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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 00:01

Et la justice fut. Dans son discours du 2 Mai, le président Barack Obama s’est adressé à la nation américaine – et au monde – pour annoncer que les États-Unis avaient réussi à tuer Oussama Ben Laden, le fameux leader d’Al-Qaïda, responsable des attentats du 11 Septembre. Beaucoup de personnes jugèrent le discours comme étant bien rédigé, sincère, touchant. La mort de Ben Laden est un événement pivot de l’histoire du monde, dont on devrait tous se réjouir.


Bien sûr que le discours était bien rédigé. Comme sont censés l’être tous les discours du leader par excellence du « monde libre ». Des phrases courtes, des paragraphes concis, un respect quasi-religieux du bon petit principe anglo-saxon de la « topic sentence » (première phrase du paragraphe qui résume l’idée principale de ce dernier avant de la développer). Impeccable.

Et bien sûr qu’il était touchant. Il suffisait de vouloir être touché. De vouloir écouter (et non pas juste entendre) la narration solennel et les descriptions austères d’un Obama nous racontant que « le pire des images sont celles qui restèrent inconnues aux yeux du monde. La chaise vide à table. Les enfants qui furent obligés de grandir sans leur mère ou leur père. Les parents qui n’allaient jamais connaître le sentiment de serrer leur enfant dans les bras. Près de 3.000 citoyens nous ont été enlevés, laissant un trou béant dans nos cœurs. » Le 11 Septembre, les américains connurent « une période de deuil ». La tristesse, la perte, la mort. Rien de mieux que d’évoquer la tragédie humaine pour toucher les gens. Pour justifier le désir de rétribution, de « justice », à n’importe quel prix, et de n’importe quelle façon.

AncreEt sincère. Mais oui, on ne peut plus sincère. Après tout, Barack Obama est bien doué pour ça. Quand la sincérité se résume à celle de notre volonté à vouloir convaincre les gens du bien fondé, du côté juste de notre version des choses. « Le peuple américain n’a pas choisi ce combat. Il est venu à nos côtes, et a commencé avec le massacre insensé de nos citoyens. »

Il n y a jamais eu d’action ni de réaction. Ni d’effet ni de cause. Qui sème le vent ne récolte pas la tempête. Les 50 ans que les États-Unis ont passé à manipuler les pays du Moyen-Orient, à contribuer (le mot est faible) au massacre des palestiniens au nom du massacre, de la persécution et de l’humiliation du peuple juif, à soutenir les régimes véreux et dictatoriaux de la région, même dans leur transgression la plus totale des principes (occidentaux, rappelons-le) des droits de l’homme, même dans leur pillage constant de l’argent du pétrole qui va directement dans leurs paradis fiscaux au lieu d’être utilisé pour bâtir des nations civilisées, pour éduquer les gens et faire évoluer les mentalités. Oui, les 50 ans que les États-Unis ont passé à installer, à soutenir inconditionnellement et à armer leur « flic du pétrole » ne peuvent donner naissance à une colère « légitime » !

Sacrilège, diront certains, comment est ce qu’une personne saine, juste, bonne, peut parler des attentats du 11 Septembre comme issues d’une colère « légitime », qui elle-même est une réaction à un nombre d’actions ?

Nous sommes simplement devant deux visions du monde intrinsèquement différentes. Le problème est justement là, mais le pire, c’est que les occidentaux refusent de le comprendre. Ils ont eu leur lumières eux, leur Kant, leur Spinoza, leur Descartes, leur Hegel… De vrais débats intellectuels, un éveil culturel, des réflexions sur la théologie, une mise en question des textes religieux… Contrairement au monde Musulman qui n’a pas connu ça (du moins pas du tout d’une même proportion, ceux qui osèrent réfléchir sur ce genre de sujets furent vite écartés). La grande majorité des musulmans croient dur comme fer que le Coran est la parole divine et que la Chariâa est la loi sainte. Le paradis et l’enfer sont aussi réels que le monde où nous vivons. La vie ici-bas est courte et éphémère, aussi doivent-ils être fidèles à leurs convictions religieuses pour accéder à leur Eden rêvé.

Cette incompréhension du monde occidental est la clé du problème. Lorsqu’un grand site de news français publie la traduction du communiqué d’Al-Qaïda qui confirme la mort de Ben Laden (et que beaucoup de gens soupçonnent être faux – mais là n’est pas du tout le sujet), ils « épurent la version traduite des références religieuses de l’original ».

Grossière erreur. Les médias occidentaux devraient quand même se douter que lorsqu’un texte rédigé en arabe fait 4 pages dans sa version originale et une seulement dans la version traduite en français, les trois quarts des pièces du puzzle manquent ! Je comprends le fait de ne pas vouloir ennuyer le lecteur francophone par des « références religieuses » (quelle horreur!), mais ce n’est pas de cette façon qu’on peut prétendre essayer de comprendre des terroristes extrémistes, des islamistes radicaux ou tout juste de simples musulmans, car la Pensée Jihadiste n’est que l’extension de codes religieux pris ou bien à la lettre ou bien dans leurs interprétations les plus extrêmes.

La vision occidentale du monde nous dit qu’il faut nous réjouir de « la mort de Ben Laden ». De « la mort », pas de « l’assassinat ». Le choix des mots est certes crucial. Il faut rester du côté de la justice. La barbarie n’a pas de place dans le monde occidental. Et c’est pour cela qu’il suffit de commencer à poser des questions pour passer pour le pire des fourbes.

Et lorsqu’un imperturbable Tariq Ramadan se pose des questions sur les circonstances de la mort de Ben Laden sur le plateau d’ITélé (le 3 Mai), les autres invités lui répondent en lui disant qu’ils connaissent (par cœur) ses méthodes mensongères et manipulatrices, insinuent qu’il est malhonnête, qu’on « ressent une certaine déception dans sa voix », qu’ils sont choqués lorsqu’il dit « qu’il aurait fallu faire un procès, écouter ce qu’il avait à dire » car les propos de Ben Laden sont « totalement insupportables lorsqu’il expliquait comment ce crime de masse fut organisé et pourquoi il le cautionnait intégralement. »

Apparemment, tous ceux qui se posent ce genre de questions risquent de se faire traiter d’hypocrites. J’appelle ça du terrorisme intellectuel. Nous sommes dans le débat d’idées, alors parlons de faits et d’idées : Les questions que se posent Tariq Ramadan ainsi que d’autres intellectuels Français, Anglais, Américains ou Arabes sont bien légitimes. On ne peut s’empêcher de penser au grand coup de Relations Publiques, dans une situation de crise et pendant que le président Américain a besoin de montrer sa fermeté et l’efficacité de sa politique étrangère. Un sacré timing, après la copie du certificat de naissance Américain d’Obama publiée à peine quelques jours avant l’opération « Geronimo ». Et qu’en est-il des services de renseignements Pakistanais qui entretiennent une relation des plus étranges avec l’administration Américaine ? Le Pakistan qui déclare ne rien avoir su au préalable de l’opération, avant que les Américains eux-mêmes ne les remercient pour leur coopération ?

Depuis des mois, le président Zardari prétend que Ben Laden se cache dans une grotte en Afghanistan. Et ce n’est que maintenant qu’on apprend que Ben Laden vivait depuis au moins 8 mois dans une grande maison à Abbotabad (à 115 kilomètres au Nord-Est d’Islamabad – et on est censé croire que les Pakistanais ou les Américains ne le savaient pas, alors que la ville d’Abbottabad est le quartier général de la seconde division de l’armée du Nord Pakistanaise et qu’on y trouve même l’académie militaire nationale Pakistanaise) comme un retraité avec ce qui restait de sa famille ? Qu’il n’était pas armé au moment de sa mort ? Qu’il est mort d’une balle dans la tête ?

Avec tous leurs moyens ultra-sophistiqués et leur supériorité technique, les Navy Seals n’auraient-ils pas pu réussir à capturer Ben Laden au lieu de l’exécuter?

Peut-être qu’un procès devait être évité. Après tout, les gens deviennent bien bavards dans ce genre de procès. Ben Laden aurait pu citer les noms de ses alliés, nous donner des détails sur le fonctionnement interne d’Al-Qaïda, il aurait pu nous parler de ses contacts de la C.I.A durant l’occupation des Soviétes en Afghanistan, ou de ses confortables entrevues à Islamabad avec le prince Turki, le chef des services de renseignements Saoudiens.

On aurait voulu des clarifications. Des réponses à nos questions. Que cette personne réponde de ses crimes devant un tribunal, devant l’histoire et devant les hommes. Les États-Unis n’ont pas le droit de décider de qui doit vivre ou mourir, et surtout pas lorsqu’il s’agit de Ben Laden, un homme responsable d’attentats terroristes qui ont changé à tout jamais la face du monde, de la création d’une organisation terroriste qui ne va malheureusement pas cesser d’exister juste parce qu’il est mort. Lorsqu’Obama parle de justice, je pense aux principes universalistes, aux droits de l’homme (et plus précisément à l’article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme « Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées »). Je pense à cette multitude d’idées qui poussent beaucoup de gens à adopter le meilleur des valeurs occidentales. Car ne sont-ils pas justes, nobles ?

Malheureusement, lorsqu’il commence à y avoir autant d’écart entre ce que l’occident prétend être et ce qu’il fait, sur qui pourra-t-il compter dorénavant pour écouter ses fameuses « leçons de morale… à l’occidentale » ?

Amine Saadouni, pour OTVQTV

 

http://www.mecanopolis.org/?p=23207

 

Que la justice soit : Leçons de morale à l’occidentale

Article placé le 10 mai 2011, par Amine Saadouni

 


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