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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 21:28

 

 

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Roger Garaudy, humaniste fraternel et universaliste,

artiste, homme de foi, libre penseur.

Un monument, à réhabiliter !

Par eva R-sistons

 

Bonjour

 

Un grand penseur nous a quittés, dans un silence assourdissant. La Police de la Pensée, qui régente tout en France depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, veille.

 

J'ai découvert Roger Garaudy lorsque le mari, catholique, de mon amie préférée, Palestinienne, m'a montré "Les mythes fondateurs de la politique israélienne". Pour moi, à priori, c'était un auteur "interdit". Donc à découvrir, car je suis une journaliste d'investigation, une chercheuse de vérité souhaitant toujours voir ce qu'il y a derrière l'Info officielle, les mensonges des Médias. Bref, j'ai commené à lire. Mais bon, trop technique, au bout d'une dizaine de pages j'ai arrêté. Dès que ça devient technique, je me ferme comme une huître. Reste que j'ai été très étonnée. C'est ça, l'homme diabolisé, l'homme de mauvaise foi ? Bigre ! Il a l'air rigoureux, scrupuleux, sincère, d'une honnêteté incroyable. Cela s'est passé voici une dizaine d'années. Puis, en venant sur Internet voici 4-5 ans, j'ai découvert un blog rapidement devenu l'un de mes favoris : Alainindépendant. Indépendant, comme moi ! Alain indépendant, sensibilité de gauche, humaniste, fraternel, homme de foi, popularisant la Théologie de la Libération, ma préférée - diabolisée par le Vatican : "Christo-marxiste", selon ses détracteurs. Et dans cette formule, il y a un mot formidable : Libération ! Libération de l'individu, le rêve !

 

Et j'ai retrouvé Roger Garaudy (médaille de la déportation et de l'internement pour faits de résistance)... sur ce blog. Je me suis entichée de lui ! Il est tout ce que j'aime : Humaniste ayant la passion de la vie et des vivants, résistant, fraternel, homme de gauche, de foi et de paix, artiste (danse..), libre penseur, chercheur de vérité, dénonçant les intégrismes, l'islamisme fanatique, le sionisme international militant (raciste, colonialiste, impérialiste, va-t-en guerre etc), l'occident criminel, l'impérialisme américain, etc, et grand partisan du dialogue des civilisations.

 

 

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Et régulièrement, lorsqu'il cite ce grand penseur, le blog l'Indépendant me le fait aimer davantage. Roger Garaudy est mon frère, il est notre frère à tous. Je lui rends hommage ! Et rendons-lui justice. Incontestablement, il est l'un des plus grands penseurs de notre temps, et sa fraternité est universelle.

 

Eva R-sistons

 

Morceaux choisis :

 

Roger Garaudy est mort

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J'aime la mort du même amour que la vie.

Parce qu'elles ne font qu'un.

La mort - j'entends la mort naturelle, après une longue vie de travail et d'amour - n'est pas une limite, une négation de la vie. Elle donne, au contraire, à la vie sa signification la plus haute.

Ma propre mort est un rappel constant que mon projet n'est pas un projet individuel. Je ne suis un homme que si je participe à un projet qui me dépasse...

Ce contre quoi nous avons à lutter, c'est contre la mort prématurée d'êtres jeunes, pleins de possibles. cela, pour une large part, dépend de nos luttes pour un ordre social sans guerre, sans misère, et pour une organisation humaine de la société.

Mais la mort d'un vieillard, ma propre mort, au terme de ma tâche d'homme, n'est nullement une malédiction. cette mort n'est que l'horizon dernier de la vieillesse: au fur et à mesure que je vieillis, l'éventail de mes possibles se referme, le champ de mes projets se rétrécit, je participe de moins en moins à la création. Ma mort est, dans ce mouvement, un passage à la limite...

Tout ce que j'ai pu créer, par mon travail, ma pensée, mon amour, s'est inscrit et pour toujours dans la création continuée de l'homme par l'homme. A partir du moment où cette participation à la création est brisée j'ai cessé d'être un vivant, même si une technique médicale absurdement devenue une fin en soi me maintient pour un temps encore dans un état végétatif.

Roger Garaudy, Parole d'homme, Editeur Robert Laffont, 1975


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Au lieu de considérer l'actuelle logique économique de Maastricht, de l'Euro, et de l'économie de marché, comme un destin, il s'agit de rompre avec cette logique, c'est à dire passer de la logique de la spéculation à la logique de la production et de la création humaines à l'échelle du monde total et non d'une Europe, hier coloniale et aujourd'hui vassale, mais toujours usurière par son exploitation des dettes d'un monde qu'elle a sous-développé au profit de son propre développement déshumanisé.

Roger Garaudy, L'avenir mode d'emploi, Editions Vent du large, p.11

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L'Europe est sous occupation financière.

 

 

Les marchés dirigent de plus en plus les gouvernements. Grâce à une politique constante de privatisation et de dérégulation financière, les grandes corporations étrangères, et notamment américaines, prennent des parts de plus en plus importantes dans notre économie.
Pour ne citer que des exemples français.
Le fonds Wellington est le premier actionnaire de Rhône-Poulenc. Le fonds américain de Lazard et Templeton entre à la fois dans Rhône-Poulenc et dans Pechiney dont il est, avec Fidelty, l'actionnaire majoritaire. Chez Schneider le directeur financier du groupe, Claude Pessin, admet que "notre capital est désormais détenu, à hauteur de 30 % par des investisseurs étrangers." Il en est de même, à 33 %, dans le Capital de Paribas, à 40 % dans les ciments Lafarge, à 33 % dans Saint- Gobain, à 25 % dans la Lyonnaise des eaux, à 40 % dans A.G.F, etc.
Dans Le Monde du 19 novembre 1996, Eric Izraelevicz écrit: "Ce qui frappe, c'est le dépérissement du nationalisme industriel en France. Les entreprises étrangères peuvent désormais y acheter tous les joyaux qu'elles veulent sans y provoquer de réaction."
En un mot l'industrie européenne passe sous contrôle américain. Un pays membre de l'O.M.C. (Organisation mondiale du commerce) ne peut plus (à l'exception des Etats-Unis qui peuvent tout se permettre, y compris de donner à leurs propres lois une extension internationale contraignante, comme la loi Helms Burton, interdisant les investissements à Cuba, ou la loi d'Amato en Iran et en Libye.)

-- ni de limiter ses importations agricoles ni subventionner ses exploitations;
-- ni de refuser l'implantation de firmes multinationales, auxquelles doivent être consenties les mêmes conditions qu'aux industries nationales;

Toute infraction à ces diktats fait du pays un délinquant passible de représailles économiques, menace aussi redoutable que celle des armes. Les pays assujettis aux exigences du F.M.I. (Fonds monétaire international) savent déjà ce qu'il leur en a coûté d'émeutes et de morts. (De l'Algérie en 1988 à l'Indonésie en 1998.)
Le courant dominant, chez les économistes officiels comme chez les politiciens, est celui qui défend le libéralisme sans frontière, prônant l'effacement de l'Etat devant la toute-puissance du marché, afin de n'opposer aucun obstacle à l'occupation économique.
La variante des partis socialiste et communiste va dans le même sens, avec la feuille de vigne d'un langage sur la justice et la meilleure répartition des revenus et des charges.
Dans l'une et l'autre version l'on ne voit d'autre issue que la croissance et l'Europe (ils disent une autre Europe), sans jamais sortir de la perspective occidentale. L'on exalte, en en faisant un best-seller, L'horreur économique de Vivian Forrester, sans esquisser la moindre perspective réelle pour en sortir puisqu'on refuse de désigner l'occupant et pas davantage l'horizon d'un autre monde en train de naître et d'autres modèles de développement.


L'Europe est sous occupation politique.


Depuis l'acceptation du traité de Maastricht, plus de 70% des décisions politiques fondamentales ne sont plus prises par le Parlement mais par les commissions de technocrates de Bruxelles qui n'ont à répondre devant personne, sauf devant douze premiers ministres se réunissant quelques heures tous les six mois pour entériner des orientations décidant du destin de 340 millions de personnes.
L'Europe de Maastricht est une Europe américaine.
A trois reprises la même formule le proclame dans le texte:

"L'objectif (du traité) est de développer l'Union Européenne occidentale (U.E.O.) en tant que moyen de renforcer le pilier européen de l'Alliance Atlantique." (Déclaration sur l'U.E.O. B.4)

suite ici :

Une Europe américaine

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Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence

La troisième sécession de l'Occident, après cinq siècles de colonisation, et 2 guerres civiles européennes (de 1914-1918 et de 1940-1945) est celle de la mondialisation, c'est à dire de l'occidentalisation du monde sous direction d'une Amérique qui, réussit, du point de vue économique, à amasser, en 1945, la moitié de la richesse mondiale, aux dépens d'une Europe exsangue de l'Atlantique à l'Oural et d'un Tiers-Monde affamé.

Du point de vue politique, ce pays, qui avait consenti le minimum de pertes humaines, se voulut le maître du monde, dictant sa loi à l'Europe mendiante du Plan Marshall qui rouvrait à l'Amérique un marché européen ruiné par la guerre, imposant à Bretton-Woods un règne du dollar égal à celui de l'or, et, cinquante ans après, un traité de Maestricht où il est dit expréssement que "l'Europe ne pourra être" que "le pilier européen de l'Alliance Atlantique" (c'est-à-dire, en clair, une Europe, soumise aux lois américaines comme l'ont illustré les lois de Helms-Burton et les lois d'Amato, légiférant pour le monde entier en imposant ses embargos).

Le XXème siècle est né avec quelques années de retard : avec l'incendie de 1914, cette guerre d'où ne sortirent que des vaincus. Ce qui précède, les quelques années ou l'on dansait encore sur les volcans éteints de la ligne bleue des Vosges et de la Commune de Paris. Celle-ci avait éveillé les espérances messianiques de ceux qui n'ont pas et les sauvages terreurs de ceux qui ont. Elles n'en font pas partie.

Il n'y avait plus que des ruines, des monuments aux morts, et la conscience de l'effondrement de toutes les valeurs.

Sur les deux rives du Rhin la vie sociale marquait un recul historique d'un siècle : d'un côté avec une Chambre bleu horizon face à la colère des grèves de 1920, de l'autre avec la répression sauvage de Spartacus et de ceux qui en incarnaient les rêves : Liebnecht et Rosa Luxembourg.

Au delà des ténèbres se levait alors un nouveau matin, avec ses nouvelles espérances messianiques, aussi bien pour les peuples brisant le joug des anciens tyrans, que pour les artistes, les poètes, savants, les Anatole France comme les Aragon, les Langevin comme les Romain Rolland, qui saluaient l'aurore. En face la grande terreur des maîtres qui essayaient d'endiguer ce déferlement d'avenir, par une politique du fil de fer barbelé avec Clémenceau, ou le projet de Churchil de marcher sur Moscou en battant le rappel de tous les débris du passé pour empêcher de naître autre chose que ce qui est.

Le siècle entier allait être dominé par cette grande peur et cette promesse d'un monde autre. Par l'irrésistible ascension aussi du désespoir et de la fureur des vaincus : le traité de Versailles portait en lui le germe d'une nouvelle tuerie que seul Lord Keynes annonçait prophétiquement dans son livre : Les Conséquences économiques de la paix (1922) : "Si nous cherchons délibérément à appauvrir l'Europe centrale j'ose prédire que la vengeance sera terrible : d'ici vingt ans nous aurons une guerre qui, quel que soit le vainqueur, détruira la civilisation."

En exigeant de l'Allemagne, sous prétexte de réparations, la moitié de sa richesse, fut préparé le naufrage de tout un peuple : le désespoir et l'humiliation des coeurs, le torrent des faillites, et le chômage des multitudes. Les provocations des vainqueurs suscitèrent l'appétit de vengeance et le déchaînement du Tout plutôt que cela, qui assura le triomphe de la démagogie nationaliste la plus délirante, le désir à tout prix de sortir de la misère et du chômage. Il ne fallut que 16 ans de fermentation de ce bouillon de culture, pour assurer le triomphe de l'homme providentiel. Il accéda au pouvoir de la façon la plus démocratique du monde, obtenant, avec ses alliés, la majorité absolue au Parlement de la République de Weimar.

Nous avons montré, dans un autre livre, le parallélisme rigoureux entre la courbe de la montée du chômage et celle de la montée du National-Socialisme.

Hitler trancha le noeud gordien en transformant les chômeurs en ouvriers des usines d'armement, puis ceux-ci en soldats, et ces soldats en cadavres. Le problème était résolu.

Les conditions étaient remplies pour que la deuxième guerre mondiale ne soit que la suite de la première : conséquence de l'aveuglement des vainqueurs, et de l'ivresse qui s'était emparée d'eux pour avoir abattu le grand rival économique et politique de l'Angleterre et de la France.

Deux éléments nouveaux allaient alimenter le brasier et rendre plus redoutable encore la conflagration inévitable.

A l'Ouest était née une puissance nouvelle, celle des Etats-Unis, pour qui la guerre de 1914-1918 fut une affaire économique sans précédent au point d'en faire désormais une grande puissance.

Les Etats-Unis, était le seul pays au monde qui, depuis sa fondation, n'avait jamais connu d'occupation étrangère sur son sol, et s'était enrichi de toutes les misères du monde : de l'expulsion et du massacre des indiens à l'exploitation de la main d'oeuvre des esclaves noirs, à la relève de l'Angleterre en Amérique du Sud et de l'Espagne dans les îles. Les pertes de l'Europe au cours de la guerre de 1914-1918 avaient fait couler un pactole d'or de l'autre côté de l'Atlantique : par ses ventes et ses prêts l'Amérique était devenue désomais une puissance de premier plan. Il ne lui restait plus qu'à voler au secours de la victoire en débarquant en 1917, après Verdun, comme elle volera au secours de la victoire, une deuxième fois, en 1944, après Stalingrad. Elle était sûre ainsi d'appartenir, aux moindres frais, au camp des vainqueurs, et de régner sur une Europe exsangue, de l'Atlantique à Moscou, sa nudité revêtue de cadavres et de ruines, avec cinquante millions de morts.

L'autre acteur nouveau était à l'Est. L'URSS supportait, en 1944, le poids de 236 divisions des nazis et de leurs satellites alors que 19 seulement s'opposaient en Italie aux troupes américaines, et que 65 étaient réparties de la France à la Norvège.

Depuis l'accession d'Hitler au pouvoir, les EtatsUnis, l'Angleterre et la France, voyant en lui, comme le disaient les évêques allemands "le meilleur rempart contre le bolchevisme", lui avaient fourni les crédits et les armes (la France lui fournit du fer pour ses canons jusqu'en 1938, l'Angleterre négocia avec lui des crédits jusqu'en 1939, et les Etats-Unis maintinrent leur ambassadeur à Vichy).

En outre l'on avait cédé à toutes ses exigences : lui laissant, sans coup férir, s'emparer de la Bohème et dépecer la Tchécoslovaquie, réaliser l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche), participer en Espagne à une non intervention lui permettant d'intervenir, avec son complice Mussolini et ses propres légions Condor, jusqu'aux frontières sud de la France, à Guernica.

Le symbole de tous ces abandons, celui de Munich, lui livrait l'équivalent tchèque de la Ligne Maginot, avec l'espoir évident de détourner les appétits de l'ogre vers l'Est et l'Union Soviétique. Les munichois, épaulés par la dictature polonaise interdisant à l'URSS de faire passer ses troupes sur son territoire pour affronter Hitler avant qu'il n'arrive aux frontières russes dès l'invasion de la Pologne, il ne restait plus à Staline, pour éviter de supporter tout le poids d'une inévitable poussée hitlérienne, qu'à gagner du temps par un pacte de non agression, symétrique de celui de Munich, pour se préparer à une guerre alors inévitable.

Hitler réussissait ainsi à n'avoir pas à se battre sur deux fronts et pouvait dévorer l'Occident avant de se ruer vers l'Est soviétique.

Quant aux Etats-Unis, le sénateur Truman (devenu quelques années plus tard le Président Truman) définissait parfaitement la ligne constante de la politique americaine : "Si l'Union Soviétique faiblit, il faudra l'aider; si l'Allemagne faiblit, il faudra l'aider. L'essentiel est qu'ils se détruisent l'un l'autre."

Il est significatif que pour avoir lu cette déclaration de Truman à Radio-France, à Alger, où j'étais devenu, après ma libération des camps de concentration, rédacteur en chef du journal parlé du matin, je fus chassé de mes fonctions par ordre du représentant américain Murphy, malgré l'approbation de mon texte par le Général de Gaulle. (Voir Tome I de Mon tour du siècle en solitaire.)

Les voeux de Truman furent réalisés de sorte qu'au sortir de cette deuxième guerre en Europe, beaucoup plus ravageuse que la première, le Plan Marshall permit à l'économie américaine de poursuivre son ascension, en faisant de l'Europe ruinée un client de nouveau solvable.

Ainsi le troisième tiers du siècle fut dominé par une guerre froide entre les richissimes Etats-unis et une Union Soviétique qui avait, à Stalingrad, brisé l'armée allemande et avait poursuivi l'ennemi jusqu'à Berlin où Hitler dut se suicider dans son bunker de la Porte de Brandenbourg. Après la véritable déclaration de guerre de Winston Churchill, dans son discours de Fulton, et son aveu qu'on avait "tué le mauvais cochon", c'est à dire l'Allemagne hitlérienne au lieu de l'URSS et de Staline, la course aux armements entre les Etats-unis se poursuivit dans l'espace, les succès de l'un, comme celle du premier Cosmonaute (Gagarine), entrainaient la surenchère du rival jusqu'au paroxysme de la guerre des étoiles imaginée par Reagan.

L'URSS s'était épuisée en supportant l'essentiel du poids de la guerre contre Hitler : ses terres les plus fertiles de l'Ukraine avaient été ravagées par l'envahisseur, et les centres industriels les plus décisifs avaient été détruits. Elle était inéluctablement dépassée par les Etats-Unis qui avaient au contraire tiré du carnage européen le plus grand profit.

Pour soutenir un tel effort les dirigeants soviétiques adoptèrent le modèle de croissance de l'Occident, reniant ainsi toutes les promesses du socialisme. Ils en moururent par implosion du système.

Je rencontrai Gorbatchev longtemps après qu'il eut déclenché l'avalanche. Précipitée par la prostitution politique d'Eltsine à ses conseillers américains (tels que Soros), la restauration du capitalisme en URSS porta ses fruits habituels : l'accumulation de la richesse à un pôle de la société et de la misère à l'autre. L'on vit naître, avec la vitesse de champignons vénéneux, des fortunes maffieuses qui firent de Moscou un marché alléchant pour Rolls Royce, et, en même temps, proliférer le chômage, l'exclusion, la mendicité, la délinquance et le crime. L'ancienne Union Soviétique rattrapait l'Amérique sur un point significatif: le trafic de drogues multiplié par 4 en deux ans.

Dans la conversation avec Gorbatchev, je lui dis quel espoir j'avais partagé à la lecture de son livre Perestroika, où apparaît la véritable finalité du socialisme : donner un sens non seulement au travail mais à la vie entière, aliénée par le monothéisme du marché. Un sens nouveau lorsqu'il écrivait par exemple cette parabole résumant l'opposition de l'expérience du travail en régime de marché, c'est à dire de jungle, ou en régime humain, c'est à dire divin : "Un voyageur s'approche d'un groupe de gens en train de bâtir un édifice et demande : Que faites-vous là ?"

L'un d'eux répond avec irritation :

- "Eh bien, tu vois ! Du matin au soir il nous faut transporter ces maudites pierres... ".

Un autre se lève, redresse fièrement les épaules, et dit :

- "Eh bien !, tu vois : nous élevons un temple !". (p. 36-37)

C'est ce que Marx avait profondément distingué : un système social, celui du marché, réduisant l'homme à sa seule dimension animale : le maniement des moyens, ou un système fondé sur ce qu'il y a de proprement humain en l'homme : la conscience des fins précédant l'organisation des moyens et leur donnant un sens. (Le Capital I, XV, 1). L'homme et son travail utilisé comme moyen, sans conscience du but et de la valeur humaine de ce qu'il fait, peut être remplacé,comme force motrice par exemple, par un âne ou par une machine.

L'erreur historique mortelle de Gorbatchev fut précisément de commencer par la réforme des Moyens, c'est à dire de l'économie, en la libéralisant c'est à dire en introduisant ce libéralisme qui est la liberté laissée aux forts de dévorer les faibles. Dès lors cette économie de marché, c'est à dire régulée (ou dérégulée) par les lois non humaines d'un régime où tout s'achète et se vend (depuis la cocaïne jusqu'à la conscience des hommes) selon le profit qu'on en peut attendre, fit, en moins de 3 ans, oeuvre de désintégration de tous les rapports humains. Gorbatchev croyait qu'il allait réformer le socialisme, ce qui survint ce fut la restauration du capitalisme, et du pire : non pas le capitalisme juvénil qui, en dépit de son inhumanité foncière, investissait au moins dans une économie réelle, créatrice d'entreprises, mais le capitalisme déchu, où la spéculation détourne de la production 80 % des capitaux, et où la corruption se substitue à la planification (devenue d'ailleurs sclérosée et irréaliste dans la phase décadente de l'Union Soviétique).

Ce primat accordé à l'économie libérale c'est-à-dire à un monde sans l'homme) désintégra toutes les structures de la société, accentuant les inégalités, cassant tous les rouages de l'Etat au profit de nationalismes parcellaires, d'intérêts monopolistiques étrangers, ou de cupidités individuelles.

C'était méconnaître l'essence même du marxisme de Marx, donnant priorité aux initiatives historiques conscientes de l'homme, au lieu de l'abandonner au déterminisme des lois du marché instituant, dès ses origines, la guerre de tous contre tous sous le nom de liberté confondue avec la concurrence darwinienne des fauves.

 

suite ici :

Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence

Danser sa vie - ROGER GARAUDY
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L'artiste, ci-dessus, et le penseur, ci-dessous :
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Le Grand Tournant Du Socialisme de Roger Garaudy

 

Il faut un réveil de conscience 

Pour que se produise enfin, sur notre planète en péril, un changement radical d'orientation de nos sociétés, il ne suffit pas de réformes économiques et sociales, ni même de révolutions et de transferts de pouvoir. Pour opérer une radicale mutation, il faut un véritable soulèvement spirituel, un réveil global de conscience...

 

 

L'éducation, de ce point de vue, a pour fin première la libération et la culture de l'imagination. Il n'est pas d'éducation plus révolutionnaire que celle qui tend à faire prendre conscience à l'enfant que le monde n'est pas une réalité donnée, toute faite, mais une oeuvre à créer, comme une oeuvre d'art.
L'art est le symbole de l'acte de vivre, de créer.
Cette manière d'aborder le monde est un choix, un postulat, un acte de foi, comme est un choix, un postulat, un acte de foi, l'attitude inverse de la résignation, de l'acceptation du monde prétendument "donné", inchangeable en ses mortelles dérives.
Contre ce choix inavoué de la passivité, tout enfant doit pouvoir mesurer, au-delà des religions institutionnelles, le sens de la foi comme possibilité de transgression des morales, des logiques, des ordres établis.
A partir de cette éducation des dimensions proprement humaines de l'imagination créatrice, et de la foi comme possibilité permanente de rupture avec le passé, peut naître une pratique nouvelle de la politique.
Aucune institution, aucune loi n'est intouchable. Son ancienneté ne la rend pas digne de respect si elle n'est plus qu'un projet fossilisé. L'imagination politique est l'art de retrouver le projet vivant sous l'institution ou la loi sclérosées, l'intention qui anima le législateur, soit pour les adapter, soit pour les remplacer.
En redécouvrant la finalité des projets qui se sont cristallisés en eux, "faire entrer dans la danse les rapports sociaux pétrifiés en leur jouant leur propre mélodie dialectique ", disait Marx.
Cette imagination critique est au principe de toute thérapeutique sociale contre le conservatisme intégriste ou totalitaire. L'intégrisme consiste à identifier une foi religieuse ou politique avec la forme culturelle ou institutionnelle qu'elle a pu revêtir à une période dépassée de son histoire.
Le totalitarisme consiste à considérer comme totalité absolue une totalité qui n'est pas universelle: la nation, le parti, l'Etat, le dogme. Seul l'horizon de la totalité véritable, c'est-à-dire universelle, peut combattre le totalitarisme, c'est-à-dire l'aveuglement du partiel qui se prétend le tout.
La politique ainsi conçue n'est pas une technique de l'accès au pouvoir et du maintien au pouvoir, une technocratie politique des moyens. Elle est ordonnée à la fin avant-dernière: donner à chaque enfant, à chaque femme, à chaque homme, tous les moyens de développer pleinement toutes les possibilités humaines qu'il porte en lui. L'organisation des moyens pour atteindre cette fin doit être homogène au but poursuivi, car la fin n'est jamais supérieure aux moyens mis en oeuvre pour l'atteindre.

Roger Garaudy, Les fossoyeurs. Un nouvel appel aux vivants. pp 207-209 (extraits). L'Archipel éditeur.

 

 

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Une révolution a plus besoin de transcendance que de déterminisme.
R.G. "Le XXIe siècle. Suicide planétaire ou résurrection ?", L'Harmattan, 2000, p 18

 

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Assise, mai 1989, avec l'Abbé Pierre et Helder Camara

Assise, mai 1989, avec l'Abbé Pierre et Helder Camara
Photo Bassignac Gilles/Gamma

Le projet espérance, toujours actuel

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(Emeute, de Daumier)


Nous souffrons de vivre dans un monde sans but
Ce qu'on appelle la politique de croissance est une politique pour laquelle le fonctionnement, de la machine est le but. Même si c'est une machine inutile, nuisible, ou mortelle. Un seul credo inavoué: tout ce qui est techniquement possible est nécessaire et souhaitable: fabriquer des bombes atomiques, aller dans la lune, détruire l'avenir par les déchets radio-actifs des centrales nucléaires.
Croissance pour quoi ? Croissance pour qui ?
- Pour les profits de quelques-uns par la manipulation et le conditionnement de tous.
Il n'est pas vrai que la croissance économique permette de surmonter les crises: elle les engendre. Elle conduit à une répartition de plus en plus inégale du pouvoir et des privilèges.
Il n'est pas vrai non plus qu'on puisse arrêter la croissance alors que des milliards d'hommes dans le Tiers-Monde, et des millions dans les pays "riches" n'ont pas encore les moyens d'une vie proprement humaine.
Il ne s'agit pas d'arrêter la croissance mais de l'orienter pour qu'elle serve non l'abaissement de l'homme mais son épanouissement.
Le marché capitaliste a recréé la jungle animale.
Dans cette nouvelle jungle les forts dévorent les faibles: les grandes entreprises écrasent les petites, les sans propriété sont à la merci des possédants. Les géants carnassiers des sociétés multinationales s'emparent du monde et échappent à tout contrôle des peuples.
Dans un tel univers trois milliards d'hommes sont exploités. Deux milliards d'entre eux ont faim.
Une économie dévoyée par l'accum ulation de l'avoir au détriment de la richesse d'être, de l'épanouissement de la vie.
La même jungle règne au niveau politique.
Même publicité des grandes forces dominantes pour des candidats ou des programmes préfabriqués, même confiscation des initiatives de la base par une délégation de pouvoir permanente, globale et professionnalisée, même coupure entre manipulateurs et manipulés, entre dirigean ts et dirigés. Personne, à la base, n'a la possibilité de participer à l'élaboration des plans d'avenir, d'en contrôler l'exécution ou les mécanismes. Les décisions dont dépend le destin de tous, de la construction des centrales nucléaires au trafic d'armements, sont prises en dehors de tout contrôle des intéréssés.
Culture et enseignement ont pour fonction essentielle de reproduire cette jungle, avec ses hiérarchies et ses concurrences, en réduisant, le plus possible la réflexion sur les fins et en utlisant les sciences et les techniques pour fabriquer des marchandises et manipuler les hommes.
Dans les pays capitalistes l'homme est mutilé par cette triple aliénation de l'avoir, du pouvoir et du savoir.
Les pays dits "socialistes" (RG écrit en 1976, ndlr) (à l'exception de la Chine) ont adopté le même modèle de croissance, la même coupure individualiste de l'homme, la même coupure entre dirigeants et dirigés.
La prétendue "aide au Tiers-Monde", au lieu d'instituer un véritable "dialogue des civilisations" pour définir ensemble les orientations de l'avenir, tend à intégrer les pays autrefois colonisés au modèle occidental de croissance aveugle qui maintient et aggrave le inégalités entre les classes comme entre les nations.
La possession du pétrole et d'autres matières premières par des pays non occidentaux n'a pas conduit à une nécessaire redistribution des cartes mettant fin à toutes les séquelles du colonialisme et du racisme et permettant la renaissance et la floraison des cultures de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique latine, mais à une intégration plus étroite de quelques pays au marché mondial et au troc de matières premières contre des armements servant à renforcer les ségrégations raciales et les exploitations de classe, à faciliter les putsch militaires.
Telles sont les occasions manquées de l'histoire en cette fin du XXe siècle: ni le développement des sciences et des techniques, ni l'abolition du capitalisme (c'était au temps du monde bipolaire, ndlr), ni les défaites du colonialisme n'ont fait émerger un nouveau projet de civilisation, un sens nouveau de la vie.
Nous voulons que notre vie ait un sens, notre histoire un but.
Nous voulons que chacun de nous participe à la découverte de ce sens, à la réalisation de ce but.
Nous voulons que l'histoire de tous soit faite par tous et non  imposée par quelques-uns.
Il n'est pas possible d'amender le système par des réformes partielles.
Il faut en changer radicalement les principes et les structures.
Les principes de base de ce monde inhumain sont ceux de la Renaissance, c'est-à-dire de la naissance du capitalisme, du colonialisme et d'un humanisme clos.
Abolir le capitalisme en son principe même, c'est combattre l'économie de marché, c'est-à-dire une économie fondée sur le profit de quelques-uns, l'exploitation des multitudes, le massacre de la nature considérée comme un réservoir et un dépotoir, la dégradation de l'homme, exploité comme travailleur, manipulé comme consommateur.
En finir avec toutes les survivances du colonialisme c'est engager avec les non-Occidentaux un véritable dialogue des civilisations pour apprendre de leur culture d'autres rapports avec la nature qui ne soient plus seulement techniques mais vitaux, d'autres rapports sociaux qui ne soient ni totalitaires ni individualistes mais communautaires.
Créer un humanisme ouvert c'est élaborer une culture qui ne soit plus faite seulement des réponses du passé mais des questions posées par l'invention du futur, une culture qui ne soit plus le privilège et l'ornement de quelques-uns mais la possibilité de l'épanouissement humain de tous, une culture qui ne ferme pas l'homme sur lui-même mais l'ouvre à une création sans fin de l'avenir par l'émergence poétique et prophétique de ce qu'il y a de divin dans l'homme.
La première tâche est de refaire le tissu social désintégré par le capitalisme rapace, le colonialisme destructeur des cultures, l'individualisme sans amour.
Refaire le tissu social, c'est combler le fossé entre les individus atomisés et les Etats tout-puissants de nos sociétés où il n'existe que des rapports verticaux de hiérarchie et des rapports horizontaux de concurrence.
Refaire le tissu social, c'est créer, à partir des initiatives de la base, et à tous les niveaux de l'économie, de la politique, de la culture, des communautés responsables prenant en charge leur propre vie pour redéfinir les buts humains de chaque activité sociale et ses méthodes d'organisation et de gestion.
Au niveau du travail, dans les entreprises, les universités, les administrations: des Conseils pour l'autogestion, dont la tâche est de devenir responsables de la désignation des dirigeants, de fixer les méthodes de travail et les formes de discipline afin que les objectifs du travail de tout un peuple ne soient pas décidés "par en haut", par des possédants, des technocrates ou des bureaucrates.
Au niveau de la consommation, des communautés de base, c'est-à-dire des organismes qui ne soient ni privés ni étatiques mais communautaires, gérés par les usagers eux-mêmes; pour le contrôle et la régulation des prix, pour la gestion sociale des transports, des assurances, des logements, afin que les besoins émergent autrement que de l'anarchie du marché, des manipulations publicitaires des producteurs ou des décisions d'une bureaucratie centralisée et autoritaire.
Au niveau de la culture, des centres d'initiative pour l'orientation, le contrôle, et la gestion sociale des écoles et des universités, de la télévision et de la radio, de la presse et des éditions, des spectacles et des sports, des hôpitaux, de la santé et des entreprises pharmaceutiques, des maisons de la jeunesse et de culture, afin que de cette révolution culturelle émerge un nouveau projet de civilisation. 
L'organisme central, chargé de définir les grandes options et priorités en matière de planification, de législation sociale, de relations extérieures, d'éducation et de culture, ne peut émaner que de ces communautés de travail.
Ainsi le vieux système parlementaire de représentation par circonscriptions territoriales - héritage de sociétés agraires et conduisant aujourd'hui à atomiser un peuple en citoyens abstraits - doit être remplacé par une représentation des activités sociales dans un Congrès des conseils de travailleurs manuels et intellectuels.
Ainsi peut naître une nouvelle conception de la politique, qui ne soit plus technique de l'accès au pouvoir par la manipulation ou la répression des masses, mais, à partir de la base, réflexion sur les buts de la société et organisation de la société pour atteindre ces buts.
Cette conception est le contraire de l'anarchie: elle ne se fonde pas sur des principes individualistes mais sur le projet communautaire de recréer le tissu social.
Elle ne nie pas la nécessité d'une "délégation de pouvoir"; elle exclut seulement la délégation permanente, globale et professionnalisée, qui conduit inéluctablement à mettre en place un groupe dirigeant coupé du peuple, parlant et agissant au nom du peuple sans le consulter, dans les gouvernements, les parlements, les partis.
Tout organisme central ne saurait avoir qu'un rôle de coordination, d'information et de formation, et non un rôle dirigeant.
Pour éviter les formes mystificatrices et oppressives de la délégation de pouvoir, c'est-à-dire l'aliénation politique, il convient d'instituer:
   - une rotation des représentants, interdisant plus d'une réélection;
   - un mandat impératif assorti d'un calendrier de réalisation pour quiconque brigue une fonction élective, et révocabilité automatique si les engagements pris ne sont pas tenus;
   - une information permanente fondée sur le pluralisme des options: sur chaque plan ou programme plusieurs hypothèses seront présentées, avec les conséquences précises découlant de chacune d'elles;
   - une formation permanente, assurant non seulement la rotation politique mais la rotation sociale: un mois de stage de culture pour tout ouvrier ou employé, obligation pour tout étudiant ou enseignant de repasser périodiquement par l'entreprise ou le centre de recherche, afin de n'avoir ni ouvriers à plein temps, ni étudiants, ni professeurs à plein temps, ni dirigeants à plein temps.
Dira-t-on que c'est exiger une profonde mutation de notre style de vie ? Sans aucun doute: c'est la mise en cause la plus radicale de l'individualisme et de l'égoïsme, qui sont, depuis cinq siècles, au principe de nos sociétés occidentales.
Mais l'enjeu c'est la survie de la planète et de chacun de nous.
La seule révolution indispensable aujourd'hui, pour que continue consciemment l'aventure humaine, est à ce prix.
Nous ne transformerons pas le monde sans, en même temps et du même geste, nous transformer nous-mêmes.
Comment atteindre de tels objectifs ? Comment faire émerger et réaliser un tel projet de civilisation ?
Au niveau des moyens comme au niveau des fins il importe de ne pas s'en remettre à d'autres pour faire notre propre histoire.
L'autodétermination des fins et l'autogestion des moyens, dans l'ensemble de la vie sociale, ne peuvent se réaliser tant qu'existe la propriété privée des grands moyens de production, de transport, de crédit et d'échange.. Elles ne peuvent se réaliser non plus si cette propriété est simplement étatisée, transférée à un groupe de technocrates et de bureaucrates.
Le socialisme d'autogestion est incompatible avec le capitalisme de l'Ouest comme avec l'étatisme de l'Est (RG écrit en 1976...ndlr) .
A l'heure actuelle seule est possible une autogestion des luttes.L'expérience de maintes grèves d'un type nouveau montre que c'est possible.
L'autogestion des luttes c'est le contraire de l'illusion parlementaire ("Donnez-nous vos voix et nous vous octroierons le socialisme !") et de l'illusion des partis ("Adhérez et répercutez nos mots d'ordre, nous ferons le reste").
L'autogestion des luttes c'est le développement des initiatives de la base, sur le lieu du travail, pour ne pas se contenter des nécessaires luttes défensives, mais pour constituer les conseils préparant les contre-pouvoirs pour la direction et la gestion des entreprises et pour créer, dans tous les secteurs de la vie sociale, des communautés de base à des degrés divers d'intégration.
Le socialisme ne peut se réaliser au détail, car les mécanismes régulateurs du système peuvent juguler les tentatives isolées. Mais il faut être prêt, du point de vue de la conscience des buts, et de l'organisation des contre-pouvoirs, à prendre en main, dans une situation de crise profonde et de mise en mouvement de tout un peuple, notre propre sort.
En 1968, personne n'était prêt ni à ouvrir une perspective d'un socialisme d'autogestion ni à faire fonctionner les entreprises, les administrations, la culture, avec d'autres normes que celles du patronat et de l'Etat.
Le problème, aujourd'hui, c'est de faire en sorte que, dans une conjoncture analogue (dont la vraisemblance, à terme, est peu contestable) de n'être pas, une nouvelle fois, pris au dépourvu.
Les choix que nous imposent ou nous proposent les Etats ou les partis ne sont pas à la mesure de la crise et ne peuvent la résoudre. Ces choix sont préfabriqués du dehors, d'en haut.
Les peuples sont désormais adultes. Il devient de plus en plus intolérable que leur histoire et leurs vies soient décidées et faites par d'autres qu'eux-mêmes.
Il est aujourd'hui nécessaire que chacun participe autrement que par un vote illusoire, tous les quatre ou sept ans, aux décisions majeures dont dépend son destin.Il est possible de créer une culture et une formation qui aident chaque homme et tous les hommes à être créateurs de l'avenir.
Il est possible de changer la vie.
Nous pouvons, dés maintenant, commencer à briser la logique du système qui nous réduit à l'impuissance en nous isolant.
Le premier pas: aller à la rencontre de l'autre - en acceptant sa différence - pour créer ensemble ces communautés de travail, de consommation et de culture.
Contre la jungle des concurrences et l'étouffement des hiérarchies, créons ce rapport humain nouveau, ce tissu social nouveau, et le pouvoir extérieur reculera.
Soyons ensemble responsables, ou bien nous serons dirigés.
Avec vous, par vous, là où vous êtes, l'avenir et l'espérance peuvent commencer à exister, aujourd'hui.

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Roger Garaudy
"Le projet espérance"(Editeur Robert Laffont), 1976

 

 

La véritable liberté

La démocratie est la liberté politique; le socialisme est la liberté sociale. Il est impossible de les séparer. Ce sont les deux ailes de la véritable liberté.


Charte nationale de la République arabe unie (éphémère union Syrie-Egypte de 1958à 1961)
(cité par R. Garaudy, "Appel aux vivants", Collection Points-Seuil, p 292)

 

 

Le socialisme est une idée universelle

 

 
Le socialisme est une idée universelle. Si on le définit par ses fins et non pas seulement par ses moyens....

- 1 - L'homme est le but de toute activité sociale. L'homme, c'est-à-dire tout homme. Ce qui exclut toute domination de race, de classe ou de sexe.

- 2 - La démocratie n'est pas nécessairement un régime de partis
(la pluralité des partis est simplement le signe qu'il y a des conflits dans la société), ni un parlement (dans lequel on délègue et aliène les pouvoirs et les responsabilités).
       Les élections ne sont pas le commencement et la fin de la démocratie. Sans aucun doute il faut que le peuple lui-même désigne les hommes chargés d'aider les communautés autonomes en planifiant et en répartissant les ressources, et de coordonner leur coopération entre elles, mais il est aussi important que ce peuple ait la liberté et le pouvoir de les contrôler efficacement.

- 3 - Dans une société composée de travailleurs (ce qui ne signifie pas nécessairement de salariés), la garantie de la possibilité de contrôle c'est la propriété publique qui peut présenter de multiples formes mais a toujours le même but: empêcher qu'un individu ou un groupe puisse dominer la société par une mainmise sur les moyens de développer le bien-être de la société.

 Pour un dialogue des civilisations (Denoël) - Roger Garaudy  - pages 175-176


Il n'y a pas de libération octroyée !

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MAIS:

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Roger Garaudy, L'alternative, Editeur Robert Laffont,  1972

Appel aux vivants, Roger Garaudy, Éditions du Seuil, Philo.Gener., 9782020053228
 

Appel aux vivants

De Roger Garaudy

 
  Nous sommes en train d'assassiner nos petits-enfants: notre modèle de croissance dilapide en une génération des richesses accumulées dans les entrailles de la terre depuis des millions de siècles...

 

Voici par exemple un ouvrage qui témoigne de l'originalité de la pensée de Roger Garaudy :

 

Vers une guerre de religion (3) ?

http://rogergaraudy.blogspot.fr/2011/04/vers-une-guerre-de-religion.html

 

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L'ISLAM DE GARAUDY 
Dans son dernier livre, le philosophe s'en prend à tous les intégrismes
A quatre-vingt-deux ans, Roger Garaudy n'a rien perdu de sa combativité. Il n'a renoncé ni à Marx - à ne pas confondre avec le marxisme - ni à l'islam - à ne pas confondre avec l'islamisme. Il continue à associer la foi et la révolte, à faire l'éloge de Jésus-Christ, le Dieu fait homme qui enseigne la manière de triompher de la mort, il persiste dans sa volonté d'assigner à l'art la mission de faire apparaître l'invisible et de déconditionner ainsi l'être humain. Son dernier livre a des accents prophétiques. Garaudy constate la décadence dans laquelle nous sommes : ce clivage scandaleux entre le Nord et le Sud qui se traduit par le pouvoir laissé à 20 % de la population mondiale de contrôler 80 % des ressources naturelles de la planète. Quarante mille êtres humains meurent chaque jour de malnutrition ou de faim, répète inlassablement le philosophe, l'équivalent d'un Hiroshima tous les deux jours.
Le responsable a pour nom «monothéisme de marché». Soit une économie où le marché est le seul régulateur des relations sociales, où tout s'achète et se vend, y compris l'homme et son travail. On dira que Garaudy reprend un vieux refrain, qu'il tape toujours sur le même clou. Malheureusement, quels arguments peut-on avancer contre lui quand on sait que le système, de plus en plus drapé dans son mépris, est en train de fabriquer des chômeurs à la chaîne et ne cesse d'engraisser les uns en paupérisant les autres ? A-t-elle un sens, cette course à la productivité qui ne profite qu'à certains ? Et les pouvoirs religieux susceptibles de faire entendre un son différent n'entretiennent-ils pas avec les puissances financières des rapports de complicité ? Plus que jamais, Garaudy confronte une théologie de la domination, catholique et islamiste, qui condamne de loin le culte de l'argent, tout en faisant fructifier ses avoirs dans les banques, et une théologie de la libération pour qui la question du sens de la vie est la question fondamentale.

IL NE FAUT PAS SE TROMPER DE CIBLE 
«Vers une guerre de religion ?» n'oppose pas de manière simplificatrice un Occident rationnel et démocratique à un Orient travaillé par des forces irrationnelles et voué par nécessité au déchaînement fondamentaliste.
Il ne faut pas se tromper de cible, prévient-il. Quand leurs intérêts financiers ou pétroliers ne sont pas en jeu, beaucoup d'État occidentaux acceptent, au nom de la sacro-sainte raison d'État, de traiter avec des régimes musulmans non démocratiques. Au besoin, ils les aideront même à mater des rébellions, comme on l'a vu en 1979. Cette année-là, l'Arabie Saoudite, centre mondial de dépravation de l'islam, a fait appel aux gendarmes français du capitaine Barril pour déloger les opposants retranchés dans la Grande Mosquée de La Mecque, une ville interdite pourtant à tous les non-musulmans (ce qui, par parenthèse, contredit le Prophète) ! En Algérie, les bons musulmans, ce sont ceux qui acceptent les diktats du Fonds monétaire international, autrement dit la dictature militaire. Les mauvais, ce sont ceux qui les refusent. On parle beaucoup de l'intégrisme et de la terreur qu'il fait régner, mais on ne veut pas voir d'où il vient. Le fondamentalisme est une réponse, incorrecte, dommageable, à un autre fondamentalisme qui est celui du colonialisme occidental.
Et Garaudy de mettre en balance deux prétentions, intégristes, à posséder la vérité et à l'imposer à la terre entière. La version occidentale est économiste et abrutissante. Elle a pour véhicule favori la «télévision-poubelle», manipulatrice des opinions publiques. La version musulmane se définit par son caractère régressif - l'exaltation d'un âge d'or auquel il serait prescrit de faire retour - et son «littéralisme» - l'attachement maniaque à la lettre du Coran et l'infidélité à l'esprit qui s'y déploie souverainement, à charge pour chacun de ses lecteurs de bien le comprendre.
Je vois l'islamisme comme une maladie de l'islam. De même que Marx doit être dissocié du marxisme soviétique qui en fut la caricature, de même que Jésus est aussi éloigné de Franco que de l'Inquisition, et le Coran ne doit pas être jugé d'après les interprétations qu'on en a faites. Pour en mesurer la portée, il faut d'abord le replacer dans son contexte historique. Dire aux Arabes du VIIe siècle que la fille aura droit à la moitié de l'héritage de son frère, c'était un progrès par rapport aux coutumes de la société préislamique qui attribuait à l'homme toutes les charges de la famille et refusait aux femmes toute possibilité d'hériter. Mais, passé cette époque, nous ne pouvons plus prendre au pied de la lettre certains versets du Coran, sans quoi nous justifierons toutes les discriminations. Nous ne devons pas confondre la «chari'a», la voie morale et universelle ouverte au nom de Dieu, avec la législation qu'elle peut inspirer à chaque époque pour résoudre les problèmes de cette époque. Nous devons interpréter les paroles divines.

IL AVAIT FAIM ET TU NE L'AS PAS NOURRI
Si Dieu seul possède, poursuit Garaudy, qui peut décemment légitimer ces fortunes colossales réalisées en terre d'islam au mépris de toute justice distributive ? Si Dieu seul sait, qui peut se croire dépositaire d'un savoir absolu ? Si Dieu seul commande, quelle théocratie, composée ou non d'ayatollahs, quel clergé impérialiste aura l'audace de se substituer à Lui ?
Je rappelle dans mon livre ce «hadith», ce propos attribué au Prophète, lorsqu'il fut consulté par un homme qui était entré dans un champ de blé pour y arracher quelques épis. L'homme s'était fait agresser par le propriétaire. Le Prophète convoqua ce dernier qui se répandit en protestations. Comment ?, lui répliqua Mahomet, il était ignorant et tu ne l'as pas éduqué ? Il avait faim et tu ne l'as pas nourri ? Réprimer le vol en coupant les mains au voleur, comme on le fait dans certains pays musulmans, ce n'est pas un signe d'obéissance à la loi divine. Respecter la chari'a suppose que l'on s'attaque aux racines du mal : les conditions sociales qui incitent à voler. Et, de toute façon, quelle hypocrisie, à l'heure où le vol se pratique à grande échelle, où il suffit d'appuyer sur une touche d'ordinateur pour transférer des milliards d'un organis

me bancaire à l'autre !

MICHEL GRODENT , "Le Soir",
Mercredi 8 mars 1995

Roger Garaudy, «Vers une guerre de religion ? Le débat du siècle», préface de Leornardo Boff, Desclée de Brouwer

 

(L. Boff, un des plus célèbres théologiens de la libération, note d'eva)

 

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L'individualisme, c'est une logique de jungle

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Une nouvelle conception de la politique

Coordonner et non subordonner. Eveiller et non commander. Il y a là une forme de rapports humains dont le modèle est encore à inventer. Cela aussi est l'affaire de tous. Car jusqu'ici l'organisation a toujours été confondue avec la délégation de pouvoir et le despotisme du petit nombre.
Ce ne sera pas facile d'aller à contre-courant d'une conception de la politique vieille de tant de siècles.
Les railleries ne manqueront pas.
L'on nous accusera de substituer à la science le prophétisme et l'utopie. Ce sera bon signe si nous mettons en colère les "réalistes" et les positivistes de toutes nuances; le signe que nous ne cédons pas aux entraînements d'aujour'hui et d'hier, que nous maintiendrons fermement que le possible fait partie du réel, et que toute science dite "humaine" et toute politique qui refuse de tenir compte de cette dimension majeure de la réalité sociale n'est pas science mais scientisme mort, n'est pas politique mais empirisme aveugle.
L'on nous accusera de substituer à la sacro-sainte "organisation" un messianisme et une chevalerie de Don Quichotte. Ce sera bon signe de mettre en colère les hommes d'appareil et les manipulateurs de tous bords: le signe que nous ne céderons pas à la mode d'un certain "manageering" économique ou politique pour lequel l'homme n'est qu'une "marionnette mise en scène par les structures" et que nous maintiendrons fermement que si l'homme ne sauvegarde pas sa "distanciation" à l'égard de toute institution, s'il abdique son droit à l'initiative historique, l'organisation cesse de servir l'homme pour l'asservir.
L'on nous accusera de substituer à la politique une mythologie anarcho-syndicaliste. Ce sera bon signe si nous mettons en colère tous ceux pour qui la politique est devenue le métier de parler au nom des autres en se substituant à eux: le signe que nous ne céderons pas aux facilités de la délégation de pouvoirs et que nous entendons changer le concept même de politique en en faisant la science et l'art de créer les conditions dans lesquelles chacun pourra participer à la détermination des fins de la société et à l'autogestion de toutes les activités sociales.

Roger Garaudy, L'alternative, Robert Laffont éditeur, pages 248-249


L'article intégral:
http://rogergaraudy.blogspot.com/2011/05/lalternative.html

 

 

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Published by Eva R-sistons - dans Regard sur ...
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commentaires

gorgerouge 14/06/2012 07:48


Bonjour Eva,


connais-tu "Oui la nature humaine est bonne !" d'Olivier Maurel ? ça me fait penser à du Garaudy.


Bise,


Gorgerouge

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