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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 16:13
Interview

Mahmoud Hussein, le 4 février à France culture (P. Haski)

Depuis plus de trois décennies, ils ont choisi d'apparaître sous le même nom : Mahmoud Hussein, pseudonyme commun de deux intellectuels égyptiens exilés en France dans les années 60 après avoir connu les prisons de leur pays, Baghgat Elnadi et Adel Rifaat. Ces anciens marxistes vivent intensément, à distance, la révolution égyptienne, qu'ils soutiennent de toute leur énergie.

Rencontrés dans un studio de France Culture pour une émission consacrée à l'Egypte, les auteurs de « Lutte des classes en Egypte », publié en France aux éditions François Maspero au lendemain de Mai 1968, et plus récemment de « Penser le Coran » (Grasset, 2009), « les » Mahmoud Hussein donnent leur grille d'analyse des événements.

Baghgat Elnadi : « Nous avons le sentiment de vivre un rêve. Nous avions la conviction depuis longtemps que le peuple égyptien allait se révolter, que ce régime ne pourrait pas continuer. La surprise est venue de Tunisie. C'est le mérite de la révolte tunisienne : elle a montré aux peuples arabes que la révolte est légitime et possible.

L'Egypte a déjà connu des révoltes, mais ça durait deux ou trois jours et tout rentrait dans l'ordre et la police arrêtait les responsables. Cette fois, ça continue, c'est un rêve. »

Adel Rifaat : « La Tunisie d'abord et l'Egypte maintenant montrent que la fameuse impasse dans laquelle on a enfermé pendant des décennies les peuples arabes – soit une dictature soi-disant moderniste, soit une théocratie – vient d'être brisée.

Il y a autre chose, un désir authentique, profond, gigantesque, dans les peuples arabes, toutes classes confondues, de liberté, d'entrer dans la modernité, de créer des régimes nouveaux où chacun aura le droit de penser à lui-même et de participer à la cité.

L'autre point, c'est qu'au-delà des différences, il y a un fantastique courant historique commun qui porte ces peuples, et qui fait que les grandes étapes de leur entrée tumultueuse dans la modernité ont été les mêmes, avec le XIXe siècle où la pensée réformiste s'est développée, avec les mouvements de l'entre-deux-guerres où le grand débat était : “Il faut se libérer de la colonisation mais est-ce que le mouvement national aura une dominante intégriste ou laïque ? ”

Ça a été tranché en faveur de la mouvance laïque, et qu'on a eu les mouvements qui ont mis plus tard au pouvoir les Bourguiba, Nasser, Boumedienne…

Ça a donné une période de vingt-trente ans où on a instauré des pouvoirs séculiers, où il y a eu des avancées du statut de la femme, etc. Mais, en même temps, ces dirigeants ont commis l'impardonnable faute de consolider leur propre pouvoir, monopoliser toute initiative et brimer toute initiative des populations.

A partir de là, on a eu une longue période de régression, de désillusion, on se disait c'est foutu. Et voilà : en ce début du XXIe siècle, les peuples se découvrent un potentiel incroyable, c'est fabuleux. » (Voir la vidéo)

 



L'hypothèque islamiste, qui a été agitée pendant longtemps pour justifier ces régimes autoritaires, ressurgit aujourd'hui à la une des magazines. Qu'en pensent les Mahmoud Hussein ?

A.R. : « On insiste sur le fait que sur la place Tahrir, on voit des milliers de personnes prier. Et alors ? Depuis quand une certaine religiosité, ou le fait que des révolutionnaires soient croyants empêche que ce soit une révolution ?

Il ne faut pas confondre religiosité et intégrisme. L'intégrisme peut évidemment prospérer sur un fond de religiosité, mais ce que les gens ne veulent pas voir, c'est que cette religiosité fait partie intégrante d'un immense mouvement dont le mot d'ordre est : la liberté, au sens moderne et laïque du terme. »

B.E. : »Un Egyptien qui est à Qatar et qui a un programme sur Al Jazeera, disait que la liberté devait venir avant la Charia. Nous ne demandons que ça. On peut être religieux, on peut réclamer que la Charia soit appliquée, mais tant qu'on reconnaît que la liberté vient avant, pourquoi pas ? »

A.R. : « Nous ne sommes pas naïfs, nous savons bien que si jamais les Frères musulmans, à travers les difficultés de l'avenir, cherchent à en profiter pour s'imposer, c'est possible. Simplement, dans unn moment aussi gigantesque, dire qu'il faut arrêter ces millions qui font une révolution radicale parce qu'il se pourrait que… C'est ridicule, c'est désolant que des gens intelligents disent ça.

Comment peut-on dire que l'Egypte, après la Tunisie, avec le discours nouveau qu'ils apportent, ça peut-être l'Iran ? Aucune chance. En Iran, n'oublions pas qu'il y avait un chef charismatique avec ses cassettes et son programme. (Voir la vidéo)

 



Comment fait-on pour être à ce point fusionnel sur le plan intellectuel pendant si longtemps ? Tant au micro de Marc Kravetz et Florian Delorme, qu'en interview après, les Mahmoud Hussein frappent par leur capacité à se compléter, à avoir des pensées totalement emboîtées et complémentaires… Ils ne savent pas comment répondre à cette question.

A.R. : “C'est un cadeau que nous fait la vie, c'est une amitié qui nous dépasse. On se sent soutenu l'un par l'autre dans les épreuves de la vie. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons clonés.”

B.E. : “La vérité c'est que c'est un mystère. On le vit.” (Voir la vidéo)

 



►Photo : “les” Mahmoud Hussein à France culture, le 4 février (Pierre Haski/Rue89)

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