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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 19:40

LEMONDE.FR

 

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Décidément, Le Monde, malgré ses grandes qualités, ne changera pas, comme ne change pas la classe médiatique dont il exprime l'opinion et qui englobe une partie de la gauche. Le diagnostic sur l'état de décomposition avancée du PCF qu'il a de formulé dans son éditorial du 28 décembre transforme une analyse factuelle partiellement exacte en jugement de valeur dépréciatif et en pronostic sans fondement avéré, faute d'un effort suffisant de réflexion critique ou autocritique.

L'analyse indique des faits d'affaiblissement incontestables, à comparer à d'autres concernant le mouvement communiste au niveau européen. Mais il oublie de signaler que son score à la dernière présidentielle a été largement du au vote utile en faveur du Parti socialiste pour éviter un nouveau 2002, sans qu'il soit besoin d'y voir un signe de décès : la presse a-t-elle déclaré Les Verts morts sous le prétexte d'un score encore plus calamiteux de Dominique Voynet ? Et surtout, pourquoi ne pas signaler deux autres faits inverses, tout aussi vrais ? L'influence réelle est remontée à 5 % aux législatives suivantes, permettant de faire exister un groupe parlementaire avec Les Verts (le Modem peut-il en dire autant ?), et à partir des Européennes et des Régionales, dans le cadre du Front de gauche, le poids du PC peut s'estimer à 6 ou 7 %. Par ailleurs, pourquoi occulter le fait que, mesuré à l'aune de ses élus (municipalités, conseils généraux, conseils régionaux et, à nouveau, parlement), il constitue le troisième parti de France ? Voilà un étrange nonagénaire prétendument agité par les tremblements de la décrépitude !

Par contre, il faudrait s'interroger sur les causes de cet affaiblissement, hors de tout a priori idéologique. Les raisons sociologiques ne sont pas pertinentes : le monde du travail (ouvriers, cadres, employés des services, paysans) est non seulement largement majoritaire en France (comme ailleurs), mais il subit la crise du capitalisme à un niveau rarement atteint : paupérisation, chômage, mal-être et mal-vivre, souffrance au travail, recul sans précédent des acquis sociaux du XXe siècle, etc. Tout cela dessine les contours d'un peuple qui, dans son immense majorité, aurait intérêt à voter communiste. Mais il ne le fait pas, alors qu'une récente enquête signalait un désaveu massif (65 %) du système de production capitaliste. Pourquoi ? C'est là la question pertinente ! Or deux phénomènes sont en jeu, qu'une réflexion réellement critique devrait indiquer. D'abord la disparition du système soviétique qu'à peu près tout le monde, au siècle dernier – partisans naïfs comme adversaires acharnés –, identifiait au communisme et qui, à travers une vision mythifiée, continuait à incarner malgré tout une alternative au système libéral. Son échec, sur la base de cette identification, fait croire massivement à l'impossibilité définitive du communisme, que l'histoire aurait ainsi démontrée. D'où cette situation tragique d'un refus de notre société et d'un scepticisme radical quant à la possibilité de la dépasser, dont le mouvement communiste fait les frais, ici comme ailleurs.

LE PARTI COMMUNISTE PEUT ÊTRE LE PORTEUR VIVANT D'UNE NOUVELLE ESPÉRANCE

Mais il y a aussi – et là la réflexion du Monde comme de la plupart des médias devrait se faire autocritique – l'incapacité d'une grande partie des intellectuels et des journalistes d'invalider ce scepticisme en dénonçant le préjugé qui l'alimente. Non, l'expérience soviétique du siècle dernier ne correspondait pas, pour l'essentiel, à ce qu'on doit comprendre par le communisme tel que Marx l'a pensé. En deux mots : il ne pouvait réussir qu'à partir des conditions économiques et sociales du capitalisme développé et il supposait la démocratie qu'il entendait non supprimer (même provisoirement), mais étendre du plan politique aux plans social et économique, à travers l'abolition de l'exploitation du travail. Or, quand ces mêmes médias se sentent interpellés par le renouveau de l'idée communiste, ils n'en parlent qu'à travers quelques vedettes médiatiques qui n'ont rien apporté de sérieux à ce propos et ignorent ceux qui, au contraire, renouvellent la critique intellectuelle du capitalisme d'une manière à la fois radicale et réaliste, y compris en osant l'appuyer explicitement sur la morale dans un univers idéologique marqué par un cynisme sans complexe.

Le Parti communiste a compris tout cela. Pour connaître un peu ceux qui l'animent et suivre leur initiatives, je sais qu'ils ont admis que le communisme est à inventer, faute d'avoir été réalisé nulle part, non à l'aide d'un retour de type religieux à Marx, mais à partir des enseignements que j'ai indiqués (économie développée, démocratie), tout en s'ouvrant à la connaissance précise des nouvelles formes d'aliénation que le capitalisme génère (comme la marchandisation de toutes les activités, l'abrutissement des esprits par la publicité, etc.), en étant sensible aussi aux formes du malheur individuel qu'il secrète, et en s'ouvrant pleinement à la question écologique posée par une croissance folle qu'on ne pourra arrêter sans rompre avec la logique du profit qui la commande – en incarnant donc un "écolo-communisme". C'est bien pourquoi, passer du diagnostic initial d'affaiblissement au pronostic d'une "impasse totale" de son projet "d'un nouveau siècle d'émancipation" ne peut relever que d'une interprétation partisane, indifférente au surplus aux normes morales qui portent ce projet, à savoir la promotion de tous les être humains, la lutte donc pour l'appropriation universelle de la richesse, du savoir, de la dignité et des chances de bonheur, scandaleusement appropriées aujourd'hui par un minorité mondiale que Rousseau, s'il vivait, dénoncerait avec la même indignation qui fut la sienne à la fin de son Discours sur les inégalités.

Dans ce cadre, on ne peut rien dire de certain, sauf que le pire, à savoir la domination sans fin du capitalisme, n'est pas sûr (voir ce qui se passe en Amérique latine) et que le PC peut être le porteur vivant d'une nouvelle espérance.

 


Yvon Quiniou a publié L'ambition morale de la politique. Changer l'homme ? (L'Harmattan, 2010).

Yvon Quiniou, philosophe

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/30/la-fausse-mort-annoncee-du-communisme_1459052_3232.html

 

 

http://iranenlutte.wordpress.com/2010/10/12/greve-pour-les-retraites-en-france-discussion-avec-des-communistes-ouvriers/

 

 

 

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