Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 10:52

le-point-sarko-gauche.jpg

Et, là, j'exagère à peine !

Voyez donc ce  qu'on peut lire sur Le Point, propriété de l'éminent copain François Pinault, 59 ème fortune mondiale.

Source :

http://www.lepoint.fr/debats/un-quinquennat-a-500-milliards-les-questions-des-internautes-aux-auteurs-20-01-2012-1421715_34.php

http://www.lepoint.fr/economie/500-milliards-envoles-en-cinq-ans-14-01-2012-1419082_28.php

Oui, Le Point, où BHL, le nouveau philosophe des frappes de l'OTAN, éditorialise également.

Bien évidemment, il n'y a pas de miracle. Quant il s'agit de casser du fonctionnaire, du syndiqué et du régime de retraite solidaire, on peut compter sur eux.

Mais, tout de même, pour des journalistes de sacs à pubs, c'est pas mal.

Leur couverture de ce quinquennat à 500 milliards d'euros est assez honnête. On n'en tirera pas évidemment les mêmes conclusions.

Mais, à quinze jours du premier tour, je m'empresse de les reproduire avant qu'un prochain "fait-divers ou discours fumeux ne vienne faire diversion".

Et puisque la question de la dette a l'air de les préoccuper, et que je suis de bonne humeur, j'irai même jusqu'à leur conseiller une petite lecture : A qui profite la dette ? 

500 milliards envolés en cinq ans...

La scène est surréaliste. "Tu vois, j'ai gagné ! J'ai gagné !" lance, triomphant et vengeur, Nicolas Sarkozy au député du Nouveau Centre Charles de Courson, présent à l'Élysée pour une cérémonie début 2010. De quelle victoire si importante se prévaut donc le président de la République ? D'avoir fait baisser le chômage ou rétabli l'équilibre du commerce extérieur ? Rien de tout cela, bien sûr. Nicolas Sarkozy se félicite des 390 millions d'euros qui vont échoir au couple Tapie (dont 45 au titre du préjudice moral) à la suite d'un arrêt du Conseil d'État qui rejette le recours intenté par quelques députés, dont Courson, contre les conclusions d'un tribunal arbitral sur l'affaire Adidas-Crédit lyonnais. "J'ai gagné ! J'ai gagné !" Stupéfiant car, si victoire il y a, c'est celle de Tapie, l'ami du président. Et pas du tout celle de l'État, contraint de faire un gros chèque.

Auteurs d'Un quinquennat à 500 milliards, Mélanie Delattre, journaliste au Point, et Emmanuel Lévy, à Marianne, recensent avec gourmandise et sévérité les petites et grandes libéralités du président de la République avec ses "amis" Liliane Bettencourt ou Guy Wildenstein, ou, fait moins connu, avec Hubert Martigny, auquel l'État a racheté à prix d'or la salle Pleyel. Quand ils ne cherchent pas la petite bête, les deux auteurs se mettent aussi en surplomb pour livrer aux lecteurs-électeurs le "vrai bilan" économique du quinquennat Sarkozy. Et là ils ne font pas dans la dentelle. Leur audit étant assez terrifiant, on pourrait le juger militant.

Mais les faits sont les faits. Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, la dette de la France a augmenté de 630 milliards d'euros, passant de 1 150 milliards à 1 780 milliards d'euros. Énorme. L'Élysée, relayé par Bercy, met ces résultats - "calamiteux", pourrait dire Alain Juppé - sur le compte de la crise économique la plus grave depuis 1929. Trop facile, rétorquent Delattre et Lévy. S'appuyant sur des documents officiels, ils montrent que la crise de 2008, en abaissant les recettes et en grevant les dépenses, aurait alourdi la dette de 109 milliards d'euros. Mais le reste, entièrement imputable au président, s'élève à 520 milliards d'euros (le titre de leur livre l'arrondit à 500).

Explications : "Le budget dont a hérité Nicolas Sarkozy, à l'instar d'une voiture mal réglée (...), grillait 3,2 points de PIB." Plutôt que de "soulever le capot pour régler la machine", l'Élysée a laissé filer. En ne freinant pas cette dérive, il a fait gonfler la dette de 370 milliards d'euros. Auxquels s'ajoutent 153 milliards, car "le nouveau président a aussi appuyé sur le champignon". Nicolas Sarkozy, l'homme qui voulait mettre l'État à la diète, a fait bondir la dette publique de la France de 20 points (dont seulement 5,5 imputables à la crise) !


Le syndrome de Pénélope


Où est la "véritable révolution économique" promise au pays ? Le président a certes ouvert un nombre impressionnant de chantiers qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé toucher. Il s'est attaqué au marché de l'emploi, à la représentativité syndicale, au regroupement de Pôle emploi et des Assedic, à la carte des tribunaux, à la formation professionnelle et même aux régimes spéciaux de retraite (tout juste écornés, cependant)... L'hyperprésident a été hyperactif. Mais alors, pourquoi la réussite n'est-elle pas au rendez-vous ? En exposant les raisons de la dérive économique et financière du pays durant le quinquennat, les deux auteurs n'ont pu s'empêcher d'évoquer la personnalité d'un président qu'ils qualifient de "caméléon". Pour eux, Nicolas Sarkozy "n'a jamais eu de véritable substrat idéologique en matière économique". Libéral, il a un temps prôné des subprimes à la française ; interventionniste, il vole au secours des entreprises en difficulté, croyant, chaque fois, renouveler le coup d'Alstom ; ami des P-DG (ah ! le Fouquet's), il flirte aussi avec la CGT.

Sarkozy schizophrène, comme le prétendent les auteurs ? Quatre ans après, en tout cas, son "message est brouillé". Quand il arrive en 2007 à l'Élysée, Sarkozy est attiré par la Grande-Bretagne (surtout celle de Margaret Thatcher) et ignore l'Allemagne. En fin de mandat, c'est tout le contraire. Élu en promettant de baisser les prélèvements obligatoires de 4 points, il a fait preuve d'une redoutable créativité pour inventer des impôts : taxe sur le poisson, les huiles de moteur, la copie privée des disques durs, la téléphonie et Internet, les sodas, les assurances... L'acte économique fondateur du quinquennat, cela n'a pas échappé aux auteurs, c'est, bien sûr, la loi Tepa de l'été 2007. L'esprit en est limpide : il faut laisser les riches s'enrichir, car toute la société en profitera. Voilà comment arrivent les exonérations massives des droits de succession et le fameux bouclier fiscal, manière déguisée de réformer l'ISF. Voilà comment arrive aussi, en vertu du "travailler plus pour gagner plus", l'exonération d'impôts et de charges sur les heures supplémentaires, manière de contester les 35 heures. À ces mesures coûteuses s'ajouteront la pérennisation, l'augmentation ou la création de niches fiscales (exonération des plus-values sur les cessions de titres des entreprises, crédit impôt-recherche, TVA réduite pour les restaurateurs...). Le plus déconcertant, c'est que, dans une volte-face rare, le président va détricoter une partie de la loi Tepa. "Même au pays de l'instabilité fiscale, on n'avait jamais vu une majorité défaire en fin de mandat ce qu'elle avait voté à son arrivée."


Le paradoxe de Bercy


Tout aussi troublant, à aucun moment la question d'une baisse des dépenses n'est posée. Elles ne cesseront donc de grimper (de 52,4 % du PIB à 57 %, niveau exceptionnel pour un grand pays industrialisé). Sarkozy a conforté son image de "dépensier" acquise lors de son passage au Budget en 1993. Ses tentatives pour dompter le mammouth étatique n'ont ni connu de grands résultats ni ouvert de grandes perspectives. Il est vrai que le président lui-même ne donne pas l'exemple. Si - et les auteurs le soulignent - le budget de l'Élysée n'a jamais été aussi transparent, cela n'empêche pas les dérapages : voyages multiples avec des cohortes d'accompagnants, augmentation des effectifs, factures de travaux, service d'ordre à l'américaine...

Plus sérieusement, la mesure emblématique consistant à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite n'a pas produit de miracles comptables (264 millions d'euros net d'économies en 2009). Il est vrai que "plus de 80 % des économies sont allées non dans la poche du contribuable..., mais dans celle des fonctionnaires". Le "1 sur 2" pécherait par son côté aveugle : "La démarche est purement quantitative." Une critique que l'on retrouve pour la Révision générale des politiques publiques, qui ne s'interroge pas, comme l'ont fait le Canada et la Suède, sur l'utilité de certains services. Le dévoiement de ces bonnes intentions est illustré aussi par la fusion des deux services-phares de Bercy, la Direction générale des impôts (elle encaisse) et la Direction générale de la comptabilité publique (elle calcule).


Politique budgétaire


On ne compte plus les ministres qui se sont cassé les dents sur le projet. Beaucoup en avaient rêvé, Sarkozy, lui, l'a fait. Chapeau, l'artiste ! Pourtant, nos compères du Point et de Marianne (ils ont la dent dure) ne lui en reconnaissent qu'un mérite relatif. La fin des bastilles de Bercy, écrivent-ils, "aurait pu être érigée en symbole de la rupture promise avant la campagne". Au lieu de cela, le gouvernement est très "discret sur le sujet". La raison ? Les économies attendues ne sont pas au rendez-vous. Car "le choix a été fait d'aligner les salaires des personnels vers le haut", ce qui, pour certains, a engendré des gains de 30 à 40 % "sans bouger de leur siège". Si les effectifs ont baissé, la masse des rémunérations, elle, a augmenté.

"Le président a toujours été plus pragmatique que dogmatique", résume un haut fonctionnaire chiraquien cité par Delattre et Lévy. Ils expliquent de la sorte les deux bonnes surprises du mandat, la réforme des universités et la réforme sur les retraites, cette dernière n'ayant jamais été promise par le candidat Sarkozy. Tout au contraire : "Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer", déclarait-il. Les auteurs du Un quinquennat à 500 milliards expliquent l'activisme du président à propos des retraites par le besoin de l'Élysée d'accomplir en fin de mandat "un acte politique marquant" qui permet de faire apparaître la gauche comme ringarde. La stratégie marche plutôt bien. Au point, d'ailleurs, que le président cherche à refaire le coup avec la "règle d'or" sur les équilibres budgétaires, laquelle n'était pas non plus au programme. L'homme qui pèse 500 milliards n'a peur de rien. Car l'épisode de la Cades en dit long sur la conversion toute récente du président de la République à la vertu budgétaire. En octobre 2010, la Cades, caisse où l'on a pris l'habitude de loger les déficits de la Sécurité sociale, a été autorisée à emprunter 130 milliards d'euros supplémentaires. Créée par Alain Juppé en 1996, elle devait disparaître en 2009 (en même temps que sa recette, la CRDS, acquittée par tous les Français). Lionel Jospin avait repoussé l'échéance à 2014, Jacques Chirac à 2018. Sarkozy crève le plafond en passant à 2025. Dans la crise internationale, le "candidat de la rupture" a certes fait preuve d'esprit de décision et d'initiative, souligné dans le livre. En revanche, pour ce qui est de la politique budgétaire, "il n'a fait que marcher dans les traces de ses prédécesseurs". Cela ne vaut pas condamnation, concluent Delattre et Lévy. Même si le mandat est un "fiasco" économique, "à quelques mois de la présidentielle tout laisse à penser que le président sortant sera davantage jugé sur sa stature d'homme d'État que sur son bilan".


J'insiste : cette conclusion n'engage pas Rupture tranquille.

 

2cd56acd0a9d603c2885f341071a0d6e

Suite de l'article précédent : Sarkozy : même la droite n'en veut pas !

et mêmes consignes que précédemment : toujours lire le message sans oublier d'où il vient et où il veut aller.

Pas de texte sans contexte.

Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy, auteurs de Un quinquennat à 500 milliards, répondent aux questions posées au fil de quatre cents commentaires.


1 - Les lecteurs, qui n'ont pas observé d'amélioration sensible de leurs propres conditions de vie, demandent d'abord où sont passées toutes ces sommes. "À quoi a servi tout cet argent ? Qui en a profité ? Quel retour sur investissement ?" (Modéré). "Où sont passés ces 500 milliards imputés aux comptes calamiteux de Sarkozy ?" (mistigri18)... "Qu'a fait Sarkozy qui a coûté si cher ?" (steph).

Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy : Nous détaillons dans notre ouvrage la "facture Sarkozy". Les 500 milliards annoncés dans le titre correspondent à l'aggravation de la dette au cours du quinquennat (630 milliards d'euros), corrigés de l'impact de la crise (110 milliards). Sur cette somme, il faut séparer d'un côté l'effet des déséquilibres du passé que Nicolas Sarkozy, contrairement à ses promesses de candidat de la rupture, n'a pas corrigé (350 milliards environ). De l'autre, les conséquences de ses propres choix politiques, qui ont alourdi l'addition de 150 milliards supplémentaires.

Notre calcul a été rendu possible par le chiffrage de la Cour des comptes qui, depuis quelques années, isole le déficit structurel, profondément enraciné, du déficit conjoncturel, lié à la situation économique du moment. Parce que cette institution est neutre politiquement, elle présente des chiffres annuels, mais se garde de dresser un bilan sur la durée du mandat. Nous l'avons donc nous-mêmes reconstitué à partir des données disponibles.

D'un point de vue comptable : les deux séries de mesures qui ont le plus creusé le déficit sont :

- les cadeaux aux particuliers : le bouclier fiscal pour 3 milliards, la baisse des droits de succession et de donation et l'instauration de toute une série de "Sarko niches" qui viennent rogner les recettes et que nous listons dans un chapitre. Certaines, comme l'exonération des heures sup (4,5 milliards d'euros annuels), peuvent avoir eu un impact positif (un salarié sur quatre en a bénéficié) sans toutefois que le rapport coût-avantage ait été démontré, l'argent injecté n'ayant pas créé de richesse supplémentaire.

- les coups de pouce aux entreprises. 20 milliards pour la suppression de la taxe professionnelle, 16 millions d'euros pour le crédit-impôt recherche, 10 milliards pour la baisse de la TVA restauration. Soit 45 milliards d'euros sur la durée du mandat.


2 - Après le où vient le comment : "Votre livre a été présenté comme un brûlot antisarkozyste en couverture du Point. Qu'avez-vous voulu faire au juste ? D'où viennent les chiffres, comment avez-vous travaillé ?" (manu12) Faut-il croire que les gouvernants sont incompétents, "dépourvus de notion d'économie, de comptabilité" (Steeves), ou du moins insuffisamment compétents pour construire "une colonne vertébrale en économie, et surtout une stratégie claire" (steel) ? Les politiques s'affranchissent-ils des préoccupations comptables pour satisfaire leurs intérêts ? Ou bien serait-ce qu'ils "n'ont plus aucune conscience de la réalité", et que les termes "faire des efforts et se serrer la ceinture ne valent que pour les pauvres ou la classe moyenne" ? (milou) "De toute façon, ce sont bien les classes moyennes qui trinqueront ?" (tennob). Ou enfin les politiques, président en tête, auraient-ils perdu tout sens de l'éthique ? "Sarkozy est le premier responsable de la situation, idéologue incapable de voir le pays qu'il gouverne comme inscrit dans des nuances, des valeurs complexes et complémentaires, dont seul le respect permet de faire tourner la machine sans la casser" (metis)

M. D. et E. L. : Alors que tout ou presque a été écrit sur la personnalité de notre président, nous nous sommes rendu compte, au cours de notre enquête, que le "Sarko économicus" avait été peu exploré. Or c'est bien dans le rapport paradoxal que Nicolas Sarkozy entretient avec l'économie que réside, en partie, l'explication de son mauvais bilan. En interrogeant ses conseillers passés et présents, ainsi qu'un certain nombre de députés l'ayant côtoyé, nous nous sommes rendu compte que le chef de l'État n'avait que peu de substrat idéologique en la matière. Dans les années 1990, lorsqu'il était ministre du Budget, on l'a vu défendre le franc fort, puis se faire l'apôtre d'une dévaluation. Ministre de l'Économie en 2004, il renonce à adosser les régimes spéciaux d'EDF au régime général, et, dans le même temps, fait un gigantesque cadeau au patronat avec la "niche Copé".

De la même façon, tout au long de son mandat de président, il ne cesse d'osciller entre libéralisme et interventionnisme. Il faut se souvenir qu'en 2007, il voulait lancer les subprimes à la française. Aujourd'hui, il prétend réguler les banques, lutter contre le capitalisme financier. En ne choisissant pas entre une politique de gauche consistant à augmenter les impôts pour mener une politique sociale accommodante, et une politique de droite consistant à tailler dans les dépenses pour baisser les prélèvements obligatoires, Nicolas Sarkozy a laissé filer les déficits plus qu'aucun de ses prédécesseurs avant lui.


3 - Ensuite viennent des questions techniques, pour mieux percevoir les réalités chiffrées. "Ou bien je me trompe, ou bien je suis idiot, ou peut-être même les deux, mais c'est quelque chose que je n'ai jamais compris : à qui la France, État souverain, donc l'ensemble de la population qui le compose, doit-elle payer ses "dettes" ? À d'autres États qui lui ont prêté des sous ? À des banquiers privés ? À des banques publiques ?" (JLP).

M. D. et E. L. : L'État n'est pas vraiment regardant sur l'origine de l'argent qui lui est prêté. Comme n'importe quel gros emprunteur - il s'agit d'énormes sommes (des dizaines de milliards d'euros) -, le Trésor cherche d'abord et avant tout à minimiser son coût d'endettement, son taux. Pour cela, il se tourne vers le marché grâce à des adjudications. En réalité, en guise de marché, ce sont quelques banques (une vingtaine) qui répondent à cette enchère à l'envers : elles achètent cette dette, puis la conservent ou la revendent. Ces dettes se retrouvent ainsi éparpillées tout autour du monde. On les retrouve dans les fonds spéculatifs, mais aussi dans l'assurance-vie des épargnants français, comme dans les principales banques centrales.

Quelques chiffres à présent. 65 % de la dette publique française est détenue par des non-résidents, principalement des pays de la zone euro. Si l'on exclut ceux-là, la dette détenue par des non-zone euro se réduit à 20 %-30 %. Maintenant, les épargnants tricolores sont aussi des préteurs à l'État. Un récent rapport de la Cour des comptes montre ainsi que 10 % des 1 371 milliards d'euros d'encours de l'assurance-vie hexagonale sont investis en dette de l'État français, soit moins de 140 milliards d'euros.

D'un point de vue strictement comptable, toute dette génère une créance. À la limite, si les Français finançaient entièrement la dette, on aboutirait à ce que le contribuable doive de l'argent à l'épargnant, bref, à une situation neutre, si ce n'est que ce n'est souvent pas la même personne. C'est le cas japonais. Mais en France, et malgré une forte épargne des ménages (16 % de leur revenu disponible brut), le gros de la dette, on l'a vu, est détenu par des non-résidents. Cet état des choses s'est aggravé depuis 2006-2007 et l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Élysée. En effet, la position nette de la France (les comptes de la maison France) vis-à-vis du reste du monde s'est fortement dégradée. En 2008, la France devait 250 milliards d'euros au reste du monde, 192 milliards en 2010, quand notre position était historiquement positive.


"J'aimerais savoir la part réelle des collectivités territoriales dans la dette publique" (Gwb).

M. D. et E. L. : Cette part est très faible : 163 milliards d'euros, soit moins de 10 % du total de la dette publique. Et ce n'est pas un hasard : juridiquement les collectivités territoriales ne peuvent s'endetter que pour investir. Bref, hors investissement, en dur, leurs comptes doivent être à l'équilibre. La "règle d'or" oblige à ce que l'emprunt soit "réservé au financement de l'investissement", selon les mots de la Cour des comptes.


"Nous aimerions connaître le coût du surcroît de fonctionnaires depuis quatre ans ; ça n'atteint pas 500 milliards, mais quand même" (Conleau). "Je voudrais comprendre : un article de La Tribune de ce jour (le 16/01) signé Yvan Best dit le contraire. À savoir : 60 milliards du fait du gouvernement. 540 milliards la crise. Merci de m'éclairer." "Je ne veux pas casser l'ambiance, mais 500 milliards, c'est de la dette créée depuis le début du quinquennat. Il ne faut pas oublier les intérêts de la dette et certains courent sur 40 ans." On arrive à combien ? (piquant 22).

M. D. et E. L. : Piquant, il y a une différence entre ce que je dois, ma dette, et ce que je paye annuellement au titre des intérêts. La question devient donc : combien de temps et à quel taux ? La maturité moyenne de la dette française, c'est-à-dire son temps de vie, atteignait en moyenne 7 ans et 49 jours fin novembre dernier. Reste à déterminer le taux d'intérêt. Sauf que celui-ci est une composante inconnue. Ce que l'on sait, c'est qu'aujourd'hui, ce taux est historiquement bas, de l'ordre de 2,5 %. Aussi, si l'on figeait tous les paramètres selon leur valeur d'aujourd'hui, hypothèse d'école, ces 500 milliards devraient-ils générer 90 milliards d'intérêts.


"Sarkozy est-il le pire dépensier parmi les présidents de la République ? Bonne question, mais les colonnes de Buren ou le musée de Sarran ne me semblent pas, non plus, un symbole de respect des deniers publics" (konifl).

M. D. et E. L. : Konifl, vous citez deux des nombreuses "danseuses" que les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy se sont offertes. Ces "dépenses", même si on peut discuter de leur opportunité, ne sont pas très lourdes. Si l'on s'écarte des très grandes masses du quinquennat que sont les réformes de la taxe professionnelle (voir ci-dessus) ou celles encapsulées dans la loi Tepa, le quinquennat de notre président est, lui aussi, jalonné de petites dépenses tout aussi contestables. Ainsi de la gratuité de la scolarité au sein des lycées français de l'étranger pour les enfants d'expatriés. Pour s'attirer les bonnes grâces et les votes futurs de ces électeurs qui enverront une vingtaine de nouveaux députés à la prochaine assemblée législative, Nicolas Sarkozy a mis sur la table 40 milliards. Or, rendre gratuite la scolarisation des enfants d'expatriés, alors que, pour l'essentiel, ces salariés voient déjà leur rémunération prendre en compte ce surcoût, revient à leur faire cadeau de ce montant.


4 - Une pointe d'agressivité perce de-ci, de-là contre les journalistes qui exposent des faits inquiétants. La question peut être une provocation qui n'attend pas de réponse : "Mélanie Delattre, journaliste au Point, et Emmanuel Lévy, à Marianne, recensent avec gourmandise et sévérité les petites et grandes libéralités du président de la République avec ses amis"... Donnez-nous vos solutions..." (Martino). Elle est plus souvent politique : ce livre ne fait-il pas le jeu des opposants au président ? "Selon Sarkozy, c'est la crise qui a plombé son bilan, vous semblez remettre en question cette présentation des faits. Pouvez-vous expliquer votre raisonnement ? (bcrg-xp)" "Nos journalistes veulent-ils le PS au pouvoir, coûte que coûte ?" (gabinger).

M. D. et E. L. : Les articles consacrés à notre livre ont retenu l'impression générale, qui est celle d'un Sarkozy dépensier. Mais il y a évidemment aussi eu du bon dans sa politique, ce que nous rappelons évidemment. Par exemple, nous consacrons un chapitre entier aux bonnes surprises du mandat qu'ont été ses réformes des retraites et des universités. Nous insistons également sur le fait que son activisme a été utile dans la crise, qu'il a permis de donner à la France un rôle dans les négociations que son poids économique réel ne justifiait pas, dans un chapitre intitulé "Action Man".

Ceux qui nous accusent d'avoir livré un pamphlet antisarkozyste n'ont pas lu le livre. Publier un bilan chiffré du mandat, c'est une façon de mettre la pression sur le prochain président, qu'il soit de gauche ou de droite, pour qu'il chiffre ses propositions de manière réaliste et s'y tienne, sous peine d'un nouveau brûlot en 2017 !


"Avant Sarkozy, nous vivions donc dans un Éden où tout était propre. Giscard, Mitterrand, Chirac, de gros bisounours gentils, économes, honnêtes, se nourrissant de rien, voyageant à bicyclette, économes en tout. Pas de déficits, pas de dettes, partageant le pain avec les pauvres, etc. Un paradis !" Le jedi donne le ton des lecteurs qui trouvent la charge injuste, et souhaiteraient une relativisation : "500 milliards, dites-vous, combien de valeurs ont-elles été gaspillées depuis la fin de la guerre ? Ne serait-ce que l'argent reçu par les syndicats sans aucun contrôle, les scandales financiers multiples, les détournements, l'affaire ELF, l'affaire de la Société générale, du Crédit lyonnais, des avions "renifleurs de Giscard..." (LODS).

M. D. et E. L. : Non évidemment, Nicolas Sarkozy n'a pas transformé en enfer un monde de Bisounours dont il aurait hérité en 2007. Mais une remarque. S'il y a bien un marqueur de ce président, et c'est tout à son honneur, c'est de s'enorgueillir de l'héritage de la France, et de là, d'en assumer la responsabilité. Ce qui est vrai de la résistance l'est également des comptes publics. Le président aime la politique parce qu'il croit qu'elle peut changer les choses, pas les effacer. En arrivant au pouvoir, Nicolas Sarkozy "prend les clés du camion France" en l'état. État qu'il connaît par ailleurs. Et aujourd'hui, il nous dit que seule la crise est responsable. Nous avons voulu aller plus loin que ce qui était fait d'ordinaire, où le bilan se déduisait d'une simple soustraction : (montant de la dette en fin de mandat) - (montant de la dette en début de mandat). Notre démarche a visé à séparer précisément en trois composantes la dette que le président laissera en fin de mandat.


5 - La réaction majoritaire, dans les commentaires, n'en reste pas moins alarmée. "Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark" : dubitatif rend compte de l'humeur générale en empruntant à Shakespeare. On en vient à s'inquiéter pour les journalistes. "Félicitations aux auteurs pour ce formidable travail qui élucide et informe. J'aurais voulu savoir : quelles réactions avez-vous rencontrées après la publication ? Y a-t-il des menaces ?" (Ojo de la Fontaine).

M. D. et E. L. : Notre livre n'a donné lieu à aucune menace, mais à des débats animés. Avec M. Éric Besson sur BFMTV (http://www.bfmtv.com/#!bfmtv-2012-l-interview-le-point-eric-besson-actu21942.html) ou entre M. Lellouche (UMP) et M. Cahuzac (PS) s'inspirant de nos chiffres dans l'émission "Mots croisés" du 16 janvier sur France 2.


PS : deux questions ont été ajoutées à la première série. Pourquoi mesurez-vous l'impact du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux sur une seule année alors que les effets vont s'en faire sentir sur des années ? Que se passerait-il pour les finances publiques si cette mesure n'était pas appliquée ? Que s'est-il passé pour les effectifs de la fonction publique au cours des 30 dernières années ? Est-il exact que les moyens technologiques permettant un traitement plus aisé des droits et devoirs des administrés aient suffisamment évolué pour le permettre ? Que se serait-il passé si la réforme des retraites n'était pas passée ?

M. D. et E. L. : Concernant le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, présenté comme "la" grande mesure de réduction des dépenses du quinquennat, nous utilisons les données disponibles aujourd'hui, qui montrent que les économies attendues ont été bien moindres que prévu, en raison des primes accordées pour faire passer la pilule, et des heures sup générées par la désorganisation des services. Finalement, 80 % du gain réalisé est reparti dans la poche des fonctionnaires en 2009 et 67 % en 2010 : c'est mieux que les 50 % promis par Nicolas Sarkozy en 2007, ce qui explique sans doute que, malgré l'effort réalisé, la masse salariale n'ait pas baissé dans la fonction publique pendant le quinquennat. Cela ne nous empêche pas de rappeler que "ce sont des milliers d'euros de retraite qui seront économisés dans 60 ans", comme le souligne justement minos1234.


Pourquoi ne faites-vous pas un petit rappel de l'historique de l'affaire Tapie ? Qui l'a mis sur orbite et que se serait-il passé s'il n'y avait pas eu accord ? Combien cela risquait de coûter ? Pourquoi la presse en général, et vous en particulier, mettez-vous une baisse de la dépense publique au même niveau qu'une baisse de prélèvements alors qu'il ne s'agit pas du tout de la même chose, et que les effets ne sont pas les mêmes ?

M. D. et E. L. : Faux procès, cher minos1234, car nous faisons justement un retour sur les péripéties judiciaires de l'affaire Tapie dans notre chapitre sur "les cadeaux aux amis". Nous y rappelons notamment qu'avant que l'ancien ministre de la Ville ne porte l'affaire devant la Cour de cassation, la cour d'appel de Paris avait condamné l'État, via le consortium de réalisation (CDR) - véhicule qui porte les actifs du Crédit lyonnais depuis sa privatisation -, à indemniser les époux Tapie à hauteur de 135 millions bruts, dont un euro au titre du préjudice moral. En faisant intervenir un tribunal arbitral privé (dont l'intervention de chacun des trois membres a coûté 300 000 euros à l'État), la ministre de l'Économie Christine Lagarde a permis aux plaignants d'obtenir 390 millions d'euros, dont 45 millions pour le seul préjudice moral, soit presque trois fois ce que la justice ordinaire avait accordé... Difficile d'imaginer qu'une cour d'appel ayant à statuer une seconde fois sur l'affaire se serait montrée aussi généreuse.Click here to find out more!

Par Marie-Christine Poncet, pour l'équipe de modération

 

.

Partager cet article

commentaires

Eva R-sistons 06/04/2012 22:09


Désolée chère Chrion je ne relaie pas ces infos, je te l'ai déjà dit, rumeurs sans preuves. Et je n'aime pas relayer ce type d'infos. Cordialement eva

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche