mensuels sont arrivés à l’heure, et chaque foyer a reçu l’équivalent de 12 dollars en dinars irakiens pour compenser la diminution des rations. Désormais, 1000 kilowatts-heure gratuits seront attribués chaque mois à tous les foyers (voir junge Welt du 18 février dernier). Les gouverneurs de trois provinces, accusés de corruption, incompétence etc. ont démissionné - ils étaientdu reste tous trois membres de la Dawa, le parti de Maliki. Il est vraisemblable qu’on procédera à des élections anticipées dans les provinces dont les gouverneurs ont été le plus fortement taxés d’incompétence et de corruption.
 
En dépit de tout cela, aujourd’hui vendredi 4 Mars, de nouvelles manifestations sont prévues à Bagdad et dans d’autres villes irakiennes, ainsi que dans pratiquement tous les pays de la région.

Bagdad le 4 Mars
L'accès à la Zone verte avait été totalement verrouillé

 

 

http://chiron.over-blog.org/ext/http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4140

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