Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 20:06

La fin des espèces et des civilisations

 

La mémorisation croissante de l’information
  
Comme les espèces animales ou végétales, les civilisations humaines évoluent de façon à dissiper l’énergie toujours plus vite. Ce faisant, elles modifient leur environnement. Pour survivre, elles doivent s’adapter au nouvel environnement, donc évoluer. Une structure dissipative s’adapte en enregistrant de l’information sur son environnement. Elle s’auto-organise en fonction de cette information. Plus elle mémorise d’information, plus elle dissipe l’énergie.
  
Les êtres vivants mémorisent cette information dans leurs gènes. Plus ils sont évolués, plus leurs gènes mémorisent d’information, plus ils dissipent d’énergie. Ils se reproduisent en répliquant cette information, ce qui accroît sans cesse la dissipation d’énergie. Lorsque l’environnement évolue, leurs gènes doivent évoluer. C’est pourquoi, ils gardent en réserve une grande variété de gènes appelée « ressource génétique ». La sélection naturelle choisit les gènes les mieux adaptés au nouvel environnement.
  
  
Avalanches et cascades
  
Plus vite un être vivant évolue, plus vite il accroît sa dissipation d’énergie, plus vite il modifie son environnement, donc plus vite il doit évoluer.
C’est « l’effet de la reine rouge » du biologiste LLa reine rougeeigh van Valen, effet dont le nom fait référence à un passage du livre de Lewis Carroll De l’autre coté du miroir dans lequel la reine rouge dit « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit[i] ».
  
L’évolution est un phénomène qui s’accélère de lui-même. Or le temps d’adaptation d’une espèce est fini. Lorsque l’évolution devient trop rapide, l’espèce s’éteint. Une espèce s’éteint rarement seule. Dans un écosystème les espèces dépendent les unes des autres. L’extinction d’une proie entraîne souvent celle du prédateur. Il s’ensuit une cascade d’extinctions, suivie d’une reprise progressive de la vie. De nouvelles espèces se développent, parmi lesquelles certaines prolifèrent, provoquant une nouvelle cascade d’effondrements. C’est le phénomène dit des « équilibres ponctués », découvert par les paléontologistes Stephen Jay Gould et Niles Eldredge. L’évolution apparaît sous forme de périodes de stase, ponctuées de changements soudains.
  
En 1993, les physiciens Per Bak et Kim Sneppen ont montré que le phénomène des équilibres ponctués est un processus thermodynamique connu sous le nom de « criticalité auto-organisée » : l’énergie a tendance à se dissiper sous forme d’avalanches. Comme dans un tas de sable dont la pente devient critique, on observe des avalanches d’autant plus fréquentes qu’elles sont moins importantes. Un bon exemple de ce processus est la dissipation de l’énergie du manteau à travers la croûte terrestre. Elle se fait sous forme de séismes. Dewar a montré que le processus de « criticalité auto-organisée » est une conséquence de la loi de production maximale d’entropie.
  
  
L’évolution culturelle supplante l’évolution génétique
  
Chez les animaux évolués, une fraction croissante de l’information est mémorisée dans le cerveau.
Elle est transmise aux enfants par imitation des parents. Chez l’Homme, cette fraction est devenue prépondérante. Nos ancêtres les grands singes vivaient dans les arbres en mangeant des fruits. Lorsqu’un changement climatique a remplacé la forêt par la savane, leurs gènes ont dû évoluer. Cela a pris plusieurs dizaines de milliers d’années. Ils sont devenus des australopithèques, mangeurs de racines. Lorsqu’il n’y a plus eu que de l’herbe à manger, leurs gènes ont dû à nouveau évoluer. Cela a encore nécessité plusieurs dizaines de milliers d’années. Ne pouvant digérer l’herbe, ils ont mangé des mammifères herbivores. Le genre Homo était né.
  
À la fin du paléolithique, les grands mammifères ont à leur tour disparu. Seule notre espèce a survécu. En quelques siècles seulement, l’Homme a réussi à changer de nourriture sans que ses gènes évoluent. Comment a-t-il fait ? Il a mangé des graines rendues digestes grâce à la cuisson et à la fermentation. L’Homme s’est adapté au nouvel environnement, grâce à la technique. Il a survécu en cultivant les céréales. C’est ce qu’on appelle la révolution néolithique. Le néolithique marque la date d’apparition d’un nouveau type d’évolution, l’évolution dite culturelle[ii]. Beaucoup plus rapide que l’évolution génétique, l’évolution culturelle va rapidement la supplanter.
  
Le biologiste Richard Dawkins[iii] a proposé d’appeler « mème » un élément d’information enregistrés dans le cerveau, par analogie avec le mot « gène ». Un langage peut être considéré comme un code « mémétique ». Un héritage culturel devient une « ressource mémétique ». Devenue « mémétique », l’évolution se poursuit comme l’évolution génétique. Suivant l’environnement, la sélection naturelle va choisir, parmi les ressources mémétiques disponibles, les « mèmes » les mieux adaptés.
  
  
Le propre de l’Homme
  
À la différence des gènes transmis chez l’Homme héréditairement, les « mèmes » peuvent être transmis d’un adulte à un autre. On parle alors de transmission horizontale. Pour rencontrer une situation analogue, il faut remonter aux bactéries. Celles-ci peuvent échanger des gènes. Les bactéries qui ont acquis des gènes communs forment des colonies. De même, les Hommes qui ont acquis des « mèmes » communs forment des sociétés. L’Homme est devenu un animal social. L’espèce Homo sapiens va alors se diversifier en « espèces culturelles » différentes.
  
Un phénomène nouveau apparaît. Rarement un animal tue un autre animal de la même espèce. Si un tel comportement venait à se développer, l’espèce disparaîtrait rapidement au profit d’une espèce voisine moins agressive. Ce raisonnement ne s’applique plus à notre espèce génétique, mais aux espèces culturelles qui la composent. Apparaissent des civilisations prédatrices et des civilisations proies. C’est la traite des noirs ou l’extermination des indiens d’Amérique.
  
  
L’évolution des civilisations
  
Comme les êtres vivants, les civilisations s’adaptent à leur environnement en mémorisant de l’information. Un nouveau type de mémoire apparaît, l’écriture. Les civilisations dont la population est alphabétisée l’emportent rapidement sur les autres. Ainsi, l’Empire romain s’est étendu sur toute la Méditerranée. Dissipant de plus en plus d’énergie, il s’est effondré comme toute espèce animale qui a trop proliféré.
  
En Europe de l’Ouest, de nouvelles civilisations se sont lentement développées. Un moyen puissant de duplication de l’information voit le jour : l’imprimerie. En deux siècles, une quantité croissante d’information est mémorisée dans les livres. Les populations s’alphabétisent. C’est le siècle des Lumières. Il est suivi en Europe d’une explosion démographique sans précédent.
  
Comme toujours, la dissipation d’énergie croit avec la quantité d’information mémorisée. La civilisation européenne s’étend aux colonies. Comme l’Empire romain, les empires coloniaux s’effondrent. Deux guerres mondiales se chargent de les détruire. Centrée sur les États-Unis, la civilisation américaine va progressivement s’étendre. Une quantité croissante d’information est mémorisée dans des ordinateurs, accessible directement grâce à l’internet. Elle s’accroît suivant la loi de Moore[iv].
  
L’accroissement correspondant de la dissipation d’énergie s’étend à toute la planète et commence à modifier la composition de son atmosphère. L’espèce Homo sapiens est-elle en danger d’extinction ? Le lecteur aura compris que la réponse est négative. Notre espèce génétique n’est pas en danger. Ce qui nous attend c’est une extinction massive d’espèces culturelles, entraînée par la chute de ce qu’on appelle les civilisations avancées.
  
  
Notre civilisation présente toutes les caractéristiques d’un effondrement

  
L’évolution ne cessant de s’accélérer, les individus qui en font partie ont de plus en plus de mal à s’adapter. Une espèce animale disparaît lorsque ses gènes n’ont plus le temps d’évoluer. De même, une civilisation disparaît lorsque sa culture n’a plus le temps d’évoluer. C’est la crise de la culture décrite par Hannah Arendt[v]. On ne sait plus quel savoir transmettre. Le système scolaire s’effondre. Les jeunes sont au chômage. Il n’y a pas si longtemps on exerçait toute sa vie le même métier. Aujourd’hui, un ingénieur change de patron en moyenne tous les trois ans. Il doit constamment se recycler. Ceux qui ont la chance d’avoir encore un emploi courent toujours plus vite pour rester sur place. On reconnaît là l’« effet de la reine rouge ». L’économie est au bord du gouffre.
  
Peut-on échapper au désastre imminent ? Le seul moyen d’y parvenir serait de courir moins vite, c’est-à-dire de ralentir la croissance économique. C’est ce que proposent les « objecteurs de croissance »[vi]. Mais chacun sait que s’il court moins vite, il se fait dépasser par les autres. Il est vite éliminé par la sélection naturelle. L’Homme reste toutefois maître de son destin. La loi de dissipation maximale d’énergie est une loi statistique valable pour un grand nombre de structures dissipatives en compétition. Elle ne s’applique plus dans le cas d’une structure unique, c’est-à-dire d’un gouvernement mondial capable de maîtriser la croissance de l’humanité.
  
La seule issue passe donc par une prise de conscience mondiale du processus que je viens de décrire. C’est le but de ces articles.
  
  
François Roddier, astrophysicien, © 2010 pour La Lettre du Lundi


 

[i] Lewis Carrol, De l’autre coté du miroir, traduction de Jacques Papy, Pauvert, 1961, p. 48.

 

[ii] Cavalli-Sforza, Évolution biologique, évolution culturelle, Odile Jacob, 2005.

 

[iii] Richard Dawkins, Le gène égoïste, Odile Jacob, 2003.

 

[iv] Loi empirique formulée pour la première fois par Gordon Moore en 1965. Elle énonce que la mémoire des ordinateurs croit exponentiellement.

 

[v] Hannah Arendt, La crise de la culture, Gallimard, 1972.

 

[vi] http://fr.wikipedia.org/wiki/Décroissance_(économie)

 

 

http://lalettredulundi.fr/2010/07/11/la-fin-des-especes-et-des-civilisations/

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
commenter cet article

commentaires

eva R-sistonsEt Olivia, il faut lire dans le dernier post) 24/07/2010 20:43



Bonjour Claire


tu as parfaitement raison, Claire ! On adore l'argent, on se prostitue pour lui ! Et on oublie l'autre.. Cordialement eva


NB : Tu es très belle !



esperance27.over-blog.com 22/07/2010 18:47



Bonsoir!


Il est normal que le monde court à sa perte dans la mesure où le maitre de celui ci est l'argent ,l'argent qui donne le pouvoir!!!Si l'amour de l'autre été présent ,il en serait tout autre!!


Bonne et douce soirée!


Amicalemment:CLAIRE



Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche