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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 13:27

Jouer avec le feu

août 20th, 2011

http://turquieeuropeenne.eu/IMG/jpg/Federalisme_UE.jpg

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« Rassurer les marchés » : à longueur de journée, hommes politiques et « experts », relayés par des médias fort peu critiques, nous présentent cet objectif comme LA priorité du moment. « Si nous ne rassurons pas les marchés, le monde va s’écrouler » : tel est le message que l’on veut nous imprimer dans la tête. Le bon citoyen doit se préoccuper avant tout de la santé des marchés.
  
Nous ne reviendrons pas ici sur les critiques, arguments et propositions que nous avons développés dans les deux précédents billets consacrés à ce thème, Les marches d’Odessa et De l’utilité de la Bourse (nous vous proposons cependant de les relire avant de poursuivre la lecture de ce billet, afin de mettre en perspective les développements ci-dessous). Nous allons nous concentrer sur la dernière trouvaille du monde politique pour rassurer les susdits marchés.
  
  
Une mise sous tutelle programmée…
  
De Delors à Sarkozy en passant par Cohn-Bendit ou Trichet, la proposition tourne autour d’un même axe : il faut une plus forte intégration économique européenne, une « coopération économique renforcée » (Delors), un « véritable gouvernement de la zone euro » (Sarkozy), des euro-obligations (Cohn-Bendit), un ministre des finances européen (Trichet)… bref, même si cela n’est pas exprimé ainsi, une mise sous tutelle des politiques économiques nationales par une autorité européenne.
  
Bien sûr, les propositions varient selon les clivages politiques mais, de facto et en termes peu diplomatiques, leur proposition est la suivante : comme nous l’avons fait pour la monnaie, donnons les « clés du camion » aux Allemands qui, compte tenu de leur tempérament de fourmis besogneuses, sont les mieux placés pour conduire, avec toute la rigueur nécessaire, une politique économique européenne qui « rassurera les marchés ».
  
On parlait autrefois du « parapluie nucléaire américain » en matière de défense, on peut aujourd’hui parler d’un « parapluie économico-financier allemand » sous lequel il faudrait aller se réfugier pour « rassurer les marchés ».
  
Nous n’aborderons pas ici la question – cependant cruciale mais traitée dans de précédents billets – de la soumission de cette (future) autorité au lobby bancaire et financier pour nous concentrer sur un autre aspect : la légitimité démocratique de ce qui se prépare.
  
  
… à l’insu des citoyens…
  
La dernière fois que les Français ont été appelés à se prononcer sur un sujet de nature européenne, c’était en 2005, à l’occasion de la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe. Tous les « grands » partis politiques, UMP et PS en tête, appelaient à voter « oui »… et le « non » l’emporta avec près de 55 % des voix.
  
Faisant fi du désaveu populaire, le Prince a cependant engagé la France dans le traité de Lisbonne du 13 décembre 2007, version édulcorée du traité rejeté en 2005.
  
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Français sont très réservés à l’égard de l’intégration européenne. Quelle que soit l’opinion de chacun sur le sujet, le refus populaire du « plus d’Europe » est un fait, et la règle démocratique, c’est de respecter le choix de la majorité.
  
Profiter de la « panique » actuelle pour nous embarquer dans l’aventure d’une intégration économique européenne nous semble, dans ce contexte, non seulement anti-démocratique mais fort dangereux.
  
  
… c’est jouer avec le feu
  
Anti-démocratique, évidemment. Soit on transfère de facto des pouvoirs sans donner une consistance juridique « forte » à ce transfert, soit les pouvoirs transférés constituent un abandon manifeste de souveraineté, et il faudra alors modifier la Constitution. Dans ce cas, ne rêvons pas d’un référendum sur le sujet. Il y a fort à parier que, si cette modification est juridiquement nécessaire, elle s’effectuera par le biais d’une réunion du Congrès à Versailles, les citoyens étant exclus du processus.
  
Dangereux car, révision constitutionnelle ou non, cette évolution en catimini vers le fédéralisme, effectuée à l’insu des citoyens sous prétexte de « rassurer les marchés », ne fera qu’attiser leur ressentiment vis-à-vis d’un personnel politique déjà largement déconsidéré :  non seulement il a été incapable (à droite comme à gauche) de « bien gérer » le pays depuis 30 ans mais, cerise sur le gâteau, il abandonne maintenant à l’Allemagne le soin de diriger la politique économique et monétaire de la France, comme un incapable que l’on place sous curatelle.
  
Voilà, à peu de choses près, le type d’argument que ne manquera pas d’employer Marine Le Pen, touchant ainsi des franges de l’électorat a priori peu réceptives aux thèses du Front national.
  
En dehors des urnes, le résultat sera tout aussi désastreux : poussée du sentiment anti-allemand (qui sera alors démagogiquement utilisé par ceux qui préconisent les solutions décrites plus haut), révoltes et jacqueries en tous genres (voir Révolution ou jacqueries ?) qui ne manqueront pas d’éclater quand les plans de rigueur conçus outre-Rhin seront mis en œuvre. On voudrait augmenter les tensions entre les nations et les peuples européens que l’on ne s’y prendrait pas mieux…
  
Les dirigeants politiques de tous bords qui envisagent, dans la « panique » ambiante, un renforcement des pouvoirs communautaires sans soutien populaire sont donc en train de jouer avec le feu. On peut vouloir aller vers le fédéralisme ou le gouvernement économique européen, mais pas à l’insu des citoyens. Le silence absolu des politiques et des médias sur cette « non-participation du peuple » à une évolution aussi importante est d’ailleurs particulièrement révélateur.
  
C’est, s’il en était encore besoin, une preuve supplémentaire de l’attitude de l’aristocratie qui nous gouverne à l’égard des citoyens, considérés comme une masse plébéienne par cette même aristocratie : il ne s’agit pas de demander aux citoyens de choisir (ce devrait pourtant être le cas dans une démocratie…) mais de contrôler les réactions de la plèbe à l’aide d’une « communication adaptée », voire de lâcher quelques miettes et quelques concessions quand « ça braille trop ». Une démocratie à la Poutine, en somme…
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

http://lalettredulundi.fr/2011/08/20/jouer-avec-le-feu/

 

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Voir aussi, Chevènement :

 

Une Europe de plus en plus "germano-centrée"

Entretien de Jean-Pierre Chevènement dans l'hebdomadaire Marianne, 20 août 2011.
Des mesures décevantes, sans traduction immédiate, voilà le résultat de ce sommet. Quant à la "règle d'or" pronée par Sarkozy, c'est un dispositif récessionniste couplé à une manoeuvre électorale.

 

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