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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 23:41

 

Lettre du Maire indigné (4), suite et fin

 

L'île des naufragés (2)

La fable de "L'île des naufragés" fut l'un des premiers écrits par Louis Even et demeure l'un des plus populaires pour faire comprendre la création de l'argent.

medium_ile6a.gifElle montre comment une société riche en biens et valeurs physiques a besoin d'argent pour ses échanges et comment elle en vient à s'endetter inutilement.

Elle bouscule certaines idées préconçues que nous avons tous sur l'argent, les banques, la richesse et l'intérêt.

L'histoire sert d'introduction au concept de Crédit Social, mais elle peut également introduire l'écosociétalisme ou plus généralement aux moyens d'échanges alternatifs.

J'en profite pour recommander aux lecteurs anglophiles l'excellent Short Circuit: Strengthening Local Economics for Security in an Unstable World de Richard Douthwaite.

 

http://imago.hautetfort.com/archive/2007/02/index.html 

 

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10. Bienveillance du banquier


Martin devine leur état d'âme, mais fait bon visage. L'impulsif François

présente le cas:

— «Comment pouvons-nous vous apporter 1080 $ quand il n'y a que 1000 $

dans toute l'île?»

— «C'est l'intérêt, mes bons amis. Est-ce que votre production n'a pas

augmenté?»

— «Oui, mais l'argent, lui, n'a pas augmenté. Or, c'est justement de l'argent

que vous réclamez, et non pas des produits. Vous seul pouvez faire de l'argent.

Or vous ne faites que 1000 $

et vous demandez 1080 $. C'est impossible!»

— «Attendez, mes amis. Les banquiers s'adaptent toujours aux conditions,

pour le plus grand bien du public... Je ne vais vous demander que l'intérêt.

Rien que 80$. Vous continuerez de garder le capital.»

— «Vous nous remettez notre dette?»

— «Non pas. Je le regrette, mais un banquier ne remet jamais

une dette. Vous me devrez encore tout l'argent prêté.

Mais vous ne me remettrez chaque année que l'intérêt, je ne vous

presserai pas pour le remboursement du capital.

Quelques-uns parmi vous peuvent devenir incapables de payer

même leur intérêt, parce que l'argent va de l'un à

l'autre. Mais organisez-vous en nation, et convenez d'un

système de collection. On appelle cela taxer. Vous taxerez

davantage ceux qui auront plus d'argent, les autres moins.

Pourvu que vous m'apportiez collectivement le total de

l'intérêt, je serai satisfait et votre nation se portera bien.»

Nos hommes se retirent, mi calmés, mi-pensifs.


11. L'extase de Martin Golden


Martin est seul. Il se recueille. Il conclut:

courrier du maire au sénateur.doc Page 17 sur 20

«Mon affaire est bonne. Bons travailleurs, ces hommes,

mais ignorants. Leur ignorance et leur crédulité font ma

force. Ils voulaient de l'argent, je leur ai passé des chaînes.

Ils m'ont couvert de fleurs pendant que je les roulais.

«Oh! grand banquier, je sens ton génie de banquier s'emparer

de mon être. Tu l'as bien dit, illustre maître: "Qu'on

m'accorde le contrôle de la monnaie d'une nation et je me fiche

de qui fait ses lois". Je suis le maître de l'Ile des

Naufragés, parce que je contrôle son système d'argent.

«Je pourrais contrôler un univers. Ce que je fais ici, moi,

Martin Golden, je puis le faire dans le monde entier. Que

je sorte un jour de cet îlot: je sais comment gouverner le monde

sans tenir de sceptre.»

Et toute la structure du système bancaire se dresse dans l'esprit

ravi de Martin.


12. Crise de vie chère


Cependant, la situation empire dans l'Île des Naufragés. La

productivité a beau augmenter, les échanges

ralentissent. Martin pompe régulièrement ses intérêts. Il faut

songer à mettre de l'argent de côté pour lui. L'argent

colle, il circule mal.

Ceux qui paient le plus de taxes crient contre les autres et

haussent leurs prix pour trouver compensation. Les plus

pauvres, qui ne paient pas de taxes, crient contre la cherté

de la vie et achètent moins.

Le moral baisse, la joie de vivre s'en va. On n'a plus de

coeur à l'ouvrage. A quoi bon? Les produits se vendent mal;

et quand ils se vendent, il faut donner des taxes pour Martin.

On se prive. C'est la crise. Et chacun accuse son voisin de

manquer de vertu et d'être la cause de la vie chère.

Un jour, Henri, réfléchissant au milieu de ses vergers,

conclut que le «progrès» apporté par le système monétaire

du banquier a tout gâté dans l'Ile. Assurément, les cinq

hommes ont leurs défauts; mais le système de Martin nourrit

tout ce qu'il y a de plus mauvais dans la nature humaine.

Henri décide de convaincre et rallier ses compagnons. Il

commence par Jacques. C'est vite fait: «Eh! dit Jacques,

je ne suis pas savant, moi; mais il y a longtemps que je le sens:

le système de ce banquier-là est plus pourri que le

fumier de mon étable du printemps dernier!»

Tous sont gagnés l'un après l'autre, et une nouvelle entrevue

avec Martin est décidée.


13. Chez le forgeur de chaînes


Ce fut une tempête chez le banquier:

— «L'argent est rare dans l'île, monsieur, parce que vous nous

l'ôtez. On vous paie, on vous paie, et on vous doit

encore autant qu'au commencement. On travaille, on fait de

plus belles terres, et nous voilà plus mal pris qu'avant

votre arrivée. Dette! Dette! Dette par-dessus la tête!»

— «Allons, mes amis, raisonnons un peu. Si vos terres sont

plus belles, c'est grâce à moi. Un bon système bancaire

est le plus bel actif d'un pays. Mais pour en profiter, il faut

garder avant tout la confiance dans le banquier. Venez à

moi comme à un père... Vous voulez d'autre argent? Très bien.

Mon baril d'or vaut bien des fois mille dollars... Tenez,

je vais hypothéquer vos nouvelles propriétés et vous prêter

un autre mille dollars tout de suite.»

— «Deux fois plus de dette? Deux fois plus d'intérêt à payer

tous les ans, sans jamais finir?»

— «Oui, mais je vous en prêterai encore, tant que vous

augmenterez votre richesse foncière; et vous ne me rendrez

jamais que l'intérêt. Vous empilerez les emprunts; vous

appellerez cela dette consolidée. Dette qui pourra grossir

d'année en année. Mais votre revenu aussi. Grâce à mes prêts,

vous développerez votre pays.»

— «Alors, plus notre travail fera l'île produire, plus notre

dette totale augmentera?»

— «Comme dans tous les pays civilisés. La dette publique

est un baromètre de la prospérité.»


14. Le loup mange les agneaux


— «C'est cela que vous appelez monnaie saine, monsieur

Martin? Une dette nationale devenue nécessaire et

impayable, ce n'est pas sain, c'est malsain.»

— «Messieurs, toute monnaie saine doit être basée sur l'or

et sortir de la banque à l'état de dette. La dette

nationale est une bonne chose: elle place; les gouvernements

sous la sagesse incarnée dans les banquiers. A titre de

banquier, je suis un flambeau de civilisation dans votre île.»

— «Monsieur Martin, nous ne sommes que des ignorants, mais

nous ne voulons point de cette civilisation-là ici.

Nous n'emprunterons plus un seul sou de vous. Monnaie saine

ou pas saine, nous ne voulons plus faire affaire avec

vous.»

— «Je regrette cette décision maladroite, messieurs. Mais si vous

rompez avec moi, j'ai vos signatures.

Remboursez-moi immédiatement tout, capital et intérêts.»

— «Mais c'est impossible, monsieur. Quand même on vous

donnerait tout l'argent de l'île, on ne serait pas quitte.»

— «Je n'y puis rien. Avez-vous signé, oui ou non? Oui? Eh bien,

en vertu de la sainteté des contrats, je saisis toutes

vos propriétés gagées, tel que convenu entre nous, au temps

où vous étiez si contents de m'avoir. Vous ne voulez pas

servir de bon gré la puissance suprême de l'argent, vous

la servirez de force. Vous continuerez à exploiter l'île, mais

pour moi et à mes conditions. Allez. Je vous passerai mes

ordres demain.»


15. Le contrôle des média

(courrier du maire au sénateur.doc Page 18 sur 20)


Comme Rothschild, Martin sait que celui qui contrôle

le système d'argent d'une nation contrôle cette nation.

Mais il sait aussi que, pour maintenir ce contrôle, il faut

entretenir le peuple dans l'ignorance et l'amuser avec

autre chose.

Martin a remarqué que, sur les cinq insulaires, deux sont

conservateurs et trois sont libéraux. Cela paraît dans les

conversations des cinq, le soir, surtout depuis qu'ils sont

devenus ses esclaves. On se chicane entre bleus et rouges.

De temps en temps, Henri, moins partisan, suggère une

force  dans le peuple pour faire pression sur les

gouvernants... Force dangereuse pour toute dictature.

Martin va donc s'appliquer à envenimer leurs discordes

politiques le plus possible.

Il se sert de sa petite presse et fait paraître deux feuilles

hebdomadaires: «Le Soleil», pour les rouges; «L'Étoile»,

pour les bleus. «Le Soleil» dit en substance: Si vous n'êtes

plus les maîtres chez vous, c'est à cause de ces arriérés de

bleus, toujours collés aux gros intérêts.

«L'Étoile» dit en substance: Votre dette nationale est

l'oeuvre des maudits: rouges, toujours prêts aux aventures

politiques.

Et nos deux groupements politiques se chamaillent de plus

belle, oubliant le véritable forgeur de chaînes, le

contrôleur de l'argent, Martin.


16. Une épave précieuse


Un jour, Thomas, le prospecteur, découvre, échouée au fond

d'une anse, au bout de l'île et voilée par de hautes

herbes, une chaloupe de sauvetage, sans rame, sans autre trace

de service qu'une caisse assez bien conservée.

Il ouvre la caisse: outre du linge et quelques menus effets, son

attention s'arrête sur un livre-album en assez bon ordre, intitulé:

Première année de Vers Demain

Curieux, notre homme s'assied et ouvre ce volume. Il lit.

Il dévore. Il s'illumine:

«Mais, s'écrie-t-il, voilà ce qu'on aurait dû savoir depuis

longtemps.

«L'argent ne tire nullement sa valeur de l'or, mais des produits

que l'argent achète.

«L'argent peut être une simple comptabilité, les crédits

passant d'un compte à l'autre selon les achats et les ventes.

Le total de l'argent en rapport avec le total de la production.

«A toute augmentation de production, doit correspondre

une augmentation équivalente d'argent... Jamais d'intérêt

à payer sur l'argent naissant... Le progrès représenté, non pas

par une dette publique, mais par un dividende égal à

chacun... Les prix, ajustés au pouvoir d'achat par un coefficient

des prix. Le Crédit Social...»

Thomas n'y tient plus. Il se lève et court, avec son livre, faire

part de sa splendide découverte à ses quatre

compagnons.


17. L'argent, simple comptabilité


Et Thomas s'installe professeur:

«Voici, dit-il, ce qu'on aurait pu faire, sans le banquier,

sans or, sans signer aucune dette.

«J'ouvre un compte au nom de chacun de vous. A droite,

les crédits, ce qui ajoute au compte; à gauche, les débits,

ce qui le diminue.

«On voulait chacun 200 $ pour commencer. D'un commun

accord, décidons d'écrire 200 $ au crédit de chacun.

Chacun a tout de suite 200 $.

«François achète des produits de Paul, pour 10 $. Je retranche

10 à François, il lui reste 190. J'ajoute 10 à Paul, il

a maintenant 210.

«Jacques achète de Paul pour 8 $. Je retranche 8 à Jacques,

il garde 192. Paul, lui, monte à 218.

«Paul achète du bois de François, pour 15 $. Je retranche

15 à Paul, il garde 203; j'ajoute 15 à François, il remonte à 205.

«Et ainsi de suite; d'un compte à l'autre, tout comme des

piastres en papier vont d'une poche à l'autre.

«Si l'un de nous a besoin d'argent pour augmenter sa

production, on lui ouvre le crédit nécessaire, sans intérêt. Il

rembourse le crédit une fois la production vendue. Même

chose pour les travaux publics.

«On augmente aussi, périodiquement, les comptes de chacun

d'une somme additionnelle, sans rien ôter à personne,

en correspondance au progrès social. C'est le dividende national

L'argent est ainsi un instrument de service.


18. Désespoir du banquier


Tous ont compris. La petite nation est devenue créditiste.

Le lendemain, le banquier Martin reçoit une lettre signée

des cinq:

«Monsieur, vous nous avez endettés et exploités sans aucune

nécessité. Nous n'avons plus besoin de vous pour régir

notre système d'argent. Nous aurons désormais tout l'argent

qu'il nous faut, sans or, sans dette, sans voleur. Nous

établissons immédiatement dans l'île des Naufragés le système

du Crédit Social. Le dividende national remplacera la

dette nationale.

courrier du maire au sénateur.doc Page 19 sur 20

«Si vous tenez à votre remboursement, nous pouvons vous

remettre tout l'argent que vous avez fait pour nous, pas

plus. Vous ne pouvez réclamer ce que vous n'avez pas fait.

Martin est au désespoir. C'est son empire qui s'écroule. Les cinq

devenus créditistes, plus de mystère d'argent ou de

crédit pour eux.

«Que faire? Leur demander pardon, devenir comme l'un d'eux?

Moi, banquier, faire cela?... Non. Je vais plutôt

essayer de me passer d'eux et de vivre à l'écart.»


19. Supercherie mise à jour


Pour se protéger contre toute réclamation future possible,

nos hommes ont décidé de faire signer au banquier un

document attestant qu'il possède encore tout ce qu'il avait

en venant dans l'île.

D'où l'inventaire général: la chaloupe, la petite presse et...

le fameux baril d'or.

Il a fallu que Martin indique l'endroit, et l'on déterre le baril.

Nos hommes le sortent du trou avec beaucoup moins

de respect cette fois. Le Crédit Social leur a appris à mépriser

le fétiche or.

Le prospecteur, en soulevant le baril, trouve que pour de l'or,

ça ne pèse pas beaucoup: «Je doute fort que ce baril

soit plein d'or», dit-il.

L'impétueux François n'hésite pas plus longtemps. Un coup de

hache et le baril étale son contenu: d'or, pas une

once! Des roches — rien que de vulgaires roches sans valeur!...

Nos hommes n'en reviennent pas:

— «Dire qu'il nous a mystifiés à ce point-là, le misérable!

A-t-il fallu être gogos, aussi, pour tomber en extase

devant le seul mot OR!

— «Dire que nous lui avons gagé toutes nos propriétés pour

des bouts de papier basés sur quatre pelletées de

roches! Voleur doublé de menteur!»

— «Dire que nous nous sommes boudés et haïs les uns les autres

pendant des mois et des mois pour une

supercherie pareille! Le démon!»

A peine François avait-il levé sa hache que le banquier partait

à toutes jambes vers la forêt.


20. Adieux à l'Île des Naufragés


Nul n'a plus entendu parler de Martin depuis l'éventrement

de son baril et de sa duperie.

Mais, à quelque temps de là, un navire écarté de la route

ordinaire, ayant remarqué des signes d'habitation sur

cette île non enregistrée, a jeté l'ancre au large du rivage.

Nos hommes apprennent que le navire vogue vers l'Amérique.

Ils décident de prendre avec eux leurs effets les plus

transportables et de s'en retourner dans leur pays.

Ils tiennent, par-dessus tout, à emporter le fameux album

«Première Année de Vers Demain», qui les a tirés de la

griffe du financier Martin et qui a mis dans leur esprit

une lumière inextinguible.

Tous les cinq se promettent bien, une fois rendus dans

leur pays, de se mettre en rapport avec la direction de Vers

Demain et la belle cause du Crédit Social…… FIN


(courrier du maire au sénateur.doc Page 20 sur 20)

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