Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 23:45

 

 

Nous avons beaucoup écrit en 2006 sur les primaires socialistes en vue de l'élection présidentielle. Le débat interne au Front National qui prépare le Congrès de janvier 2011 mérite aussi notre attention. Selon les derniers sondages, Marine Le Pen se situe en effet à 14% d'intentions de vote pour 2012 ; elle serait le premier motif d'inquiétude du chef de l'Etat, selon les échos qui viennent du palais présidentiel...

 

Notre analyse nous amène à penser que Marine Le Pen est plus efficace électoralement que son concurrent Bruno Gollnisch pour une raison principale : sa capacité à mettre peu à peu en cohérence l'ensemble des aspects du programme de son parti, alors que Bruno Gollnisch perpétue les ambiguités, les contradictions et les incohérences de "l'ancien FN".

 

Expliquons-nous. La doctrine de fond du Front National est à notre sens l'idée que l'Etat nation est la structure la plus performante, face à une idéologie mortifère à tous les points de vue : le mondialisme, exacerbation d'un ultralibéralisme apatride qui promeut un monde uniformisé sur le modèle anglo-saxon, sans lois ni frontières.

 

Pourtant, sur nombre de points, le programme du Front National de "l'avant-Marine" présentait des incohérences de fond, qui pouvaient peut-être davantage encore que le "détail" ou la diabolisation expliquer la stagnation aux alentours de 12 à 15%.

Ainsi, le FN il y a peu encore n'aimait pas vraiment la fonction publique. Il défendait ainsi le même positionnement que son adversaire, le mondialisme. Première incohérence.

De même, il se montrait extrêmement méfiant vis-à-vis de l'Etat. Rebelote : comme son adversaire idéologique, il en venait à souhaiter un affaiblissement de la structure étatique, ce qui paraît difficilement conciliable, du moins en France, avec la défense de la Nation.

Sur les retraites, il souhaitait le départ à 65 ans, comme le Medef ou la Commission européenne : nouvelle incohérence.

En dehors du champ économique, il hésitait à soutenir la laïcité, pourtant la meilleure arme contre le communautarisme qu'il fustigeait en même temps. Nouvelle incohérence.

En d'autres termes, le Front National luttait contre le mondialisme, et son relais l'Union européenne, tout en défendant exactement les mêmes thèses que lui sur certains aspects importants de son programme. Une impression d'illogisme ressortait de ce positionnement, qui ne permettait pas une ascension électorale vraiment importante.

Depuis quelques temps, un des points forts de Marine Le Pen a été de repérer patiemment ces points d'incohérence, et de les corriger.

Ainsi, Marine Le Pen a mis l'accent sur l'économique et le social, avant d'en appeler à l'émergende de ce qu'elle nomme "un Etat fort, un Etat stratège". De même, elle fustige régulièrement la disparition du service public, et les suppressions de poste massives dans la police, la gendarmerie, ou les hôpitaux. Sur les retraites, son approche a présenté un véritable renouveau de la pensée de son parti. Dans ses interventions médiatiques, elle qualifie ainsi la réforme Sarkozy d'"injuste et inefficace", et se prononce contre le report de l'âge de départ à 62 ans. Elle suggère plutôt de trouver des sources de financement à même de préserver le système français : taxation du capital, droits de douane et économies sur des différentes dépenses jugées nocives (immigration bien sûr, mais aussi fraude sociale, décentralisation ou contribution française au budget de l'Europe).
Pour finir de passer en revue nos exemples précédents, la position de Marine Le Pen sur la laïcité est également très éclairante, ne cessant de la promouvoir comme l'une des valeurs essentielles de la République. Notons aussi qu'elle est l'une des seules à parler de la discrimination positive, et à lui préférer la "méritocratie républicaine" selon ses propres termes.

 

A notre sens, ce long travail de Marine Le Pen explique en partie sa popularité croissante, signe d'une certaine crédibilisation dans l'opinion. Un programme rendu plus cohérent est forcément plus solide, et donc plus attractif. Voilà qui pourrait annoncer une véritable montée en puissance dans les mois et les années qui viennent, si le parti parvient à communiquer sur cette doctrine mise en cohérence.

 

Cela explique aussi pourquoi son concurrent Bruno Gollnisch a moins de chances d'être efficace d'un point de vue électoral (comme semble d'ailleurs en témoigner son score assez moyen aux dernières élections régionales en Rhône Alpes).
Bruno Gollnisch en effet n'a pas accompli cette oeuvre de mise en cohérence, ou en tout cas d'une façon beaucoup plus limitée que son adversaire. Ses propos, que ne renierait pas Laurence Parisot dans certains cas, témoignent ainsi d'une méfiance toujours très vivace vis-à-vis de l'action publique, notamment en matière économique et sociale. De même, il semble plutôt en accord avec la réforme actuelle des retraites, et refuse toujours de s'afficher en faveur de la laïcité, entretenant le flou sur ses intentions véritables : a-t-il l'ambition de faire du FN un parti confessionnel, n'ayant qu'un rôle de témoignage, comme le pense Marine Le Pen ? C'est une question qui mérite en effet d'être posée au regard de ses prises de parole récentes.


Assez logiquement, n'ayant pas fait le même travail sur eux-mêmes, Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ne désignent pas leur adversaire de la même façon. Pour ce dernier, il s'agit toujours, on le sent quand on ne l'entend pas, de "la gauche" : l'anti-communisme féroce a laissé des traces, même 20 ans après la chute de l'Union soviétique...Dans ce cas, on comprend pourquoi Bruno Gollnisch peine à rejeter l'idée d'une alliance avec l'UMP.
Pour Marine Le Pen, l'ennemi, ce n'est pas la gauche ou la droite, mais le mondialisme. Elle évoque ainsi régulièrement l'idée d'un Front National opposé à ce qu'elle appelle un "Front mondialiste", sorte d'UMPS version extra-large. Pour elle, c'est très clair, pas d'accord possible avec l'UMP, qui appartient au camp d'en face.

 

Cette analyse, qui repose sur les dernières interventions des deux candidats à la succession de Jean-Marie Le Pen, nous amène à ce constat surprenant si on écoute les commentaires médiatiques : le "cerveau" du Front National, ne serait-ce finalement pas plutôt Marine que Bruno ? Qui semble en effet avoir travaillé avec le plus d'intelligence sur le programme ? Marine Le Pen, quand Bruno Gollnisch nous donne davantage l'impression de s'être reposé sur ses lauriers.

 

Il n'y a donc pas qu'une différence de sexe, d'âge, de style ou de talent entre les deux candidats : il y a une divergence importante sur la capacité à rendre le Front National plus attractif pour les électeurs. A cet égard, Marine Le Pen semble avoir une très sérieuse longueur d'avance sur son concurrent. Si elle poursuit son oeuvre, elle pourrait effectivement transformer le FN en une "machine de guerre" selon son expression, alors que Bruno Gollnisch ne pourrait vraisemblablement pas, dans le meilleur des cas pour lui, le pousser plus haut qu'il n'a été jusqu'ici.

 

http://www.levraidebat.com/article-et-si-la-vraie-tete-pensante-du-fn-c-etait-marine-le-pen-60109362-comments.html#anchorComment

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Regard sur ...
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche