Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 03:40

Suicides chez les Amérindiens : dossier spécial

franceguyane.fr franceguyane.fr 18.03.2011

L'isolement et la perte des repères traditionnels sont, entre autres, à l'origine du mal-être qui touche les communautés amérindiennes (photo d'archives)

Après le nouveau suicide qui a frappé Antecum Pata le 15 mars, retrouvez notre dossier spécial. Les causes du malaise, le passage à l'acte, les absences de l'État ou les responsabilités des communautés, éclairage sur un phénomène préoccupant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sommaire Suicides chez les Amérindiens : dossier spécial

 

 

 

« Les suicides chez les Amérindiens sont en augmentation »

G. A. / M.C France-Guyane 16.12.2010

Un local a été créé à Elaé pour faire de la prévention auprès de la population (photo d'archives)

L'association Ader a lancé au mois de mai un projet global de prévention communautaire des suicides sur le Haut Maroni. Selon Elodie Berger, la présidente de l'association, les cas de suicides sont en nette hausse depuis ces dix dernières années.

Les suicides n'ont pas toujours existé chez les Amérindiens ?
Il semble que l'ampleur du phénomène soit récente sur le Haut Maroni. Une enquête menée entre Maripa-Soula et Pidima, de 1980 et 2006, a recensé au moins 24 cas de suicides (hors tentatives) sur une population de moins de 1 000 habitants. Sur ces 24 suicides, 16 ont eu lieu entre 2000 et 2006.

Cette accélération se confirme-t-elle aujourd'hui ?

Nous ne disposons pas encore de chiffres établis, mais on note que depuis 1998, pas une année ne passe sans qu'on enregistre au moins un cas.

Les jeunes semblent particulièrement touchés...

Sur tous les cas recensés par l'enquête, 48% concernent des jeunes de 16 à 25 ans, et 22% des enfants de 10 à 15 ans. Et contrairement à la France métropolitaine, on ne note aucun cas qui concerne des personnes âgées de plus de 55 ans. De même que les suicides chez les moins de 15 ans sont vraiment rarissimes dans l'Hexagone.

Cela n'a pourtant rien à voir avec la culture ?

On ne peut effectivement pas parler de culture, ni de tradition. D'ailleurs, les suicides sont aussi récurrents chez les populations bushinenges qui n'ont pas du tout la même culture, ni la même vision du monde. Ils vivent juste dans le même environnement physique et social. Certes, il est vrai que le taux de suicide chez les Amérindiens est 10 à 20 fois plus élevé que dans l'Hexagone, et 11 fois plus élevé que sur le littoral guyanais. Mais lorsqu'on s'entretient avec les Amérindiens, les professionnels, ou les personnes ayant vécu sur le Haut Maroni, tous n'ont pas la même approche du suicide, que ce soit de manière religieuse, philosophique, ou sociologique.... Les avis sont même parfois contradictoires.

Est-il possible d'avancer des causes à ce phénomène ?

C'est délicat. Ce que l'on peut dire, c'est qu'il existe un mal-être dans les populations qui vivent sur les fleuves. Et ce mal-être semble s'accentuer. Les causes sont plurifactorielles (lire par ailleurs). Après, on peut noter qu'en ce qui concerne le passage à l'acte, on constate souvent des situations d'alcoolémie. Et la plupart du temps, les suicides se font par pendaison.

Les moyens de prévention sont-ils suffisants pour combattre ce fléau ?

Pendant des années, les populations n'ont pas été entendues. Daniel Toko-Toko, notre médiateur sur place, à Elaé a pourtant tiré plusieurs fois la sonnette d'alarme, comme d'autres. Mais son poste n'a pu être créé qu'au mois de mai dernier. On vient juste d'avoir les subventions alors que le sujet est une priorité pour les populations du fleuve. On manque toujours de financement, mais les choses se débloquent tout doucement. Les communes isolées manquent de personnel médical en général. Ce qui est dommage, c'est que les personnes qui se suicident montrent souvent des signes avant de passer à l'acte. D'où notre frustration, car on n'a pas de spécialistes sur place pour les prendre en charge.

« Une population au bord du désespoir »

« C'est difficile à expliquer, mais parfois, les jeunes se suicident juste à cause d'une déception amoureuse, tente d'expliquer David, un Wayana de Tedamali, situé à quelques minutes de pirogue de Maripa-Soula. Lorsqu'il y a de l'alcool, ils font vite n'importe quoi. Et parfois, poursuit-il, certains parents veulent les faire se marier alors qu'ils ne s'aiment pas vraiment, alors ils font des conneries » . Mais pour Ti'Iwan, originaire d'Elaé, le problème est plus profond. « Il y a l'alcool bien sûr, la drogue, la violence, et l'orpaillage, qui n'existaient pas avant et qui font que la vie est devenue difficile. Mon grand-père m'avait raconté que la première Wayana s'était suicidée dans les années 40 ou 50. Car avant qu'un pasteur ne vienne nous parler de Judas qui s'est suicidé, on ne connaissait pas ça chez les Amérindiens. Le problème, ajoute la Wayana qui a rejoint le littoral, c'est que les jeunes ont du mal à parler de leurs problèmes, et qu'on n'a pas de soutien dans nos villages. Selon un « métro » qui côtoie les Wayanas depuis longue date, « se supprimer n'a jamais fait partie de la culture amérindienne. Ce n'est qu'une résultante de plus du choc frontal de nos civilisations. Avant, chaque personne avait sa place et son rôle dans la communauté, mais aujourd'hui les Amérindiens ont perdu leurs repères. C'est une population au bord du désespoir » .

Gautier, 15 ans, s'en est allé

Un collégien s'est pendu à Camopi, il y a un mois. Au village, personne n'a compris l'acte désespéré de l'adolescent.

À Camopi, jeudi 4 novembre, dans l'après-midi, Gautier, 15 ans, disparaissait dans la forêt. Au bout de cinq jours de recherches, son corps est retrouvé dans la forêt, à 30 minutes de son village. L'adolescent s'est pendu à un arbre avec son tee-shirt. Aux côtés de la famille, parents, élèves et professeurs étaient présents à l'enterrement et à la veillée.

Il y a comme une épidémie de suicides à Camopi. Selon le recensement réalisé par la gendarmerie sur place, 17 tentatives ont été enregistrées, dont 11 ont été fatales, depuis dix ans. Sur ces 11 suicidés, 7 sont des jeunes de moins de 20 ans, dont le plus jeune était âgé... de 9 ans. Adolescent sportif, Gautier était plein de vie. Au village, personne n'a compris ce qui s'était passé. Un Amérindien de Camopi, réagit : « Il ne faut pas que les jeunes pensent que la vie s'arrête à une seule dispute, aux critiques, mais qu'il faut profiter. Il y a tellement de choses à voir. Il ne faut pas laisser la vie décider pour soi, c'est toi qui décides pour ta vie. »

L'avenir pour les enfants de Camopi, après la 3e, n'est pas toujours simple. Soit ils arrêtent leurs études, soit ils quittent leurs parents et leur village pour aller dans une famille d'accueil à Cayenne ou dans un internat catholique à Home Indien à Saint-Georges afin de continuer leur cursus scolaire. Il faut donc s'adapter à tous ces changements. Faudrait-il penser à un programme de prévention communautaire du suicide comme récemment sur le Haut Maroni (programme dont l'objectif est d'améliorer la qualité de vie des adolescents et jeunes adultes amérindiens) ?

Plusieurs psychologues sont venus à Camopi pour réaliser des entretiens approfondis avec les « suicidants » et les proches des victimes. Malheureusement, leur passage est souvent trop court.

Sur les photos transmises par ses parents, Gautier avait tout l'air d'un élève plein de vie. On parlait d'un jeune élève studieux et plein d'humour (DR)Sur les photos transmises par ses parents, Gautier avait tout l'air d'un élève plein de vie. On parlait d'un jeune élève studieux et plein d'humour (DR)
L'avis de la psychologue scolaire

Dans son ouvrage « Les enfants du fleuve » , paru en 2008 aux éditions L'Harmattan, Élizabeth Godon apporte un éclairage personnel sur la question. Après avoir passé plusieurs années à parcourir les fleuves de Guyane, la psychologue scolaire explique notamment que « le problème majeur semble bien être un problème de cultures. Chez les Wayanas et les Wayampi, les enfants d'un frère et les enfants de sa soeur seront invités préférentiellement à conclure des unions [...] Mais comment s'opposer à sa famille, à tout le clan ? Comment dire non ? Aujourd'hui, les filles ne veulent plus forcément être mariées avant douze ans. Souvent, elles veulent continuer leurs études [...] Dans l'inconscient collectif, c'est ainsi. Mais dans la loi française, nul ne peut avoir de relations avec un mineur. C'est un délit. Tous ces enfants « entendent » donc que des composantes de leur culture sont punies par la loi française, même si personne, bien sûr, ne le dit, ne le pense sans doute » . Plus loin, l'auteur, comme elle l'exprime elle-même, se « risque à livrer » ces quelques réflexions : « Si l'Éducation nationale doit effectivement se sentir un peu « responsable » de leurs difficultés actuelles, elle n'est certainement pas la seule.
D'autres acteurs, par exemple le RMI et autres ressources financières, sont intervenus, et avec lesquels il a fallu qu'ils apprennent à vivre. Mais à quel prix ? [...] Si le suicide signifie pour nous autres occidentaux la fin de la vie, il n'en est apparemment pas de même pour les Amérindiens. Pour eux, l'âme, la vie peuvent revêtir plusieurs aspects. Ils ne meurent pas. Ils changent d'aspect, ce qui correspond à une sorte de force et de solution tout à fait envisageable dès qu'une situation leur paraît invivable... »
http://www.franceguyane.fr/actualite/societe-social-emploi/suicides-chez-amerindiens-en-guyane/les-suicides-chez-les-amerindiens-sont-en-augmentation-16-12-2010-77560.php

           
 

Twitter  

$   

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche