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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 01:28

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Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont huit objectifs[1] que les États membres de l'ONU ont convenu d'atteindre d'ici à 2015. La déclaration fut signée en septembre 2000.

 

Les objectifs sont:

Sommaire

[masquer]

Objectif 1 : réduire l'extrême pauvreté et la faim [modifier]

Chacun des Objectifs du Millénaire pour le Développement se décompose en plusieurs cibles. Le premier objectif repose sur trois cibles.

  • La première cible

Elle consiste à réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la part des individus vivant avec moins d'un dollar par jour. La Banque mondiale estime qu'en 2005, 1,4 milliard d'individus vivaient dans une pauvreté extrême. La crise alimentaire, conséquence de la hausse du prix des matières premières (dont agricoles) pousse environ 100 millions de personnes en plus dans une situation d'extrême pauvreté. Si cet objectif semble à portée, c'est principalement en raison de la croissance économique de l'Asie, alors que la zone de l'Afrique sub-saharienne semble stagner [1].

  • La seconde cible

Fournir un emploi décent et productif à tous, femmes et jeunes inclus. Ces dix dernières années, la productivité dans les pays d'Asie et de la CEI a été multipliée par quatre, contribuant à faire baisser le nombre de travailleurs pauvres. En revanche, l'Afrique sub-saharienne reste en retard sur cet objectif, avec plus de 50% de travailleurs vivant avec moins d'un dollar par jour [2].

  • La troisième cible

Réduire de moitié entre 1990 et 2015 la part des individus souffrant de la faim (malnutrition, sous-nutrition). La hausse des prix des matières premières, mais également les changements dans les régimes alimentaires, l'urbanisation, l'utilisation des parcelles pour la production de biocarburants ou encore le problème des subventions aux agricultures développées, rendent cette cible difficile à atteindre. L'Asie du Sud et l'Afrique sub-saharienne sont les zones les plus touchées par la sous-nutrition infantile.

Objectif 2 : assurer l'éducation primaire pour tous [modifier]

Le deuxième objectif vise à ce que tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, puissent bénéficier d'ici 2015 d'un cycle complet d’études primaires.

En 2006, 570 millions d'enfants étaient scolarisés, ce qui laisse 73 millions d'enfants en âge de l'être hors de l'école. 88% des enfants des pays en voie de développement sont scolarisés, ce qui laisse penser que l'objectif est atteignable d'ici 2015. En Afrique sub-saharienne, le taux de scolarisation des enfants atteignaient 125% en 2006, et en Asie du Sud, 9. L'expérience prouve que la scolarisation baisse sensiblement quand les frais d'inscription sont augmentés (cas de nombreux États de l'Afrique) [3].

Objectif 3 : promouvoir l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes [modifier]

L'objectif est d'éliminer les disparités entre les sexes, notamment dans l'éducation primaire et secondaire, d'ici 2005, et à tous les niveaux de l'éducation d'ici 2015, sachant qu'en moyenne, dans les pays en voie de développement, 94 filles sont scolarisées pour 100 garçons, et que dans 2 pays sur 3, l'égalité des genres à l'école est atteinte. Ce sont les zones rurales et pauvres dans lesquelles il y a un dernier effort à fournir. Reste que l'objectif de l'autonomisation des femmes reste distant, dans les pays en voie de développement comme dans les pays industrialisés. Dans les premiers, seuls 39% des emplois non-agricoles sont pourvus par des femmes, et dans les seconds, seulement 46% [4].

Objectif 4 : réduire la mortalité infantile [modifier]

L'objectif 4 est de réduire la mortalité infantile. Entre 1990 et 2006, la mortalité infantile au niveau mondial a chuté de 93 à 72 décès pour 1000 naissances. Un enfant né dans un pays en développement a 13 fois plus de risques de mourir dans ses 5 premières années de vie qu'un enfant né dans un pays industrialisé. Pour la première fois en 2006, le nombre de décès chez les enfants de moins de 5 ans est passé sous la barre symbolique des 10 millions. Cependant, 27 pays n'ont fait aucun progrès en la matière depuis 1990 [5]. Les causes principales de mortalité infantiles sont la pneumonie, les diarrhées, la malaria et la rougeole, des maladies que l'on peut traiter facilement avec les outils appropriés (notamment par la réhydratation et les traitements anti-moustiques). La mortalité infantile est également liée au niveau d'éducation des mères.

Objectif 5 : améliorer la santé maternelle [modifier]

En 2005, une femme mourait chaque minute de complications liées à la gestation et à la naissance, soit plus de 500 000 décès par an, dont 99% dans des pays en voie de développement. En Afrique sub-saharienne, 1 femme sur 22 risque de connaître ces complications, contre 1 sur 7 300 dans les pays développés. Les extrêmes vont de 1 cas de complication sur 7 au Niger contre 1 pour 17 400 en Suède. Chaque année, 1 million d'enfants deviennent ainsi orphelins de mère, ce qui multiplie par 10 leur risque de mourir prématurément [6].

L'objectif 5 est donc de réduire la mortalité maternelle de trois-quarts entre 1990 et 2015.

  • Cible 1

Réduire de trois-quart la mortalité maternelle. Au niveau mondiale, la mortalité maternelle n'a baissé que de 1% par an entre 1990 et 2005, loin des 5,5% par an nécessaires pour remplir cet objectif du millénaire. Cette moyenne cache des disparités : l'Asie du Sud, l'Océanie, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique du Nord ont fait des progrès notables, alors que la mortalité maternelle en Afrique sub-saharienne n'a quasiment pas baissé en 15 ans [7]. La clé du succès sur cet objectif réside dans la présence de personnel qualifié (médecin, infirmière ou sage-femme) au moment de l'accouchement. Les visites médicales pré-natales sont également un facteur de réduction de la mortalité maternelle, cette couverture médicale a progressé. La part de femmes ayant eu une visite médicale pré-natale dans les pays en développement est passée de 50% en 1990 à presque 75% en 2000. L'organisation mondiale de la santé (OMS) et l'UNICEF préconisent un minimum de 4 visites médicales pré-natales.

  • Cible 2

L'accès universel à la santé reproductive. Il s'agit d'offrir aux populations une éducation à la santé reproductive capable d'enrayer le phénomène des grossesses précoces, qui entraînent souvent des complications pour la santé de la mère et de l'enfant. Le taux de naissance chez les femmes de 15 à 19 ans a connu une baisse de 1990 à 2000 puis a stagné depuis. Enfin, l'absence d'offre d'un service de planning familial limite l'accès des populations aux contraceptifs qui leur permettraient de retarder l'âge de maternité.

Objectif 6 : combattre le VIH/SIDA, la malaria et les autres maladies [modifier]

Chaque jour, près de 7 500 personnes sont contaminés par le VIH et 5 500 meurent du SIDA. En 2007, 33 millions de personnes vivaient avec le VIH/SIDA, un chiffre en hausse depuis 2001, et qui concernent avant tout l'Afrique sub-saharienne. La malaria tue plus d'un million de personnes par an, dont 80% sont des enfants de moins de 10 ans vivant en Afrique du Sud. On recense toujours entre 23 et 25 personnes faisant la grève dans ce pays chaque année dans le monde. [8].

  • Cible 1

Endiguer voire faire reculer la pandémie du VIH et du SIDA. Si les traitements anti-rétroviraux ont réussi à faire baisser le nombre de nouveaux contaminés par le VIH et à faire réduire le nombre de décès dus au SIDA, la durée de vie prolongée des personnes infectées par le HIV fait que le nombre total de contaminés a augmenté, de 29,5 millions en 2001 à 33 millions en 2007. On remarque également qu'en proportion, de plus en plus de femmes sont porteuses du virus.

  • Cible 2

Rendre accessible à tous d'ici 2010 les traitements disponibles contre le VIH et le SIDA. Les anti-rétroviraux ont allongé l'espérance de vie des malades, mais il existe toujours un fossé entre le nombre de personnes en attente de ce type de traitement et le nombre de traitements disponibles. ainsi en Amérique Latine, 62% des personnes contaminées ont accès aux anti-rétroviraux, en Afrique sub-saharienne 30% et dans la Communauté des États indépendants (CEI), seulement 14%.

  • Cible 3

Endiguer voire faire reculer l'incidence de la malaria et des principales autres maladies. Des efforts considérables ont été fait en ce qui concerne l'utilisation de moustiquaires de lit traités à l'insecticide anti-malaria (véhiculée par les moustiques). Au Togo par exemple, la proportion d'enfants dormant sous ce type de moustiquaire est passée de 2% en 2000 à 38% en 2006. Si la prévention semble donc progresser, les traitements contre la maladie restent trop peu nombreux, et pour les meilleurs (artemisinine), trop chers et trop peu utilisés. La tuberculose, autre maladie visée par les Objectifs du Millénaire pour le Développement, continue de tuer 1,7 millions de personnes par an et d'en infecter 14,4 millions (2006), un chiffre dont la hausse s'explique mécaniquement par la hausse de la population. L'objectif de réduire de moitié le taux de prévalence de la tuberculose en 2015 semble s'éloigner : certaines zones (Afrique sub-saharienne) sont largement dépassées par le phénomène, et d'autres (Océanie, Asie du Sud, Asie du Sud-Est) connaissent toujours des taux de prévalence extrêmement haut (entre 264 pour 100 000 habitants en Asie de l'Est et jusqu'à 521 pour 100 000 en Afrique sub-saharienne) [9].

Objectif 7 : assurer un environnement humain durable [modifier]

Le septième objectif consiste à assurer un environnement durable : il repose sur 4 cibles.

  • Cible 1

La première cible consiste à intégrer les principes du développement durable dans les politiques et les programmes nationaux et inverser la tendance actuelle à la déperdition des ressources naturelles.

  • Cible 2

La deuxième cible vise à réduire de moitié le pourcentage de la population qui n'a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d'assainissement de base.

  • Cible 3

La troisième cible consiste à réduire la perte de biodiversité et atteindre d'ici 2010 une diminution importante du taux de perte.

  • Cible 4

La quatrième cible est de parvenir à améliorer sensiblement, d'ici 2020, la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis.

Objectif 8 : construire un partenariat mondial pour le développement [modifier]

L'aide publique au développement continue de baisser, de son record de 107,1 milliards de dollars en 2005 à 103,7 milliards en 2007, or il faudrait que chaque année, 18 milliards de dollars supplémentaires soient accordés par les pays développés pour atteindre l'objectif du doublement de l'aide décidé par le G8 en 2005. Ceci étant dit, l'allègement de la dette des pays en voie de développement leur a permis d'allouer plus de ressources à la lutte contre la pauvreté [10].

  • Cible 1

Répondre aux besoins spécifiques des pays les moins avancés, des pays enclavés et des îles les plus petites en développement. L'aide publique au développement demeure largement en dessous des 0,7% du PIB décidés par les membres de l'OCDE. Les pays les moins avancés reçoivent un tiers de l'aide totale.

  • Cible 2

Développer rapidement un système commercial et financier plus ouvert, respectueux du droit, prévisible et non-discriminatoire. Peu de progrès ont été faits dans l'abolition des barrières douanières pour les produits en provenance des pays en voie de développement vers les pays développés. D'autre part, le montant des subventions aux agricultures des pays développés nuit particulièrement à l'aide publique au développement. En 2006, ces subventions ont atteint 372 milliards de dollars contre 104 milliards pour l'aide publique au développement.

  • Cible 3

Rééchelonner la dette des pays pauvres. En 2008, 33 des 41 pays susceptibles d'obtenir un allègement de leur dette extérieure ont rempli les conditions de l'initiative pays pauvres très endettés (PPTE). 23 de ces pays ont rempli les objectifs de cette initiative et ont été exemptés du remboursement de 48,2 milliards de dollars. Combiné avec la hausse des revenus de leurs exportations, cet allègement leur permet désormais de terminer le remboursement d'une dette très diminuée.

  • Cible 4

Rendre accessible et à un coût raisonnable les principaux médicaments dans les pays en voie de développement (en coopération avec l'industrie pharmaceutique). Les politiques nationales de santé publique dans les pays développés pâtissent du faible volume de médicament offerts ou vendus à prix cassés par les multinationales du secteur pharmaceutiques. La cible 4 vise donc à remédier à cet état, en privilégiant notamment l'instauration d'un système de médicaments génériques de substitution lorsque c'est possible.

  • Cible 5

Partager les retombées du développement des NTIC avec les pays en développement. Le nombre d'abonnés à un téléphone fixe ou mobile a littéralement bondi, de 530 millions en 1990 à plus de 4 milliards fin 2006, dont 2,7 milliards pour la téléphonie mobile. C'est une occasion unique de combler le fossé technologique entre pays pauvres et pays riches, le téléphone portable étant souvent cité comme l'un des principaux instruments de développement économique des pays en voie de développement. L'accès à Internet permettra également de remplir plusieurs des Objectifs du Millénaire, notamment ceux liés à l'éducation des enfants et à la santé publique.

Notes [modifier]

Articles connexes [modifier]

  • Huit fois oui
  • 8, un film de fiction réunissant 8 courts métrages sur les OMD.

Liens externes [modifier]

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Objectifs_du_mill%C3%A9naire_pour_le_d%C3%A9veloppement

 

 

 

PÉTITION : INTERPELLEZ N. SARKOZY POUR LE RAPPELER
À SES ENGAGEMENTS EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ !
cet appel a, semble-t-il été entendu puisqu'afin d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement, Nicolas Sarkozy a appelé lundi à taxer les transactions financières comme nous le demandions avant l'été dans la cyber @ction 358

Intervention d’Eric Toussaint aux Nations unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)

Intervention d’Eric Toussaint aux Nations unies sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)
Cette conférence a été prononcée devant une session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York le 15 septembre 2010  |1|.
I. En dépit du fait que les objectifs du millénaire soient démesurément modestes, ils ne seront même pas atteints. Au niveau mondial la réduction limitée du pourcentage de la population vivant avec moins de 1,25 dollars par jour résulte de l’évolution en Chine et en Inde |2| , pays qui n’ont pas appliqué le consensus de Washington. L’humanité a les possibilités matérielles de garantir à chaque être humain le respect des droits humains fondamentaux bien au-delà des modestes Objectifs du Millénaire. Il est évident que ce n’est pas un manque de ressources qui constitue le problème.
II. L’explication qui prévaut dans les documents produits par les institutions comme la Banque mondiale, le FMI, l’OCDE… n’est pas convaincante et sert à consolider des politiques qui sont à l’origine de la crise car elles ont fragilisé les pays en développement qui les ont acceptées.
Les recommandations ou impositions de ces institutions découlent de plusieurs dogmes :
Le premier est relatif au financement du développement par l’endettement. Cela conduit la grande majorité des pays en développement à adopter un comportement absurde. En effet, bien que les pays en développement, - principalement les exportateurs de matières premières et la Chine - détiennent l’immense majorité des réserves internationales (en dollars surtout) répertoriées de par le monde, ils continuent de s’endetter. Que font ils ? Ils achètent des bons du Trésor des Etats-Unis, c’est-à-dire qu’ils prêtent au gouvernement américain. Ils déposent ces bons du Trésor dans les coffres de leur banque centrale et émettent ensuite des titres de la dette publique à Wall Street ou sur leur marché interne. C’est totalement absurde : en effet, les bons du Trésor ont un rendement très faible alors que les bons que les pays en développement émettent qui sont en dollars rémunèrent les créanciers avec des taux beaucoup plus élevés |3|. Les dirigeants de ces pays feraient beaucoup mieux de ne pas s’endetter et d’utiliser leurs réserves pour des investissements productifs et des dépenses sociales pour améliorer les conditions de vie de leurs populations.
Le second dogme est celui du libre échange et de la libre circulation des capitaux, des biens et des services. Cette liberté de circulation ne s’applique pas dans les pays les plus industrialisés aux travailleurs et aux personnes en général ce qui est en contradiction complète avec la théorie libérale. En effet, il faut rappeler qu’Adam Smith, référence des néolibéraux, était lui, en faveur de la liberté de circulation et d’établissement des travailleurs.
Le troisième dogme complètement en contradiction avec la réalité est l’idée selon laquelle donner aux pauvres un meilleur accès au marché permet de mettre fin à la pauvreté alors que l’éradication de la pauvreté est du ressort de l’Etat par la mise en œuvre de changements structurels mettant fin à l’injustice sociale.
Le rôle néfaste des politiques macro-économiques connues comme le consensus de Washington a été mis en lumière à de nombreuses reprises au cours des 20 dernières années.
Un exemple : la crise alimentaire de 2007-2008
En 2007-2008, le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de 140 millions. Cette augmentation a été le résultat d’une forte hausse des prix des denrées alimentaires |4|.
Dans beaucoup de pays en développement, cette augmentation du prix des aliments au détail a atteint 50%.
Pourquoi cette augmentation ? D’une part les pouvoirs publics du Nord ont augmenté leurs aides et leurs subventions aux agrocarburants (mal nommés biocarburants alors qu’ils n’ont rien de bio, rien d’ « écologique »). Il est ainsi devenu tout à coup rentable de remplacer des cultures destinées à l’alimentation humaine par des cultures de fourrage et d’oléagineux ou de détourner une partie de la récolte de grains (mais, blé…) vers la production d’agrocarburants. Il en a résulté une réduction de l’offre d’aliments sur le marché mondial et de ce fait une augmentation des prix au niveau mondial.
D’autre part, depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2007 aux Etats-Unis et par ricochet au reste du monde, la spéculation des grands investisseurs (fonds de pension, banques d’investissement, hedge funds…) s’est déplacée vers les marchés où se négocient les contrats des denrées alimentaires de base – en particulier 3 bourses américaines spécialisées dans le marché à terme de grains : Chicago, Kansas City et Minneapolis-.
Les pays en développement – du fait des politiques imposées par le FMI et la Banque mondiale depuis la crise de la dette qui les a privé de toute forme de protection indispensable – se sont trouvés particulièrement vulnérables. En effet, ces politiques ont conduit à la réduction des surfaces destinées aux cultures vivrières, à la spécialisation dans un ou deux produits d’exportation, à la disparition des systèmes de stabilisation des prix, à l’abandon de la production autosuffisante de céréales et à la réduction de leurs réserves, à l’affaiblissement des économies du fait d’une extrême dépendance des marchés mondiaux, d’une forte réduction des budgets sociaux, de la suppression des subventions aux produits de base, de l’ouverture des marchés qui aboutit à la mise en concurrence injuste des petits producteurs locaux avec les multinationales… Maîtres dans l’art du pillage, les institutions mises en cause reconnaissent certaines erreurs pour mieux rester au centre du jeu international. Alors qu’elles ont commis le crime d’imposer un modèle économique qui a délibérément privé les populations pauvres des protections indispensables et les a laissé à la merci des spéculateurs les plus sauvages un timide mea culpa dans un document semi confidentiel ne peut évidemment suffire.
Selon la FAO, la situation s’est améliorée en 2010 |5| mais il est clair que l’Objectif 1 des OMD ne sera pas atteint en 2015.
Après avoir rapidement analysé les causes de la crise alimentaire de 2007-2008, il est pertinent de citer Fantu Cheru, expert indépendant de la Commission des droits humains des Nations unies à Genève qui déjà en 1999 écrivait :
« L’ajustement structurel va au-delà de la simple imposition d’une série de politiques macro-économiques au niveau national. Il s’agit d’un projet politique, une stratégie de transformation consciente de transformation sociale au niveau mondial pour façonner le monde selon les desideratas des entreprises transnationales. Les programme d’ajustement structurel servent donc de « courroies de transmission » pour faciliter le processus de mondialisation par la libéralisation et la déréglementation et en réduisant la fonction de l’Etat dans le développement national |6|. »
III. Il ne faut pas croire que ces politiques ont été abandonnées. Même si la Banque mondiale et le FMI affirment qu’elles ont remplacé les recettes du consensus de Washington par d’autres politiques, les faits démentent ces affirmations. Tant ces institutions que l’OCDE continuent les mêmes recommandations qui sont bien souvent des impositions. Ca a été y compris le cas en Haïti |7| ou au Pakistan |8| en 2010, pays dont les citoyens ont été très durement affectés par des catastrophes naturelles. Le FMI continue également d’appuyer des dictatures : en septembre 2010 il a décidé d’octroyer un crédit de 192 millions de dollars au régime dictatorial du Honduras.
IV. La crise économico-financière internationale de 2007 est-elle derrière nous ? Il y a trois facteurs qui allègent le poids de la crise pour les Pays en développement. Ces trois facteurs qui peuvent se dégrader rapidement sont : 1. les prix élevés des matières premières (d’où découle le haut niveau des réserves internationales) ; 2. de bas taux d’intérêt et des primes de risque pays également basses ; 3. des flux de capitaux vers les bourses des pays émergents.
Lorsque les banques centrales des principaux pays industrialisés (Réserve fédérale des Etats-Unis, Banque centrale européenne, Banque d’Angleterre, Banque du Japon) décideront d’augmenter les taux d’intérêt, cela fera brutalement augmenter le coût de refinancement de la dette externe des pays en développement et les prix des matières premières pourraient chuter car le prix est aujourd’hui dépendant de l’immense liquidité monétaire internationale et de la spéculation. De plus, si l’économie chinoise entre en crise, cela pourrait également produire une chute des prix des matières premières.
V. Il est nécessaire de revenir aux recommandations contenues dans la Déclaration sur le droit au développement adoptée par l’Assemblée générale le 4 décembre 1986 dans sa résolution 41/128. Il est nécessaire d’agir tant au niveau de la Communauté internationale que chaque Etat souverain (qui peut prendre des mesures unilatérales basées sur le droit international). L’article 1 de la Déclaration des Nations unies sur le droit au développement stipule ce qui suit : 1.2. « Le droit humain au développement implique également la pleine réalisation du droit des peuples à l’auto-détermination qui inclut selon les dispositions relatives aux deux Pactes internationaux sur les droits humains, l’exercice de leur droit inaliénable à la pleine souveraineté sur toutes leurs richesses et ressources naturelles ». L’article 8 précise « Il faut réaliser les réformes économiques et sociales adéquates afin d’éradiquer toutes les injustices sociales ».
VI. Recommandations ou alternatives concrètes qui peuvent être mises en place soit par la communauté internationale soit par les Etats souverains.
-  Les taxes globales : un exemple de celles-ci serait la taxe de type Tobin (sur les transactions financières).
-  Augmenter l’aide au développement pour atteindre 0,7% du PIB des pays les plus industrialisés (en 2010, les pays de l’OCDE y dédie 0,35% soit la moitié de leur engagement ; il s’agit de plus d’un chiffre très surévalué) et la convertir en un fonds de réparation pour les dommages causés aux peuples du Sud pendant les 5 derniers siècles de pillage et de domination de la part des puissances du Nord.
-  Adopter une nouvelle discipline financière en interdisant les transactions avec les paradis fiscaux.
-  Appliquer dans chaque pays une réforme fiscale redistributive.
-  Rendre aux peuples du Sud les biens mal acquis par les élites dominantes de ces pays qui les ont placés dans les pays du Nord et les paradis fiscaux.
-  Réduire drastiquement les dépenses d’armement et investir les sommes épargnées dans des politiques sociales.
-  Réaliser des audits de la dette publique pour déterminer la partie illégitime et l’annuler ou la répudier. La Norvège a en 2006 annulé unilatéralement la dette de 5 pays du Sud ( Equateur, Pérou, Jamaïque, Egypte et Sierra Leone). La Norvège a considéré que les crédits octroyés n’ont pas servi au développement de ces 5 pays, elle a reconnu qu’ils ont été octroyés en réalité pour aider l’industrie norvégienne de construction et d’exportation de bateaux. L’Equateur a 2007 institué une commission d’audit intégral sur la dette publique interne et externe (dont j’ai fait partie) qui a travaillé de juillet 2007 à septembre 2008. Sur base des conclusions de l’audit, l’Equateur a décidé de suspendre unilatéralement le paiement de 3,2 milliards de dollars de dette sous forme de bons et a ainsi pu économiser plus de 2 milliards de dollars.
-  Se doter de nouvelles institutions au niveau régional : l’exemple de la Banque du Sud
-  Il est de plus nécessaire de remplacer les institutions comme la Banque mondiale et le FMI par des institutions véritablement démocratiques respectant la Charte des Nations unies et tous les pactes et traités internationaux relatifs aux droits humains.
-  Récupérer le contrôle sur les ressources naturelles
-  Réaliser une réforme agraire en distribuant les terres à celles et ceux qui les travaillent et en garantissant la souveraineté alimentaire.
La crise climatique en cours affecte et affectera tous les peuples mais spécialement ceux du Sud de la planète. Il faut s’inspirer des conclusions du sommet des peuples sur le changement climatique qui s’est tenu à Cochabamba en avril 2010 à l’initiative du gouvernement bolivien.
Oui il est possible d’éradiquer la pauvreté et l’injustice mais à l’intérieur d’un nouvel ordre international et avec un autre modèle de développement respectueux de la nature.
New York, le 15 septembre 2010

Notes

|1| Voir http://www.un.org/webcast/2010.htlm, 15 september 10, Special Event : Interactive debate on Democracy and the Millennium Development Goals. [Webcast : Archived Video - English : 2 hours and 31 minutes] [Webcast : Archived Video - Original Language : 2 hours and 31 minutes ] La présentation d’Eric Toussaint commence a 1h34 du début de la session jusqu’à 2h01. Voici en anglais le programme complet de cette spéciale de l’assemblée générale de l’ONU : • Introductory statement by the President of the General Assembly, Mr. Joseph Deiss. •Introductory statement by the Secretary General of the United Nations, Mr. Ban Ki Moon. • Introductory statement by the Chairman of the International Conference of New or Restored Democracies, Ambassador Jorge Valero, Permanent Representative of the Bolivarian Republic of Venezuela to the United Nations. •Statement by the Associate Administrator of the United Nations Development Program (UNDP), Ms. Rebeca Grynspan. • Statement by the Permanent Observer of the Inter-parliamentary Union, Ambassador Anda Filip. •Presentation by Dr. Juan Carlos Monedero, Director of the Latin American School of Government, Public Policy and Citizenship (Complutense University of Madrid). •Presentation by Dr. Eric Toussaint, founder of the World Social Forum and President of the Committee for the Abolition of Third World Debt. •Questions, answers and statements. •Summary statement by Mr. Luis Bonilla Molina, President of the Miranda International Center, Caracas, Venezuela
|2| La Chine et l’Inde ne sont pas des modèles. Voir Eric Toussaint « L’envers des miracles chinois et indien » http://www.cadtm.org/L-envers-des-m... et aussi Damien Millet et Eric Toussaint « La Banque mondiale découvre d’un coup 400 millions de pauvres en plus » http://www.cadtm.org/La-Banque-mond...
|3| Pour plus d’infos voir Eric Toussaint http://www.cadtm.org/Banque-du-Sud-... en particulier le point 2.C. Voir aussi « Il faut une Banque du Sud » http://www.cadtm.org/Il-faut-une-Ba...
|4| Voir Damien Millet et Eric Toussaint « Retour sur les causes de la crise alimentaire » http://www.cadtm.org/Retour-sur-les... et Eric Toussaint http://www.cadtm.org/Une-fois-encor...
|5| http://www.fao.org/docrep/012/al390...
|6| Extrait du rapport présenté par l’expert indépendant Fantu Cheru présenté conformément aux décisions 1198/102 et 1997/103 de la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève en 1999 http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UN...
|7| Le CADTM dénonce le prêt du FMI et exige que les créanciers versent des réparations pour Haïti http://www.cadtm.org/Le-CADTM-denon...
|8| Damien Millet, Sophie Perchellet, Eric Toussaint http://www.cadtm.org/Inondations-et...

P.-S.

Traduction : Virginie de Romanet
http://www.alterinfo.net/Intervention-d-Eric-Toussaint-aux-Nations-unies-sur-les-Objectifs-du-Millenaire-pour-le-Developpement-OMD_a50092.html

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