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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 23:16


Ram Etwareea
Edité par  Éric Toussain

Eric Toussaint, spécialiste de la dette du tiers-monde, estime que la Grèce devrait se mettre en cessation de paiement et instituer un audit de sa dette pour établir la responsabilité des créanciers afin de réduire radicalement le stock de la dette.

L’endettement de l’Europe est plus grave que celui des pays d’Amérique du Sud. Pour la plupart d’entre eux, le taux de l’endettement externe par rapport à leur produit intérieur brut atteint 40% en 2010 ; en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Irlande, il dépasse, et de loin, les 100%. Bien que les gouvernements et la Commission européenne se focalisent sur la dette publique, c’est la dette privée qui est la plus élevée. En Espagne, la dette publique ne représente que 17% de la dette totale. Par ailleurs, l’augmentation de la dette publique en Europe est le résultat de trois facteurs : la contre réforme fiscale commencée dans les années 1990 qui a réduit les recettes de l’Etat en faisant des cadeaux aux riches et aux entreprises privées ; le coût du sauvetage des banques privées par les gouvernements à partir de 2007 et enfin la diminution des rentrées d’impôts due à la récession économique de 2009. Alors que les dépenses sociales des Etats européens ne sont en rien la cause de l’augmentation de la dette publique, c’est elles qui sont visées par les plans d’austérité. Par ailleurs, l’énorme dette des entreprises privées risque, si l’on n’y prend garde, de se transformer en dette publique demain.
  Telle est la lecture d’Eric Toussaint, économiste et historien spécialiste des finances publiques des pays du Sud depuis les années quatre-vingt. Selon cet expert belge actif au sein du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, la Grèce devrait se mettre en cessation de paiement, instituer un audit de sa dette pour établir la responsabilité des créanciers et renégocier le remboursement en imposant une réduction radicale de sa dette. De passage à Genève pour débattre de son dernier livre*, il a souligné que cette solution épargnerait au pays l’austérité imposée par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne (UE), et qui punit toute une population. Une dizaine de pays en Europe sont à présent sous perfusion du FMI.
 


La Grèce se noye, par Rodrigo, Portugal

« Beaucoup de prêts ont été accordés à la Grèce pour financer l’achat de matériel militaire à la France et à l’Allemagne, a expliqué Eric Toussaint. Après l’éclatement de la crise, le lobby militaro-industriel a même réussi à faire maintenir le budget de la défense alors que les dépenses sociales ont été sabrées de plus de 20%. » Il a rappelé qu’en pleine crise grecque au début de l’année, Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre de la Turquie, pays qui entretient des relations tendues avec son voisin grec, s’est rendu à Athènes et a proposé une réduction de 20% du budget militaire des deux pays. Le gouvernement grec n’a pas saisi la perche qui lui était tendue. Il a été mis sous pression par les autorités françaises et allemandes qui voulaient promouvoir leurs exportations d’armes. Il faut ajouter les nombreux prêts des banques, principalement allemandes et françaises, aux entreprises privées et aux autorités grecques en 2008-2009. Ces banques ont emprunté à la Banque centrale européenne à bas taux d’intérêt et ensuite ont prêté à la Grèce à des taux plus élevés, cela leur a permis de faire de juteux profits à court terme. Elles ne se sont pas préoccupées de la capacité des débiteurs à rembourser le capital prêté à moyen terme. Les banques privées ont donc une très lourde part de responsabilité dans l’endettement excessif. Les prêts des pays membres de l’Union européenne et du FMI à la Grèce ne respectent pas les intérêts de la population hellène, ils servent à rembourser les banques allemandes et françaises mises en danger par leur politique aventureuse de prêts, affirme Eric Toussaint.
  Lorsqu’Eric Toussaint recommande un défaut de paiement, il sait de quoi il parle. Il a fait partie d’une commission d’audit de la dette de l’Equateur mise en place après le changement de gouvernement en novembre dernier. « Nous avons constaté que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires. En novembre 2008, le nouveau pouvoir s’est basé sur notre rapport et a suspendu le remboursement de la dette sous forme de bons qui venaient à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Finalement, le gouvernement de ce petit pays d’Amérique latine est sorti vainqueur d’une épreuve de force avec les banquiers nord américains détenteurs des bons de la dette équatorienne. Il a racheté pour un milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards. Le trésor public équatorien a ainsi économisé environ 2,2 milliards de dollars de stock de la dette auxquels il faut ajouter les 300 millions de dollars d’intérêts par an qui ne sont plus payés depuis 2008. Cela a donné de nouveaux moyens financiers au gouvernement afin d’augmenter les dépenses sociales dans la santé, dans l’éducation, dans l’aide aux plus pauvres », a-t-il expliqué. Le spécialiste donne aussi l’exemple de l’Argentine qui a refusé de rembourser sa dette entre 2001 et 2005 en mettant en avant la responsabilité des créanciers. « Grâce à son moratoire unilatéral sur les titres de la dette pour un montant de près de 100 milliards de dollars, le pays a pu investir ses ressources et renouer avec la croissance, a ajouté Eric Toussaint. L’Argentine a encore une ardoise de 6 milliards de dollars auprès de membres du Club de Paris. Depuis décembre 2001, elle ne fait aucun remboursement aux pays membres du Club de Paris et s’en porte très bien. Le Club de Paris représente les intérêts des pays industrialisés et ne veut pas faire de bruit autour du non remboursement de la dette argentine car il craint que d’autres gouvernements ne suivent l’exemple de ce pays. » La Grèce elle-même a été en situation de défaut de paiement pendant plus de 60 ans au 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle.

Faute du FMI

Selon Eric Toussaint, le FMI a tout à fait tort quand il prescrit une cure d’austérité aux pays endettés d’Europe, comme il l’avait fait avec les pays en développement. « En imposant des coupes budgétaires et en congelant le pouvoir d’achat dans une dizaine de pays, il porte un sale coup aux plans de relance qui ont permis une reprise de l’activité après la crise, a-t-il poursuivi. Cela est insensé dans la mesure où en Europe, la consommation intérieure représente jusqu’à 70% du PIB. »
  Le spécialiste a fait remarquer que tous les pays ne peuvent pas faire comme l’Allemagne. Grâce à son appareil industriel et une politique de compression des salaires, ce pays a réussi à renforcer ses exportations. Selon Eric Toussaint, le FMI, mais aussi l’UE, applique le « consensus de Washington » – la déréglementation – en Europe alors qu’il n’a pas produit de bons résultats dans les pays en développement. « Je ne vois pas comment les mesures qui ont échoué ailleurs donneraient des résultats différents en Grèce, en Espagne ou au Portugal », déclare-t-il. Pour Eric Toussaint, des pays comme l’Inde, la Chine ou l’Argentine ont "réussi" grâce à des politiques où l’Etat a continué à jouer un rôle décisif dans l’économie. « L’Inde, par exemple, refuse de privatiser ses chemins de fer. Le gouvernement y consacre des sommes colossales années après années, mais en même temps, il préserve un million d’emplois et un service public de bonne qualité. Cette entreprise publique de chemins de fer fait d’ailleurs des bénéfices chaque année. De même, malgré de nombreuses pressions, le gouvernement indien n’a pas déréglementé le secteur bancaire, ce qui l’a mis à l’abri de la crise financière qui a éclaté aux Etats-Unis et en Europe à partir de 2007 », a-t-il souligné.

*La crise, quelles crises ? Edition Aden, CETIM & CADTM, 285 p.
Merci à Le Temps et CADTM
Source: http://www.cadtm.org/La-crise-de-la-dette-en-Europe-est
Date de parution de l'article original: 21/10/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2285

Auteur : Ram Etwareea  - Source : TLAXCALA
 

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