Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 22:43

AFFAIRE BETTENCOURT - Nouvelles accusations contre Sarkozy et Woerth

 

AFFAIRE BETTENCOURT - Nouvelles accusations contre Sarkozy et Woerth


Nicolas Sarkozy et Éric Woerth sont accusés d'avoir touché des financements occultes de la part du couple Bettencourt lors de la campagne présidentielle de 2007 (ici les deux hommes en Saône-et-Loire, le 6 février 2007) © AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET


L'affaire Bettencourt connaît un regain d'intensité, mardi, au lendemain des déclarations de l'ex-comptable du couple de milliardaires lundi après-midi devant la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDP), et lundi soir à Mediapart. Claire T. a, en effet, affirmé que Liliane et André Bettencourt avaient régulièrement financé, via des enveloppes contenant des espèces, des personnalités de la droite française, dont Nicolas Sarkozy et l'actuel ministre du Travail, Éric Woerth. Les deux intéressés ont démenti ces allégations mardi matin.

Dans ses révélations, l'ex-comptable du couple Bettencourt évoque notamment un épisode, remontant à mars 2007, mettant en scène Éric Woerth, aujourd'hui ministre du Travail. Celui-ci, alors trésorier de l'UMP, se serait vu remettre, via le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, une somme de 150.000 euros destinée à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Selon son récit à Mediapart, Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de la milliardaire de 87 ans et "celui qui s'occupait des politiques", lui a demandé, "fin mars 2007", de retirer "une somme trois fois supérieure à l'habitude, à savoir 150.000 euros". L'ex-comptable affirme n'avoir retiré que 50.000 euros, comme le lui permettait son accréditif, remis à Liliane Bettencourt, qui, dit-elle, "a ensuite donné l'enveloppe à Maistre, devant moi". "Les 100.000 autres euros ont été sortis d'un compte en Suisse à l'initiative de M. de Maistre", selon Claire T., qui poursuit : "Ensuite, Maistre m'a dit qu'il allait très vite dîner avec Éric Woerth afin de lui remettre, discrètement comme il m'a dit, les 150.000 euros. Et le dîner a bien eu lieu très rapidement." Patrick de Maistre a "contesté formellement" ces déclarations mardi matin.

"Les policiers pourront vérifier mes dires" (Claire T.)

"Et j'ai rempli le carnet de caisse, avec, en regard de la somme, la mention Bettencourt, que j'ai écrite moi-même. Je faisais toujours comme ça lorsqu'il s'agissait de l'argent destiné aux politiques, car il ne fallait pas de trace écrite", explique-t-elle au site Internet d'information. "Si Liliane Bettencourt leur donne les carnets de caisse (rendus au moment de son départ, fin 2008), les policiers pourront vérifier mes dires. Je me souviens de la date de ce retrait destiné à la campagne de Sarkozy : c'était le 26 mars 2007", précise-t-elle.

Elle affirme aussi que Nicolas Sarkozy, quand il était maire de Neuilly, de 1983 à 2002, et un "habitué" de la table des Bettencourt, "recevait aussi son enveloppe". "Tout le monde savait dans la maison que Sarkozy aussi allait voir les Bettencourt pour récupérer de l'argent", souligne-t-elle. L'avocat de Claire T., Me Antoine Gillot, a confirmé mardi matin que sa cliente avait tenu les mêmes propos aux enquêteurs et à Mediapart.

"C'est un témoin indirect de tous les faits" (Me Temime)

Me Hervé Temime, avocat de François-Marie Banier, accusé d'abus de faiblesse de la milliardaire, estime que les déclarations de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt "manquent de crédibilité". "C'est un témoin indirect de tous les faits qu'elle dénonce, aujourd'hui comme dans le passé", a-t-il déclaré sur RMC, soulignant qu'elle n'apportait "aucune preuve" de ce qu'elle avance. "Je regrette qu'après une audition à la police, ce témoin ait cru nécessaire de se livrer à un média quel qu'il soit", a-t-il ajouté. "J'ai l'impression que l'on veut affoler la meute", a encore dit Me Temime.

Ces nouvelles accusations surviennent alors que le procureur Philippe Courroye suggère d'enquêter sur les délits potentiels révélés par les enregistrements des conversations entre Liliane Bettencourt et son entourage. Parallèlement, une autre enquête, portant sur les enregistrements clandestins de Liliane Bettencourt, réalisés par un employé en 2009, pourrait être prochainement lancée. Dans ce but, un supplément d'information a été demandé jeudi dernier, lors de l'ouverture du procès de François-Marie Banier, soupçonné d'abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt.

 

http://www.lepoint.fr/societe/affaire-bettencourt-nouvelles-accusations-contre-sarkozy-et-woerth-06-07-2010-1211363_23.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20100706

 

 

Législatives anticipées ?

06 Juillet 2010 Par PF  / http://www.mediapart.fr/club/blog/pf/060710/legislatives-anticipees

«Panique à Elysée Parc» ou «La France brûle-t-elle?»: deux titres pour un même film dont l'action, depuis quelques semaines, se déroule au jour le jour, en extérieur ou indoor, sous les lambris du Palais de la République, dans cette rue du Faubourg-Saint-Honoré qui n'a plus de faubourg que ce nom au parfum populaire, mais incarne son exact contraire. Comme une injure de l'Histoire à tout ce que le substantif «peuple» peut évoquer dans la mémoire collective, c'est le haut lieu d'un exécutif, vassal assumé des puissances d'argent et exécuteur jusqu'à l'outrance, voir l'absurde, de leurs basses œuvres dont l'unique objet est la sauvegarde, voire l'extension de leurs privilèges au pays de leur abolition.

Tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin, elle se brise... La haute bourgeoisie française, qui eut dans l'histoire ses lettres de "noblesse", sut toujours, avec plus ou moins de bonheur depuis 210 ans, s'abstenir de franchir les lignes rouges qu'elle s'était elle-même tracées et imposées dans le cadre d'une République démocratique dont l'horizon triptyque éternel est liberté, égalité, fraternité (mettons de côté les périodes de restauration et celle de la collaboration). Mais elle a commis une faute historique en 2007: prendre pour héraut, tout en méprisant mezza voce sa vulgarité et son inculture homérique, un petit bateleur, édile de la banlieue ouest, fort en gueule à défaut de l'être en thème, bien à même, eut-elle la faiblesse de croire, de présider à la défense et au renchérissement de ses intérêts, y compris les moins avouables, dans un pays ou l'argent -contrairement à nos amis anglo-saxons- n'est pas une valeur reine dans le conscient collectif, culturel et historique de son peuple.

L'insupportable fatuité présomptueuse de cette bourgeoisie d'affaire et d'affaires, s'appuyant sur une approche eschatologique (de fin de l'Histoire) depuis la chute du mur, rayant d'un trait de plume, le temps d'une élection ou au gré d'un discours populiste de piètre facture, la réalité des contradictions sociales inhérentes au système économique et financier du marché anarchique, mais aussi l'Histoire de France, et dans le même élan, Saint-Just, la Commune, le Front Pop, la Résistance et les aspirations sociales et égalitaires de son Conseil National (CNR), Mai 68 (pour ne citer que ces grands chapitres historiques qui ont forgé notre âme hexagonale depuis deux siècles), l'a conduite à s'ériger -via son homme de paille- en divinité créatrice d'une France imaginaire sortie de son outre-monde quasi schizophrénique, en complète rupture et perte de contact avec la réalité vécue par nos concitoyens.

Mais cette réalité est plus forte que sa fiction volontariste et platonicienne, et s'il fallait en convaincre la minorité au pouvoir, l'idée de Dieu existe, mais ce n'est qu'une idée... Cet excès d'idéalisme marchand, d'élitisme de pacotille, d'atteintes constantes et répétées aux fondamentaux de la République, de confiance en un personnage dont le seul et unique souci est lui même, sa famille et ses affidés stipendiés, a fini par trouver sa limite. Les prolégomènes de l'actuelle crise de régime s'écrivent depuis le funeste mois de Mai 2007. Son explosion, notamment via l'affaire Bettencourt (coup de chapeau aux vrais professionnels de l'information de Mediapart), tellement synthétique dans l'ensemble de ses déclinaisons, des turpitudes fonctionnelles d'un système économique et financier et d'un régime politique à ses ordres, signe l'entrée de ce régime en soins palliatifs. Le diagnostic est létal.

François Léotard, ami de longue date de l'occupant de l'Elysée, faisant preuve d'une lucidité ("la blessure la plus proche du soleil" R. Char) prophétique, avait écrit dès février 2008, «Ça finira mal !» Cet oracle venant d'un sympathique devin de droite est en passe de devenir réalité.

Alors, que faire ? Si, selon une terminologie marxiste, les "conditions objectives" semblent réunies pour une révolution à tout le moins copernicienne, reste que le peuple -à voir ses dernières démonstrations de rue qui, pour massives qu'elles furent, n'en tenaient pas moins de la promenade dominicale organisée ou de la transhumance syndicale bon enfant- ne semble pas prêt à en découdre et de faire valoir son droit à se révolter. Quant aux "avant-gardes", elles n'existent plus. Il semble donc urgent de puiser dans le seul arsenal démocratique, institutionnel et politique (au demeurant fourni) pour refermer cette malheureuse parenthèse de notre histoire, ouverte en 2007.

Car la seconde question qui va de pair avec la première est: devons-nous nous soumettre au calendrier électoral et attendre 2012, donc assister pendant 22 mois supplémentaires au déclin quotidien de la France et à l'effondrement de sa République, pour l'infortune de la majorité de nos concitoyens, ou mettre le plus tôt possible un point final à la dérive en cours ?

Non Mme Aubry, l'actuel occupant du Palais n'a pas «abîmé» la République, il l'a «karchérisée». L'euphémisme n'est pas une arme politique, mais il ne fait que révéler la tiédeur du parti majoritaire dans l'opposition. Or, entre "tiédeur" et "collaboration", la marge est étroite. Sans entrer dans la part de responsabilité de l'appareil du PS concernant l'échec de 2007, il convient maintenant d'examiner la responsabilité que doit prendre ce parti et avec lui l'ensemble des opposants, de Villepin à Besancenot, pour, dans une démarche républicaine, commune et prioritaire, mettre un terme à cette "démocratie-autoritaire", anachronique et impériale (tendance Napoléon le petit) et rétablir la République et ses valeurs, donc "l'identité exemplaire" de la France dont nous bassinons le reste du monde depuis 210 années, donc rallumer «les Lumières».

Plus de 70 % de mécontents, la quasi-totalité des régions (la France profonde) gouvernées par la gauche, inadéquation totale entre la réalité politique du pays et sa représentation parlementaire dont la majorité de droite ne représente qu'elle-même, présidentialisation sauvage et ubuesque du régime, destruction du service publique si cher au CNR et seul garant d'une France "fraternelle et solidaire", pour employer des mots à la mode. Comment avancer dans ces conditions grotesques ? Comment ne pas être la risée du monde ? Impossible. Cela ne peut aller que de mal en pis.

Il est donc nécessaire, sinon suffisant, que l'opposition -avant que cela tourne vraiment vinaigre et de façon incontrôlable dans la rue avec toutes les provocations imaginables- exige dès maintenant des élections législatives anticipées et rompent définitivement et dans tous les domaines avec le pouvoir en place.

Comment le dit-pouvoir pourra-t-il justifier devant le peuple, du refus qu'il ne manquera pas d'opposer à cette demande politiquement fondée et justifiée et qui recevra l'assentiment de la majorité de nos concitoyens ? Plonger l'adversaire dans ses contradictions qui confinent à l'aporie, tel est le devoir de l'opposition de gauche, si elle s'assigne, comme il en va naturellement de son rôle historique, de sauver la République.

 

 

 

L'ex-comptable des Bettencourt accuse:

des enveloppes d'argent à Woerth et à Sarkozy

 


06 Juillet 2010  http://www.mediapart.fr/

Comptable de Liliane Bettencourt et de la société Clymène, qui gère la fortune de la milliardaire, Claire T., louée par ceux qui ont travaillé avec elle pour sa rigueur, est devenue, à son corps défendant, la femme qui en sait trop. Les policiers de la sous-direction des affaires économiques et financières de la préfecture de police de Paris, qui agissent dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre à la suite de la révélation des enregistrements pirates réalisés au domicile de l'héritière de L'Oréal, ne s'y sont pas trompés.

Lundi 5 juillet, ils ont une nouvelle fois interrogé (elle avait déjà été placée en garde à vue à la mi-juin) cette femme au caractère bien trempé. Après l'avoir questionnée toute la matinée au siège de la police financière, dans le XIIIe arrondissement de Paris, ils ont décidé de la réinterroger, à son domicile cette fois, en fin d'après-midi, sur instruction expresse du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, qui estimait qu'elle avait sans doute encore des choses à dire. L'intuition du magistrat était bonne.

Devant la PJ, elle a relaté une scène mettant en cause Eric Woerth et, à travers lui, le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. A Mediapart, elle en a raconté beaucoup plus...

Au départ, les enquêteurs souhaitaient surtout savoir ce que sont devenus trois “carnets de caisse”, ces cahiers dans lesquels Claire T. consignait méticuleusement, année après année, les retraits d'espèces qu'elle réalisait, à la demande de Liliane et André Bettencourt (décédé en novembre 2007). Elle les a tenus entre le mois de mai 1995, date de son embauche par le couple, et le mois de novembre 2008, lorsqu'elle a été licenciée, moyennant une indemnité de 400.000 euros.

Claire T. est, de fait, détentrice de très lourds secrets, qu'elle a confiés à Mediapart, juste après son audition, lundi soir. C'est un témoignage accusatoire, qu'elle reconnaît volontiers ne pas pouvoir étayer de preuves matérielles définitives et qui devra être soumis par les enquêteurs à un méticuleux travail de recoupements et de vérifications. Claire T. s'explique sur sa décision de parler à la police et à un journal: « J'en ai marre de voir tous ces gens ne pas assumer leurs responsabilités, raconter n'importe quoi. Il est temps de dire ce qu'il s'est passé. Et puis, après tout, moi je n'ai rien à me reprocher. »

Si elle est furieuse, c'est d'abord parce qu'elle est visée par une plainte pour « vol » – objet de sa convocation par la police judiciaire – déposée par l'avocat de Liliane Bettencourt, Me Georges Kiejman, qui l'accuse notamment de ne pas avoir restitué, au moment de son départ, divers documents comptables.

·  « Dédé “arrosait” large»

Parmi ceux-ci, trois carnets de caisse donc, correspondant aux “exercices” 2006, 2007 et 2008. Claire T. s'insurge : elle affirme au contraire les avoir remis à la milliardaire, par l'entremise de l'ex-avocat fiscaliste de cette dernière, Me Fabrice Goguel. Interrogé par nos soins la semaine dernière, Me Goguel nous avait confirmé la version de la comptable : «Claire m'avait effectivement remis une liasse de documents, dont trois cahiers de caisse. Je n'ai même pas regardé ce qu'ils contenaient, c'était le cadet de mes soucis, je me suis empressé de les remettre à leur destinataire, Liliane Bettencourt, qui a dû les ranger dans ses archives, dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine.»

Ces fameux carnets nourrissent tous les fantasmes depuis que le conseil de Claire T., Me Antoine Gillot, a déclaré sur les ondes de RMC, vendredi 2 juillet, que les fonds en espèces retirés par la comptable et remis au couple Bettencourt pourraient avoir profité à des hommes politiques. «Ça fait partie des possibilités», avait-il lâché, énigmatique, au micro de Jean-Jacques Bourdin. En précisant toutefois que sa cliente n'avait jamais remis d'argent directement à qui que ce soit. Sur ce point, les confidences de Claire T. sont explosives. Son témoignage, que nous avons recueilli en exclusivité, confère définitivement au dossier Bettencourt le statut d'affaire d'Etat.

Elle raconte : « Je disposais de ce qu'on appelle un “accréditif” à la BNP. D'abord à l'agence Saint-James de Neuilly-sur-Seine, puis à celle de l'avenue de la Grande-Armée , dans le XVIe. Cette autorisation me permettait de retirer en liquide 50.000 euros par semaine. Pendant longtemps, je remettais ces sommes directement à André Bettencourt. Puis à partir de début 2007, du fait de la dégradation de l'état de santé de “Dédé” – c'est comme ça que nous le surnommions dans la maison –, je les confiais à Patrice de Maistre. »

Gestionnaire de la fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre est au cœur des enregistrements clandestins effectués au domicile de Mme Bettencourt par son majordome. A qui étaient destinés ces fonds en liquide ? « Une partie servait à payer des médecins, des coiffeurs, du petit personnel, etc. Et une autre, c'était pour les politiques », assène Claire T. Qui se fait plus précise : « Dédé, et il ne s'en cachait pas, a toujours financé la droite. C'était un vrai défilé d'hommes politiques dans la maison, ils venaient surtout au moment des élections. Dédé “arrosait” large. Chacun venait toucher son enveloppe Certaines atteignaient même parfois 100.000, voire 200.000 euros. »

·  150.000 euros pour la campagne de Sarkozy via Woerth

Selon la comptable, « les visiteurs les plus assidus étaient des responsables du Parti républicain. Il leur remettait une enveloppe tous les deux ou trois mois. Parfois 10.000, 20.000 ou 30.000, d'abord en franc, puis en euro, car là aussi, tout augmente !Je sais que Dédé avait contribué, juste avant mon arrivée, au financement en liquide de la campagne d'Edouard Balladur. Cela dit, comme il était généreux, il ne m'étonnerait pas qu'il ait aussi financé les activités politiques de Jacques Chirac ».

S'agissant du financement politique, on en vient au point sensible. Très sensible, même. Celui concernant Eric Woerth. Le seul que Claire T. ait évoqué devant les policiers, car le seul sur lequel elle a été interrogé. « C'était à la fin du mois de mars 2007. Patrice de Maistre, qui était devenu celui qui “s'occupait” des politiques du fait de la maladie de Dédé, m'a convoquée pour me demander d'aller retirer à la banque une somme trois fois supérieure à l'habitude, à savoir 150.000 euros. J'ai refusé, en expliquant que mon accréditif ne me le permettait pas. Il s'est énervé, en me disant que la banque ne nous refuserait pas ce service. Je lui ai demandé la raison pour laquelle il lui fallait absolument récupérer un tel montant, et là, il m'a répondu : “Mais enfin, c'est pour financer la campagne présidentielle de Sarkozy ! Je dois donner de l'argent à celui qui s'occupe du financement de la campagne, Eric Woerth. Et 50.000 euros, ce n'est pas suffisant.”»

Claire T. reprend son récit : «Malgré l'insistance de Maistre, qui a quasiment piqué une crise de nerfs, j'ai refusé. Je me souviens même avoir appelé Eva, mon interlocutrice à la BNP de la place Vendôme, l'agence où Liliane Bettencourt a son compte principal, pour lui demander son avis. Je ne lui ai pas parlé du financement de Sarkozy, mais elle a bien compris... Elle m'a dit que je devais refuser, qu'il ne fallait pas que je dépasse mon accréditif, sinon cela risquait d'alerter Tracfin (le service anti-blanchiment de Bercy, NDLR). Donc je me suis rendue comme d'habitude avenue de la Grande-Armée, j'ai retiré 50.000 euros, que j'ai remis à Liliane Bettencourt, qui a ensuite donné l'enveloppe à Maistre, devant moi. Et j'ai rempli le carnet de caisse, avec, en regard de la somme, la mention “Bettencourt”, que j'ai écrite moi-même. Je faisais toujours comme ça lorsqu'il s'agissait de l'argent destiné aux politiques, car il ne fallait pas de trace écrite. Si Liliane Bettencourt leur donne les carnets de caisse, les policiers pourront vérifier mes dires. Je me souviens de la date de ce retrait destiné à la campagne de Sarkozy : c'était le 26 mars 2007. »

·  «Sarkozy aussi allait voir les Bettencourt pour récupérer de l'argent»

Comme libérée de pouvoir enfin soulager sa conscience, Claire T. poursuit son récit. « Comme les 50.000 euros ne suffisaient pas, Maistre s'est rendu – ou a envoyé quelqu'un, je ne sais pas – en Suisse, pour prélever en urgence le complément, à savoir 100.000 euros. D'après ce que j'ai compris, il n'a pas puisé dans le compte de Vevey mais plutôt dans celui de Genève. De toute façon, il allait toutes les semaines en Suisse... Ensuite, Maistre m'a dit qu'il allait très vite dîner avec Eric Woerth afin de lui remettre, “discrètement” comme il m'a dit, les 150.000 euros. Et le dîner a bien eu lieu très rapidement... »

Les fonds, à en croire la comptable, étaient donc destinés à la campagne du candidat de l'UMP lors de la dernière présidentielle, avec qui elle assure que Patrice de Maistre avait également dîné, dans les mois précédant son élection. « Maistre était très fier de côtoyer Sarkozy », se souvient Claire T. Nicolas Sarkozy. Un nom que l'on entendait souvent dans le superbe hôtel particulier des Bettencourt, et ce bien avant que Claire T. ne se mette au service du richissime couple.

Maire de Neuilly-sur-Seine entre 1983 et 2002, M. Sarkozy était souvent l'hôte des Bettencourt. « Il venait déjeuner ou dîner avec Cécilia », se souvient Claire T. Lui aussi avait-il droit aux « attentions » accordées aux personnalités politiques en visite chez les Bettencourt ? Un brin hésitante d'abord, mesurant sans doute la gravité de ses propos, Claire T. confirme :

« Nicolas Sarkozy recevait aussi son enveloppe, ça se passait dans l'un des petits salons situés au rez-de-chaussée, près de la salle à manger. Ça se passait généralement après le repas, tout le monde le savait dans la maison. Comme M. et Mme Bettencourt souffraient tous les deux de surdité, ils parlaient très forts et de l'autre côté de la porte, on entendait souvent des choses que l'on n'aurait pas dû entendre. Encore une fois, tout le monde savait dans la maison que Sarkozy aussi allait voir les Bettencourt pour récupérer de l'argent. C'était un habitué. Le jour où il venait, lui comme les autres d'ailleurs, on me demandait juste avant le repas d'apporter une enveloppe kraft demi-format, avec laquelle il repartait. Je ne suis pas stupide quand même, inutile de me faire un dessin pour comprendre ce qu'il se passait... »

·  13.000 euros par mois pour Florence Woerth

On en revient au cas Woerth, qui intéresse tant les policiers. Et à sa femme, Florence, qui travaillait depuis fin 2007, sous l'autorité de Patrice de Maistre au sein de Clymène, la structure financière qui gère les actifs de l'héritière de L'Oréal. Florence Woerth a-t-elle été, à ce titre, informée des pratiques d'évasion fiscale révélées par les enregistrements clandestins ? Une question que se pose désormais ouvertement le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, à en croire un rapport évoqué par Le Monde dans son édition datée du 6 juillet.

Claire T. n'est pas certaine de détenir la réponse. « Florence Woerth était au courant des placements, pas forcément des fraudes fiscales. Et pour cause : elle n'était pas souvent là. Elle prenait souvent de longs week-ends, se rendait régulièrement en Suisse où elle disait avoir une propriété. En fait, il apparaissait évident qu'elle avait été uniquement placée là parce que son mari était ministre du budget. Patrice de Maistre ne s'en cachait pas d'ailleurs, mais il a vite regretté son choix, il n'était pas content d'elle. » En bonne comptable, Claire T. se souvient que l'épouse de l'actuel ministre du travail « avait un bon salaire : environ 13.000 euros par mois, plus une prime de fin d'année de l'ordre de 50.000 euros ».

Claire T. confirme par ailleurs que Liliane Bettencourt a bien bénéficié en 2008 d'un remboursement de 30 millions d'euros de l'Etat français au titre du bouclier fiscal, mais aussi, autre révélation de Mediapart, que la milliardaire « n'a jamais eu à subir le moindre contrôle fiscal depuis au moins 1995. Je n'ai jamais vu le moindre inspecteur des impôts, je peux le certifier. Ça, on peut dire que nous étions tranquille par rapport au fisc ! Je me souviens même, un jour de 2008, avoir téléphoné, paniquée, à la personne des impôts qui s'occupait de Mme Bettencourt. En arrêt maladie, j'avais oublié d'envoyer la déclaration d'impôt sur le revenu, je n'avais envoyé que l'ISF... C'était une grosse bévue. J'avais peur que l'on nous sanctionne d'une lourde amende. Logiquement, on aurait dû nous infliger une pénalité de 10%, soit environ 4 millions d'euros. Mais mon interlocuteur a rigolé, il m'a dit de ne pas m'en faire, que Liliane ne subirait aucune pénalité, ce qui a été le cas ».

Partie en mauvais termes avec ses employeurs, qui lui reprochaient – comme au majordome, qui a du coup décidé de placer un dictaphone espion dans la maison – d'avoir « mal » témoigné devant la police dans le cadre de la plainte pour « abus de faiblesse » déposée par la fille de la milliardaire, Claire T. n'en veut pourtant pas à Liliane Bettencourt. Elle se dit au contraire « choquée qu'elle soit tombée sous la coupe de personnes qui ne pensent qu'à la dépouiller de ses biens ».

Ainsi, s'agissant de la fameuse île d'Arros, aux Seychelles, dont elle n'ignore aucun secret, la comptable assure que « c'est bien François-Marie Banier, via une fondation, qui en est l'ayant droit ». Prise dans un ouragan politique dont elle ne soupçonne manifestement pas la portée, Claire T., sur les conseils de son avocat, va sans doute se « mettre au vert », le temps que la tempête se calme. Il lui faudra à l'évidence être patiente.

 

 


A lire:


http://www.numerama.com/magazine/16182-l-affaire-woerth-et-la-tentation-de-discrediter-internet-et-mediapart.html

 

 

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/woerth-et-ca-continue-77855

 


http://www.tdg.ch/actu/economie/genevagate-menace-bettencourt-woerth-2010-07-01

 

 


 

 


Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche