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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 08:00

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Quatre priorités pour 2012 (5)

 

Après l’école primaire, la sortie du nucléaire et la redistribution de la richesse, la quatrième priorité pour 2012, complémentaire de la troisième, est de mettre en place des mesures protectionnistes ciblées. C’est la conséquence logique de la priorité donnée au travail sur le capital.
  
  
Pour un protectionnisme ciblé
  
Protectionnisme ? Le mot sent le soufre. Dans la plupart des manuels d’économie, on apprend que le protectionnisme est une pratique archaïque qui consiste, pour un État, à protéger ses producteurs via des droits de douane et/ou d’autres obstacles non tarifaires (normes nationales, réglementation…). Dans le merveilleux monde du libre-échange, ces pratiques ancestrales ont disparu et les biens et services circulent sans contrainte, dans un marché qui n’est plus « faussé » par d’obsolètes réglementations étatiques.
  
Voilà pour la vulgate. La réalité est évidemment quelque peu différente : le libre-échange a toujours été prôné par les plus forts, économiquement et surtout militairement, qui voyaient un avantage certain à ce que des pays moins aguerris qu’eux sur le plan économique, leur ouvrent sans entraves leur marché intérieur.
  
Rappelons que, aujourd’hui chantre du libre-échange, l’Angleterre a longtemps été un pays ultra-protectionniste, imposant ses conditions commerciales via une domination maritime sans partage, permettant ainsi à l’aristocratie britannique de bâtir des fortunes colossales. Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que, devenue la première puissance mondiale, le Royaume-Uni opta pour une politique résolument libre-échangiste, plus conforme à ses intérêts industriels.
  
Aujourd’hui, les acteurs économiques qui ont le plus intérêt à ce qu’un système de libre-échange mondial soit renforcé et consolidé sont les entreprises multinationales et autres TGE qui veulent pouvoir produire et vendre sans aucune contrainte.
  
Produire sans contrainte, c’est être constamment à l’affut du coût de revient le plus bas sur la planète, ce qui est très fréquemment synonyme de salaire de misère versé à un quasi-esclave, ce dernier ne bénéficiant d’aucune protection digne de ce nom (voir notre billet Mourir pour un iPhone).
  
Vendre sans contrainte, c’est n’être frappé par aucun droit de douane qui augmenterait le prix du produit fabriqué par le quasi-esclave, avec à la clé la certitude d’éliminer ou de marginaliser la concurrence « locale » qui s’évertuerait encore à « fabriquer au pays pour vendre au pays ».
  
Résultat pour la plupart des pays occidentalisés, et notamment pour la France : depuis 40 ans, nous avons vu filer à l’étranger, par « tranches » de secteurs d’activité et par catégories d’emplois, des pans entiers de notre industrie. D’abord le textile, puis l’électroménager, puis… tout le reste ; d’abord les emplois ouvriers peu qualifiés, puis les plus qualifiés, puis les ingénieurs, les transferts de technologie n’ayant fait qu’aggraver et accélérer le phénomène.
  
Peu à peu, insidieusement pourrait-on dire, on a ainsi remplacé de « bons » emplois (qualifiés, mieux rémunérés que le SMIC, impliquant la maîtrise d’une technique et/ou d’un savoir-faire) par des emplois de plus en plus précaires, de moins en moins qualifiés, de moins en moins rémunérés.
 
En ce sens, nous présenter aujourd’hui les emplois de « services à la personne » comme un « gisement d’avenir » pour l’emploi relève de la farce ou du leurre : quand la perspective principale (au demeurant fort honorable et fort nécessaire) d’une société est de prendre en charge les 3e et 4e âges pour trouver des emplois à la jeunesse, c’est que l’on a atteint la fin du parcours…
  
Nous annoncer le nième « plan emploi jeunes » (ou « emploi senior », ou autre…) sans traiter le « mal » à la racine, c’est placer un cautère sur une jambe de bois. Il va donc falloir agir, non en administrant des soins palliatifs, comme on le fait aujourd’hui, mais de façon préventive et « agressive ».
  
  
Le retour du politique
 
De façon préventive et agressive, qu’est-ce que cela signifie ?
  
En premier lieu, c’est qu’un mécanisme de droits de douane à l’importation permette d’aligner le prix de revient d’un produit manufacturé dans un pays à bas salaire sur le prix de revient qui résulterait d’une fabrication en France. En d’autres termes, il faut faire disparaître l’avantage concurrentiel que constitue le fait de produire dans des pays à bas salaires lorsque l’on souhaite vendre sur le marché français. Bercy ne manque pas de fonctionnaires compétents pour calculer et ajuster la bonne formule…
  
En second lieu, nous devons renforcer la protection de certains secteurs d’activité le temps que les entreprises existantes dans ces secteurs acquièrent une taille et une expérience suffisantes pour voler seules hors du nid.
  
Un des cas actuellement le plus emblématique est celui de l’énergie solaire : la quasi-totalité des panneaux solaires est importée de Chine et la seule usine française produisant ce type de panneaux, Photowatt, est dans une situation plus que précaire et a prévu de délocaliser en Pologne. Ne passons pas sous silence l’attitude d’ERDF qui savonne gaillardement la planche d’une filière photovoltaïque française qu’il ne contrôlerait pas entièrement, et d’un gouvernement Sarkozy irresponsable qui met en place un moratoire sur le photovoltaïque sous la pression du lobby nucléaire… vous avez là tous les ingrédients qui expliquent pourquoi, dans ce secteur comme dans d’autres, les PME françaises stagnent et sont incapables d’acquérir la stature de leurs consœurs allemandes.
  
C’est donc « tout le contraire » qu’il faut mettre en œuvre : il faut permettre à ce type d’entreprises de « décoller » au plan national dans un contexte favorable, sans qu’elles se trouvent confrontées à la nomenklatura des grands groupes (Areva, ERDF…) ou à une concurrence externe qui, tant en ce qui concerne les volumes de production que les coûts de revient, possède aujourd’hui un avantage irrésistible.
  
Nous n’employons pas ici le terme de « démondialisation » car il ne s’agit pas, selon nous, de vouloir « démondialiser » à tout prix mais avant tout de permettre à un tissu économique de PME de bénéficier – sous certaines conditions – de marges de manœuvre qu’elles n’ont plus aujourd’hui. On rapatriera ainsi en France des emplois qualifiés qui ont filé « ailleurs », cet « ailleurs » pouvant aussi bien se situer en Asie que dans des pays appartenant à l’Union européenne.
 
Énoncé brutalement et cyniquement (nous sommes en « guerre économique », n’est-ce pas ?), nous devons mettre en œuvre les conditions pour que la production délocalisée en Chine, en Roumanie, en Pologne ou au Viêt Nam revienne en France. Seuls les gagnants affirment que le jeu économique est gagnant-gagnant… plaçons-nous donc dans les conditions de remporter la partie.
  
On objectera que si nous agissons ainsi à l’égard d’autres pays, ils feront de même et nous verrons nos exportations freinées. C’est oublier plusieurs paramètres :

nos principaux partenaires économiques s’appellent Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Royaume-Uni, États-Unis, autant de pays qui ont grosso modo les repartition-importations-et-exportations-par-zones-geographiques-juin-2010-mai-2011.JPGmêmes niveaux de salaires et de protection sociale (on pourrait bien sûr nuancer…) et qui, en conséquence, ne doivent faire l’objet d’aucun protectionnisme de notre part ;

• parlons alors du sujet qui fâche : la Chine. Le déficit commercial avec ce pays est de l’ordre de 23 milliards d’euros par an. Nos exportations sont essentiellement « tirées » par les ventes d’Airbus et, à un moindre degré, par les les-principaux-deficits-et-excedents-du-commerce-exterieur-juin-2010-mai-2011.JPGsecteurs de la mécanique, de la chimie, des équipements électriques et de la santé. Exportations fragiles car très « politiques », souvent liées à des gros contrats qui comportent des transferts de technologie. Bref, ne rêvons pas : dans moins de dix ans, nous pourrons en faire notre deuil, la Chine ayant acquis la capacité de réaliser chez elle ce qu’elle doit encore acheter à l’extérieur ;

• abordons un autre sujet délicat : en France, qui ferait les frais d’une politique protectionniste ? Et qui en bénéficierait ?
Parmi les perdants, on peut certainement lister les dirigeants et actionnaires de grands groupes français fortement implantés dans des pays à bas salaires, à condition que ces pays soient eux-mêmes fortement exportateurs vers la France : LVMH et Carrefour, par exemple.
Pourquoi seulement les dirigeants et actionnaires ? Parce qu’un magasin Carrefour bénéficiaire qui ferme en Chine, c’est moins de dividendes versés aux actionnaires… et des ennuis pour les dirigeants, mais a priori pas de répercussions sur l’emploi en France.
Quant au secteur du luxe, il pourrait en fait n’être touché que marginalement : s’il existe une gamme de produits où prix plus bas n’implique pas nécessairement ventes supplémentaires, c’est bien le domaine du luxe. Le luxe est acheté pour valoriser son ego, par vanité, narcissisme et, au fond, « plus c’est cher, plus je vaux cher ». Que les parfums et vins français subissent des droits de douane en hausse sur le marché chinois ne fera pas nécessairement baisser les emplois dans ces secteurs en France.
Au fond, ce qui serait blessé, c’est peut être essentiellement l’ego des dirigeants de ces entreprises, forts en cour auprès du Prince : Bernard Arnault vient d’être promu grand officier de la Légion d’honneur et Lars Olofsson officier du même ordre…
Quant aux gagnants, ils seraient infiniment plus nombreux que les perdants : c’est l’immense majorité des collaborateurs des PME françaises qui verraient d’une part s’éloigner la crainte d’une délocalisation, d’autre part se retrouveraient demain plus nombreux lorsque qu’il deviendra plus avantageux de produire en France que dans un pays à bas salaire.

Nul doute que, pour un Sarkozy, la prise en compte des intérêts d’un Bernard Arnault prime nettement celle d’un ouvrier ou d’une ouvrière de 50 ou 55 ans qui vient d’être licencié(e) pour cause de délocalisation de son activité à l’autre bout du monde. Reste à celles et à ceux qui ont l’ambition de gouverner demain la France de se prononcer nettement et sans faux-semblant : mettront-ils en place une politique protectionniste ? Ou, comme le disent les Américains, préféreront-ils Main Street à Wall Street ?
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

 

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