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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 07:45
Propos recueillis par Régis Soubrouillard | Lundi 6 Décembre 2010 à 05:01 | Lu 376 fois

Ancienne conseillère de Chirac et Pompidou, Marie-France Garaud préside depuis 1982 l'Institut International de Géopolitique. Dans Impostures Politiques, son dernier essai, elle dénonce l'engluement de la France dans les traités européens et décortique, avec minutie, les étapes qui l'ont conduit à rompre avec une tradition souveraine de l'Etat pendant que l'Allemagne préservait ses intérêts vitaux.


Marie-France Garaud
Marie-France Garaud
Marianne: Une partie de la classe politique française, récemment Jean-François Copé, continue à cultiver l’illusion d’un G2 franco-allemand au sein de l’Union européenne pour faire face au G2 Chine-Amérique, plaidant pour une convergence politique et économique toujours plus poussée des deux Etats?

Marie-France Garaud: Quel en serait le sens ? Le nœud gordien franco-allemand actuellement, c’est l’euro. Et personne ne dissimulera qu’il pose quelques problèmes. Or l’euro est né de la volonté allemande. C’est Helmut Kohl qui a demandé, et obtenu, la mise en place d’une union monétaire tendant à la monnaie unique, facteur central de l’unification. Il faut se souvenir que l’Allemagne, essentiellement plurielle a compris enfin, depuis 1945 qu’elle devait être « une », mais sans la guerre. Dès lors, l’élément structurant de la diversité germanique, c’est la monnaie. La faiblesse de la France dans le choix et l’élaboration de cette nouvelle structure s’est révélée insondable. Un G2 franco-allemand s’échafauderait sur les mêmes bases.  

Vous estimez que la notion de couple franco-allemand n’a plus de pertinence? 

La notion de couple est toujours pertinente, mais ce qui est important c’est de déterminer les intérêts et les forces respectives des deux éléments du couple car l’équilibre naît du rapport de forces. Leurs différences n’excluent pas un avenir commun. Tel fut le couple franco-allemand  au moment où De Gaulle dotait la France des éléments de sa puissance future alors que l’Allemagne d’Adenauer marchait vers la réunification. Aujourd’hui la question est de savoir comment ce couple franco-allemand peut vivre alors que la situation se déséquilibre à notre désavantage. L’Allemagne se constitue en état souverain dans l’Europe mais ne  dissimule pas qu’elle respecte les règles européennes qu’elle a largement contribué à établir…seulement si les éléments intangibles de sa souveraineté sont en cause. Nous ne faisons pas preuve de cette vigilance.

De Gaulle et Adenauer
De Gaulle et Adenauer
Dans votre livre, Impostures politiques, vous montrez justement comment l’Allemagne a pris la main en Europe en protégeant sa souveraineté ce qui a entraîné un déséquilibre des rapports de force?

Selon Jean Bodin qui savait être clair, la souveraineté comporte quatre attributs : battre monnaie, faire les lois, rendre la justice, décider de la paix et de la guerre. La France a, au fil de son histoire récente, renoncé à ces quatre libertés.  
En signant notamment les accords de Maastricht  et les suivants, elle a perdu la capacité de faire prévaloir ses intérêts souverains. Il en résulte  un changement total d’équilibre à l’intérieur du couple. 
Nos voisins allemands n’ont pas eu de ces faiblesses. Ils ont posé leurs principes en termes de pouvoir et ils s’y tiennent, au regard du droit. 
La cour de Karlsruhe a notamment souligné que la stabilité de la monnaie unique était un élément fondamental de la loi allemande et que si cette stabilité n’était pas assurée, l’Allemagne devrait soit modifier sa Loi fondamentale soit quitter l’Union. Le moins que l’on puisse dire est que l’Allemagne ne se laisse pas enfermer, elle, par le Traité. 

A vous entendre, la France a toujours ignoré cette décision de la cour de Karlsruhe?

Cette décision et celles qui l’ont précédée depuis plus de vingt ans : La dernière, qui date de juin 2009, vient seulement d’être traduite dans notre langue ! Sans doute nous dérangent-elles dans nos illusions. Il est vrai que le fonctionnement institutionnel et politique de l’Allemagne est très spécifique : en France, c’est le Président qui est garant de la souveraineté du peuple français, en Allemagne, c’est la cour de Karlsruhe qui  construit et détermine celle du peuple allemand « souverain dans les Länder ». Nous sommes face à un partenaire qui se révèle un Etat de droit bien plus rigoureux quant à la conception de sa souveraineté. Cela tient essentiellement au rôle de cette juridiction, que nous ignorons superbement.

Mitterrand et Kohl
Mitterrand et Kohl
L’Allemagne aurait donc bien plus bénéficié de la construction européenne que la France? 

Oui, mais elle a payé pour cela, en finançant d’abord la Politique agricole commune, puis les dépenses extérieures de presque tous les autres pays européens. La contrepartie est que les principes de la zone euro soient conformes à ceux qui furent toujours ceux de la Bundesbank. Mais au point où nous en sommes l’Allemagne n’a aucun intérêt à ce que l’Europe apparaisse comme une Europe « allemande ». Cela est notamment visible à propos des questions monétaires et financières et l’alignement volontaire ou non du partenaire français est important pour elle, ne serait-ce que dans la perspective du renouvellement du président de la BCE. Mais le temps des sacrifices est probablement passé et l’Allemagne n’acceptera pas la mise en cause d’une souveraineté enfin établie au sauvetage aléatoire d’une zone euro dans sa composition actuelle.

Afin de recouvrer un semblant de puissance, vous appelez à une France « souveraine et dressée ». Quelles en seraient les conditions?

D’abord chez ceux qui la gouvernent, la « volonté de vouloir ». Bien sûr l’affaiblissement politique de la France a également des causes démographiques, culturelles, économiques etc. Mais il s’agit d’évaluer les cartes dont la France dispose pour peser face à une Allemagne dont le tropisme oriental est historique. Lorsque le Général de Gaulle a quitté le pouvoir, la France disposait d’atouts (puissance nucléaire civil, militaire, liberté d’action hors du commandement intégré de l’Otan) stratégiques et diplomatiques importants qui lui permettaient, dans la conduite des affaires européennes, de construire avec l’Allemagne une politique européenne équilibrée. Malheureusement nous nous sommes ensuite laissés engluer dans les traités européens et avons abandonné ces cartes, tout en tentant de dissimuler notre suivisme. Il faudrait certainement sortir de cette inhibition et d’abord disjoindre les traités européens du cadre constitutionnel où nous les avons imprudemment insérés afin de pouvoir adopter une position comparable à celle de l’Allemagne : oui aux traités européens, sauf si ils mettent en cause la souveraineté française. A partir de là, renouer des partenariats stratégiques en sommeil, notamment celui noué dès 1966 en matière spatiale avec la Russie, élément majeur tant pour le développement économique technologique et industriel d’un pays comme la France que pour l’accès à la puissance de demain. 

Un axe Paris-Berlin-Moscou aurait plus de sens…

Sans doute, mais un axe Berlin-Varsovie-Moscou se construit sous nos yeux : la réunion qui en est bien symbolique vient de se tenir à Paris !
 

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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