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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:05

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Ma commune sans OGM

Rappelons-nous aussi que l’objectif économique et politique des sociétés détentrices de semences OGM est d’avoir la maîtrise totale du secteur agricole mondial. A dessein, ces sociétés perfectionnent actuellement des graines OGM dont la stérilité est absolue (OGM terminator)( ). Ce type de technologie vise particulièrement à conquérir et maîtriser les marchés alimentaires des pays du Sud.

OGM et productivisme.

La dissémination des organismes génétiquement modifiés (OGM) représente un enjeu économique important. Depuis son démarrage commercial en 1995, ce marché a été multiplié par 30. Les ventes totales de cultures génétiquement modifiées ont représenté 2,1 à 2,3 milliards de dollars en 1999 (+30%). En l'an 2000, estime l'ISAAA( ), le marché devrait atteindre 3 milliards de dollars puis 8 milliards en 2005. Selon l'ISAAA, les cultures de plantes génétiquement modifiées dans le monde (soja, maïs, coton et colza principalement) ont atteint 40 millions d'hectares en 1999, soit une hausse de 44% par rapport à 1998.

Ces cultures sont réalisées pour près des trois-quarts aux Etats-Unis (72% avec 28,7 millions d'hectares), suivis par l'Argentine (17% avec 6,7 millions ha), le Canada (10% avec 4 millions ha) et la Chine (1% avec 300.000 hectares, surtout du coton). Très loin derrière, huit autres pays cultivent des OGM à petite échelle: l'Australie et l'Afrique du Sud (100.000 ha chacun), le Mexique, l'Espagne (30.000 ha de maïs modifié), la France et le Portugal (1.000 ha chacun de maïs modifié), et pour la première fois la Roumanie et l'Ukraine. Cette croissance est d’autant plus paradoxale que la rentabilité économique de la production agricole des OGM est égale voire plus faible que la production agricole classique( ).

Rappelons-nous aussi que l’objectif économique et politique des sociétés détentrices de semences OGM est d’avoir la maîtrise totale du secteur agricole mondial. A dessein, ces sociétés perfectionnent actuellement des graines OGM dont la stérilité est absolue (OGM terminator)( ). Ce type de technologie vise particulièrement à conquérir et maîtriser les marchés alimentaires des pays du Sud.

OGM et écosystèmes.

A l’enjeu économique se superpose celui de l’impact environnemental de la dissémination des OGM dans les écosystèmes. Les modifications génétiques les plus répandues sont la résistance aux herbicides (71% des OGM) et aux insectes (22%).

Au niveau de la Belgique, les essais expérimentaux de cultures transgéniques (colza, maïs, chicorée, betterave sucrière) occupent pour cette année 2000, une superficie de 120 ha et concernent exclusivement des organismes capables de résister aux herbicides et / ou sont producteurs de toxines insecticides ou fongiques.

Or nous savons que ces OGM utilisés en agriculture induisent rapidement des résistances accrues et multiples chez les insectes et les champignons prédateurs( ). L’agriculture de demain sera donc confrontée à un surcroît de destruction des céréales à moins d’utiliser des matières actives phytosanitaires plus spécifiques et plus toxiques. Nous savons aussi que le pollen des OGM est capable de féconder des variétés “ non utiles en agriculture ” et leur confère des capacités nouvelles de résistance aux herbicides totaux. L’agriculture de demain se trouvera donc de surcroît face à un envahissement de plantes résistantes et non utiles à l’alimentation qu’il faudra gérer par l’utilisation massive d’herbicides plus sélectifs.

OGM et santé publique.

En matière de santé, il est impératif d’appliquer le principe de précaution selon lequel tant que l’innocuité d’un produit n’est pas démontrée, il y a lieu de s’abstenir de la promotion de celui-ci. Se fondant sur les nombreux travaux déjà produits en la matière, la Commission d’enquête( ) de l’Assemblée Nationale sur la transparence et la sécurité sanitaire de la filière alimentaire en France a estimé qu'en matière de biotechnologies, la recherche scientifique devait poursuivre son oeuvre et s'employer à offrir les garanties indispensables qu'attendent les consommateurs. Dans cette attente, elle estime prématurée la mise sur le marché de nouveaux produits issus d'organismes génétiquement modifiés et considère que toute denrée contenant à l'heure actuelle des indices d'organismes génétiquement modifiés doit bénéficier d'un étiquetage qui le mentionne expressément.

Dans le cadre de la révision actuelle de la directive européenne (Directive 90/220/CE) relative à la dissémination d’OGM, il est par ailleurs scandaleux de constater que le lobby agro-alimentaire refuse de voir inscrire, dans cette directive, la notion de responsabilité et d’assurance civile dans l’hypothèse d’un accident écologique ou sanitaire engendré par la dissémination d’OGM.

La biodiversité au service des écosystèmes et de la sécurité alimentaire.

Face à la pensée unique qui nous suggère que seules les biotechnologies peuvent nous sauver des pires situations agricoles, une expérience chinoise récente vient nous rappeler que l’on peut obtenir des résultats spectaculaires en faisant appel à la biodiversité et à des moyens agricoles traditionnels maîtrisés( ).

Lors de deux campagnes menées en 1998 et 1999 dans la province du Yunnan, des scientifiques et des agriculteurs ont mélangé( ) plusieurs variétés de riz au lieu de les cultiver séparément en monoculture, comme ils le font habituellement. Selon la revue Nature du 17 août, ce choix a eu pour résultat d'augmenter les rendements de 89 % et de diminuer de 94 % l'impact d'une des plus importantes maladies du riz, la pyriculariose, provoquée par un champignon microscopique, Magnaporthe grisea.

La pyriculariose : une maladie de riches

Dans sa forme la plus virulente, le champignon attaque la tige du riz au niveau des épis et provoque sa nécrose en empêchant la circulation des éléments nutritifs. Ce ravageur provoque fréquemment la perte de 20 % de la récolte, voire parfois sa destruction totale dans des zones où le climat est frais et humide, comme au Yunnan, en Chine. C'est aussi “ une maladie de riches ” : plus on introduit d'engrais, plus elle s'étend, en raison de l'apport de l'azote. Pour la contrer, les riziculteurs sont obligés de répandre de grandes quantités de fongicides, ce qui coûte cher, et augmente la pollution des eaux.

Les OGM aggravent la situation

Pour ne rien arranger, ce champignon microscopique montre une redoutable adaptabilité devant les différents moyens mis en oeuvre pour l'éradiquer. Même les biotechnologies n'en viennent pas à bout. “Lorsque l'on fait l'effort d'introduire un gène de résistance dans le plant de riz, le processus a une durée de vie très limitée car le champignon prédateur a une grande capacité d’adaptation et surmonte ce qu'on lui présente, et la résistance du riz s'écroule.”, précise Brigitte Courtois, sélectionneur de riz au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad – Montpellier).

Utiliser la biodiversité génétique

Que faire dans ces conditions ? Les cultivateurs de la province de Yunnan ont décidé de reprendre les conclusions des travaux du Professeur de botanique Chris Mundi (Université d’Etat de l’Oregon) qui avait constaté lors de ses recherches que le mélange de différentes variétés de blé ou d'orge diminuait considérablement l'impact des maladies( ) et de les appliquer expérimentalement à la culture du riz. Et pas n'importe quel riz : le riz glutineux, très prisé des consommateurs, qui a une grande valeur ajoutée mais présente une très faible résistance à la pyriculariose.

L'expérience a été conduite sur deux ans (1998-1999) par des chercheurs de la Yunnan Agriculture University. Les deux campagnes ont consisté à insérer une rangée de riz glutineux au milieu de quatre rangées de riz hybrides, plus résistantes et plus productives. La première campagne (812 ha) a permis de réduire l'impact de la pyriculariose sur le riz glutineux à 1 %, au lieu de 20 % en monoculture, et d'en augmenter le rendement de 89 %. L'année suivante, l'expérience a été étendue sur 3.342 ha. Les résultats ont été similaires à ceux de 1998, avec un effet plus marqué cette fois sur les variétés hybrides, puisque l'impact de la maladie est descendu à 1 % au lieu de 2,3 % en monoculture.

Devant ces succès, les riziculteurs ont pu supprimer complètement l'utilisation des fongicides et les promoteurs du programme expérimental ont décidé, cette année, de l'étendre à une surface de 40.000 hectares.

Et que peut faire ma petite commune ou ma modeste province par rapport à cette problématique mondiale des OGM ?

Comme nous venons de le voir, l’enjeu de la dissémination des OGM est tout à la fois un enjeu écologique, sanitaire, économique, social, politique et éthique. Plus encore, l’enjeu des OGM est fondamentalement un enjeu de sécurité alimentaire et un enjeu où la démocratie et le politique doivent trouver une dynamique nouvelle et profonde. Celle-ci peut se concevoir au niveau de la citoyenneté la plus proche. Celle de votre Commune et de votre Province.

D’abord, nous ne sommes pas seuls. La mobilisation contre les OGM alimentaires est belge, française,…européenne et continentale (Japon, Brésil, Indes, USA, …). Ensuite, rien ne s’oppose à ce que votre petite commune ou votre modeste province se déclare TERRITOIRE SANS OGM.( )

En effet, il est de la responsabilité des communes et des Provinces d’assurer à leur niveau, que l'alimentation fournie dans les établissements scolaires ou de soins soit saine, équilibrée et sans danger pour les personnes concernées et ne contienne pas d'ingrédients issus du génie génétique.

Il est également de la responsabilité des communes : (Art. 135 de la Nouvelle Loi Communale) “ de prévenir, par les précautions convenables, (…) les accidents et les fléaux calamiteux, (…) ”.

Au lendemain des élections communales et provinciales du 8 octobre 2000 il m’apparaît essentiel de porter dans ces lieux politiques, la détermination d’une société civile qui demande à disposer pour tous d’une alimentation de qualité. Revendiquer cette évidence est porteuse de sens et solidaire des peuples tiers.

Michel Somville. Biologiste. Chercheur au CEFE. Membre du Comité de Bioéthique de Belgique.

Plus d’informations : liege@attac.org

Note :
Voir formule de "buvard-pétition" dont le kit, validé par les amis du Maine et Loire, est maintenant disponible sur notre site, à l'adresse :
http://194.250.166.229/attac/div/buvard.htm
Plus d’informations :
attac79@attac.org

Grain de sable n°186 - 17 novembre 2000

 

http://www.france.attac.org/spip.php?article579

 

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