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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 07:24

http://www.ecoblogique.fr/index.php?post/2008/03/15/tre

Les sept familles de l'écologie

Les précurseurs


Henry D. Thoreau
l’idéalisation de la vie sauvage (1817-1862)

Étudiant à Harvard, admirateur du philosophe Ralph W. Emerson, il se retire à Concord (Massachusetts) où il construit la cabane dans laquelle ses méditations aboutissent au livre fameux, Walden ou la Vie dans les bois (1854). De cet ouvrage culte, on peut retenir sa spiritualité sans religion, son combat contre l’esclavage et pour la désobéissance civile, mais aussi son engagement pour la promotion des parcs nationaux américains et leur devise qui lui est empruntée : « La vie sauvage est le salut du monde. »

George Perkins Marsh
pionnier de l’écologie politique (1801-1882)

Il est l’auteur d’un monument de la pensée écologique et géographique : Man and Nature or Physical Geography as Modified by Human Action (1864), réédité huit fois aux États-Unis jusqu’en 1914, tombé dans l’oubli, puis redécouvert par Lewis Mumford en 1924. Écrit à l’époque où se consolide la modernité, il pose les fondements écologiques de son dépassement. Le fait que G.P. Marsh soit inclassable dans les disciplines académiques traditionnelles fait justement de cet ouvrage la préfiguration de ce que sera au XXe siècle l’écologie politique.

Elisée Reclus
le géographe anarchiste (1830-1905)

Cet immense géographe connu pour sa Géographie universelle (1875-1894) fut condamné à la déportation pour son soutien à la Commune de Paris. Cette peine fut commuée en bannissement grâce à l’initiative de Charles Darwin et l’intervention des plus grands noms de la science. Il est l’auteur de plusieurs textes remarquables soutenant que les progrès des sociétés ne sauraient être acquis aux dépens de la Terre qui est leur demeure. Conclusion de l’article « Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes », La Revue des deux mondes, 15 mai 1866 : «  Quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s’en repentir… Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la Terre nourricière. »

Ernst Haeckel
l’inventeur de l’écologie (1834-1919)

C’est l’inventeur du mot « écologie » (1867), connu comme biologiste vulgarisateur des idées de C. Darwin en Allemagne. Athée convaincu, il fut aussi membre influent de la Ligue moniste. La philosophie moniste souligne que les êtres vivants et le monde physique sont faits de la même matière et que le monde vivant doit servir de modèle aux sociétés humaines. E. Haeckel est donc non seulement l’inventeur de l’écologie scientifique, mais aussi le premier scientifique à prétendre donner ses fondements théoriques à l’écologisme. Il croit à une réforme politique fondée sur la connaissance scientifique des rapports de l’homme à la nature dans le respect fondamental de la beauté et de l’ordre de la nature qui y règnent.

Wladimir Vernadsky
promoteur de la biosphère (1863-1945)

Minéralogiste d’origine ukrainienne, il s’éloigne des tourmentes postrévolutionnaires de l’URSS en 1922 pour se rendre à Paris, où il donne à la Sorbonne des séminaires notamment fréquentés par le jésuite Pierre Teilhard de Chardin. Des contacts suivis sont établis avec Le Muséum et surtout avec le laboratoire de Marie Curie où il se consacre à l’étude des minéraux radioactifs. De retour en Union soviétique à l’âge de 63 ans, il y sera jusqu’à sa mort un infatigable bâtisseur de la science soviétique. La Biosphère, son œuvre majeure, est publiée en 1926.



Les penseurs de l'écologisme


Ivan Illich et la critique radicale du monde moderne (1926-2002)

Il fonde en 1966, à Cuernavaca au Mexique, le Centre international de documentation culturelle (Cidoc), bientôt foyer mondial de la critique radicale de la société industrielle et de ses institutions. Pour I. Illich, la contre-productivité des institutions modernes détruit impitoyablement le lien social. L’industrie automobile, les transports, les communications, le secteur de l’éducation ou de la médecine écartent définitivement leurs usagers des fins pour lesquelles elles avaient été conçues… L’exemple des transports est de ce point de vue exemplaire : « L’Américain moyen en donne quatre à sa voiture, qu’il l’utilise ou gagne les moyens de le faire… » (Énergie et Équité, 1973). Au final, il dépense 1 600 heures chaque année pour parcourir 10 000 kilomètres… Ce qui représente une moyenne de six kilomètres à l’heure. Récusant la suprématie mutilante du marché, I. Illich oppose à ceux qui croyaient aux promesses du développement ses effets délétères avec le passage de la pauvreté à la misère matérielle et morale. Au-delà d’un certain seuil, la production sans cesse accrue de marchandises ou de services devient un objet d’aliénation. Le modèle productif devient contre-productif. C’est à ce titre que la pensée d’I. Illich demeure une source d’inspiration profonde pour la critique de la société industrielle portée par les remises en cause brouillonnes du mouvement écologique, à l’état natif dans les années 1960.

Murray Bookchin
l’anarcho-écolo (1921-2006)

Ce militant et essayiste américain, inventeur du municipalisme libertaire et de l’écologie sociale, a été le théoricien le plus radical de la décentralisation politique comme condition de l’avènement d’une société écologique. Les idées de M. Bookchin, inspirées d’une nouvelle vision philosophique des rapports entre l’homme et son environnement, sont reprises dans ses ouvrages publiés à partir des années 1970 et notamment dans Pour une société écologique.

Voir le site de l’Institute for Social Ecology, fondé par M. Bookchin www.social-ecology.org

André Gorz et l’écologie libératrice (1923-2007)

Un des pionniers de l’écologie politique en France et en Europe. Partant d’une réflexion sur le travail et la consommation dans le capitalisme, il écrit dès 1975 Écologie et Liberté. Avec la critique des besoins, l’écologie pousse en retour à approfondir la critique du capitalisme. Selon A. Gorz, l’écologie n’acquiert toute sa charge critique que si les dévastations de la planète et la destruction des bases vitales de l’humanité sont comprises comme les conséquences d’un mode de production. D’où la nécessité d’une critique des techniques dans lesquelles s’incarne la domination sur les hommes et la nature. Cette critique est essentielle à la conception de l’éthique écologique de la libération. La réflexion d’A. Gorz s’approfondit avec l’analyse du capitalisme cognitif, qui fonde sa domination sur l’asservissement de l’intelligence à des fins étrangères à l’humain : il s’agit d’abolir la nature dans la perspective de la création de nouvelles espèces posthumaines.

Jacques Ellul et la simplicité volontaire (1912-1994)

Toute sa vie, il s’est montré fidèle à la maxime « Penser globalement, agir localement ». À l’issue d’une réflexion entreprise avec Bernard Charbonneau sur la disparition du monde rural au profit d’une normalisation croissante de l’humanité sous l’emprise de la technique, il publie en 1954 La Technique ou l’Enjeu du siècle. Remarqué par Aldous Huxley, il connaîtra une belle notoriété dans les universités américaines. Avec B. Charbonneau, il anime une réflexion d’inspiration personnaliste et libertaire qui fera de ces deux penseurs originaux les précurseurs de l’écologie politique.



Les écophilosophes


Aldo Leopold
le sage forestier (1887-1948)

Il a consacré sa vie à la protection de la nature. Écrit au crépuscule de sa vie et publié en 1949, l’Almanach d’un comté des sables est devenu au long des années pour la jeunesse américaine « le bréviaire de la foi nouvelle dans l’équilibre de la vie » selon J.M.G. Le Clézio dans la préface qu’il en a écrite pour l’édition française.

Hans Jonas
l’éthique du futur (1903-1993)

Élève d’Edmund Husserl et Martin Heidegger, il s’est fait connaître, bien au-delà du cercle des philosophes, par son éthique pour l’âge technologique développée dans son œuvre majeure Le Principe Responsabilité (1979).

Arne Naess
le père de l’écologie profonde (1912-2009)

Le philosophe norvégien est passé de Baruch Spinoza à Mohandas Ghandi pour déboucher sur une vision radicale de l’écologie, qui met la nature et non l’homme au centre et n’accorde aucune priorité à l’humain dans la défense des droits des espèces vivantes.

Edgar Morin
la pensée complexe (né en 1921)

De la critique de l’enfermement disciplinaire des sciences jusqu’à l’appel de la transdisciplinarité, de celle du cloisonnement de nos mondes vécus jusqu’à la réflexion menée Pour une politique de civilisation (Arlea, 1997, rééd. 2008), la philosophie d’E. Morin, construite à partir et autour de la grande idée de Terre Patrie, est en constant dialogue avec l’écologie, dans sa double acception, scientifique et politique.

John Baird Callicott
l’éthique environnementale (né en 1941)

Philosophe américain, il est le pionnier mondial de l’éthique environnementale, dans la tradition inaugurée aux États-Unis par Aldo Leopold. Ses recherches actuelles portent sur la question du passage d’une « éthique de la terre » à celle d’une « éthique de la Terre » (nuance difficile à comprendre). Son projet, que l’on a quelquefois apparenté au spinozisme, serait donc de soumettre la puissance de la conscience humaine au monde naturel, pris non dans le sens d’un ordre naturel, mais dans celui de la diversité du vivant et des paysages.

Vittorio Hösle
l’idéaliste critique (né en 1960)

L’élève se nourrit de la réflexion de son maître H. Jonas. Loin de toute mièvrerie moralisante, V. Hösle ouvre la réflexion philosophique à une pensée transdisciplinaire qui dépasse le clivage académique et archaïque entre sciences sociales et naturelles. L’option philosophique de V. Hösle est non seulement un choix théorique, mais se fonde consciemment sur l’examen critique des mécanismes économiques, politiques et culturels qui structurent en profondeur l’évolution de nos sociétés. Tel est le point de départ de toute alternative…



Experts et décideurs


Le GIEC, Comité mondial des climatologues

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été mis en place en 1988, à la demande du G7 (groupe des 7 pays les plus riches : États-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande Bretagne, Canada, Italie), par l’organisation Météorologique mondiale et par le Programme pour l’environnement des Nations unies. Cet organisme, aujourd’hui présidé par l’Indien Rajendra Pachauri, a pour mission de synthétiser les travaux menés dans les laboratoires du monde entier : il examine la littérature scientifique sur l’influence que l’homme a sur le climat. Les rapports qu’il produit permettent d’établir régulièrement un bilan climatique et d’orienter les décisions politiques au niveau mondial.

Si sa crédibilité a récemment été mise à mal en raison de soupçon sur la fiabilité de certains résultats, la très grande majorité des scientifiques reconnaissent la valeur de son travail.

 

Les experts européens

La direction générale de l’Environnement, est une des 40 directions générales (DG) de la Commission européenne. Son rôle consiste à proposer et à définir de nouvelles lois dans le domaine de l’environnement et à veiller à l’application des mesures adoptées. Installée à Bruxelles, employant plus de 500 personnes, cette administration veille à l’application de la législation environnementale dans chacun des 27 pays, et représente l’Union au niveau international. En mars 2010, par la voix de Janez Potocnik, le commissaire européen de l’Environnement, la direction générale de l’Environnement a menacé une douzaine de pays de l’UE de poursuites et de sanctions pour manquements à leurs obligations environnementales : de l’Espagne coupable d’avoir laissé s’accumuler 120 tonnes de déchets industriels dans l’estuaire de Huelva, à l’Irlande qui ne respecte pas les normes environnementales dans plusieurs projets d’irrigation et de drainage des eaux.

 

La « green dream team » de Barack Obama

Déclarant lors de son investiture : «  Aujourd’hui plus que jamais, la science détient la clé de notre survie en tant que planète et de notre sécurité et de notre prospérite en tant que nation », B. Obama s’est entouré d’un groupe de scientifiques reconnus.

Steven Chu, prix Nobel de physique 1997, il a pour mission de créer 2,5 millions de nouveaux emplois dans les technologies « vertes » et d’engager les États-Unis sur la voie de l’indépendance énergétique. Il est par ailleurs reconnu pour son action en faveur des énergies nouvelles et renouvelables.

Carol Browner, ancienne dirigeante de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) durant l’ère de Bill Clinton. Elle est à l’origine d’une loi qui instaure des contrôles stricts de la présence de pesticides dans la nourriture. Proche d’Al Gore, elle coordonne les politiques menées en matière d’énergie et de changement climatique dans l’administration Obama

John Holdren, militant de la non-prolifération nucléaire, membre de l’Académie nationale des sciences et directeur du Woods Hole Research Center, il a été en 2006 le président de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS). Il est le principal conseiller de B. Obama en matière de sciences et de technologie.

Jane Lubchenco, biologiste marine de l’université d’Oregon, elle dirige l’Administration des océans et de l’atmosphère (NOAA). Elle a pour principale mission de suivre l’évolution climatique planétaire et de faire des prévisions sur les tempêtes et ouragans.



Les sceptiques


Richard Lindzen
la contestation de l’origine humaine du réchauffement (né en 1940)

C’est une recrue de poids pour les sceptiques puisqu’il est un climatologue mondialement reconnu pour ses travaux par la communauté scientifique, qu’il travaille au prestigieux Massachusetts Institute of Technology, et est ancien membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dont il a démissionné en 2001. Il conteste globalement les conclusions alarmistes du Giec, la responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement climatique.

Bjorn Lomborg
l’écologie au crible des statistiques (né en 1965)

Publié au Danemark en 1998, l’épais volume L’Écologiste sceptique est devenu rapidement un best-seller international. Il a sonné le début de la réaction sceptique. Son auteur, professeur de statistiques, se présente comme un ancien écologiste, sympathisant de Greenpeace et qui a changé d’avis. Dans son livre, B. Lomborg passe au crible les théories en vogue sur le réchauffement, la surpopulation, la déforestation, l’extinction de la biodiversité ou le manque d’eau.

Claude Allègre
polémiste éruptif 

Le géologue Claude Allègre n’aime pas le politiquement correct et se délecte dans la chasse aux vaches sacrées (comme le « mammouth » de l’Éducation nationale). Aux arguments scientifiques, il ajoute les attaques personnelles : n’hésitant pas à dénoncer les intérêts personnels des Al Gore ou Nicolas Hulot, pour qui le message écologique serait devenu un marché juteux. Son dernier pamphlet : L’Imposture écologique ou la Fausse écologie (Plon, 2010). Le géologue Vincent Courtilot, ancien assistant de Claude Allègre, a enfourché la même bataille.

Benoît Rittaud
pourfendeur des « carbocentristes »

Mathématicien, maître de conférences à l’université Paris-XIII, B. Rittaud reprend dans Le Mythe climatique (Seuil, 2010), les grands thèmes anticatastrophistes en critiquant la pertinence des modèles, la fragilité des statistiques moyennes de l’évolution du climat, qui n’ont selon lui pas grand sens.

Christian Gerondeau
le dénonciateur véhément (né en 1937)

Auteur de CO2, un mythe planétaire (Toucan, 2009). Le « paradoxe Gerondeau » s’énonce ainsi : qu’on le veuille ou non, les réserves de pétrole vont s’épuiser. Ce n’est qu’une question de temps. Car on ne peut pas croire que l’on va arrêter d’en consommer. L’augmentation des émissions de CO2 est donc inéluctable et n’est qu’une question de rythme. Mais peu importe : car il n’en résultera aucune catastrophe. C. Gérondeau, déjà auteur d’Écologie, la grande arnaque (2007) se présente comme un « expert indépendant ». Petite précision : il est aussi président de la Fédération française des automobile clubs.



Les prophètes


Rachel Carson
L’écologie devient populaire (1907-1964)

Cette biologiste américaine se révèle écrivain populaire remarquable. Silent Spring (1962), identifiant les pesticides à de véritables biocides, est traduit dans le monde entier et associe définitivement son nom à celui du mouvement écologiste naissant. Dans son ouvrage traduit en France en 1963 sous le titre Le Printemps silencieux, Rachel Carson ouvrait la piste « d’une autre route », universellement reprise par les mouvements écologistes depuis un demi-siècle.

René Dumont
contre le capitalisme (1904-2005)

Connu comme l’agronome de la faim, en se portant candidat à l’élection présidentielle de 1974, il apporte à l’écologie politique française une coloration radicale, tiers-mondiste et anticapitaliste. Il pose les conditions d’une réorientation radicale de la société française dans son ouvrage L’Utopie ou la Mort (1973).

Nicolas Hulot et l’urgence climatique (né en 1955)

Il est surtout connu comme producteur des émissions « Ushuaïa », consacrées à la mise en valeur des beautés de la planète et aux dégradations qui la mettent en péril. À partir de sa Fondation pour la nature et l’homme, créée en 1990, il s’engage activement dans le combat écologique en France.

Al Gore
L’ex-futur président (né en 1948)

Vice-président de Bill Clinton (1993-2001), candidat démocrate malheureux à la Maison Blanche en 2000, il se consacre à partir de 2004 à la cause écologique. Il est l’inspirateur et le personnage principal du documentaire An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange) qui montre avec clarté et sans erreur scientifique les effets délétères du réchauffement climatique. Il reverse l’intégralité du montant de son prix Nobel de la paix (obtenu en 2007 avec le Giec) à sa fondation, l’ACP (Action for Climate Protection).



Les décroissants


François Partant
à la recherche du monde idéal (1926-1987)

Banquier du développement, il a pris acte des aberrations des politiques de développement dans le tiers-monde. Il fut le premier à proposer l’idée d’un après-développement. Son livre La Fin du développement. Naissance d’une alternative ? (1982), après une critique sans concession de l’idéologie du progrès, théorise ce que pourrait être une alternative au vieux monde agonisant. Ses amis ont créé l’association La ligne d’horizon, chargée de poursuivre sa réflexion.

Serge Latouche
penseur de l’après développement (né en 1940)

Membre fondateur de La ligne d’horizon, professeur émérite d’économie à l’université Paris-XI, il a développé une théorie critique de l’orthodoxie économique, de l’utilitarisme dans les sciences sociales dans le cadre du MAUSS (Mouvement antiutilitariste dans les sciences sociales). Il est le théoricien reconnu de la décroissance, en France et en Europe, par ses ouvrages Faut-il refuser le développement ? (Puf, 1985) et surtout Le Pari de la décroissance (Fayard, 2006).

Paul Ariès
la décroissance entre en politique (né en 1956)

Le Sarkophage, il est l’un des théoriciens de la décroissance, notamment avec son dernier ouvrage La Simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance (La Découverte, 2010), qui met à mal les idéologies du progrès et de la croissance qui colonisent notre imaginaire.

 

À LIRE AUSSI


http://www.scienceshumaines.com/les-sept-familles-de-l-ecologie_fr_25622.html

 

 

 

 

POURQUOI NOUS REFUSONS L’ÉCOLOGISME BENÊT D’ARTHUS-BERTRAND



Par Aurélien Bernier, secrétaire national du M’PEP, auteur de « Ne soyons pas des écologistes benêts » (Mille-et-une-Nuits) ; Paul Ariès, directeur du Sarkophage, théoricien de la décroissance, auteur de « La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance » (La Découverte) ; Yann Fiévet, président d’Action consommation, auteur de « Le monde en pente douce » (Golias) ; Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale du Parti de gauche et conseillère régionale Rhône-Alpes, auteur de « L’écologie, un combat pour l’émancipation » (Bruno Leprince).

Tribune publiée dans le journal L’Humanité le 9 octobre 2010.




Quand l’écologie émergea dans le débat public au cours des années 1960 et 1970, elle fut d’emblée fortement politisée. L’économie productiviste, la répartition des richesses, les rapports Nord/Sud, la lutte pour la démocratie, la dénonciation des multinationales faisaient partie intégrante du discours des principaux mouvements. Aux États-Unis, le militantisme de Rachel Carson ou Barry Commoner eut des effets concrets sur la législation américaine, aboutissant à l’interdiction de produits chimiques ou à la création de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA). Les Nations Unies ne purent éviter de lier la question environnementale à la question sociale, et la notion d’écodéveloppement portait des revendications pour protéger la planète, mais également pour mieux répartir les richesses et partager le travail.

Puis vint le tournant de la mondialisation. Le capitalisme se fit néolibéral en se réorganisant à l’échelle planétaire, afin de bénéficier des coûts de production les plus faibles et de mettre en concurrence les salariés des économies industrialisées avec les salariés des pays émergents. Repris en main par les gouvernements, le discours sur l’état de la planète changea profondément de nature. Les chocs pétroliers furent l’occasion de réclamer aux citoyens des gestes responsables pour réduire leurs consommations, moins pour des raisons écologiques que pour limiter les déficits commerciaux. Le basculement dans l’écologie individuelle était amorcé. Après l’énergie, ce fut le tri des déchets afin de permettre le recyclage, avec là aussi des motivations liées au commerce extérieur. Puis, afin de lutter contre le changement climatique, le citoyen fut mis à contribution pour réduire ses gaz à effet de serre.

Le développement durable se substitua à l’écodéveloppement pour gommer toute revendication radicale et pour faire de chaque citoyen le responsable de la dégradation de la planète. Dans cette construction idéologique, le pollueur n’est plus l’industriel qui met sur le marché de futurs déchets, mais l’acheteur qui remplit sa poubelle. Ce n’est plus le fabricant d’un produit bon marché mais polluant, c’est le ménage à faible revenu qui ne prend pas la peine d’acheter "vert". Ce ne sont plus les multinationales responsables des délocalisations dans les pays où l’on peut polluer gratuitement, mais les salariés obligés de prendre leur voiture pour aller chercher un travail de plus en plus rare et donc de plus en plus éloigné de leur lieu d’habitation.

Bien-sûr, les comportements individuels doivent évoluer vers un plus grand respect de l’environnement. Il n’est pas question de le nier ni de sous-estimer l’évolution positive des mentalités. Mais l’objectif du discours dominant sur l’écologie vise tout autre chose : un véritable transfert des responsabilités.

Yann Arthus-Bertrand est-il naïf lorsqu’il porte l’image d’une écologie totalement dépolitisée, fondée sur le "tous coupables" et qu’il prétend dépasser les clivages gauche-droite avec les financements du groupe Pinault-Printemps-La Redoute ? Peut-être. En tout cas, la démarche est dangereuse. Sa dernière initiative, "10:10", fait songer à l’école des fans : tout le monde fait un geste et tout le monde gagne, avec une pensée émue pour les générations futures. La lutte contre le productivisme et l’économie capitaliste, pour la répartition des richesses et la relocalisation n’ont pas la moindre place dans son raisonnement.

Pourtant, le bilan écologique du capitalisme néolibéral est sous nos yeux. Entre 1997 et aujourd’hui, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont progressé d’environ 25%. La principale raison n’est pas le développement du marché intérieur des pays émergents, mais bien l’augmentation continue du commerce international, la surconsommation des pays riches et le renforcement des délocalisations. La dictature de la finance empêche quant à elle l’émergence d’activités réellement durables, basées sur des raisonnements de long terme. Et, lorsqu’il s’agit de lutter contre le changement climatique, la communauté internationale décide justement de confier aux fonds d’investissements un juteux marché des "droits à polluer", qui, de produits dérivés en manoeuvres spéculatives, nous emmène doucement mais sûrement vers un prochain krach boursier.

Loin des discours de Daniel Cohn-Bendit ou de Yann Arthus-Bertrand, l’écologie politique ne trouvera un avenir que dans une rupture franche et concrète avec le capitalisme néolibéral. Nous devons aborder les sujets qui fâchent. La répartition des richesses, avec par exemple un revenu maximum et une fiscalité de justice sociale. Le commerce international et la relocalisation de l’activité industrielle et agricole, avec des taxes écologiques et sociales sur les importations. L’asphyxie des marchés financiers, en commençant par la fermeture de la Bourse des droits à polluer. Autant de mesures qui vont à l’encontre des règles de l’Union européenne, de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international, qu’il faut impérativement dénoncer. Nous laissons donc à Yann Arthus-Bertrand et ses financeurs du CAC 40 la grande cause des lumières éteintes et des robinets fermés. Notre objectif se situe à l’opposé. Il s’agit de mettre de l’écologie dans la politique et, surtout, de mettre de la politique dans l’écologie.

http://www.m-pep.org/spip.php?article1930

 

 

.Décroissants : mouvement anti-consommation

http://www.capcampus.com/actualite-9/les-decroissants-a6774.htm

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