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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 07:05

 

 

Alors que dans la même semaine, le Portugal célébrait, le 25 avril, l’anniversaire de la “Révolution des Œillets” (date à laquelle en 1974 le Portugal mit fin à 41 ans de dictature [en français]) et le 1er mai - la fête des travailleurs - un appel a été lancé en faveur des idéaux de liberté, de justice et d'égalité dans un contexte de crise économique prolongée qui contamine la vie politique et sociale.

La chute du gouvernement mi-mars et l’ouverture des portes à la “Troïka” formée par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne en vue de mettre en place un plan de sauvetage financier international, ont déclenché dans la population portugaise un état d’alerte plus important encore sur les questions qui vont déterminer les conditions de vie au Portugal pour les années à venir.

Les blogs et les réseaux sociaux portent actuellement un jugement très critique  sur le gouvernement et la dérive du Portugal, un pays qui n’est pas en mesure de se conformer à l’ensemble du modèle macro-économique [portugais] dans lequel il est engagé, sous la protection de l’idée d’une Europe ouverte et solidaire.

"Proposal to update the Portuguese flag, together with the increase of the length of the national anthem to two times, reducing the speed to half, institutionalizing in video with a loop editing, first backwards and then forwards. This intention in keeping with the reality of our country." Photograph by Miguel Januário from the site maismenos.net, used with permission

"Proposition de modification du drapeau portugais, de rallongement de l'hymne national qui sera deux fois plus long, tout en réduisant la vitesse par deux, défini dans une boucle de montage tantôt en avant, tantôt en arrière. Cette proposition est en phase avec la réalité de notre pays". Photographie de Miguel Januário, du site maismenos.net, utilisée avec permission

Plus ou moins de développement

Même si, depuis que le Portugal a rejoint la communauté économique européenne en 1986, des centaines de millions d’euros ont été injectés dans des fonds structurels et des fonds d’adhésion pour le développement du pays, des études récentes [pdf en portugais] ont conclu que « la croissance économique du Portugal était négativement affectée par l’entrée dans l’Union économique et monétaire ».

Sur le blog de Quintus, un billet signé par Clavis Prophetarum explique :

pagaram para que destruíssemos o nosso tecido produtivo: a frota abatida em troca de subsídios de “modernização da frota” que não exigiam que as embarcações abatidas fossem substituídas por novas (…), com o abandono dos mares e a abertura escancarada dos nossos mares às frotas europeias e com idênticas acções na agricultura e na indústria, tornamo-nos num estéril “país de serviços”.

Ils nous ont payé pour détruire notre tissu productif : en échange d’une flotte abattue, on nous a donné des subventions pour une “modernisation de la flotte” plutôt qu’un remplacement des vieux bateaux par de nouveaux navires (…), avec l’abandon flagrant de nos mers et l’ouverture de nos eaux territoriales aux bateaux européens, et d'un pays vivant de l' agriculture et de l'industrie, nous nous sommes transformés en un stérile “pays de services”.
Two Euro coins of Portugal, Italy, Ireland, Greece and Spain (the “PIGS” of Europe), before those of Germany. Photo by Flickr user Landahlauts (Creative Commons 2.0 BY-NC-SA).

Les pièces de deux euros du Portugal Italie, Espagne, Grèce et Irlande (pays désignés sous l'acronyme “PIGS”), à gauche, la pièce allemande. Photo par Landahlauts (flickr Creative Commons 2.0 BY-NC-SA).

Avec l’adoption de l’euro en 1999 et sa mise en circulation en 2002, le Portugal s’est engagé à respecter les “critères de convergence de l’euro” [en anglais] établis par les pays de la zone euro. Ces critères imposent des politiques fiscales responsables, visant à maintenir la dette publique sous la barre des 60% du PIB et un déficit budgétaire en deçà de 3%. Selon des données publiées par l'Instituto Nacional de Estatística, l’institut national des statistiques [portugais], en mars 2011, le déficit portugais a cru de 0,6% en 2010 pour atteindre 9,1%, et la dette publique s’est encore envolée de 92.4 à 93% du PIB.

L'austérité ostentatoire

Depuis fin 2007, les mots “crise”, “déficit” et “dette publique” [portugais] sont devenus les leitmotiv des conversations au Portugal. Au pouvoir depuis six ans, le gouvernement de José Socrates a recherché des solutions pour équilibrer les déficits, et depuis mars 2010, il a présenté quatre propositions pour un « Pacto de Estabilidade e Crescimento » (Pacte de stabilité et de croissance), contenant des mesures d'austérité budgétaire qui ont provoqué une controverse sur des coupes affectant plusieurs services publics.

L'année 2011 a commencé par des diminutions de salaires des fonctionnaires, qui ont provoqué une vague de mécontentement, étant donné l'incapacité du gouvernement à trouver des moyens constitutionnels pour contenir les dépenses d'une manière plus juste.

Une autre mesure d'austérité a directement impacté les poches des Portugais depuis le début de l'année : la hausse du taux de TVA [en français] appliqué par l'Union Européenne sur les biens de consommation. Avec une hausse de deux points, la taxe appliquée sur toutes les transactions commerciales au Portugal est désormais de 23%. Quand le gouvernement a annoncé que les activités de terrains de golf (qui contribuent pour 500 millions d'euros au PIB du pays) ne serait taxée que de 6% au maximum, une vague d'indignation a immédiatement déferlé. L'objectif était de promouvoir la reprise économique par le tourisme, mais comme le golf est considéré comme un “sport de riches” [portugais], la réduction de la taxe sur cette activité a suscité une énorme controverse à l'encontre des nouvelles propositions d'austérité budgétaire.

Les manifestations de la “génération de la dêche” [en anglais] le 12 mars dernier ont mobilisé plus de 200 000 personnes dans les rues, mécontentes du chômage croissant et du travail précaire. Devant cette forte mobilisation, une coalition de blogs [portugais] nommée Já Basta! (Assez, maintenant !) a demandé la démission du gouvernement.

Le 23 mars, quand le parlement a rejeté  le quatrième “Pacte de stabilité et de croissance” proposé par le premier ministre Socrates, il a présenté sa démission au président Cavaco Silva. Le même jour, l'artiste et activiste Miguel Januário a marqué la journée en swinguant un bout de pain avec un club de golf, sur les escaliers du parlement :

“± EGO SUM PANIS VIVUS ±” (je suis un pain vivant) par ± on Vimeo

Socrates, qui avait toujours promis [portugais] qu'un plan de sauvetage européen ne serait pas demandé, a finalement décidé d'envoyer une demande de sauvetage financier en avril dernier à la Troïka, afin de renflouer le  pays de ses dettes. Les conditions d'un “inévitable” prêt de 80 milliards d'euros [portugais] ont récemment été acceptées [pdf en anglais] par le premier ministre.

Est-ce que l'inévitable est viable ?

De nombreux mouvements sociaux en ligne se demandent et invitent les gens à se demander si ce que le gouvernement et la commission de sauvetage proposent est en fait une bonne solution.

Le collectif anti-austérité Portugal Uncut entreprend tous les jours des actions contre les annonces de coupes budgétaires des services publics à travers le pays.

Un manifeste signé par 74 citoyens nés après 1974 appelle à une nouvelle réflexion sur les réformes menées sur le marché du travail - avec la “régression des droits du travail et la montée de la précarité qui envahit tous les aspects de la vie” - ainsi que les réformes de l’État - soulignant les privatisations croissantes dans l’éducation et la santé. Ils critiquent notamment le “nouveau vocabulaire” qui est apparu dans le pays :

transformando em «credores» aqueles que lucram com a dívida, em «resgate financeiro» a imposição ainda mais

"The inevitable is unviable" by Gui Castro Felga of "O Blog ou a Vida" (The blog or a life). Image used with permission

"L'inévitable n'est pas viable" par Gui Castro Felga de "O Blog ou a Vida" (Le blog ou la vie). Image utilisée avec autorisation

acentuada de políticas de austeridade e em «consenso alargado» a vontade de ditar a priori as soluções governativas.

Ceux qui ont profité de la dette, ils les appellent des “créanciers”, l'imposition de politiques d'austérité est renommée “plan de sauvetage”, et ils transforment la volonté du gouvernement de dicter leurs solutions a priori en un “large consensus”.

Lancé le 15 avril, le portail pour la transparence Despesa Pública [portugais] (Dépenses publiques) promet de permettre aux citoyens portugais de comprendre comment le gouvernement dépense leur argent. Le site permet aux utilisateurs de retrouver les documents des contrats passés entre l'état et les entités publiques et privées, répondant ainsi au manque d'informations accessibles sur la manière dont est dépensé leur argent, par qui et pour qui.

Les élections législatives sont prévues pour le 5 juin. Mais avant cela, attendons de voir ce que Mai nous réserve.

 

Creative Commons License

Ecrit par Sara Moreira · Traduit par Stanislas Jourdan

 

 

http://fr.globalvoicesonline.org/2011/05/04/67049/

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Published by Eva R-sistons - dans Les pays en crise
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