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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 01:51

Pauvre France

septembre 11th, 2011

 

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http://jmdinh.net/wp-content/uploads/2010/03/pauvrete.jpg - Illustration posée par eva

 

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L’histoire ne se répète pas, mais ses rendez-vous se ressemblent.
Gabriel de Broglie



8,2 millions de pauvres « officiels », soit 13,5 % de la population française : tel est le constat dressé par l’INSEE dans son rapport Les niveaux de vie en 2009. Pour être déclaré officiellement « pauvre », il faut disposer d’un revenu inférieur à 954 € par mois.


D’autres enseignements

Les éléments ci-dessus ont été, à des degrés divers, repris par les médias lors de la publication de l’enquête INSEE fin août. Mais celle-ci révèle d’autres enseignements :

• Premier enseignement : les inégalités s’accroissent. Alors que le niveau de vie des « 10 % les plus aisés », pour reprendre la terminologie de l’INSEE, a augmenté de 0,7 % entre 2008 et 2009, le niveau de vie des « 10 % des personnes les plus modestes » est en baisse de 1,1 % sur la même période.

L’étude de l’INSEE ne va pas plus loin dans cette analyse mais, au vu d’autres indicateurs publiés par ce même organisme (voir le tableau ci-dessous, commenté dans notre billet Retraites : l’arnaque), il y a fort à parier que ce sont les 1 % - voire les 0,1 % - de Français les plus riches qui ont prioritairement bénéficié de cette augmentation de 0,7 % (laquelle serait alors pour eux fort supérieure à ce chiffre).

evolution-des-salaires-1996-2006.jpg

• Deuxième enseignement : plus on est pauvre, plus on est chômeur. Ou, si l’on préfère, plus on est chômeur, plus on est pauvre. Dans tous les cas, c’est le cercle infernal : la « crise » des subprimes de 2008, fruit du casino financier dans le secteur immobilier américain, a généré une augmentation du chômage en France, frappant en priorité les 10 % de Français les plus pauvres.

Comme l’écrit l’INSEE, « ce sont les plus modestes qui sont les plus touchés » : « cette plus grande proportion de chômeurs entraîne ainsi une baisse du premier décile de niveau de vie » (le premier décile comprend les 10 % de Français les plus pauvres).

• Troisième enseignement : l’intensité de la pauvreté s’est accrue et atteint un nouveau record par rapport aux années précédentes. En d’autres termes, même parmi les pauvres, les inégalités se sont accrues : la majorité des pauvres a vu ses revenus baisser encore plus nettement que les « pauvres les plus riches » (si l’on peut employer cette expression) dont les revenus ont cependant chuté.


Dire que ce bilan est alarmant ou catastrophique n’a même plus de sens : c’est le constat de l’échec d’un modèle économique et social, ou plutôt asocial. Nous avons abordé ce sujet de la répartition de la richesse dans de nombreux billets (voir la liste intégrale des billets publiés) et nous ne reprendrons pas ici des analyses ou des arguments précédemment développés ou avancés.

Un point cependant : nous avons retenu la répartition de la richesse parmi nos Quatre priorités pour 2012. Alors, qu’en pensent nos politiques ? Et comment ont-ils réagi face à ce rapport de l’INSEE ?


Qu’en disent-ils ?

Sarkozy ? Néant. Zéro réaction. Il s’en fout. Pas son électorat. Pas son problème. Trop loin du Fouquet’s sans doute…

Villepin ? Il a écrit un article, intitulé Insoutenable pauvreté, sur son blog. Sa solution : lutter contre le chômage et créer des gisements d’activité. Comment ? Il ne le dit pas. Le protectionnisme, pour protéger l’emploi ? Vous n’y pensez pas, voyons. Bref, les mêmes vœux pieux depuis 30 ou 35 ans, avec les résultats que l’on sait.

Bayrou ? Lui ne dit rien mais un de ses adjoints, Robert Rochefort, estime que « le pire est à venir » (il a, hélas, très certainement raison). La solution ? « Un allongement de la période d’indemnisation du chômage » et « une relance de l’activité économique fondée principalement sur la reconquête des emplois de production ». Bien vu, mais comment ? Pas dit. Voir Villepin ci-dessus et retour à la case départ.

Hollande ? Il juge que « Sarkozy a été le président de la baisse du pouvoir d’achat », ce qui est une évidence. Solution pour lutter contre la pauvreté ? « Un effort de redistribution… pour que les très hautes rémunérations contribuent davantage. » Comment ? Pas dit. Osera-t-il avancer et, s’il est élu, mettre en œuvre une proposition du type de celle que nous préconisons dans Quatre priorités pour 2012, c’est-à-dire 90 % de taxation au-delà de 330 000 € par an, toutes sources de revenus confondues ?

Aubry ? Pas vu de grande déclaration sur le sujet. Rien de concret en tout cas, comme le montrent ses Trois urgences pour redresser la France.

Joly ? Repéré un tweet de sa part sur le sujet… elle préfère dénoncer « la volonté hégémonique d’imposer l’unique langue française », proposer « la reconnaissance des langues régionales », « la réunification de la Bretagne » ou « l’autonomie basque »… Consternant, tout simplement.

Le Pen ? Elle réagit pour affirmer que, si elle est élue, elle fera baisser le pourcentage de pauvres en France de 13,5 à 5 %. Comment ? « En luttant par la loi contre les marges indécentes de la grande distribution », « en se dotant des outils pour permettre la réindustrialisation du pays : protections aux frontières… », « en mettant en place une fiscalité plus juste ».

Derrière les engagements peu crédibles, on voit que Le Pen, à la différence de nombre d’autres candidats, « cible » les 10 ou 20 % de Français les plus pauvres à l’occasion de sa campagne électorale. Nous y reviendrons plus loin.

Mélenchon ? Il aborde les questions que soulève le rapport de l’INSEE dans un long article de son blog, La tentation autoritaire, où il replace ce thème de la pauvreté dans un cadre beaucoup plus large.


Quelle analyse ?

Ce tour d’horizon nous a également permis de visiter en détail les sites internet de ces différents candidats. On s’aperçoit alors que, schématiquement, face à la pauvreté, deux types de discours sont tenus.

« D’une tendance longue de la réduction de la pauvreté au cours des dernières décennies, nous sommes arrivés à un palier et désormais une régression… l’attention aux plus pauvres est une nécessité de justice mais surtout de cohésion sociale… La croissance doit nous permettre d’à la fois créer plus de richesses et de mieux les répartir… retrouver un travail, c’est retrouver du pouvoir d’achat. »

Qui nous tient ce discours ? Personne en particulier, ou plutôt tous les candidats « classiques » : cette phrase est un pot-pourri qui mélange les déclarations d’Aubry, Bayrou, Hollande et Villepin sur le sujet. Des phrases « passe-partout », compassionnelles, politiquement correctes, tout droit sorties de la novlangue de l’énarchie. Le type de discours qu’on sert aux Français depuis des décennies, bon enfant, consensuel, rassurant, qui n’a débouché sur rien de concret.

« Faillite du modèle économique ultralibéral… qui engendre chômage de masse et précarité toujours croissante… La pauvreté n’est pas un à côté du système qui laisserait sur la route les plus fragiles, les moins aptes à supporter les coups de sabre de la mondialisation. C’est le cœur, le moteur du modèle social du capitalisme de notre temps. Pour que des mégas fortunes s’accumulent il faut que le gros de la troupe puisse être pressé sans merci. »

Au risque de choquer nombre de nos lecteurs, j’ai mélangé dans cette phrase des déclarations de Le Pen et de Mélenchon. Pour montrer qu’ils sont semblables ? Bien sûr que non. Pour montrer que, dans des registres sémantiques parfois proches, ce sont les seuls qui s’adressent aux pauvres en termes « forts », qu’à l’exception de l’extrême-droite (Le Pen) et de l’extrême-gauche (Mélenchon), aucun candidat ne se soucie sérieusement du sort des 13,5 % des Français étiquetés pauvres et, plus globalement, du Français sur cinq qui se trouve tout en bas de l’échelle sociale.

N’en déduisez pas hâtivement que l’auteur de ce billet est devenu pro-Le Pen ou pro-Mélenchon. Ce serait simpliste et faux. Il s’agit d’un constat tiré de l’analyse des textes et du « positionnement politique » de ces deux candidats. Je n’entends pas juger ici de la sincérité de leurs propos… ou de leurs arrière-pensées.

Ce qui est par contre patent, c’est que, de Sarkozy à Joly, les autres candidats préfèrent, à des degrés divers, « regarder ailleurs » lorsqu’il s’agit de s’adresser à ce « nouveau lumpen prolétariat » (pour reprendre une terminologie marxiste), comme le voyageur du métro qui fixe l’écran de son téléphone portable pour ne pas croiser le regard de celui qui quémande une pièce ou un ticket-restaurant.

À l’inverse, Le Pen et Mélenchon ont choisi de faire porter leurs efforts sur une cible électorale que, très cyniquement, on pourrait définir comme étant en croissance forte… L’extrême-droite et l’extrême-gauche sont ainsi les seuls à adresser un message spécifique et fort aux plus démunis, les candidats « classiques » se contentant du prêchi-prêcha consensuel, technique et compassionnel en usage depuis plus de 30 ans.

La citation en tête de ce billet affirme que les rendez-vous de l’histoire se ressemblent. Dans ce cas, les conditions du rendez-vous décrit ci-dessus commencent à ressembler étrangement à celles de la république de Weimar où, d’une part en réaction à un système politique vieillissant, d’autre part dans le contexte économique de la crise de 1929 qui avait vu une explosion de la pauvreté, communistes d’un côté, nazis de l’autre, avançaient leurs pions en proposant des solutions infiniment plus radicales… avec la conclusion que l’on sait.

Dans une hypothèse de ce type, nous ne doutons pas un seul instant du côté où les lobbies financiers et industriels que nous avons si souvent évoqués (dès le deuxième billet publié ; voir De la contagion des mauvaises habitudes) sauront faire pencher le balancier.


Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

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« C’est un véritable raz-de-marée de pauvreté qui s’installe sur la France »

Julien Lauprêtre, président du Secours populaire affirme que le taux de pauvreté dévoilé par l'Insee ce mardi est bien "en dessous" de la réalité.

Ces chiffres datent en effet de 2009 et ne sont donc plus actuels. Le président du Secours populaire s'inquiète de ce "raz-de-marée de pauvreté" qui s'installe sur la France.

 

 [Article complet : humanite.fr]

 

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Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
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