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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 01:10

"Une logique de « rentabilité » financière, incompatible avec la notion de santé pour tous, porte en lui le danger d’un véritable génocide « passif » des pauvres et des plus malades par exclusion du système".

Les urgences médicales de nuit, futurs mouroirs ?

 

 

L’actualité va si vite ces derniers temps, avec la droite qui multiplie les coups bas tous azimuts pour écraser nos vies tel un rouleau compresseur, que nous avons à peine le temps de réagir. L’affaire dont il est ici question date de juillet mais n’a été révélée que le 5 septembre dernier et met en scène un socialiste qui a bien mal tourné, Claude Évin, l’ancien ministre, photographié ci-contre avec son actuelle (calamiteuse) homologue de la Santé, Roselyne Bachelot, en train de rejouer la pièce « Embrassons-nous, Folleville ! ».  Le 24 octobre 2008, à propos de la loi portant le nom de cette dernière, dite aussi « Hôpital, patients, santé et territoires », nous reprenions un communiqué de l’association « Ensemble pour une santé solidaire » dont voici un extrait significatif : « L’État n’est plus le garant de la santé publique et du système solidaire, mais le complice de l’actionnariat privé et le fossoyeur du système solidaire et de l’hôpital public. « Plus que jamais, en ces périodes d’incertitude et de crise, nous devons protéger et mettre en valeur notre système solidaire, dont l’État est le garant », a dit Roselyne Bachelot. Le mouvement d’usagers et de professionnels « Ensemble pour une santé solidaire » dénonce la tromperie sur les objectifs, et les dangers en termes de santé, individuelle et collective, que représente cette loi. Tromperie, car la « longue concertation  » à la sauce Bachelot-Sarkozy, c’est « cause toujours tu m’intéresses  ». Tromperie car l’objectif véritable n’est pas de mieux soigner mais de sélectionner les malades

 

 

 

« rentables »… et donc de moins soigner les plus malades ! Tromperie car le but n’est pas de réduire les dépenses de santé mais bien au contraire de leur permettre d’augmenter… Supprimer la régulation par la puissance publique, c’est livrer au « marché » juteux de la santé et des soins une clientèle captive de gens prêts à tous les sacrifices pour se soigner.

 

Après la parution récente du rapport de l’OMS qui prouve le lien direct entre accès aux soins et espérance de vie ;  après la parution de chiffres qui montrent que les systèmes de santé livrés totalement au marché et à la logique de « rentabilité » comme aux USA sont directement responsables de la mort d’enfants, de femmes et d’hommes faute d’accès à des soins (110 000 morts/an aux USA) ; après les résultats de l’enquête du secours populaire qui fait apparaître au cours des derniers mois un recul important de l’accès aux soins (40% des français), ce projet, qui pousse encore plus loin une logique de « rentabilité » financière, incompatible avec la notion de santé pour tous, porte en lui le danger d’un véritable génocide « passif » des pauvres et des plus malades par exclusion du système. »  

 

Mais Claude Évin, lui, l’a trouvée formidable, cette loi, comme l’expliquait en substance Le Point : « il est aussi monté au créneau ces derniers mois pour défendre la loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires » de Roselyne Bachelot, un texte qui a fait l’objet de tirs croisés venant aussi bien de l’opposition politique que de la majorité. Tout en suggérant quelques améliorations, Claude Évin avait qualifié ce texte d’ « absolument nécessaire pour défendre l’hôpital public », jugeant qu’il était « loin d’être libéral » et qualifiant d’ « excessives » les critiques formulées par d’éminents médecins mobilisés contre la loi. » C’est vrai, ça : qui pourrait donc oser soupçonner de libéralisme une loi votée par les sarkozystes ? Un gauchiste « refusant les réalités », forcément, qui d’autre ? Parce que « There is no alternative » (Tina*)… Évin est un jaune, donc, pour faire court. La suite récompense-t-elle son ralliement ? Toujours est-il que le voilà nommé à la tête de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, créée par la loi Bachelot, un poste que Le Point compare à celui d’un « quasi-préfet de la santé » pour la Région.

 

Et l’on apprend donc le 5 septembre, dans Le Parisien, qu’Évin « plaide pour la réorganisation des services de nuit hospitaliers au nom de la sécurité des hôpitaux de jour. Pour Claude Évin, si « rien n’est arrêté » puisque le document de travail présenté début juillet peut encore être amendé lors des prochaines réunions de travail, sa « détermination à réorganiser en profondeur les gardes de nuit en Ile-de-France », elle, reste « absolue ». « Certains blocs opératoires tournent au ralenti, voire ont une activité nocturne quasi nulle », argumente le nouveau patron de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. Dans un contexte où la « ressource médicale se fait de plus en plus rare », si les médecins « sont mobilisés la nuit alors qu’il y a peu de travail, et prennent leur repos compensatoire le lendemain au moment où l’activité est forte, cela pose un vrai problème d’accès aux soins ». D’où l’idée de mutualiser les moyens la nuit, afin de « sécuriser davantage les hôpitaux la journée ». L’ancien ministre socialiste de la Santé entre 1989 et 1990 précise que les économies qui seraient réalisées au passage ne sont « pas prioritaires » au regard du «véritable enjeu : une bonne prise en charge des malades franciliens.» Tout cela est bel et bon. Mais comment croyez-vous qu’Évin entend

 

 

 

réaliser ce louable objectif affiché ? Réponse dans un autre article du Parisien, accrochez-vous : « en découvrant le 9 juillet, ce projet confidentiel, la plupart des participants à la réunion organisée par l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France ont eu un petit choc. Selon ce texte d’une quinzaine de pages que nous avons pu nous procurer et intitulé « Permanence des soins hospitaliers : organisation et financement », trop de blocs opératoires tournent au ralenti la nuit. L’ARS — présidée par le socialiste Claude Évin — propose donc une refonte drastique de l’organisation des hôpitaux, entre 18 h 30 le soir et 8 heures le matin, ainsi que le week-end et les jours fériés. « Un seul bloc devrait être ouvert pendant vingt-quatre heures dans chaque département », suggère carrément le texte. En clair ? Alors qu’actuellement entre 6 et 11 établissements par département assurent des urgences chirurgicales de nuit, demain si ce projet était adopté en l’état, il ne resterait qu’un seul établissement — appelé « tête de pont ». « Cette rationalisation doit aboutir à assurer un égal accès aux soins sur tout le territoire (…) et rendre le dispositif plus efficient », affirme le document. » Goûtez l’hypocrisie de la conclusion ! « C’est-à-dire moins cher », traduit Le Parisien. Alors, forcément, « Ensemble pour une santé solidaire » s’étrangle dans un communiqué publié sur le site de l’association : « Réduction drastique des services chirurgicaux de nuit : les Agences Régionales de Santé, mercenaires du gouvernement, s’occupent de liquider l’hôpital. (…) une réduction de 54 services de permanence nocturne à … 7 ! Un par département (qui comptent chacun de 1,2 à 1,5 millions d’habitants…). 

 

Comme d’habitude, les arguments invoqués semblent tout droit tirés du petit chaperon rouge… « C’est pour mieux te soigner mon enfant ». Sachant que, chaque année, entre 40 et 50 000 interventions chirurgicales de nuit –donc d’urgence- sont réalisées…  cela ferait une moyenne de 600 interventions par semaine et par établissement, pour les 7 restants. Presque 100 par nuit. » De la folie pure ! Une question nous laisse interdit : où s’arrêteront-ils ?

 

* « Il n’y a pas d’alternative », couramment résumé par l’acronyme anglais Tina, est l’éternel non-argument de la doxa libérale, récemment encore appliqué à l’inique réforme des retaites.

 

http://www.plumedepresse.net/?p=413

 

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