Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 01:41

 

NOM-Zola.jpg

Appel à s'insurger contre l'intolérable Pensée unique

Appel au renouveau de l'esprit critique

par eva R-sistons

 

Je viens de trouver cet article de Pierre Rimbert sur le site de Michel Collon au sujet de l'esprit critique. Je m'insurge contre l'absence de voix fortes, aujourd'hui, réellement indépendantes, libres, prophétiques, insurgées contre ce monde à la dérive, capables d'aller à contre-courant, d'oser contredire les tenants de la sombre Pensée Unique, de défier l' "Ordre" établi imposé de force, sans alternative possible, structurant la planète en une seule entité dessinée par les Anglo-Saxons et leurs amis néo-sionistes.. ou leurs toutous européens.


http://exdisciplesleblog.unblog.fr/files/2010/05/rollingstonebanksters.jpg

 

Il est temps de retrouver notre esprit critique, de retrouver notre capacité à discerner le vrai du faux, à dénoncer, à crier au-dessus de la mêlée ! Il est temps que se lèvent des âmes libres, originales, hardies, fortes, pour résister à l'inhumanité et à l'injustice de notre monde !

 

Déjà en octobre 2007, à peine créé mon premier blog, je m'insurgeais contre ce monde uniforme, bien mal pensant :

 


fusilles-01.jpg

 

 

Au sujet de la commémoration sarkozienne de Guy Moquet

 

(..) Du temps où je militais (au PS, aile gauche, celle de Chevènement) avec les camarades communistes pour la victoire du Programme commun de gouvernement, je garde la nostalgie. Nul  mieux qu'eux ne savent défendre les couches populaires. Ce sont des personnes dévouées, fraternelles, idéalistes, généreuses, convaincues, honnêtes, et de remarquables gestionnaires de municipalités quand ils sont élus. Des Guy Moquet, il y en a encore, je les salue, ils portent très haut les valeurs les plus nobles. Ils sont de moins en moins nombreux, hélas. Même les plus beaux idéaux se perdent; Il est temps de les réveiller. 

Quand j'étais encore à Marseille, voici un an, les trois hommes qui m'ont le plus marquée étaient communistes (..)  Voilà des personnes qui ont repris le flambeau de Guy Moquet, et qui résistent, dans un contexte très dur, de plus en plus dur. Merci Jean-Pierre (Cavalié, de la Cimade), je te dis mon amitié, et je salue tous tes frères dans la foi active en un monde meilleur.

Je ne veux pas voir un parti tel que le P.C. s'éteindre. Ses militants représentent sans doute le meilleur d'entre nous. Frères et soeurs épris de paix et de justice (dans la Bible, il est dit : " Heureux ceux qui procurent la paix ", " Heureux ceux qui ont soif de justice " , ce sont les préférés de Dieu - et pas les va-t-en guerre chrétiens ou sionistes qui nous gouvernent !), répandez-vous dans les rues, dans les immeubles, partout, pour répandre la bonne parole de l'amour entre les individus, de la solidarité, du partage, de l'altruisme. Soyez les magnifiques successeurs de Guy, le jeune militant communiste mort pour la liberté, l'égalité, la fraternité - pour la France.

 

  • Senor Informations


Résistant. Regarde de Là-Haut où le Dieu Juste t'aura certainement accueilli, regarde mon frère Guy ma photo, j'avais une bonne dizaine d'années de plus que toi. Mais nos regards brillent de la même flamme, nos sourires irradient de la même façon, nous ne sommes pas tous deux des personnes que l'on couche pour de l'argent ou le prestige ou le pouvoir. Nous avons le même esprit de résistance à l'intolérable que les gouvernants préparent sur le dos des peuples, ou pire derrière leur dos, en secret (ainsi la guerre que des néoconservateurs comme B.H.Lévy ou Kouchner appellent de leurs voeux). Nous avons la même soif de liberté, de paix, de justice, de solidarité, de fraternité universelle.

Aujourd'hui, on dresse les individus les uns contre les autres, pour susciter une guerre d'extermination de la moitié de la planète, afin que les privilégiés puissent s'engraisser toujours plus, accaparer toujours plus, accumuler toujours plus. On dresse les individus toujours plus les uns contre les autres, Occident judéo-chrétien contre Musulmans, pour masquer les vrais enjeux, ceux de la Mondialisation carnassière, prédatrice, broyeuse de vies humaines et d'espérances. Peuples, soyons comme Guy Moquet, ne nous laissons pas faire, résistons. Comme mon blog. (..)

" Article 35 du texte de 1793, affirmant solennellemnt : " Quand le gouvernment viole les droits du peuple, l' INSURRECTION est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ". La Déclaration des Droits de l' Homme et du Citoyen de 1789, intégrée au préambule de l' actuelle Constitution, range aussi la résistance à l' oppression parmi les droits naturels et imprescriptibles de l' homme " .

Citoyens de France, peuples du monde entier, je vous appelle à devenir tous des Guy Moquet ! Prenez l' étendard de la résistance à l'intolérable que les Sarkozy ou les B.H. Lévy, les Bush ou les Kouchner, tous néoconservateurs - programment pour les peuples ! Libérez-vous de tous les jougs de la désinformation, de l' ultra-libéralisme ou de la guerre qu'on veut vous imposer, au nom de l' intérêt, bien dissimulé, de lobbies abjects ou d'une poignée de multinationales de l'armement, du pétrole, de la reconstruction !

Et vous, femmes du monde entier, porteuses de vie, grâces et énergies de ce monde, redressez-vous, levez-vous, refusez que les hommes nous imposent de nouveaux esclavages, de nouvelles guerres où vous perdrez votre famille, votre foyer, vos enfants, vos animaux, votre joie de vivre ! Femmes, vous êtes l' avenir de l' homme, sa beauté, son esprit de vie, sa muse, sa persévérance, son authenticité, son humanité, son courage, sa chance.....  dressez-vous contre l' intolérable qu'il veut vous faire subir ! Dites non au Libéralisme assassin, à la désinformation trompeuse, à l' intolérance mortifère, aux guerres si meurtrières !  Soyez à la pointe du combat pour la VIE partagée ! Comme Guy Moquet, cette fleur tendue à tous pour que nous n' oublions pas la solidarité, la liberté, la paix !

C'était votre Eva, femme, résistante, et soeur de Guy Moquet notre modèle à tous. Abonnez-vous à mon blog de résistance, prophétique, pour puiser l' énergie de tous les combats à mener contre l' intolérable qu'on veut nous imposer. 

Soeur, aussi, des femmes du monde entier, opprimées, déconsidérées, avilies, discriminées... et pourtant si vaillantes, si fraternelles, si généreuses, si belles ! Réenchantez le monde, mes soeurs, il en a bien besoin !

Je joins un copié-collé de l'intervention de mon frère musulman en humanité,
en fraternité, en tolérance, en générosité. Il a eu la gentillesse de conseiller la lecture de mon blog à ses lecteurs. J'ai découvert le sien §, et  à mon tour, je vous le recommande. Parce qu'il a été créé pour contribuer à la communion des peuples, des races, des cultures. Beau progamme, n'est-ce pas ? § http://robocup555.blogs.nouvelobs.com/, un blog si bien nommé : Opinions libres !

P.S.: Ci-joint aussi un appel à signer contre le nouveau traité européen concocté par Sarkozy et quelques autres... Et un appel des journalistes pour l'indépendance de la presse.


 

Et aujourd'hui, plus que jamais, je lance un Appel universel à résister à l'intolérable, à tous les intolérables ! Sinon, nous serons submergés par l'infâme, injuste et meurtrier !

 

Eva R-sistons, esprit libre et résistant

 

 


Islamistes light et la laïcité !!

La pensée critique dans l’enclos universitaire
Pierre Rimbert

sur le site de Michel Collon

 

1er mars 2012

De plus en plus décrié en raison des dégâts qu’il occasionne, le système économique suscite manifestations populaires et analyses érudites. Mais aucune théorie globale ne relie plus ces deux éléments en vue de construire un projet politique de transformation sociale. Les intellectuels critiques n’ont pourtant pas disparu. Que font-ils ? Les institutions qui les forment et les emploient leur permettent-elles encore de concilier culture savante et pratique militante ?

Bonnet_d_ane41ea-f5fcf.jpgDes rues noires de monde, des slogans offensifs, des chants au poing levé, des directions syndicales dépassées par leurs bases. Le combat social de l’automne 2010 contre la réforme des retraites aura mobilisé plus de manifestants qu’en novembre-décembre 1995. Cette fois, pourtant, nulle controverse opposant deux blocs d’intellectuels, l’un allié au pouvoir et l’autre à la rue, ne vint troubler la bataille. Quinze ans auparavant, en revanche...

 

Un hall bondé de la gare de Lyon, des banderoles, des visages tournés vers un orateur qui ne parle pas assez fort. Le sociologue Pierre Bourdieu s’adresse aux cheminots. «  Je suis ici pour dire notre soutien à tous ceux qui luttent, depuis trois semaines, contre la destruction d’une civilisation associée à l’existence du service public.  » Un intellectuel français de réputation internationale aux côtés des travailleurs  ? Scène devenue insolite depuis les années 1970. Ce mardi 12 décembre 1995, deux millions de manifestants ont défilé contre le plan de «  réforme  » de la Sécurité sociale et des retraites porté par le premier ministre, M. Alain Juppé. La grève installe un climat où l’inconnu se mêle aux retrouvailles. Car revoici le salariat, dont philosophes, journalistes et politiques avaient cru riveter le cercueil lors des restructurations industrielles des années 1980. Et revoilà des chercheurs critiques, décidés à mener la bataille des idées tant sur le terrain économique que sur les questions de société.

 

Deux pétitions aux tonalités antinomiques révèlent alors une fracture du monde intellectuel français. La première, intitulée «  Pour une réforme de fond de la Sécurité sociale  », salue le plan Juppé, «  qui va dans le sens de la justice sociale  »  ; ses signataires se recrutent par cercles concentriques au sein de la revue Esprit, de la Fondation Saint-Simon, de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et, plus généralement, d’une gauche ralliée au marché. L’«  Appel des intellectuels en soutien aux grévistes  » réunit de son côté chercheurs, universitaires, militants syndicaux et associatifs  ; des troupes jusque-là sans lien qui s’agrègent en une nébuleuse contestataire.

 

Quinze ans après l’adresse de Bourdieu aux cheminots, comment ont évolué en France les rapports entre les producteurs d’idées contestataires, les institutions auxquelles ils se rattachent et le mouvement social  ? Sur les tables des librairies, dans les rangs d’une assemblée générale, dans un séminaire de sciences sociales, deux mouvements contradictoires semblent coexister. D’un côté, la pensée critique s’aiguise et se démultiplie  ; de l’autre, elle se spécialise et s’aligne sur les normes en vigueur chez les universitaires.

 

Les mobilisations de 1995 ont sonné le signal d’un renouveau de l’édition indépendante. Raisons d’agir (1996), Agone (1997), La Fabrique, Exils (1998), Max Milo (2000), Amsterdam (2003), Les Prairies ordinaires (2005), Lignes (2007)... Une trentaine de maisons d’édition (1) s’emploient à populariser des travaux critiques.

 

Par-delà différences et divergences, un trait commun ressort des catalogues : l’importance des traductions. Sans l’obstination d’équipes souvent désargentées, des travaux hier dédaignés par l’édition industrielle seraient restés inaccessibles en langue française. Ceux, par exemple, de l’historien Howard Zinn et de Noam Chomsky, aujourd’hui largement diffusés. Mais aussi les analyses culturelles, historiques et sociologiques produites par la «  nouvelle gauche  » britannique dans les années 1960 et 1970 (Stuart Hall, Raymond Williams, Perry Anderson)  ; les ouvrages néomarxistes de l’économiste Giovanni Arrighi ou du géographe David Harvey  ; les études sur le genre, la sexualité, les identités dominées. Sans oublier les noms désormais connus de Judith Butler, Michael Hardt, Toni Negri, Slavoj Žižek…

 

Simultanément, une demi-douzaine de revues critiques, parfois adossées aux maisons d’édition (2), ont introduit puis discuté ces textes, assurant leur acclimatation au contexte hexagonal. Point commun entre ces auteurs et leurs commentateurs : tous ou presque sont liés au monde de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 

Comme le note l’historien britannique Perry Anderson, «  la “crise du marxisme” fut essentiellement un phénomène latin. (...) Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale et dans les pays scandinaves, il n’existait pas de partis communistes de masse susceptibles de faire naître les mêmes attentes ni les mêmes espoirs au cours de la période d’après-guerre (3)  ». Tandis qu’au mitan des années 1970 nombre de marxistes français abjuraient, des universitaires majoritairement britanniques ou américains jetaient, autour notamment de la New Left Review, les bases d’un marxisme renouvelé mais confiné aux donjons des citadelles académiques. La traduction de leurs travaux ne fut pas toujours facile.

 

En 1997, le directeur de la collection «  Bibliothèque des Histoires  », chez Gallimard, refusait de publier L’Age des extrêmes (4) de l’historien britannique Eric Hobsbawm, au motif que l’auteur manifestait encore un «  attachement, même distancé, à la cause révolutionnaire  ». «  En France, et en ce moment, poursuivait Pierre Nora, il passe mal. C’est ainsi, on n’y peut rien (5).  »

 

Mais avec les convulsions du capitalisme et l’essor international du mouvement altermondialiste, le balancier idéologique déporté sur la droite au cours de la décennie 1980 (6) se recentre. Les temps ont changé, des combats ont porté leurs fruits — et, parfois, des marchands les ont cueillis. Averties du succès commercial de titres à la fois critiques et exigeants parus sous la houlette des éditeurs indépendants, les directions des «  grandes maisons  » appréhendent à nouveau la contestation comme un créneau porteur et multiplient les collections ciselées pour attirer l’œil (et la bourse) du militant.

 

Signe des temps, Le Monde des livres (26 novembre 2010), qui avait déployé tant d’ingéniosité pour taire le succès des premiers livres de la collection militante Raisons d’agir, consacre sa une aux «  écritures insurgées  » et célèbre le style insurrectionnel. Hier circonscrite aux marges, la critique des médias, de la finance débridée et de l’ordre occidental constitue désormais un genre commercial disputé.

 

Rapport de fascination-répulsion

 

Au début des années 1930, Paul Nizan dépeignait une université conservatrice peuplée de «  chiens de garde  » (7)  ; dans le bouillonnement radical des années 1960 et 1970, sciences humaines, critique sociale et révolution semblaient marcher d’un même pas. Le rapprochement éclaire une institution traversée de tensions, adossée au régime auquel elle fournit ses piliers, mais capable aussi de distiller des révolutionnaires farouches. Cette contradiction nourrit le rapport équivoque de fascination-répulsion qu’entretient l’édition critique avec le monde académique et les enseignants-chercheurs. L’idéal type de l’homme trentenaire ou quarantenaire révolté, ayant entrepris et parfois achevé des études doctorales en sciences humaines sans trouver dans le monde de la recherche ou de l’enseignement supérieur une place lui permettant de concilier travail intellectuel et action contestataire, ne rend pas compte de la diversité des parcours d’éditeurs «  militants  ». Il cerne néanmoins le tiraillement constitutif d’un milieu littéralement assis entre deux chaises : entre savant et politique.

 

L’éditeur recherche dans l’université la robustesse de la méthode scientifique et le prestige des signatures. Mais il déplore la focale toujours plus étroite des objets d’étude, un goût pour l’hermétisme, et s’arrache les cheveux face aux exigences de mandarins vétilleux, prêts à intenter un procès pour une virgule déplacée. La prudence et l’intérêt lui commandent d’installer à la tête de sa collection de critique sociale un enseignant-chercheur ou, à tout le moins, un candidat à cheval entre science et politique (entre producteur et consommateur). Dans la même logique, le directeur de revue critique incline à garnir son comité de lecture de maîtres de conférence, thésards et auteurs consacrés, parfois au détriment d’intellectuels organiques du mouvement social, c’est-à-dire attachés aux formations syndicales, politiques ou associatives.

 

Quand les comités de rédaction de revues «  engagées  », chargés de sélectionner des textes contestataires destinés au grand public, alignent les mêmes noms que les conseils scientifiques de revues savantes, toutes les pensées critiques ont-elles une chance égale de passer le tamis  ? Assurément, la formation doctorale offre à ses titulaires une solide méthode analytique, un corpus de connaissances et, parfois, un sens critique. Mais elle implique aussi une pédagogie du renoncement, une éducation à la bienséance et aux préséances, une incitation aux renvois d’ascenseur, un encouragement à juger les choses «  toujours plus complexes  », surspécialisation disciplinaire oblige. Elle autorise la critique mais rejette la politique, brouille volontiers la frontière entre sérieux et pompeux. L’Homo academicus appelé à sceller le sort éditorial d’un article remettant en cause l’ordre établi n’est pas un observateur neutre. Il engage dans sa lecture les lumières autant que les biais liés à sa position.

 

Le statut légitime le propos

 

Un phénomène analogue s’observe du côté des auteurs. Dans les années 1960, les universités allemandes, américaines, françaises, italiennes, britanniques agissent comme autant de centres de socialisation politique pour les jeunes radicaux. Avec le ressac conservateur et la dissolution des groupuscules, nombre de militants révolutionnaires se replient sur l’enseignement supérieur et la recherche en sciences sociales qui recrutent alors massivement. Au moment où leur carrière s’achève, une cohorte d’étudiants radicalisés dans le sillage des grèves de 1995 accèdent à des positions dans le monde académique.

 

Certes, ils demeurent très minoritaires au sein de l’université. Mais, «  aujourd’hui plus que jamais, les penseurs critiques sont des universitaires, (...) ce qui ne peut manquer d’influer sur les théories qu’ils produisent  », note Razmig Keucheyan dans son panorama international des théories critiques contemporaines. «  Pleinement intégrés au système universitaire, [ils] ne forment nullement une “contre-société intellectuelle”, comme pouvait l’être au début du XXe siècle l’école des cadres de la social-démocratie allemande, ou plus tard celle du Parti communiste français [PCF] (8).  » Ces institutions avaient établi une liaison permanente entre directions politiques, producteurs d’idées et forces sociales mobilisées — à la fin du XIXe siècle, les animateurs anarcho-syndicalistes des Bourses du travail avaient tenté de fusionner ces trois rouages du changement autour d’un axe unique.

 

Après guerre, le rayonnement du PCF se réfractait à travers l’enseignement supérieur. Ceux des philosophes, historiens et économistes communistes qui parvenaient à y arracher des positions apportaient avec eux des problématiques, des concepts et une terminologie marxistes  ; ils drainaient en retour de nouvelles recrues vers un parti qui exerçait une puissante force de gravité intellectuelle. L’affaiblissement de l’éducation politique au sein des organisations de gauche et le déclin des centres de formation interne des syndicats ont miné les derniers refuges des intellectuels organiques du mouvement ouvrier.

 

Fondations, coordinations permanentes, états généraux, «  boîtes à idées  » : les solutions mises en œuvre pour restaurer l’engrenage en dehors des moments d’effervescence sociale n’ont guère abouti. En attendant, la force d’attraction s’est inversée. Et l’autorité des savants éblouit jusqu’aux autodidactes cultivés — personnages si centraux dans l’histoire politique française — à tel point que même une revue libertaire se sentira tenue de recourir aux lumières d’un maître de conférences pour crédibiliser son dossier sur la répression policière : le statut légitime le propos.

 

En réhabilitant l’idée d’une relation directe entre théorie critique et mouvement social, les mobilisations intellectuelles consécutives aux grèves de novembre-décembre 1995 ont fourni à ceux qui voulaient s’en saisir des outils d’analyse rigoureux et accessibles, une manière de voir le monde tel qu’il est, et non tel qu’on le voudrait. Conjuguée aux succès du mouvement altermondialiste, cette dynamique a engendré, au début des années 2000, une inflation d’ouvrages à cheval entre culture militante et culture savante dont les auteurs, universitaires «  engagés  », explorent chaque détail des nouvelles contestations.

 

Ces travaux contribuent à imposer «  à chaud  » une vision emphatique des luttes sociales ou à légitimer ces dernières aux yeux des journalistes (qui, dès lors, peuvent faire appel à des experts pour les commenter et les «  mettre en débat  »). Mais ils rencontrent vite la limite de la critique académique, son point aveugle : la question stratégique. Si elle avait dû soumettre ses textes à l’approbation d’un comité de lecture d’une revue d’économie politique, Rosa Luxemburg n’aurait sans doute pas visé le même public ni poursuivi les mêmes fins. Organiser les masses, renverser l’ordre social, prendre le pouvoir ici et maintenant : ces problématiques communes aux révolutionnaires du XXe siècle et aux socialistes «  bolivariens  » du XXIe sont insolubles dans la recherche universitaire — si tant est qu’elles y trouvent un jour leur place. Elles requièrent des intellectuels certes armés de l’état le plus avancé du savoir, mais autonomes vis-à-vis des normes de consécration académique et des carcans disciplinaires.

 

Economistes, historiens, sociologues, philosophes, démographes, politologues : les divisions de la critique reflètent la division du travail académique. La contestation ne manque pas d’experts capables d’opposer les acquis de leur spécialité à l’autorité des technocrates. Mais cette logique d’expertise et de contre-expertise a peu à peu évincé de la scène publique les intellectuels qui, à l’instar de Chomsky ou d’Edward W. Said (9), ont fondé leur action politique sur des catégories universelles : rationalité, égalité, émancipation. Leur quasi-disparition, combinée à celle de grands noms de la pensée française (Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, Pierre Vidal-Naquet, Jean-Pierre Vernant), a laissé le champ libre aux essayistes médiatiques qui assujettissent l’universel à leur double activité de marketing intellectuel et de conseil au Prince (10).

 

Un destin d’inspecteur de bigoudis

 

De prime abord, l’emprise de l’enseignement supérieur et de la recherche sur la pensée critique paraît correspondre aux aspirations des étudiants politisés. Concilier durablement cursus savant et engagement relève de la gageure. Pour repousser l’heure du choix, tout incitera l’étudiant-militant à mettre son engagement non pas entre parenthèses mais entre guillemets : on analyse les mobilisations, on défile en étudiant les défilés. A l’heure de rédiger son mémoire, il faut se distancier des convictions, devenues objets d’études. Se montrer moins engagé pour paraître «  plus objectif  », plus modéré pour sembler «  plus subtil  », car ici radicalisme rime avec simplisme. Imperceptiblement, on franchit une frontière. Passée d’un milieu populaire au monde des lettres, la romancière Annie Ernaux écrivait : «  J’ai glissé dans cette moitié du monde pour laquelle l’autre n’est qu’un décor (11).  » D’autres l’y ont rejointe sans toujours s’en apercevoir.

 

Là, on se persuade de contribuer à l’émancipation humaine en assurant la promotion auprès de ses camarades d’amphithéâtre d’un ouvrage sur la sociologie des mouvements sociaux. On intègre le comité de rédaction d’une revue «  critique  » — où siègent également des personnalités susceptibles de composer, demain, son jury de thèse. On transmet à sa liste de contacts électroniques l’annonce d’un colloque à Chicago où des universitaires exposent à des universitaires leurs réflexions sur «  La crise globale : repenser l’économie et la société  ».

 

On répond à un appel à contributions sur le thème «  Héritages coloniaux, contestations postcoloniales : décoloniser les sciences sociales et humaines  », prélude à une conférence à la Goethe Universität de Francfort visant à «  illustrer la pertinence épistémologique et méthodologique d’une perspective (féministe) postcoloniale dans différentes disciplines des sciences sociales  » (12). Au terme du processus, des militants convertis en théoriciens du militantisme se montrent plus disposés à noircir du papier qu’à battre le pavé. Ou à ériger leurs méthodes de recherche en causes politiques qui menacent l’ordre des mots plus que celui des choses.

 

La conviction que combat politique et carrière universitaire peuvent ne faire qu’un résistera-t-elle aux transformations qui secouent un système scindé entre une minorité de grandes écoles et une masse d’établissements fragilisés par les réformes (lire «  Les universités françaises dans la tourmente des réformes  »)  ? Dans ces derniers, la dégradation des conditions d’enseignement s’ajoute à la précarisation des étudiants. Disciplines portées au pinacle dans les années 1960 et 1970, les sciences sociales subissent une dévaluation brutale, dont témoignent des doctorants découvrant la face ternie d’un diplôme si cher payé. Pour l’obtenir, ils ont certes beaucoup appris, mais aussi beaucoup concédé : périodes de chômage et de petits boulots pour ceux, nombreux, qui ne bénéficient pas d’une allocation, prise en charge des transports pour se rendre à un colloque, travail gratuit pour le laboratoire ou le directeur de recherche, insertion en catastrophe dans le manuscrit de thèse d’une constellation de notes de bas de page saluant les travaux «  séminaux  », «  matriciels  » et «  fondateurs  » des membres du jury, même lorsqu’ils n’entretiennent avec le sujet qu’un rapport lointain...

 

Les haies franchies une à une avec une vigueur décroissante, les recalés des établissements d’élite découvrent sur la ligne d’arrivée un monde professionnel délabré, un prestige évanoui. Et, sur une liste de diffusion électronique, la préfiguration d’un avenir suggérée par cette offre de stage adressée en septembre 2010 à un «  Universitaire bac + 5 : étudiant(e) en fin de cursus en sociologie/ethnographie avec une sensibilité scientifique  » : «  Le Groupe SEB recherche pour la société CALOR, un Stagiaire en vue d’une Mission en Analyse Ethnographique du Cheveu (H/F). (...) Mission : Intégré(e) au sein de la division Soin de la Personne, le (ou la) stagiaire dressera un panorama des principaux profils (caractéristiques de diamètre, d’épaisseur, de forme, etc.), des différences fondamentales, des pratiques associées (gestuelles, routine cosmétique…) ainsi que des problématiques rencontrées dans ces pays en matière de cheveu, de poil et de peau.  » On se croyait héritier de Durkheim, on se retrouve inspecteur de bigoudis.

 

La discordance entre les aspirations conçues au cours de la formation universitaire et les chances professionnelles qu’elle offre réellement peut conduire à la résignation — ou à la révolte. Par sa radicalité et sa détermination, le mouvement des étudiants contre la précarité et le contrat première embauche (CPE) de l’hiver 2006 suggère déjà un déplacement des lignes. Des premiers cycles aux doctorants, tout se passa comme si la croyance dans le salut par les études supérieures avait soudain chaviré. Le temps d’un hiver, les campus parurent retrouver leur fonction de socialisation politique. Certaines assemblées générales, imperméables à la pression des médias, mirent à profit des outils des sciences sociales pour élaborer des revendications de portée générale, en lien avec des militants syndicaux. Une variante inattendue de l’«  intellectuel collectif  » que Bourdieu appelait de ses vœux  ?

 

 

Pierre Rimbert

 

Source : Le monde diplomatique

 

(1) Cf. Sophie Noël, «   La petite édition indépendante face à la globalisation du marché du livre : le cas des éditeurs d’essais “critiques”   », dans Gisèle Sapiro (sous la dir. de), Les Contradictions de la globalisation éditoriale, Nouveau Monde, Paris, 2009.

(2) Entre autres Agone, Contretemps, Lignes, Mouvements, Multitudes, La Revue internationale des livres et des idées (dont la parution s’est interrompue en 2010), Vacarme.

(3) Perry Anderson, In the Tracks of Historical Materialism, Verso, Londres, 1983, p. 76-77.

(4) L’ouvrage fut finalement traduit et édité par Le Monde diplomatique et Complexe en 1999.

(5) Lire Serge Halimi, «   Maccarthysme éditorial   », Le Monde diplomatique, mars 1997.

(6) François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980, La Découverte, Paris, 2006.

(7) Paul Nizan, Aden-Arabie, Maspero, Paris, 1960 (1931) et surtout Les Chiens de garde, Agone, Marseille, 1998 (1932).

(8) Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, La Découverte, coll. «   Zones   », 2010, p. 28-29.

(9) Lire Edward W. Said, Des intellectuels et du pouvoir, Seuil, Paris, 1994.

(10) Bernard-Henri Lévy, Jacques Attali et Alain Minc ont publié à eux trois au moins soixante-trois ouvrages entre 1995 et 2010.

(11) Annie Ernaux, La Place, Gallimard, 1983, p. 96.

(12) Exemples glanés au cours de l’automne 2010 sur la liste de diffusion historicalmaterialism@yahoogroups.com.


Haut de la page - Accueil

 

Est-il permis de critiquer Israël ?

Est-il permis de critiquer Israël ? Pascal Boniface Voir tout son univers

  • Essai (broché). Paru en 04/2003
  • Expédié sous 4 à 8 jours
« Soutenir un Etat n'est pas forcément lui donner raison en toutes circonstances, on peut même penser que la critique fait partie du devoir de loyauté. » Est-il pour autant permis de critiquer Israël ? Il n'y a pas de sujet qui engendre plus de...
Lire la suite
http://livre.fnac.com/a1404003/Pascal-Boniface-Est-il-permis-de-critiquer-Israel

 

A ce propos, je reçois aussi à l'instant cet Appel du courageux intellectuel indépendant Paul-Eric Blanrue contre la Pensée Unique, en l'occurrence cette fois contre la pénalisation de l'esprit critique, de l'audacieuse recherche de la vérité (au risque de l'erreur) parce qu'elle touche aux intérêts les plus tragiquement actuels. Est-il permis de critiquer Israël ? lançait Pascal Boniface. Est-il permis de transgresser la Pensée Unique, imposée ? A-t-on le droit, aujourd'hui, de contester les vérités établies ? Au nom de l'esprit critique, je plaide pour la liberté, pour toutes les libertés, même et surtout les plus inattendues, les plus radicales, les plus hardies, et pourquoi pas les plus insensées ! Parce qu'un monde uniforme n'est plus tolérable !

 

Vive la liberté de l'esprit, qu'elle souffle partout ! Et résistons à l'intolérable monde unique, financier et militaire ! Eva


 

Communiqué de Paul-Eric Blanrue reçu à l'instant :

 

 

"Me voici poursuivi par la LICRA pour "contestation de crimes contre l"humanité".

COMMUNIQUÉ DE PAUL-ÉRIC BLANRUE À DIFFUSER !

Le 1er mars 2012, au lendemain du retocage par le Conseil constitutionnel de la loi réprimant la contestation du génocide arménien, j'ai été convoqué dans les locaux de la Police judiciaire de Paris.
...
Au moment même où la liberté de recherche est reconnue par l'institution française dont l'une des fonctions est de veiller à la constitutionnalité des lois, je suis poursuivi par la LICRA (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) pour "contestation de crimes contre l'humanité" au sujet du documentaire "Un Homme" consacré au professeur Robert Faurisson.

J'ai refusé de répondre aux questions du Gardien de la paix chargé de mon audition.

Le titre de l'éditorial du Monde de ce jour (n° 20 874) est : "Le Parlement n'est pas un tribunal de l'Histoire". Dans sa chronique, Pierre Assouline écrit qu'il "serait temps de reconsidérer la question des lois mémorielles (toutes, sans exception)."

La loi Gayssot du 13 juillet 1990 en vertu de laquelle je suis poursuivi est une aberration par rapport aux principes de notre Droit. La loi n’a pas à intervenir dans la définition de la vérité historique. Dans un État libre, cette fonction est celle des historiens et des citoyens.

Ayant lancé en août 2010 une pétition contre la loi Gayssot soutenue par l'intellectuel Noam Chomsky et signée par plus de 3 000 personnes, je réclame à nouveau l’abrogation de cette loi inique condamnant à de lourdes amendes et à de la prison ferme les citoyens qui ne se plient pas à un dogme historique qui s'est transformé en religion.

J'appelle les esprits libres à se révolter contre cette infamie et à me soutenir dans le combat que j'ai entrepris pour la liberté de recherche.
Paul-Éric Blanrue, 1er mars 2012.

HTTP://blanrue.blogspot.com/2012/03/blanrue-poursuivi-par-la-licra-pour.html "

 

 

Sarkozy, Israël et les juifsLe livre choc de Blanrue, quasiment introuvable dans les librairies françaises, est disponible sur la librairie du Réseau Voltaire depuis le début de sa parution ! Combattez la pensée unique… Achetez-le dès aujourd'hui et recevez-le chez vous sans tarder.
16 euros TC

L'AUTEUR : Paul-Éric BLANRUE

Historien, Paul-Éric BLANRUE a fondé en 1993 le Cercle zététique, association promouvant l'esprit critique et se proposant d'enquêter avec méthode sur tous les sujets relevant de l'extraordinaire, tant en science qu'en histoire. Collaborateur régulier de la revue Historia, il a récemment écrit Le monde contre soi : Anthologie des propos contre les Juifs, le judaïsme et le sionismeir?t=leseditiondem-21&l=as2&o=8&a=284628 (avec Yann Moix, 2007), Carla et Nicolas, Chronique d'une liaison dangereuseir?t=leseditiondem-21&l=as2&o=8&a=235012 (avec Chris Lafaille, 2008), et Le Joueur : Jérôme Kerviel, seul contre tousir?t=leseditiondem-21&l=as2&o=8&a=235012 (aussi avec Chris Lafaille, 2008). Partageant sa vie entre Paris et Venise, Blanrue aime ouvrir les dossiers brûlants...

RÉSUMÉ

Aujourd’hui, en France, parler d’Israël avec sérénité et franchise est devenu impossible. La question est taboue. Quiconque se permet de critiquer l’État juif risque d’être qualifié d’antisémite. Dans la « patrie des Droits de l’Homme et de la liberté d’expression », un délit d’opinion, en politique et en histoire, est établi. En lieu et place de la discussion libre, une dictature de la pensée unique a été instaurée…

C’est en 1967, par la voix du président Charles de Gaulle, que la France prit pour la première fois ses distances avec Israël. Sous le régime précédent, ce pays avait bénéficié de grands privilèges, puisque c’est grâce à la IVe République que l’État juif avait acquis la bombe atomique. Les présidents français qui succédèrent au général s’efforcèrent, à son image, de maintenir l’équilibre entre les parties en présence, palestiniennes comme israéliennes.

Mais tout changea soudain en 2007, avec l’élection à la présidence de la République de Nicolas Sarkozy. Celui-ci avait longtemps été à la tête d’un parti qualifié de « gaulliste ». Mais, sur la question d’Israël, il tourna résolument le dos à la position défendue par le général. Prônant désormais la défense quasi inconditionnelle d’Israël, Sarkozy met aujourd’hui en oeuvre une politique qui est l’image inversée de celle du fondateur de la Ve République. Pour lui, toute critique d’Israël serait un signe d’antisémitisme.

Historien spécialisé dans les mystifications, Paul-Éric Blanrue refuse de verrouiller sa pensée. L’objectif de son livre est de participer à la prise de conscience du danger que représente la nouvelle politique étrangère française.

Paul-Éric Blanrue nous ouvre les yeux sur les aspects déjà périmés des choix étranges de Nicolas Sarkozy.

Il dévoile pourquoi le président français s’est engagé dans une voie qui va contre les intérêts de son pays et risque d’entraîner bientôt la France dans des conflits majeurs, au Liban, en Iran ou ailleurs.

Il décrit un par un les réseaux pro-israéliens qui servent cette stratégie, démontre leur puissance, signale leur aveuglement et fournit les noms des principales personnalités qui en font partie.

Il récuse l’assimilation faite systématiquement entre judaïsme et sionisme. Il appelle les juifs de France à se défaire d’urgence de leurs porte-voix officiels, qui ne représentent tout au plus qu’un sixième d’entre eux, et les encourage à se rebeller contre une politique qui, à terme, se révélera désastreuse pour eux comme pour tous les Français.

L’auteur avance enfin des propositions qui font revivre la hardiesse traditionnelle de la pensée critique française et qui peuvent à nouveau souder les Français dans un projet généreux, pour en finir avec le communautarisme imprudemment importé des États-Unis.

 

Derniers livres de l'auteur:

ir?t=leseditiondem-21&l=as2&o=8&a=235012

EXTRAITS

Voici 3 courts extraits du livre (les notes n'apparaissent pas ci-dessous)

1er extrait,
tiré de l'introduction :

... La France est-elle devenue un pays aligné sur la politique israélienne, comme elle est en passe de l’être sur la politique américaine ? Manifestant un intérêt soutenu pour toute forme de désinformation passée et présente, auteur d’un article théorique sur le « souverainisme de libération » dans lequel je prône le maintien de l’indépendance nationale en tant qu’elle constitue un bastion contre l’entreprise d’homogénéisation mondiale, je note que la question se pose pour nombre de mes contemporains, quelles que soient leurs confessions et leurs orientations politiques. Mais manifestement, c’est un sujet qui n’a pas l’heur de plaire à l’Élysée, puisque Nicolas Sarkozy évite de présenter le problème en ces termes et choisit, sans jamais expliquer pourquoi, de rendre équivalents l’antisionisme et l’antisémitisme, une tactique peu coûteuse destinée à foudroyer ses adversaires, qui désormais tremblent de peur d’être rangés à vie dans une catégorie infamante lorsqu’ils critiquent New York ou Tel Aviv. Le sentiment de culpabilité tue les meilleures âmes.

Le piège est ainsi fait que risquent d’être soupçonnés d’antisémitisme (ou, la formule, d’être un « juif honteux » si l’intéressé est de confession juive) : l’historien qui rappelle qu’en 1933, des sionistes ont signé avec les nationaux-socialistes « un accord de coopération déterminant un transfert de population et de capital »; celui qui souligne qu’en Israël, la Israel Land Authority (ILA) ne cède la terre qu’aux seuls juifs (« Pour cette raison, 93% des terres d’Israël ne sont pas accessibles aux non-juifs », écrit Lucas Catherine, spécialiste du monde arabe) ; le laïc qui critique l’existence d’un État confessionnel interdisant sur son sol les mariages entre juifs et membres d’autres religions ; l’humaniste qui rappelle que les Palestiniens bénéficient de la citoyenneté mais non de la nationalité israélienne ; l’homme politique, qui, tel le prix Nobel de la paix et ancien président des États-Unis Jimmy Carter, qualifie Israël de pays d’apartheid ; ou encore une organisation telle que l’ONU, qui, en 1975, déclara que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». (Résolution 3379, retirée en 1991.)

En France, tout débat sur les relations avec Israël est devenu tabou.

L’évolution récente est une remise en cause de quarante ans de diplomatie française mesurée. Les citoyens devraient pourtant avoir le droit, au terme d’un débat démocratique loyal, au cours duquel la parole serait libre et les faits exposés avec franchise, de connaître le chemin qu’emprunte leur pays. Ils pourraient, ainsi, mesurer avec plus d’objectivité qu’à présent, les changements d’alliance en cours et prendre conscience des bouleversements qu’une telle évolution entraîne pour eux et leurs enfants. ...

...
2e extrait:
(pages 59 et 60, chapitre 3 : "L'homme des réseaux américains")

... Les représentants de la communauté juive française, c’est bien ; les réseaux sionistes américains, c’est mieux, beaucoup mieux. Plus puissants, bien rodés, très actifs, ils peuvent contribuer à façonner l’opinion et contrôler le discours public. Une politique peut être menée à son terme ou stoppée net, en fonction de l’appui ou de la condamnation que leur apportent ces organismes.

L’épais ouvrage que les deux universitaires américains Mearscheimer et Walt leur ont consacré a démontré de manière implacable leur capacité de mobilisation et le rôle déterminant qu’ils jouèrent dans la politique américaine au Moyen-Orient, lors de l’invasion de l’Irak, de la confrontation avec l’Iran et la Syrie et dans la guerre au Liban, en juillet 2006. Le soutien de ce lobby (ici, le mot trouve sa pleine justification) peut s’avérer décisif pour un homme ambitieux à la conquête du pouvoir, même s’il n’est pas de nationalité américaine.

Bien avant d’être élu président, Sarkozy choisit ainsi de faire cause commune avec eux. Selon Le Monde, le « contact entre M. Sarkozy (NdA : alors ministre de l’Intérieur) et l’AJC (NdA : l’American Jewish Committee, le Comité juif américain, fondé en 1906) s’est établi en octobre2003, quand il a reçu une délégation de cette organisation américaine, venue lui demander ce que le gouvernement français faisait contre l’antisémitisme ». Avait-il déjà en tête la présidentielle de 2007 ? C’est plus que probable.

Pour le CRIF, l’AJC est « l’une des organisations américaines les plus importantes ». Selon les propres mots de l’AJC, fort de « plus de 125 000membres et amis » et possédant « des bureaux dans trente-trois États des États-Unis et huit bureaux dans le reste du monde, dont six en Europe (Paris, Berlin, Bruxelles, Genève, Rome et Varsovie), cet organisme dispose d’une grande influence sur la scène internationale ». L’un des buts principaux de cette organisation est de défendre Israël et de lutter contre l’antisémitisme.

Pour ses adversaires, il s’agit d’un « lobby qui n’est ni juif, ni américain, en ce qu’il ne sert ni les intérêts des Juifs en général, ni ceux des Américains, ni ceux des Américains juifs, mais uniquement la politique de l’axe gouvernemental américano-israélien ». Ce qui reste certain, c’est qu’il a, de son propre aveu, un grand pouvoir, et pas seulement sur le territoire américain puisqu’il se pique de peser sur le sort de la communauté juive dans les pays d’Europe, dont celle de la France.

En 2003, l’AJC mena une rude campagne contre l’antisémitisme en Europe : « Israël a été largement dépeint en Europe comme un “ agresseur

” qui “ foule aux pieds ” les droits des Palestiniens “ opprimés ” et “ sans État ” », se plaignait alors David A. Harris, son directeur exécutif. « Cette attitude est devenue d’une certaine manière une nouvelle forme d’antisémitisme». Il ciblait particulièrement la France : « En réalité, la France a manqué à ses responsabilités d’assurer la protection de ses citoyens de l’automne 2000 à l’été 2002 ».

Harris s’était beaucoup impliqué dans le passé pour soutenir la cause des juifs en Union soviétique ; il était aussi l’un de ceux qui avaient le plus combattu la résolution antisioniste adoptée par l’ONU en 1975.

Le président Chirac récusa avec fermeté ses accusations contre notre pays. Il se rendit en force aux États-Unis. Accompagné de Simone Veil, membre du Conseil constitutionnel et ancien ministre, d’Ady Steg, président de l’Alliance israélite universelle, de Roger Cukierman, président du CRIF et de David de Rothschild, président du Fonds social juif unifié (FSJU), il rencontra, au consulat général de France, à New York, les représentants de la communauté juive américaine et leur assura que la France n’était pas un pays antisémite, jugeant cette accusation « injuste ».

Loin de tenir grief à l’AJC des propos peu amènes qu’il avait proférés contre la France, Nicolas Sarkozy, en avril 2004 (à peine nommé ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie dans le troisième gouvernement Raffarin), se rendit à Washington pour un déjeuner donné en son honneur par cet organisme. Ce repas était un signe d’élection, à tout le moins. ...

...
3e extrait : Où il est question de BHL
(Pages 165-6 du chapitre 7 : "Culture et dépendance")

... Présenté par Serge Halimi comme « ami des milliardaires, libéral, proaméricain, gestionnaire avisé de sa propre fortune (immense) et vieux routier du show-business intellectuel », cet ancien élève du marxiste Louis Althusser a, par une singulière coïncidence, de nombreux amis communs avec Nicolas Sarkozy (tous deux ont grandi à Neuilly), comme les grands patrons Lagardère ou Pinault. Son père, André, riche industriel, fonda ainsi la Becob, une société d’importation de bois africains rachetée par le groupe Pinault-Printemps-Redoute en 1997. François Pinault est non seulement son ami, mais aussi le patron des magasins FNAC et de l’hebdomadaire Le Point, où BHL est éditorialiste. Celui-ci « n’a jamais hésité à orienter ses tribunes de presse dans le sens de leurs intérêts d’industriels », ajoutait Halimi.

Ses ennemis sont également les mêmes que ceux que le système dominant adopté par Sarkozy rejette; citons, dans le désordre, le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, l’anti-impérialiste Noam Chomsky, le réalisateur Michael Moore, l’essayiste Rony Brauman, le philosophe Alain Badiou, l’écrivain Régis Debray, le dramaturge Harold Pinter, bref tous ceux qui tentent d’exercer sur l’actualité israélienne une « hygiène préventive du jugement », pour reprendre l’expression de Jean Rostand.

L’idéologie que diffuse BHL se retrouve sous chaque pavé de Saint-Germain-des-Prés. Pour bien en saisir les linéaments, il convient de savoir qu’elle s’inspire, en outre, de l’oeuvre du philosophe franco-israélien d’origine lithuanienne Emmanuel Levinas, disparu en 1995, dont la métaphysique mena Lévy et un autre philosophe parisien, Alain Finkielkraut, à voir en lui une sorte de prophète contemporain. En 2000, avec Benny Lévy, l’ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre, qui avait quitté la direction de la maoïste Gauche prolétarienne pour revenir dans le giron du judaïsme traditionnel, ils fondèrent l’Institut des études lévinassiennes à Jérusalem et à Paris, dont l’existence est un véritable « miracle » selon BHL, dû « à la présence, en chacun de nous, du nom, du visage, des textes de Lévinas ». Leur référence commune est le Talmud, une compilation de discussions rabbiniques assez obscures.

Vu la nature religieuse de l’un des textes fondateurs de leur pensée, il est bien normal que, dans leurs discours, la raison s’efface devant le style prophétique. Pour ces auteurs, les faits, devenus superfétatoires, font place aux exhortations ; à l’analyse, ils préfèrent les lamentations apocalyptiques dignes de l’Ancien testament. Dans ce système, l’évaluation morale devient le critère suprême, sans qu’on ne sache jamais, hélas, sur quoi se fonde cette morale qu’on jurerait à sens unique, ni quelle est sa légitimité à trancher par avance tout débat en deux portions d’inégale valeur.

On peut se souvenir, à cette occasion, que Nicolas Sarkozy interdit lui aussi, lors d’un discours mémorable, de tenter « d’expliquer l’inexplicable » (l’antisémitisme) ; il s’agissait du même type de posture. Ne pas réfléchir, mais interdire et sermonner, en somme l’exact contraire de ce que recommandait Spinoza dans le livre III de son Éthique : ne pas haïr, ne pas railler, mais comprendre.

Le mot grec ancien de « mystère » signifiait d’abord ce qui est muet, ou la représentation de ce dont on ne parle pas, de l’indicible ; la question autour d’Israël est donc élevée ou abaissée, si l’on parle en avocat de la raison, au rang d’un « mystère » : il n’en faut rien dire. C’est ce « sommeil de la raison », pour reprendre un tableau de Goya, qui « produit des monstres » dont la Palestine est le champ de manoeuvre.

Le nouvel ennemi déclaré de cette catégorie de philosophes, autrefois qualifiés de « nouveaux » ? Le « fascislamisme », comme l’intitula BHL (Prix littéraire du B’nai Brith européen en 1991) dans l’un des ses derniers livres. Peu importe si ce néologisme ne repose sur rien de concret ni de sensé ; il y en aurait d’autres. L’essentiel est de soutenir Israël, considéré comme en état de légitime défense permanent, et d’en renforcer jour après jour les assises, lesquelles, il est vrai, comptent un certain nombre de failles. ...

 

http://www.voltairenet.org/achat-en-ligne/fr/10-sarkozy-israel-et-les-juifs.html

 

 

Sur le site de Michel Collon,

 

Nouveau sur Investig'Action -www.michelcollon.info

Les manipulations dangereuses de Caroline Fourest

Pour avoir spectaculairement contesté Caroline Fourest à l'Université Libre de Bruxelles, le chercheur Souhail Chichah va-t-il être bientôt exclu de cette université ? Avant de se faire une opinion, il nous semble indispensable de vérifier les quatre questions posées dans ce dossier spécial : 1. Les médias ont-ils rapporté les faits correctement ? 2. En arrêtant subitement la conférence, certaines forces politiques cherchaient-elles à jouer les victimes ? 3. Fourest est-elle une chercheuse objective ou une serial menteuse, comme l'en accusent Pascal Boniface ("Les intellectuels faussaires") et d'autres analystes ? 4. L'université en général dérive-t-elle vers la dictature du marché et de la pensée unique ?
Grégoire Lalieu et Michel Collon

Burqa Pride à l'ULB
Fourest chahutée à Bruxelles : atteinte à la démocratie, oui mais par qui ? - Grégoire Lalieu
Au nom de la démocratie, il faut exclure le chahuteur qui demandait plus de démocratie...

Clash Chichah/Fourest, l'ULB : Alma Mater ou Matamore ? - Bahar Kimyongür
Un petit fichu agité devant Fourest et c'est le péril vert qui se répand dans nos chaumières.

La méthode Fourest
Oui, certes... mais les Grecs sont quand même des salauds ! - CPPN
La méthode Fourest pour les Nuls...

A propos de « Frère Tariq », de Caroline Fourest - Alain Gérard
L'ouvrage qui a propulsé la carrière de Fourest passé au détecteur de mensonges.

A l'école de la pensée unique ?
Pourquoi je démissionne de l'université après dix ans d'enseignement - Annick Stevens
« Il n'y a plus de temps à perdre à lutter contre une institution qui se trompe d'excellence ».

La pensée critique dans l'enclos universitaire - Pierre Rimbert
« Les intellectuels critiques n'ont pourtant pas disparu. Que font-ils ? »

Investig'Action - www.michelcollon.info ne peut exister que grâce à vos dons et commandes de livres

Partager cet article

commentaires

dotblau 02/03/2012 11:01


On pourrait, dans cette optique de chasse aux sorcières, demander l'interdiction de la lecture et l'usage du Talmud, livre profondément basé sur le racisme et la discrimination/haine raciale.

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche