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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 01:44
Guerre en Libye : Capitaux gelés, un vol « humanitaire »

par Bruno Amoroso

Le 26 mars 2011



Le dinar libyen


La nouvelle agression des puissances militaires occidentales contre la Libye et le monde arabe fournit quelques confirmations et quelques nouveaux enseignements. Parmi les conformations :  l’hypocrisie impérialiste  de l’Europe qui avec cette guerre enterre le partenariat euro-méditerranéen qu’elle avait proclamé ; la vocation toujours renaissante au colonialisme socialiste de la gauche européenne poussée par un instinct de chacal à pouvoir puiser dans le dividende politique des interventions militaires (la rhétorique nationaliste de l’hymne et du drapeau) pour faire tomber le gouvernement Berlusconi ; l’inutilité d’une Constitution qui comme c’est le cas aussi pour le « travail », la « participation » et l’ « équité sociale » (nous évitons le mot « justice » qui est trop déshonoré), révèle une fois de plus combien les déclarations de principe sur la « répudiation de la guerre » (art. 11 de la Constitution ) peuvent librement et impérieusement être étendues par le président de la république à des initiatives des organisations internationales vouées non pas à cette fin mais à légitimer des initiatives « de guerre ».

  

Mais les nouveautés les plus intéressantes se trouvent sur le plan de l’économie. Au cours des dernières années face à une situation économique et sociale aigue, face aux graves déficits démocratiques auxquels on a affaire en Europe, aux nombreux épisodes d’économie criminelle gérés par des systèmes financiers et bancaires nationaux et internationaux, on nous a expliqué de façon récurrente qu’on ne pouvait rien faire, parce que l’ « économie de marché » ne permet pas d’interventions sur les marchés et sur la finance : nous aurions épouvanté les marchés, les investissements.  Intervenir sur des institutions comme les bourses ou avec le contrôle politique démocratique des banques centrales, n’était même pas pensable, si ce n’est chez des utopistes comme Federico Caffè et quelques rares autres.

  

Qu’est-il arrivé avec la « crise libyenne », qui est en réalité un complot pour exproprier ce pays de ses propres richesses, tout comme ont été un complot les récentes crises financières ? Nous avons tout d’un coup découvert qu’on peut, techniquement et politiquement, exproprier et geler d’énormes capitaux investis dans des entreprises et déposés dans les banques en en définissant avec certitude la provenance, la localisation et les appartenances. Ceci aussi, évidemment, peut épouvanter les investisseurs publics et privés d’autres pays qui auraient déposé leurs capitaux dans les banques européennes. Mais on peut le faire. Et on l’a fait par « sentiment » de justice envers un groupe de révoltés d’une province d’un Etat ami desquels par ailleurs nous ne savons que très peu de choses (et ce que nous savons est inquiétant parce que manœuvré de l’étranger). Donc nous avons maintenant appris que l’Etat peut geler et exproprier des capitaux pour des raisons de « justice ». Par exemple pour protéger les citoyens grecs ou italiens des vols de la finance. Ou peut-être les millions d’Européens réduits à la misère ne méritent-ils pas la  même solidarité que les « insurgés de Bengazi » ?

  

Mais nous avons appris beaucoup plus grâce à l’engagement opéré par un économiste connu, Alberto Quadrio Curzio, sur le Corriere della Sera (20 mars 2011, p. 34). Selon l’économiste la guerre offre de grandes perspectives de bien-être aux pays arabes si bien que le sommet qui a décidé la guerre a aussi prévu de grands projets économico financiers pour le Moyen Orient, avec un « Programme de Démocratie et de Prospérité ». Etrange parce que c’est depuis 1995, avec l’Accord de Barcelone avec les pays arabes, qu’on parle de prospérité partagée mais on n’a jamais trouvé de sous.

 



Alberto Quadrio Curzio

Mais il semble que maintenant on peut en trouver. Voyons comment. Gelons, comme nous l’avons fait pour l’argent de la Libye, les capitaux des pays arabes et mettons-les dans une belle Banque pour le Développement (c’est la proposition ici simplifiée), que, quand même, nous administrons nous à Rome ensemble avec les gouvernements arabes amis (je ne simplifie pas). Et ainsi, de cette gestion « commune » du pétrole des arabes, des sous des arabes et de leurs marchés nous créerons une zone de prospérité  dont jouiront, évidemment, aussi les européens en évitant les risques de projets d’autonomie politique et économique que quelques  inconséquents comme Kadhafi pourraient solliciter dans le monde arabe.  Naturellement le cerveau de tout ça seraient les systèmes financiers et bancaires européens, dont nous connaissons la transparence et la crédibilité politique.

 

En somme, un joli plan financier qui nous fait mieux comprendre les raisons de la guerre qui risquaient de rester obscures.

 

 

Edition de samedi 26 mars 2001 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/26-Marzo-2011/art40.php3

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Bruno Amoroso est économiste et enseigne l'économie au Federico Caffè Study Center, Roskilde (Danemark), à La Sapienza (Rome)  et à l'université d'Hanoi (Vietnam).

 

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