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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 23:31

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Avec nos enfants, à bord du Titanic

Dans un précédent billet (voir La faillite programmée du système éducatif), nous avions tenté d’analyser les raisons du naufrage du système éducatif en France et d’esquisser quelques pistes pour le futur. Revenons aujourd’hui sur le sujet.
  
En premier lieu, quel est aujourd’hui l’état de la situation, que constate-t-on dans les lycées et collèges ?
  
Absentéisme croissant des élèves, professeurs qui « pètent les plombs », violences quotidiennes (la récente agression au couteau dans un lycée de Vitry-sur-Seine n’est que l’exemple le plus spectaculaire et surtout le plus médiatisé), classes de 30 à 40 élèves,  d’où difficultés croissantes des professeurs à « tenir » leur classe pour transmettre leurs connaissances, niveau des élèves en baisse continue (voir le classement des élèves de l’OCDE où l’écolier français ne pointe qu’en 17e ou 19e position, loin derrière l’élève finlandais ou sud-coréen)… le bateau de l’enseignement public continue de couler, dans une relative indifférence générale…
  
Face à cette situation, quelle est la stratégie du ministre de l’Éducation, Luc Chatel ?

continuer coûte que coûte la politique d’économies. C’est en vue de cet objectif qu’il a été nommé ministre, pour rabioter chaque année un peu plus les dépenses, afin de « maîtriser les coûts », quelles qu’en soient les conséquences ;

éviter que « ça pète », prévenir l’explosion mais sans lâcher un centime d’euro dans d’éventuelles mesures de prévention. D’où une politique au jour le jour, uniquement basée sur la communication, au gré des circonstances et des urgences de l’heure. Pour ce faire, on annonce de temps en temps quelques pseudo-améliorations idiotes (par exemple, des retraités de l’Éducation nationale et des étudiants remplaceront les professeurs absents), on minore le nombre et la gravité des violences quotidiennes, on replâtre par-ci par-là, en fonction des conséquences médiatiques supposées de telle ou telle décision, bref on fait « comme si »…
Comme si tout fonctionnait encore normalement, comme si la situation était sous contrôle, comme si le service public de l’enseignement était correctement tenu. Le message du ministre est le suivant : « tant que l’orchestre joue, c’est que le Titanic ne coule pas. »

Le verdict est cependant sans appel : le service public de l’Éducation nationale, tel qu’il a existé pendant un siècle environ, permettant à des générations de Françaises et de Français de recevoir une éducation digne de ce nom, sur une base à peu près égalitaire, est bel et bien mort. Ne subsiste qu’un fantôme, un leurre, un « cadavre qui marche »… et qui peut encore maintenir l’illusion pendant des années et des années.
  
Où cet effondrement, cette disparition de facto peuvent-ils mener ? Quels sont les scénarios possibles ?
  
Une quasi-certitude tout d’abord : le pourrissement et la dégradation vont continuer, quelle que soit la couleur politique de l’équipe en place, la droite et les socialistes étant – l’un comme l’autre – en grande partie responsables de ce naufrage.
  
À leur responsabilité politique s’ajoute une évolution sociétale majeure : l’éducation est devenue un bien de consommation comme un autre, elle est désormais totalement consumérisée. « Je paye (des impôts), je veux du résultat » : de la plupart des parents d’élèves à Sarkozy, le discours est quasiment identique, avec pour corollaire une absence totale de référence à la notion de « valeurs » liées à l’éducation. Pour « donner du résultat », la recette est très simple : il suffit de diplômer tout le monde (80 à 90 % d’une tranche d’âge au baccalauréat) en « ajustant » (comprenez « rabaissant ») le niveau de l’examen.  De cette façon, on achète (temporairement) la paix sociale…
  
Un scénario possible, compte tenu du niveau d’endettement de l’État : ce dernier se défausse de plus en plus sur le privé. Le ministre de l’Éducation nationale d’un second septennat Sarkozy pourrait ainsi envisager de remettre aux élèves des « bons » d’une valeur de X euros permettant de payer les frais de scolarité (ou une partie d’entre eux) dans un réseau d’établissements privés ainsi financés. Le procédé peut paraître séduisant : le ministère contrôle les programmes et la qualité de l’enseignement, il remet à chaque élève la même somme forfaitaire sous forme de bons et le privé prend tout en charge : coût des locaux, salaires des professeurs, etc. De cette façon, le « politique » transfère sa responsabilité (c’est-à-dire les enquiquinements) vers une multitude d’acteurs indépendants.
  
Quelles seraient les conséquences d’un tel scénario ? Probablement de deux ordres :

– à court terme, on retrouverait très vite la distinction entre « bons » et « mauvais » établissements, sans compter qu’un nombre non négligeable d’élèves « à problèmes » se retrouveront encore plus facilement en marge du système. Mais évacuer ce problème des établissements ne résout rien sur le fond : le problème social demeure, de façon sans doute accrue compte tenu de l’accentuation de la désocialisation qui s’ensuivra ;

– à plus long terme, comme dans tout secteur d’activité soumis aux lois du marché, on verra apparaître un phénomène de concentration des entreprises, donc la naissance de « multinationales de l’éducation » qui disposeront d’un pouvoir croissant et de capacités de lobbying étendues face à des structures étatiques affaiblies. Ces multinationales disposeront alors d’un pouvoir colossal, de surcroît extrêmement menaçant pour la démocratie : celui de décider ce qui doit être enseigné et à qui. C’est 1984 dès le berceau…

Autre scénario, qui n’est pas exclusif des deux précédents : le recours croissant à l’utilisation des nouvelles technologies, du type i-pad par exemple, pour assister l’enseignant, voire se substituer à lui (prof absent ? Pas de problème, suivez votre cours à distance sur un terminal mobile). Ce type d’outil peut se révéler à la fois un formidable instrument d’acquisition des connaissances pour des élèves « au-dessus de la moyenne » qui seront en mesure d’en tirer tout le potentiel, et un miroir aux alouettes, un leurre, pour l’élève « en-dessous de la moyenne », incapable de s’auto-discipliner, de s’auto-orienter, de critiquer le matériau dont il dispose pour arriver à en dégager une synthèse personnelle.
  
C’est en définitive le dénominateur commun – particulièrement préoccupant – de toutes ces évolutions : il est fort probable que nous assistions dans l’éducation à ce que nous vivons aujourd’hui dans l’entreprise : l’atomisation de l’individu (professeur ou élève) face à des multinationales (réseaux d’établissements d’enseignement, fournisseurs de « savoirs »… ou les deux sous la même bannière) uniquement préoccupées de rentabilité financière.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010

http://lalettredulundi.fr/2010/03/14/avec-nos-enfants-a-bord-du-titanic/

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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