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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 17:37

 

OBAMA LE TUEUR DE BÉBÉ ! ! ! T-SHIRT par GOP4LIFE
C'est un T-shirt en lequel expose les vraies vues d'Obama au sujet de la vie.
http://www.zazzle.fr/obama_le_tueur_de_bebe_tshirt-235458996181779678

 

Le président Obama a ordonné un nombre record de frappes de Predator. Voici un entretien exclusif avec un homme qui ratifiait les "opérations létales". > Cet article a été publié sur le site internet de l'hebdomadaire américain le 13 février.

 

C'est une pièce banale dans un immeuble de bureaux de la Virginie du nord. L'endroit est bourré d'écrans d'ordinateurs, de claviers et de cartes. Quelqu'un est assis à son bureau, la main sur une manette. John A. Rizzo, à cette époque directeur juridique de la CIA, se tient non loin, avec d'autres employés de l'agence. Ensemble, ils observent des images sur un écran où l'on voit un homme et sa famille conduisant sur une route à des milliers de kilomètres de là. Le véhicule ralentit, l'homme descend.

Quelques instants plus tard, une explosion remplit l'écran, l'homme est mort. "Les choses étaient menées de façon très professionnelle", raconte Rizzo. Un drone aérien vient d'exécuter l'homme, terroriste de haut rang présumé, après qu'il eut quitté sa voiture. Les membres de sa famille ont été épargnés. "L'agence était très pointilleuse à ce sujet", ajoute Rizzo. "Ils s'efforçaient de minimiser les dommages collatéraux, et notamment sur les femmes et les enfants".

Le public est au courant depuis un certain temps des grandes lignes du programme d'exécution de présumés terroristes par la CIA — y compris de la façon dont les Etats-Unis se servent de drones pour tuer les militants talibans et d'Al-Qaïda au Pakistan. Mais le processus exact par lequel on désigne qui doit être traqué et "réduit en miettes", comme le dit Rizzo, n'avait jamais été rapporté jusqu'ici. Un coup d'œil sur la bureaucratie impliquée dans ces opérations révèle une organisation méthodique, dotée de plusieurs couches, dirigée par un corps de fonctionnaires exécutant leurs taches de façon professionnelle. Et pourtant, le fait que Rizzo fut impliqué dans des "assassinats", comme il le dit parfois, et que ces opérations aient été planifiées à l'avance, de façon formaliste, pose un certain nombre de questions.

Plus d'un an après son départ du gouvernement, Rizzo, homme élégant de 63 ans, portant barbe, boutons de manchettes et une cravate jaune pâle, s'est entretenu avec nous dans un restaurant de Washington de son rôle dans les "opérations létales" de la CIA autour d'un Côtes-du-Rhône et d'un steak. Parfois, Rizzo prend un ton cavalier. "À la base, c'est une liste de types à buter", dit-il. Puis, il pointe un doigt sur mon front et fait semblant de presser la détente. "Le Predator est l'arme de prédilection, mais ça pourrait tout aussi bien être quelqu'un qui vous colle une balle dans la tête".

Le nombre de ces assassinats, principalement exécutés sur le territoire pakistanais par des Predators, a considérablement augmenté sous l'administration Obama, et ces actions secrètes font aujourd'hui partie intégrante de la stratégie antiterroriste des Etats-Unis.

La façon dont les agents de la CIA sélectionnent les cibles de ces opérations létales est un processus relativement simple, et pourtant largement ignoré. Le président n'est pas informé de chacun des noms. Rizzo explique qu'il était lui-même en charge des autorisations. A Washington, on parle d'une "liste de cibles", termes employés par l'ancien sous-secrétaire d'état Richard Armitage pour décrire le processus lors d'une récente réception à Washington. En réalité, cependant, il n'existe probablement pas à la CIA de liste de gens destinés à mourir. "Je n'ai jamais vu de liste" indique un officiel du Département d'État ayant participé à des discussions sur les opérations létales, parlant anonymement en raison du sujet abordé. À la CIA, les responsables choisissent des cibles à "neutraliser", indique-t-il. "Il s'agit d'individus que nous recherchons et dont nous venons à penser qu'ils constituent une menace qu'il vaut mieux à présent neutraliser".

L'armée et la CIA partagent souvent les mêmes cibles — Oussama Ben Laden, par exemple — mais s'occupent de régions du monde distinctes. Parfois, ils font équipe — où même travaillent l'un pour l'autre. Lorsque l'ancien officier de la CIA Henry A. Crumpton était en Afghanistan après le 11 septembre, lui et le Général Stanley McChrystal — ancien chef du Commandement unifié des Opérations Spéciales, une unité militaire secrète — travaillaient en étroite collaboration, ainsi que leurs subordonnés. "Certains des gens que je connaissais, et qui travaillaient pour moi, sont partis travailler pour lui, et vice versa" se souvient Crumpton. D'après des experts de l'anti-terrorisme, le président Obama et ses conseillers sont en faveur d'une approche plus agressive pour des raisons pratiques — les responsables gouvernementaux préfèrent éliminer les terroristes présumés plutôt les capturer. "Depuis qu'en raison de la situation politique et légale des Etats-Unis les techniques d'interrogatoires agressives ont de toute façon été remises en question, il est devenu moins intéressant de capturer plutôt que de tuer", écrit Kenneth Anderson de l'American University dans un essai sur la question que les responsables de la Maison Blanche d'Obama ont abondamment compulsé. "Et si l'on a l'intention de tuer, on le fera de préférence de loin, afin d'éliminer les problèmes de reddition, potentiellement embarrassants".

Pour défendre cette approche brutalement pragmatique, les responsables de l'administration arguent que les frappes aériennes menées au moyen de drones permettent d'éliminer des militants d'Al-Qaïda et réduisent ainsi les probabilités d'une nouvelle attaque terroriste. Ils prennent également garde à rassurer le public sur la question de la légalité de ces assassinats. Lorsque Newsweek s'est adressé au gouvernement en vue d'obtenir un commentaire, un responsable nous a déclaré, sous couvert de l'anonymat du fait de caractère sensible de la question : "Ces opérations anti-terroristes sont menées dans le strict respect de la législation américaine et du cadre juridique fourni par le Département de la Justice".

Comme l'explique Bruce Riedel, ancien cadre de la CIA, "sur ce point, on n'est plus au jardin d'enfant : on le fait depuis 2001, en suivant un protocole aujourd'hui parfaitement établi".

Un article du Los Angeles Times décrit un jour John Rizzo comme le juriste de carrière le plus influent de l'histoire de la CIA", et il est certain qu'il en sait plus que quiconque au gouvernement sur les aspects légaux des assassinats ciblés menés par la CIA. C'est pourtant quasiment par accident qu'il est entré dans le monde de l'espionnage. Diplômé en droit de l'université George Washington, il vit dans la capitale dans les années soixante-dix lorsqu'est publié le rapport de la commission Church sur les tentatives d'assassinat par la CIA de leaders étrangers. Rizzo y voit une opportunité : "Vu l'ambiance, ils vont avoir besoin d'avocats". Il décroche peu après un emploi à la CIA.

Quelques décennies plus tard, alors que s'intensifient à la CIA interrogatoires et opérations létales dans la foulée du 11 septembre, Rizzo se retrouve lui-même au centre de la controverse. Il est, selon ses propres mots, "plongé jusqu'aux yeux" dans le programme du Président Bush d'interrogatoires améliorés menés dans les "black sites", prisons secrètes situées en Afghanistan et d'autres pays. John C. Yoo, juriste du Département de la Justice, rédige en août 2002 le fameux "mémo sur la torture" en réponse à une demande de clarification de Rizzo quant aux techniques pouvant être appliquées aux détenus. Rizzo espérait accéder au poste de directeur juridique de l'agence, une idée devant laquelle les membres de la commission du renseignement du Sénat ont regimbé en raison de son rôle dans l'autorisation des interrogatoires. Rizzo prend sa retraite en 2009.

On peut parfois déceler de la vantardise chez Rizzo. "Combien de professeurs de droits ont déjà signé un ordre d'exécution ?" demande-t-il. Aussi vite, il insiste sur le soin apporté aux travaux préparatoires, et indique avoir senti qu'il était important d'assister à l'exécution de certains de ces terroristes de haut rang présumés par le biais des images en direct diffusées dans les bureaux de la CIA. "Il était important pour moi que ce soit fait le plus proprement possible", explique-t-il.

Proprement, mais néanmoins complexe d'un point de vue éthique. Rizzo s'est parfois trouvé assis à son bureau au septième étage de l'immeuble de la CIA en question, devant un câble évoquant un terroriste présumé, se demandant quel jugement ses parents irlando-italiens porteraient sur les nouvelles tâches qu'on lui avait confiées.

Après que le Président Bush eut donné à la CIA l'autorisation de traquer les combattants d'Al-Qaïda, suite au 11 septembre, "on a toujours eu recours à des juristes. Ils étaient toutefois très bons — très agressifs, très utiles, en fait", raconte Crumpton. "Ils nous aidaient à comprendre le droit international et les problèmes transfrontaliers, et clarifiaient pour nous certains termes de la directive présidentielle".

Aux termes d'un nouveau décret de George W. Bush, signé plusieurs années plus tard, il devint possible de prendre pour cible un certain nombre de gens travaillant dans des camps terroristes, au-delà des terroristes présumés identifiés. Dès lors, le nombre de candidats potentiels examinés par les juristes de la CIA allait considérablement augmenter. En dépit du secret entourant ces ordres, leur objectif apparaît clairement. "Les pouvoirs conférés par ces directives présidentielles sont certainement les plus radicaux, les plus létaux, depuis la création de la CIA" déclarait à une commission de la chambre des représentants William C. Banks, directeur de l'Institut pour la Sécurité Nationale et l'Antiterrorisme de l'Université de Syracuse.


 

Le centre névralgique de ces assassinats ciblés est le Counterterrorist Center de la CIA où des juristes — une dizaine environ, selon Rizzo — rédigent des câbles affirmant que tel ou tel individu constitue une grave menace pour les Etats-Unis. Les câbles de la CIA sont juridiquement formalistes, argumentés avec soin, et peuvent souvent faire jusqu'à cinq pages. Michael Scheuer, qui a été à la tête de l'unité Oussama Ben Laden de la CIA évoque un "dossier" ou "document de deux pages" accompagné d'une annexe apportant les données sous-jacentes, au cas où quelqu'un voudrait les consulter intégralement. "Le dossier", dit-il, "passait par les juristes, qui prenaient la décision. Ils étaient très pointilleux". Parfois, selon Scheuer, la barre était placée trop haut. "Très souvent, il s'en est ensuivi des opportunités manquées. Alors l'idée selon laquelle des gens se sont fait tuer sur la seule base d'un soupçon... J'aurais bien aimé que ce soit vrai. Si ç'avait été le cas, il y aurait moins de méchants encore vivants".

Parfois, se souvient Rizzo, les preuves accumulées contre tel ou tel individu étaient trop minces et au département juridique, les supérieurs déclaraient aux subordonnés : "Votre dossier n'est pas assez solide". "Parfois", explique Rizzo, "la justification était qu'on pensait que l'individu en question avait assisté à une réunion. C'était trop faible". Le mémo était renvoyé à l'étage du dessous.

Les câbles qui étaient "prêts à l'emploi", comme le dit Rizzo, se terminaient par les mots suivants : "En conséquence permission requise pour engager une opération létale contre la cible". Suivait un espace pour la signature du directeur juridique, suivi du mot "accord". Rizzo indique qu'il voyait passer environ un câble par mois, et qu'il se trouvait toujours environ trente personnes ciblées. Nombre d'entre elles ont été tuées, mais pas toutes : "Les numéros 1 et 2 du hit-parade sont toujours en circulation", confirme Rizzo, parlant de "qui-vous-savez et de [Ayman al-] Zawahiri", un des principaux leaders d'Al-Qaïda.

Comme l'ont souligné les critiques de l'administration, les responsables du gouvernement doivent respecter une procédure bien plus stricte pour obtenir la permission de mettre quelqu'un sur écoute dans ce pays que pour faire de quelqu'un la cible d'une opération létale à l'étranger.

Rizzo semble amer devant le fait qu'il ait été critiqué, ainsi que d'autres cadres de la CIA, pour avoir autorisé sous l'administration Bush des interrogatoires brutaux, alors qu'on ne s'émeut que très peu du rythme plus rapide des opérations létales sous Obama (de 2004 à 2008, Bush a autorisé 42 frappes de drone, selon la Fondation New America. Le nombre a plus que quadruplé sous Obama — 180 lors du dernier décompte).

Les détenus, dans l'ensemble, ont survécu, observe Rizzo. Ce qui bien souvent aujourd'hui n'est pas le cas des présumés terroristes de haut rang.

D'autre part, en dépit des contrôles bureaucratiques, la réalité n'est pas toujours aussi précise. En décembre, la population a défilé dans les rues d'Islamabad pour protester contre les frappes et exprimer son soutien à un résident du Waziristan, Karim Khan, dont le fils et le frère avaient été tués en 2009 lors d'une frappe et qui a depuis intenté un procès contre les Etats-Unis, imputant leur mort à un responsable de la CIA.

Les responsables gouvernementaux insistent sur le fait que les assassinats ciblés reposent sur des bases légales solides, ce que contestent nombre d'universitaires. À l'université de Georgetown, Gary Solis, auteur d'un Code du Conflit Armé, affirme que les employés qui à la CIA manoeuvrent des véhicules aériens sans pilote sont des civils directement engagés dans des hostilités, agissements qui font d'eux des "combattants illégaux", pouvant à ce titre éventuellement être poursuivis.

Rizzo travaille actuellement à ses mémoires. Il ne parle pas de la moralité de ce qu'il a fait — ce n'est pas son genre — mais depuis quelque temps, il cherche à affronter les implications du travail meurtrier qui fut le sien, et que d'autres continuent à exécuter dans cet immeuble de bureaux, en Virginie.

par Tara Mckelvey

Traduction de David Korn

> Lire la version américaine de l'article

 

(Nouvelobs.com)

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