A Benghazi, l'insurrection colorée se délite

L’analyste de Chatham House spécialisée dans l’étude de l’Alliance atlantique avait été un des premiers experts de think tanks occidentaux à aborder publiquement la question du rôle d’Al Qaida au sein des « forces rebelles ». Elle est aujourd’hui la première à mettre les pieds dans le plat : les dirigeants politiques de l’Alliance ont abandonné leurs buts de guerre, officiels et officieux. Ils n’ont pas à proprement parler de stratégie de rechange, hormis la recherche d’une sortie de crise qui leur permette de garder la tête haute. À l’évidence, ce n’est plus simplement l’état-major français, mais aussi Londres qui s’inquiète de voir ses forces embourbées en Libye sans solution en vue.
La « protection des populations civiles » n’a jamais été qu’un slogan déconnecté de la réalité. Mais il n’est plus question pour l’OTAN de « changer le régime » à Tripoli, ni même de diviser le pays en deux États distincts ayant pour capitales Tripoli et Benghazi. Tout au plus Bruxelles espère obtenir un statut d’autonomie pour quelques enclaves.
Conscient du désastre politico-militaire, Washington cherche une sortie négociée, tout en faisant savoir que ce n’est pas parce que l’OTAN a perdu la guerre qu’elle doit arrêter ses bombardements. Le temps joue en notre faveur, affirment les émissaires états-uniens, tandis que le Conseil national de transition vide les comptes bancaires de la Jamahiriya gelés par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Quoi qu’il en soit, si Washington s’est trompé et ne parvient pas à rétablir la situation, c’est qu’il ne comprend rien au comportement des Libyens. Intoxiqués par leur propre propagande, les États-Unis croyaient avoir à faire à une dictature centralisée et verticale, ils découvrent un système horizontal et opaque dans lequel le Pouvoir est émietté, y compris l’autorité militaire. Ils rencontrent en diverses capitales de nombreux émissaires dont ils ne parviennent pas à mesurer la représentativité. Et par dessous tout, ils ne comprennent rien aux réactions de Mouammar Kadhafi, insaisissable, qui est —lui aussi— persuadé que le temps joue en sa faveur.
La stratégie occidentale était simple : profiter de la normalisation de la Libye et de son ouverture économique pour constituer une classe de golden boys et de technocrates libyens qui finiraient par préférer l’American Way of Life au Livre Vert. Une fois ce processus arrivé à maturité, la CIA a organisé les événements de Benghazi et leur déformation médiatique. Les Français et les Britanniques ont été mis en avant, avec leur discours humanitaire, en vue d’une possible action au sol qui eut nécessité de la chair à canon. Le Conseil national de transition a été créé en récupérant des membres américanisés de la classe dirigeante, en y ajoutant de vieux exilés organisés par la CIA depuis la chute de la monarchie, plus des combattants d’Al Qaida encadrés par une faction saoudienne.
Bien qu’hétéroclite en apparence, cette coalition repose sur l’histoire commune des individus qui la composent. La plupart ont travaillé pour les États-Unis depuis longtemps et ont changé plusieurs fois d’appartenance politique au gré des changements tactiques que leur ordonnait Washington. Beaucoup sont secrètement membres de la confrérie des Frères musulmans.
Fidèle au Livre vert, Mouammar Kadhafi a consciemment accentué cette fracture de classe en annonçant le 22 février la dissolution de plusieurs ministères et la distribution de leur budget à parts égales entre tous les citoyens (soit 21 000 USD par personne). Voyant le « Frère Guide » renouer avec son projet anarchisant, les privilégiés qui se sont enrichis durant l’ouverture économique ont pris peur. Certains ont choisi de fuir en Occident avec leur famille et leur magot, d’autres ont cru en une victoire rapide de l’Alliance atlantique et se sont ralliés au CNT, espérant gouverner la Libye de demain.
Pour réaliser cette insurrection colorée, Washington disposait d’une seule carte : le débauchage d’un des compagnons de Mouammar Kadhafi, le général Abdel Fatah Younes, ministre de l’Intérieur. C’est son retournement qui a rendu possible la transformation de cette opération de déstabilisation politique en aventure militaire. Or, l’assassinat du général Younes par ses rivaux, le 28 juillet 2011, provoque l’effondrement de « l’armée rebelle » et révèle le caractère artificiel du Conseil national de transition.
Il existe aujourd’hui plus de 70 groupes armés dits « rebelles ». Presque tous reconnaissaient l’autorité d’Abdel Fatah Younes, lequel tentait de les coordonner. Dès l’annonce de sa mort, chacun de ces groupes a repris son autonomie. Certains, qui ont créé leur propre gouvernement, tentent de se faire reconnaître par des États membres de la Coalition —notamment le Qatar— au même titre que le CNT. Chaque localité a son seigneur de la guerre qui veut la proclamer indépendante. En quelques jours, la Cyrénaique s’est « irakisée ». Le chaos est tel que le propre fils du général Younes, lors de ses obsèques, a appelé au retour de Kadhafi et du drapeau vert, seul moyen selon lui de rétablir la sécurité des populations.
Dès lors, il suffit d’écouter les interventions de Mouammar Kadhafi pour comprendre sa stratégie. Tandis que les rues de Benghazi se sont vidées, de gigantesques manifestations populaires sont organisées aux quatre coins de la Tripolitaine et du Fezzam pour conspuer l’OTAN. Le « Frère Guide » y intervient par haut-parleurs et dialogue avec la foule. Il explique qu’une trêve rapide se ferait au détriment de l’unité nationale, tandis que la poursuite de la guerre donne le temps de renverser le pouvoir illégitime du CNT et donc de préserver l’intégrité territoriale de la Libye. Le colonel Kadhafi, qui a déjà rallié à lui les tribus, entend maintenant rallier à lui les individus qui soutiennent encore le CNT. Dans ses interventions audio, il appelle ses concitoyens à se préparer à libérer les villes occupées. Il devront se déplacer en foule, sans armes, pour reprendre le contrôle des poches « rebelles » de manière non-violente.
Mouammar Kadhafi qui a déjà vaincu politiquement le pouvoir aérien de l’OTAN, pense pouvoir vaincre aussi politiquement au sol les « rebelles ».
Dans cette situation inextricable, où la plupart des protagonistes ne savent que faire, les réflexes tiennent lieu de pensée. Les partisans du Livre vert entendent profiter de la fuite des technocrates pour revenir aux fondamentaux de la Révolution ; ceux qui, autour de Saif el-Islam, croyaient pouvoir marier le kadhafisme et la globalisation négocient avec leurs amis occidentaux ; et l’OTAN bombarde une nouvelle fois, les sites qu’elle bombardait déjà hier, et avant-hier.
http://www.voltairenet.org/A-Benghazi-l-insurrection-coloree
http://www.alterinfo.net/A-Benghazi-l-insurrection-coloree-se-delite_a61812.html
PARIS (Reuters) - La France entend s'inscrire dans la durée pour mener des frappes en Libye et enverra des Rafales sur une base de l'Otan en Sicile, déclare le ministre français de la Défense Gérard Longuet.
Ce redéploiement vise à tenir compte du rapatriement probable du porte-avions Charles de Gaulle à l'automne pour cause de maintenance après dix-huit mois de mer, dit-il dans le Journal du dimanche (JDD).
Gérard Longuet souligne également que la base de l'Otan de Sigonella, en Sicile, n'est située qu'à 500 km de Tripoli alors que celle de Solenzara en Corse, d'où opèrent les autres avions français, est distante de 1.000 km.
Le ministre avait déjà évoqué le 20 juillet le probable retrait du groupe aéronaval, précisant que l'armée de l'air prendrait le relais, notamment à partir de la Crète et de la Sicile.
"Nous continuons à adapter de façon permanente notre dispositif, permettant à la fois de durer et de tenir compte des contraintes de maintien en conditions opérationnelles de nos équipements, qui pourraient nous amener à rapatrier le Charles-de-Gaulle après dix-huit mois de mer", explique-t-il dans le JDD.
"Et Sigonella est située à 500 km de Tripoli, contre 1.000 pour la Corse", ajoute le ministre.
Prié de dire si ce redéploiement indique que Paris s'installe dans la guerre, Gérard Longuet répond: "Nous affichons notre capacité à durer".
"Je ne suis pas ministre des Affaires étrangères, je ne gère pas la solution politique du conflit libyen. Ce que je sais en revanche, en tant que ministre de la Défense, c'est qu'à aucun moment, la contrainte militaire ne doit empêcher nos diplomates et nos politiques de rechercher une solution politique", dit-il.
"Nous nous inscrivons dans la durée et par ce biais, nous facilitons une solution négociée. Nous disons à Kadhafi que nous ne relâcherons pas notre pression et à ses opposants que nous ne les abandonnerons pas", ajoute-t-il.
Paris opère en Libye à partir du porte-avions Charles-de-Gaulle, avec à son bord une vingtaine d'aéronefs - notamment des avions de chasse Rafale et Super Etendard - de Crète et de la base aérienne de Solenzara.
En outre, des hélicoptères d'attaque interviennent depuis le début du mois de juin à partir du bâtiment de projection et de commandement français Tonnerre.
Pour Gérard Longuet, l'intervention en Libye a un coût mais il en "coûterait davantage de ne pas aller jusqu'au bout".
Le JDD soulignant que la guerre coûte chaque jour à la France 1,2 million d'euros, le ministre rétorque: "Nos moyens militaires n'ont pas vocation à animer des parades."
suite ici :
http://fr.news.yahoo.com/la-france-inscrit-lop%C3%A9ration-en-libye-dans-la-183919145.html
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Donc, personne ne sera surpris d'apprendre que son beau-frère s'appelle Vincent Bolloré... et qu'un autre, Didier Leroux, se trouve en Nouvelle-Calédonie. Le cacao, les mines du nickel et le ministre de la guerre. Une si simple affaire de "famille" à l'affiche.