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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 19:43
http://kobason.files.wordpress.com/2011/04/refuge.jpg?w=600&h=330
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Libye : Le calvaire des "soutiers" noirs (migrants noirs)
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Dans la soute des « rentiers du pétrole » en Libye, il y avait, jusqu’il y a peu, un million et demi d’Africains noirs, se partageant les tâches les plus ingrates avec des Asiatiques, parmi lesquels de nombreux ressortissants des Philippines.


Employés dans le secteur de la construction, l’agriculture, l’industrie pétrolière, les services, ces migrants représentaient un volant de main d’œuvre aussi utile que soumis aux aléas de la conjoncture économique ou politique. La plupart des étrangers d’origine asiatique ont réussi à fuir dans les premiers jours du soulèvement, souvent aidés par leurs gouvernements respectifs.


Les Africains noirs, eux, ont été pris dans un double piège :  dans les zones demeurées sous le contrôle de Kadhafi, beaucoup ont été enrôlés de force. D’autres, qui tentaient de fuir vers la Tunisie ou l’Egypte, ont été stoppés à la frontière et refoulés sans ménagements: le printemps arabe s’arrête encore à la couleur de la peau. Nigériens, Tchadiens, Maliens, et même Soudanais ou Erythréens ont alors emprunté la « route du désert » à bord de camions vétustes les menant vers Agadez au Niger ou Tombouctou au Mali.


Dans les zones passées sous le contrôle des insurgés, la situation de ces migrants est pire encore : à cause de leur peau sombre, ils ont été         assimilés à des mercenaires, des infiltrés oeuvrant pour le compte du dictateur et certains d’entre eux ont été exécutés par les rebelles sans autre forme de procès. D’après les journalistes présents à Benghazi, nombreux sont les Africains noirs –ou même les Libyens à peau sombre, originaires d’oasis comme Koufra- qui vivent aujourd’hui terrés, sans oser sortir, craignant d’être lynchés.


La situation dramatique de ces Africains noirs n’est pas nouvelle : c’est en arrêtant leur errance sur la rive sud de la Méditerranée, en les empêchant d’embarquer vers l’ Italie, que le colonel Kadhafi s’était attiré les faveurs de Berlusconi et, plus largement, l’indulgence des maîtres de la forteresse Europe…


En outre, cette population extrêmement vulnérable a toujours été soumise au bon vouloir des autorités libyennes elles mêmes. L’écrivain Tidiane Diakité, dans son ouvrage  « 50 ans après l’Afrique » (1) rappelle qu’au début des années 2000, frappée par sept années de sanctions internationales, la Libye décida d’expulser sans ménagements 500.000 Tchadiens, 450.000 Soudanais, 20.000 Maliens, 17.000 Mauritaniens,  en plus de dizaines de milliers d’Algériens et de Tunisiens et de 1,5 millions d’Egyptiens.


Par la suite, Antonio Guterres, le Haut Commissaire de l’ONU pour les réfugiés, devait qualifier d’ « effrayante » la situation des immigrés en Libye. Il soulignait, en 2009, que même si le colonel Kadhafi était le président en exercice de l’ Union  africaine et s’était proclamé le « roi des rois » du continent, chaque année, plus de 10.000 Africains, subsahariens ou maghrébins étaient expulsés après avoir été parqués dans des centres de détention et privés de tous leurs droits.


Quant à ceux qui étaient autorisés à rester dans le pays, leur sort n’était pas plus enviable pour autant : ils étaient privés de passeport, retenus par leur employeur, sous payés ou rémunérés de manière arbitraire. En outre, ils ne disposaient d’aucun document régularisant leur séjour et d’aucun recours en cas de mauvais  traitement…


En 2004, le  Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale accusa la Libye de ne pas avoir mis en place les mécanismes de prévention des actes racistes.


Les comportements individuels des Libyens « de souche » ont toujours été en phase avec cette indifférence officielle : au racisme ordinaire se sont ajoutées, à plusieurs reprises, des émeutes ciblées. C’est ainsi qu’en 2000, des dizaines de travailleurs migrants, originaires  du Soudan, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad, du Nigeria, du Cameroun furent visés par des émeutes, les manifestants reprenant l’antienne officielle accusant ces « Noirs » d’être à l’origine de la montée de la violence et du trafic de drogue.


Les rebelles d’aujourd’hui et leurs alliés occidentaux ont peut- être oublié l’histoire. Mais les Africains noirs, même si leurs  dirigeants ont toujours accepté l’argent de Kadhafi, savent aussi que, jusqu’en 1910, c’est dans le port de Benghazi qu’arrivaient les caravanes  chargées d’esclaves noirs capturés dans le Waddai, au Tchad…

Tidiane Diakité, 50 ans après, l’Afrique, éditions Arléa, 2011,  310 pages

 

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/03/30/libye-le-calvaire-des-soutiers-noirs/

 

http://www.lesmotsontunsens.com/libye-le-calvaire-des-soutiers-noirs-10240

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Les Africains piégés dans le fief de Kadhafi

Au début étaient l’angoisse, les exactions, voire les violences meurtrières, consécutives à la présence supposée ou réelle de mercenaires noirs en Libye. Aujourd’hui, les immigrés africains font face à un péril d’un tout autre ordre: ils sont pris au piège, directement ou indirectement, par les bombardements de la coalition internationale.

Certains n’avaient pas voulu rentrer pour diverses raisons. Mais c’est surtout, pour le gros du contingent, un défaut de moyen de transport qui les empêche de quitter cette zone tampon entre la Libye et l’Afrique subsaharienne pour rentrer dans leur pays.

«Rien ne va plus. Il y a les bombardements et tout est devenu cher. Nous vivotons et on ne sait pas qui va nous aider.»

Telle est la complainte de Stéphan Noupa, ressortissant camerounais joint à Sebha. La principale ville du Sud, fief de la tribu des Kadhafa à laquelle appartient le Guide libyen, a été bombardée dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 mars 2011 avec, à la clef, des dizaines de mort et blessés. Les semaines précédentes, plusieurs pays avaient envoyé des avions pour évacuer leurs ressortissants. Mais la plupart des avions décollaient de Tripoli. Il fallait d’abord trouver une voiture pour parcourir les quelque 750 km séparant la capitale de Sebha pour espérer prendre un vol. Depuis la pluie de bombes visant les camps et dépôts d’armes de Sebha, le trafic civil aérien n’est désormais possible qu’à partir de la Tunisie. Ceux qui sont coincés à Sebha n’ont d’autre alternative que de se jeter sur les routes du désert pour gagner les frontières du Sud:

«Pour s’échapper d’ici, il faut trouver un bon chauffeur, qui puisse vous convoyer à la frontière nigérienne ou tchadienne», se désole Stéphan Noupa.

Son compatriote Benoit Ayissi ne trouve pas de mots assez durs pour dénoncer l’attitude du gouvernement camerounais. «La plupart des pays ont envoyé des avions ou affrété des bus pour sortir leurs citoyens d’ici. Nous sommes désolés de ce manque d’humanisme», fulmine t-il. Pour lui, même si on leur amenait des camions, ils les prendraient, à l’instar des Tchadiens partis dans un convoi de gros porteurs.

Complications administratives

Lamine Dramé, président de l’Association des Sénégalais résidant à Sebha, estime à plus de 1.000 personnes la colonie sénégalaise de la ville. Seuls 178 ont pu gagner Tripoli pour rentrer au pays à bord des deux vols affrétés par le gouvernement sénégalais. De leur côté, les Guinéens ont pu quitter Sebha pour la frontière tunisienne, à bord de bus mis à leur disposition par leur gouvernement pour ensuite rentrer dans leur pays par avion. Disposer d’un moyen de transport, même mis à disposition gratuitement, ne suffit pas. Pour quitter la ville et arriver à destination sans anicroches, il faut un visa de sortie, délivré par les services de sécurité sur demande des pays d’origine.

«Ici, beaucoup ne travaillent plus, nos frères sont angoissés. Il y a eu surtout la terreur des bombardements. Je reviens ce matin même [mardi 29 mars, ndlr] de l’hôpital où j’étais au chevet de deux jeunes compatriotes blessés. L’un a eu une jambe cassée. Je peux vous dire qu’il y a eu plusieurs morts, même si je n’en connais pas le nombre parce que lors des frappes aériennes, les avions ont raté quelques fois leurs cibles pour atteindre les maisons.»

Le dérapage est confirmé par Moussa Diawara, ressortissant malien. Cet électricien en bâtiment qui vit depuis onze ans dans la cité témoigne: «Ce sont les camps qu’ils ciblaient, mais il y a eu des débordements avec ce pilonnage continu de 4h30 à 9 heures le matin. Sur un rayon de deux à trois kilomètres, j’ai vu des maisons effondrées, y compris des immeubles.» Sans donner une estimation exacte, Moussa Diawara confirme qu’il y a eu de nombreuses victimes, libyennes pour la plupart, dont la nièce de son patron.

Moussa Diawara évoque «une dégradation de la situation et un affolement généralisé». Pour autant, il n’entend pas quitter Sebha. Il pense à sa famille «laissée derrière», c’est-à-dire au Mali. Mais il est pour lui impensable de s’aventurer sur les routes du désert où la mort pourrait aussi le surprendre.

«Je ne vais pas courir vers la mort. Autant l’attendre, surtout ici, malgré la rumeur sur la présence de mercenaires noirs en Libye, “un montage de l’Occident”

Cheikh Diop, Slate Afrique

http://www.slateafrique.com/1215/africains-bloques-dans-fief-kadhafi-libye

 

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Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
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