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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 17:06

LA DOUBLE PENSÉE DE NOAM CHOMSKY ?

 

 

 

 

Aux États-Unis un mouvement populiste appelé « Tea  Party » reflète l'esprit de désillusion qui frappe le peuple américain. L'extrémisme antifiscal de l’organisation  « Tea Party » se double d’une critique acerbe contre l’État fédéral coupable de dépenses affreuses comme l’assistance social, Medicare (services de santé gratuit pour les plus démunis), l’enseignement supérieur et la recherche. Par ailleurs, « Tea Party » n’a rien à redire à propos du gaspillage annuel de 900 milliards en dépenses militaires.

La Californie est un exemple dramatique. Le plus grand système public d'éducation supérieure au monde est en voie de démantèlement.  Le gouverneur Arnold Schwarzenegger dit qu'il doit  éliminer les programmes étatiques de santé, de bienfaisance et d’éducation à moins que le gouvernement fédéral ne lui accorde environ 7.000 millions de dollars. D'autres gouverneurs se joignent à lui pour réclamer toujours davantage de crédits fédéraux sans lui accorder aucun droit de contrôle sur les politiques qu’il finance. Pendant ce temps, un mouvement puissant milite pour les droits des états et demande que le gouvernement fédéral ne se mêle pas de leurs affaires. 

Cette apparente contradiction fait dire à Noam Chomsky que : « Voilà un bon exemple de ce qu'Orwell a appelé "la double pensée" : la capacité d'un esprit de nourrir deux idées contradictoires  alors qu'il croit aux deux, pratiquement une devise pour notre temps ». Noam Chomsky d’ajouter : « Encourager le sentiment antifiscal est une caractéristique de la propagande patronale dans tous les pays d’Occident. Les gens doivent être endoctrinés pour détester et pour craindre le gouvernement pour de bonnes raisons : des systèmes existants de pouvoir, le gouvernement (l’État)  est le seul qui en principe, et parfois en pratique, répond au  public et peut restreindre les gâchis du pouvoir privé. ».  Le docteur Chomsky appelle ce processus d’endoctrinement « produire du consentement ».

Pourtant, il ne s’agit pas vraiment d’une contradiction, ni d’une double pensée auquel semblerait croire mordicus le public américain.

 

Premièrement, il n’y a pas de contradiction entre le pouvoir public et le pouvoir privé, chacun de ces ordres de pouvoir a une fonction différente. Il y a complémentarité entre ces deux instances de pouvoir. Le pouvoir public doit, entre autre, assuré la reproduction de la force de travail en fonction des besoins du pouvoir privé. Ainsi, aux États-Unis où la structure industrielle est en déliquescence parce que les financiers et les monopolistes délocalisent la production industrielle vers les pays du tiers monde, incidemment vers la Chine, il est de plus en plus inutile de produire-reproduire des ouvriers hautement spécialisés. Pour assurer les services tertiaires chez McDonald, l’entretien des édifices à bureaux, les transports, et pour fournir des « associés » à la chaîne Wall Mart et aux autres chaînes de distribution, une formation primaire, au mieux secondaire, suffit. Pour les services quaternaires dans les banques, à la bourse, aux finances, dans les assurances et les services fiscaux de l’État, en marketing et pour les communications, une formation universitaire de base est requise, ce sont les facultés universitaires qui sont privilégiées et les études doctorales deviennent de plus en plus inutiles, la recherche fondamentale est sclérosée. De plus en plus, l’université américaine n’assure que l’apprentissage des concepts connus, prouvés, validés et approuvés. 

Le pouvoir de l’État complète et assure le profit maximum au pouvoir privé. Parfois l’État doit partager les intérêts divergents de différentes factions – fractions – du capital. Ainsi, la montée du capital financier spéculatif a entraîné le renchérissement de l’argent ce qui n’a pas plu au secteur industriel qui n’arrivait plus à financer son développement. Malgré cela l’État américain maintient son soutien au capital financier hégémonique. Le crash immobilier a faillit emporter le secteur financier que l’État s’est empressé de  renflouer mais il n’a pas renfloué le secteur de la construction domiciliaire qui ne s’est pas encore remis de l’effondrement du marché et de la raréfaction du crédit facile et peu coûteux. Par contre, l’État américain n’a pas hésité à lancer des guerres coûteuses et meurtrières pour assurer le contrôle de l’industrie du pétrole sur certaines réserves convoitées. À chaque fois, l’État tranche en faveur d’un secteur ou d’un autre du capital monopoliste, c’est là un de ses rôles historiques.

 

Deuxièmement,  ces mouvements de protestation sont mis sur pied et financés par les églises évangélistes, par des ONG et d’autres magouilleurs et organismes « populaires » patentés à la solde des riches, afin de tromper la population en colère et la détourner d’une révolte efficace identifiant correctement les responsables mais surtout les causes de leur vie de chômage et de misère.

Ce ne sont pas les mêmes couches de la population qui croient à l’une ou à l’autre des multiples pensées contradictoires que stigmatise monsieur Chomsky. Les pauvres dénoncent le gouvernement fédéral qui ose, en pleine crise économique, réduire les programmes sociaux; la classe moyenne, professionnels et petits commerçants, dénonce le gouvernement fédéral d’être omniprésent dans la vie publique, de mal géré l’argent de leur taxe et de dépenser à tors et à travers, y compris pour aider les pauvres; les politiciens régionaux voudraient plus d’argent du fédéral et moins de contrôle fédéral sur les politiques qu’il finance; les riches critiquent l’État de ne pas détourner suffisamment d’argent de ses coffres vers le soutien au secteur financier et militaire et de trop dépenser en assistance sociale, Medicare, éducation, services publics et même pour combattre la pollution…que des choses inutiles à leurs yeux.

Et tous s’entendent pour critiquer l’État fédéral pour sa mauvaise gestion des programmes et pour ses politiques de compromis. Prenons l’exemple de la nouvelle loi d’assurance santé. Elle ne sera ni étatique, ni privé, mais un compromis coûteux où les entreprises privés d’assurance pourront récolter le pactole de tous ces assurés qui viendront obligatoirement grossir les rangs de sa clientèle et où les travailleurs et employés devront obligatoirement s’assurés à fort prix qu’ils en aient ou non les moyens. Pour couronner le tout l’État fédéral injectera des milliards supplémentaires dans ce trou sans fonds pour garantir le risque que constitueront les pauvres incapables de payer ces primes exorbitantes. Notez que les pauvres et les travailleurs des petites entreprises seront assurés mais ils n’auront pas davantage accès aux soins de santé, les urgences étant déjà  engorgées. Voilà pourquoi les riches comme les pauvres dénoncent cette réforme qui n’en n’est pas une, qui coûtera cher et ne règlera rien des problèmes d’accès aux médicaments et aux soins de santé.

Ce n’est pas « la double pensée » que de reconnaître les contradictions d’un système économique et social érigé pour le bénéfice d’une classe de riches que le peuple américain est las de subventionner de ses taxes et de ses impôts, mais ne comptez pas sur les médias américains pour aider la population à mieux comprendre les enjeux et à mieux organiser sa riposte.

 

http://www.robertbibeau.ca/palestine/edito13-08-2010.htm

 

 

 

 

 

 

Robertbibeau@hotmail.com

http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 13.08.2010

 

 

 

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