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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 15:58

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Fourches caudines ou tango argentin ?

mai 23rd, 2010

Dans le premier billet de l’année (voir 2010 : le temps des perspectives), en évoquant les perspectives pour 2010, nous écrivions : « On peut donc s’attendre à ce que les “défauts” de paiement des États se multiplient, à commencer par les plus faibles et les plus endettés d’entre eux. Dans cette liste, on trouve traditionnellement la Grèce, l’Espagne… mais le vrai danger peut venir de la Grande-Bretagne, des 50 États américains et de l’État fédéral lui-même qui fait marcher à plein régime la “planche à billets” pour financer son déficit colossal. »
  
Plan d’austérité en Grèce, coupes budgétaires au Royaume-Uni, mesures de rigueur qui ne disent pas leur nom en France, nous y sommes : sous l’effet cumulé de dettes publiques massives et des effets pervers d’un « plan de sauvetage » des banques mis en place l’année dernière sans aucune contrepartie sérieuse, les gouvernants des États du Vieux Monde, de Rome à Washington en passant par Berlin, Madrid, Paris… se retrouvent aujourd’hui au pied du mur.
  
Sous la pression des marchés (en clair, du lobby bancassurance auquel s’ajoutent notamment les fonds de pension), ils vont devoir choisir la moins mauvaise solution pour résorber leurs montagnes de déficits.
  
  
Les fourches caudines
  

Première solution, celle à laquelle les pousse ce même lobby, celle qui semble « logique » pour les dirigeants, la plupart des « observateurs avisés » et autres théoriciens du « moutonnisme » : rembourser la dette.
  
Concrètement, nous allons passer sous les fourches caudines du lobby de la banque et de l’assurance en saignant le brave peuple aux quatre veines, pressurant les pauvres, les classes moyennes (ou ce qu’il en reste…), un peu (pas trop) les riches, pour satisfaire les prêteurs.
  
Ce faisant, on va accroître le mal dont nous souffrons depuis 30 ou 40 ans : une financiarisation excessive de l’économie au détriment de la « valeur travail » et de la production, une concentration toujours plus importante des richesses dans les mains d’un type d’entreprises - banques, assurances, fonds de pension… - qui, contrairement aux mantras de l’économie libérale (« l’argent des banques sert à financer l’investissement et la production »), investit essentiellement de façon non productive.
  
Des exemples ? Ils foisonnent, de l’immobilier (par exemple, les banques, en excès de liquidités, achètent les meilleurs fonds de commerce - regardez à l’angle de votre rue - et contribuent à faire monter les prix) aux actions des sociétés les plus importantes, type CAC 40 (alors que l’agriculteur ou le petit entrepreneur n’obtiendra rien de sa banque, sauf s’il hypothèque ses propres biens), en passant par la spéculation (disons « investissements mobiliers » ou « prises de position » pour employer un langage politiquement correct) sur les devises, les matières premières, les crédits carbone (le nouvel Eldorado de Wall Street)…
  
  
De Philippe le Bel au tango argentin en passant par les Soviets
  

Seconde solution, celle qui semble impensable, inimaginable, pas sérieuse en tout cas : on ne rembourse pas. Ou, nuance, on rééchelonne la dette, on rembourse une partie du capital mais pas les intérêts.
  
À l’extrême, c’est la solution de la révolution soviétique où l’on ne rembourse rien du tout et où l’on invite les détenteurs d’« emprunts russes » à s’asseoir sur leurs créances. De façon plus modérée, c’est la méthode qu’utilisaient certains papes ou un Philippe le Bel : on ne rembourse qu’une partie de la dette et, si le prêteur râle un peu trop, on l’emprisonne ou on le fait étrangler.
  
Cette solution, dans sa version moderne qui n’inclut ni prison ni basses œuvres, a été utilisée par l’Argentine en 2001, lorsqu’elle se déclara en cessation de paiements. Elle renégocia ensuite le montant de sa dette et n’accepta, en définitive, que d’en rembourser 30 %, contraignant ses prêteurs à faire leur deuil de 70 % du montant qui leur était dû.
  
Les conséquences si la France mettait en œuvre une solution de ce type ? Les marchés financiers vont s’effondrer, certaines banques feront peut être faillite, on parlera de « chaos financier planétaire », les banquiers hurleront, menaceront, glapiront…
  
Et alors ?
  
Cette sphère financière, qui absorbe aujourd’hui la plus-value de l’économie réelle et fait (sur)vivre plus d’un milliard d’êtres humains avec moins d’un dollar par jour, est en définitive tellement déconnectée de la réalité quotidienne et de cette même économie réelle, que les risques d’une telle solution s’avèrent certainement beaucoup moins élevés que les bénéfices.

  
  
Après le « chaos »
  
Rêvons un peu. La France décide un moratoire sur le paiement de sa dette : elle ne rembourse plus et, évidemment, n’emprunte plus. Que se passe-t-il ?
  
Compte tenu du poids de cette dette publique (un peu plus de 1 500 milliards d’euros), le budget de l’État devrait, en année « normale » (si on met à part la désastreuse année 2009) se retrouver à peu près à l’équilibre, ce qui n’a pas été le cas depuis 30 ans : sur un total de 350 milliards d’euros de dépenses annuelles, 43 milliards sont consacrés au remboursement de la dette, ou plutôt de ses intérêts (pour le capital, on verra plus tard…).
  
43 milliards d’intérêts versés chaque année par l’État – c’est-à-dire par nous – essentiellement au profit de la banque et de l’assurance, soit 120 millions d’euros tous les jours, samedis, dimanches et jours fériés inclus… C’est le très gros lot d’Euromillions à longueur d’année !
  
Quand on prend la mesure de tels chiffres, on réalise que tous les « plans de sauvetage », « mesures de rigueur » et autres décisions du même acabit qui vont être mis en œuvre n’aboutissent en définitive qu’à saigner un peu plus le malade pour, in fine, préserver à tout prix les intérêts des banques. Rappelons qu’en 2009, « mauvaise année » pour ces dernières, le résultat avant impôts de BNP Paribas, « petit joueur » par rapport aux banques chinoises et américaines, a été de 9 milliards d’euros.
  
La déification de l’argent et l’adoration des ratios financiers, érigés en normes suprêmes, même et surtout par des hommes et femmes politiques qui n’envisagent plus un seul instant de s’attaquer au veau d’or, a atteint de tels sommets que la perspective d’un défaut de paiement ou d’une véritable confrontation avec l’establishment financier, leur apparaît quasiment impie, blasphématoire.
  
Refuser aujourd’hui d’obéir aux injonctions de l’establishment bancaire, Banque mondiale en tête, équivaut à s’opposer à la volonté du pape au XIVe siècle : c’est risquer l’excommunication et le bûcher !
  
Aucun risque pour Sarkozy qui, en serviteur zélé de cet establishment, propose d’inscrire l’équilibre budgétaire – en d’autres termes le malthusianisme économique – dans la Constitution, « sanctuarisant » ainsi les intérêts de ce lobby.
  
Il faudra donc une sacrée dose de courage politique pour oser, toutes proportions gardées, être le Luther ou le Calvin du XXIe siècle face à ce qu’il faut bien appeler la religion de la toute-puissance de l’argent, pour s’opposer au
Ad majorem pecuniae gloriam qui règle désormais les affaires du monde.
   
  

 
http://lalettredulundi.fr/2010/05/23/fourches-caudines-ou-tango-argentin/


Lundi
© La Lettre du Lundi 2010

 

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