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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 00:17

SYRIE. Le pas en arrière de Hollande sur les livraisons d'armes

Créé le 29-03-2013 à 13h16 - Mis à jour à 15h28

Le coup de frein est aussi inattendu que l'accélération dont a fait l'objet ce projet porté par Paris et Londres. Que s'est-il passé ? Eclairage.

 

Des AK-47 de rebelles syriens (The Times/Sipa)

Des AK-47 de rebelles syriens (The Times/Sipa)

Lors de son intervention télévisée, François Hollande a quelque peu surpris (et déçu sans doute l'opposition syrienne) lorsqu'il a annoncé que la France ne livrerait pas d'armes aux rebelles syriens sans la garantie qu'elles ne tomberaient pas aux mains de djihadistes : "Il ne peut y avoir de livraison d'armes à la fin de l'embargo, c'est en mai, s'il n'y a pas la certitude que ces armes seront utilisées par des opposants légitimes et coupés de toute emprise terroriste [...] Pour l'instant, nous n'avons pas cette certitude".

Le coup de frein est aussi inattendu que l'accélération dont a fait l'objet ce projet porté par de manière tonitruante, voire arrogante pour certains, par Paris et Londres. Depuis quelques semaines, le gouvernement français tentait en vain de convaincre les pays de l'Union européenne de lever l'embargo sur les armes imposé à la Syrie. Il y a à peine deux semaines, François Hollande lui-même confiait qu'il pourrait passer outre l'embargo qui doit s'achever fin mai et se justifiait ainsi : "Le plus grand risque, ce serait de ne rien faire [...]. Le plus grand risque c'est l'inaction [...]. Sur les armes, mieux vaut les contrôler que les laisser circuler ce qui est le cas aujourd'hui". Paris assurait alors avoir identifié les groupes de rebelles "sains". L'objectif étant de renverser le rapport de force militaire sur le terrain et hâter un départ de Bachar al-Assad.

Hier soir, volte-face. Le chef de l'Etat a garanti au contraire : "Aujourd'hui, il y a un embargo, nous le respectons". Alors que la France a voulu être l'artisan d'une résolution du conflit syrien, que s'est-il passé ?

Démission du chef de la Coalition nationale syrienne

François Hollande a d'abord justifié ce retournement par les divisions continues au sein de la Coalition nationale syrienne. Le 24 mars, son chef, Ahmed Moaz al-Khatib, plutôt apprécié, a annoncé sa démission de cette composante de l'opposition - une démission qu'il justifie par l'inaction de la communauté internationale. Officieusement, de nombreuses voix dénoncent la main mise de l'Arabie Saoudite et du Qatar sur l'opposition, qui mènent une lutte interne pour en prendre le contrôle.

Présenté comme un modéré, Ahmed Moaz al-Khatib, était considéré comme un rempart contre l'influence des Frères musulmans et les groupes djihadistes qui se sont immiscés parmi les combattants rebelles. Par ailleurs, l'Armée syrienne libre a refusé la nomination du nouveau "Premier ministre", Ghassan Hitto, chargé de diriger les zones de la Syrie libérées. Le site Rue 89 rappelle que Laurent Fabius faisait déjà part de ses doutes au micro d'Europe 1, lundi : "Les choses se compliquent [...] Nous souhaitons à la fois que l'opposition se réunisse à nouveau parce que toute division est négative et, d'autres part, nous souhaitons que l'opposition reste dans ses limites réformistes. Nous ne sommes pas d'accord pour une dérive qui serait une dérive extrémiste."

La pression de l'Union européenne gagnante

Le refus des pays de l'Union européenne a peut-être aussi convaincu de la mission hasardeuse du projet franco-britannique. Le week-end dernier, lors d'une réunion à Dublin, les 27 n'ont pas suivi. La raison énoncée n'a pas évolué : les armes risquent de tomber aux mains des milices d'islamistes radicaux qui pourraient à terme déstabiliser (encore plus) la région. Selon les services secrets français, 200 à 250 djihadistes venus d'Irak, du Liban, d'Arabie Saoudite, d'Egypte et Maghreb combattent en Syrie.

Des djihadistes venus en nombre, non pas pour instaurer un Etat démocratique mais pour pour bouter hors du pays le clan alaouite de Bachar al-Assad considéré comme des hérétiques. Parmi les groupes qui montent en puissance figure le front Al-Nosra, classé sur la liste des "organisations terroristes" par les Etats-Unis et soupçonné d'avoir des liens avec Al-Qaïda.

Aux autres pays d'envoyer des armes ?

Officiellement donc, l'envoi d'armes par la France n'est pas pour demain, compte tenu de toutes ces incertitudes... Reste que selon les informations du "Nouvel Observateur", la France aurait déjà commencé à livrer des armes. François Hollande avait décidé à la mi-décembre de livrer directement des armes à des groupes sélectionnés par le renseignement. Aussi, selon nos informations, les formations pratiques prodiguées aux rebelles ont déjà commencé, en coordinations aves les Britanniques et les Américains. Les cours portent notamment sur la communication cryptée. Par ailleurs, l'envoi d'armes non-létales (gilets pare-balles, système de visée nocturne...) est depuis longtemps à l'ordre du jour.

La France va-t-elle donc laisser le bébé aux pays arabes qui ne sont pas soumis au même embargo ? Cette semaine, la Ligue arabe réunie à Doha a rappelé dans une résolution "le droit" de chacun des Etats membres à apporté une aide militaire à la rébellion. En tout cas, ce serait une façon pour la France de ne pas être tenue responsable en cas de scénario noir.

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130329.OBS6176/syrie-le-pas-en-arriere-de-hollande-sur-les-livraisons-d-armes.html#xtor=EPR-3-[Actu17h]-20130329

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