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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 23:21
Votre santé
Mars 2010

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Sommes-nous dirigés par des ignares ou par des menteurs ?


Au fil des jours, l’opinion est lentement préparée à un nouveau tour de vis sur le dossier des retraites. Tout le monde s’y met, le président, le Premier ministre ou ce qu’il en reste, les différents ministres concernés ; et chacun de parler, avec un air de circonstance, du problème insoluble, selon eux, des retraites. Il n’est pas jusqu’à cette pauvre Martine Aubry qui ne se risque à oser une incursion malencontreuse sur l’âge de la retraite que l’on pourrait repousser d’un ou deux ans. Or ce concert de prévisions pessimistes s’est construit sur une accumulation d’âneries et de mensonges, et l’on veut croire, par respect pour l’intelligence supposée (ou espérée) des intervenants, qu’ils mentent très bien et qu’ils connaissent la “vraie vérité”, comme disent si bien les enfants.


Dans la réalité, tout le monde sait très bien que les systèmes de retraite en France sont mis à mal pour deux raisons essentielles :

• Le taux de chômage se répercute automatiquement en chute des cotisations sociales. Avec près de cinq millions de chômeurs et travailleurs très partiels, le manque à gagner pour le financement social est considérable, et tout le baratin présidentiel n’y fera rien.

• Plus grave, nous sommes dirigés par des représentants de la ploutocratie la plus minable qui puisse. Pour ces misérables, l’important est d’assurer toujours plus de profit aux possédants du capital en rognant sur le financement du système social et sur les salaires. C’est avec une volonté bien arrêtée de casser le système que notre président et ses conseillers tordus ne voient comme seules solutions pour favoriser la relance (ou réduire les effets de la crise) que de prôner la limitation ou la suppression des charges sociales (sur les heures complémentaires, sur les premiers emplois, sur les PME), tout en chargeant au maximum les malades, les handicapés et, d’une manière générale, tous les proscrits de la vie, et en épargnant les plus riches.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la signification de la crise sociale qui s’installe. Rappelons que, en 1970, 73 % des richesses créées par les activités industrielles et commerciales en France étaient consacrés aux dépenses salariales, le reste servant à rémunérer le capital et à financer une recherche industrielle et technologique squelettique. L’appât du gain qui s’est abattu sur toutes les entreprises par le biais d’un actionnariat ivre de profit a conduit à une déformation drastique du système capitalistique en place. Seule solution acceptable pour ces rats de société : diminuer la part consacrée aux salaires et aux charges.

Ce qui fut fait sous la pression des financiers devenus les maîtres du système économique. De 73 % en 1970, la part consacrée aux salaires et aux charges est passée à 66 % en 2000, soit une diminution de 10 %. Il est facile de calculer que cela veut dire 10 % de chômeurs en plus : on retombe mécaniquement sur le taux de chômage actuel, et, sans une politique draconienne de limitation des profits, il n’y a aucun espoir que le chômage baisse en France, mais qu’il est condamné à augmenter encore. Ça, n’importe quel économiste un peu sérieux le sait parfaitement. Seulement, voilà, les petits personnages qui nous dirigent sont décidés à ne rien modifier des profits du capital, et donc à limiter le système social aux financements qui restent possibles : les recettes d’amaigrissement sont variées et toujours supportées par la masse de la population :

• augmentation de la contribution des malades à leurs soins (forfaits hospitaliers, déremboursement des médicaments et autres saloperies),

• assimilation des indemnités journalières à un salaire imposable,

• allongement des durées des cotisations retraite,

• recul de l’âge de la retraite, etc.,

Seule l’imagination pour faire gober ces coups de salauds semble limitée.

Restait à habiller toutes ces mesures punitives d’un voile suffisamment épais pour que nous puissions croire à une fatalité impossible à maîtriser. C’est là qu’apparaît, dans toute sa noblesse, l’allongement de l’espérance de vie, inespérée et implacable donnée statistique et démographique. Même notre pauvre président se risque à des estimations imbéciles. N’a-t-il pas déclaré solennellement, il y a peu, que nous devions faire face à un allongement de l’espérance de vie d’un trimestre par an. Bigre, la montée du quatrième âge ne va plus s’arrêter, où allons-nous ? Vers un cauchemar social.

Hélas, hélas, le baratin ne peut guère durer, et l’argument de l’allongement de l’espérance de vie cache mal les vraies raisons de tout ce discours : faire croire à cette maudite fatalité contre laquelle nous ne pouvons rien pour faire avaler la couleuvre d’un accroissement des profits des plus riches, une minable course aux profits sur le dos des autres, et surtout des plus démunis.

Parlons donc de cet allongement de l’espérance de vie dont on nous rebat les oreilles en permanence pour tout justifier. D’abord, il faut rappeler que l’on doit d’abord dater l’espérance de vie dont on parle. Or tous les allongements annoncés concernent l’espérance de vie à la naissance, c’est-à-dire rapportée aux enfants qui viennent de naître. Effectivement, l’allongement de l’espérance de vie à la naissance entre 1950 et 2010 est estimé à 13 ans pour les hommes et un peu plus de 15 ans pour les femmes, mais on n’a absolument pas le droit d’extrapoler ces valeurs pour les générations antérieures.

C’est là une friponnerie inacceptable, destinée à mentir à l’opinion, et les imbéciles qui en parlent devraient d’urgence se faire recycler. Qu’on en juge. Les soixante ans ont vu leur espérance de vie augmenter entre 1950 et 2010, de six ans pour les hommes, de huit ans pour les femmes, les soixante-quinze ans, d’à peine quatre ans pour les hommes et cinq ans pour les femmes, et pour les quatre-vingt-cinq ans, le gain est de deux ans pour les hommes et de deux ans et demi pour les femmes.

On est loin du discours officiel, présidentiel ou pas. De plus, tous ces gens qui arrivent à l’âge de la retraite sont dans les comptes du système social depuis des décennies. Qu’on ne vienne pas nous dire qu’aucune prévision n’était possible. Nous sommes en présence d’un mensonge organisé visant exclusivement à escamoter la vraie raison : les riches veulent plus d’argent et le système social doit se plier à cette exigence. Il n’est pas difficile de prévoir que tout cela finira très mal et que les domestiques qui nous gouvernent devront un jour ou l’autre quitter précipitamment leurs palais et leurs yachts dorés pour filer à l’anglaise vers d’autres paradis cependant que la nation devra faire ses comptes, faire payer ceux qui ont abusé du système et faire son deuil des fortunes prudemment mises à l’ombre hors de France. Joli sujet pour une dissertation sur l’identité nationale des gens riches...


Pierre CORNILLOT


* Pierre Cornillot est médecin, professeur de médecine et biologiste hospitalier. Il a fondé la faculté de santé, médecine et biologie humaine de Bobigny, dont il a été le doyen de 1968 à 1987. Il a présidé l’université Paris-Nord (1987-1992), puis a créé et dirigé l’IUP Ville et Santé sur le campus de Bobigny (1993-2001). Il est président de l’association Santé internationale. Après s’être investit parallèlement dans des actions d’aide au développement des pays du Sud, il se préoccupe aujourd’hui de la rédaction d’ouvrages sur la santé et la formation médicale, le système de santé et la recherche.

Source de cet article: http://andrillon.fr/chroncor.php

Dessin: cgt.chgdreux.free.fr

Url de cet article:
http://www.internationalnews.fr/article-les-retraites-comment-tromper-l-opinion-avec-le-baratin-de-l-allongement-de-l-esperance-de-vie-par-le-pr-cornillot--47199732.html

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Published by Eva R-sistons - dans Comprendre le monde
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