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19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 08:47

Méhaignerie trouve que les chômeurs coûtent trop cher aux riches

 

Dans mon précédent billet, je me suis laissé aller -honte sur moi- à reproduire quelques qualificatifs désobligeants écrits par un journaliste de renom pour qualifier de récents agissements d'un ministre d'Etat.

Tant que ces qualificatifs sont chauds, je voudrais les réutiliser, et c'est un (très) ancien ministre, mais toujours vice-président de l'UMP, qui m'en fournit l'occasion, en sortant une monstruosité d'une espèce qui hélas ne choque plus personne tant l'époque en regorge : Méhaignerie, puisqu'il faut l'appeler par son nom, trouve que les chômeurs coûtent trop cher et veut leur pourrir la vie encore davantage.

On pourra trouver assez croquignol que tous les politiciens sans aucune exception déclarent la main sur le cœur et la larme à l'œil que leur principale préoccupation, celle qui motive leur engagement politique : la lutte contre le chômage. Or depuis les années 1970, les principales mesures prises sont les suivantes :


- Libéraliser, déréguler, précariser.
- Baisser les cotisations patronales
- Truquer les statistiques
- Tracasser les chômeurs, ces feignasses et tricheurs endémiques.


Bien entendu, le résultat de ces foutaises est à l'exact opposé de leurs prétendus objectifs : il n'y a jamais eu autant de chômeurs, et à part les sempiternelles incantations à la Sainte Croissance, on ne peut plus attendre le moindre espoir de nos chers politiciens.

En bonne logique, et puisqu'il y a de plus en plus de chômeurs, on va commencer à licencier à Pôle Emploi. Puis, on va gratter du pognon là où il se trouve : chez les chômeurs eux-mêmes, ces zassistés, ces privilégiés, qui peuvent se la couler douce en touchant plus de 5700 euros par mois pendant 2 ans !

Enfin, pour toucher le chômage pendant 24 mois, il faut déjà avoir travaillé 24 mois sans interruption… Une seule période de chômage dans les deux dernières années, et la durée d'indemnisation est réduite d'autant… Quant à trouver un chômeur qui touche 5700 euros par mois, il doit falloir se lever de bonne heure… De toute façon, s'il y avait un revvenu maximum, cela n'arriverait même pas ! Le salaire moyen étant inférieur à 2000 euros par mois, et l'indemnité étant à peine supérieure à la moitié de l'ancien salaire, l'indemnité moyenne doit plutôt être autour de 1000 euros…

Pour avoir récemment connu la situation, j'ai raconté la machine bureaucratique infernale, l'inefficacité endémique, et l'abandon total dans lequel le chômeur est laissé sitôt qu'il a été lourdé. Il devra déjà attendre près de deux mois une première indemnisation misérable, amputée d'un "délai de carence". S'il a la chance d'avoir de côté l'argent nécessaire pour avancer un ou deux loyers sans aucune rentrée d'argent, il survivra au premier obstacle. Ensuite, il va donc devoir survivre avec à peine plus de la moitié de son ancien salaire. Comme il y a peu de gens qui arrivent à épargner la moitié de ce qu'ils gagnent, il va devoir revoir drastiquement à la baisse son train de vie, qui était peut être déjà très bas, ou taper dans ses réserves, ou compter sur son conjoint si tant est qu'il ait la chance d'en avoir, et que celui-ci ne soit pas lui-même déjà au chômage. Car Méhaignerie ne le sait sans doute pas, lui qui a peut-être déjà vu un pauvre, une fois, de loin, à la télé, c'est que chez les pauvres, le chômage est une maladie contagieuse.

 

Ensuite, le temps passe très vite, avec pour seules distractions les couacs dus au bordel qui règne à Pôle-Emploi, les dossiers perdus, les bugs informatiques, le répondeur téléphonique borné, les résiliations par erreur… Tous ces dysfonctionnements peuvent entrâiner des drames. Le bordel étant largement dû à un sous-effectif totalement indapté à l'afflux de chômeurs, c'est donc en toute logique que le gouvernement décide de supprimer 1800 emplois à Pôle-Emploi. On se pince.

 

Pour le chômeur, l'éventuel pécule dégringole tous les mois, et arrive un jour le spectre du moment où l'on ne va plus pouvoir payer l'indispensable (il n'est plus question de superflu depuis longtemps) : son loyer (ou crédit à la banque), le gaz, l'électricité, le téléphone… Méhaignerie sait-il que retrouver du boulot, même quand on a un CV présentable, est de plus en plus long ? Et que dans certains cas (quand on a plus de 45 ans notamment), c'est quasiment mission impossible ? D'où la conclusion logique d'un politicien cynique et déconnecté : on baisse la durée d'indemnisation.


Au bout de l'indemnisation, c'est la "fin de droits". Le chômeur n'existe plus. Allez hop : poubelle ! Méhaignerie propose donc d'agrandir la poubelle.


Il y a certes un illustre précédent : en 2002, sous la présidence de cette crapule de Chirac (oui oui, celui de la "fracture sociale"), le gouvernement de Raffarin (l'ami autoproclamé de la "France d'en bas" qui a passé toute sa vie à lécher le fondement de celle d'en haut), dont le ministre du travail était un certain Fillon, multirécidiviste de la casse sociale, avait décidé de revoir à la baisse les conditions d'indemnisation des chômeurs, y compris ceux qui avaient signé un "PARE"  : c'est le sinistre et scandaleux épisode des "recalculés", qui ont appris par courrier que leurs indemnités s'arrêteraient beaucoup plus vite que prévu. Et si certains ont eu gain de cause devant la justice, le mal était fait, et tous les chômeurs savaient désormais à quoi s'en tenir sur les intentions des politiciens.


Méhaignerie a 71 ans, que n'est-il pas déjà à la retraite ? N'a-t-il rien d'autre à foutre que de déverser sa bile sur les chômeurs ? Député depuis près de 40 ans, plusieurs fois ministre, sans compter le traditionnel empilement de mandats locaux, Méhaignerie a donc toujours été grassement payé par la République, et n'a évidemment jamais de sa vie travaillé comme salarié du secteur privé, confronté, en plus de tous les autres problèmes de boulot, au délicieux frisson de l'épée de Damoclès de Pôle Emploi au dessus de sa tête… A défaut de chômage, il a tout de même connu la réprobation publique, puisqu'il a été condamné en 2000 à 8 mois de prison avec sursis pour "recel d'abus de confiance" dans l'affaire du financement occulte (25 millions de francs planqués en Suisse, à la Bettencourt's style) de son parti de l'époque (le CDS (dont le "S" signifie "sociaux", keskonri !)), peine aussitôt amnistiée par une loi de 1995…

 

Rappelons que Méhaignerie a laissé son nom à l'une de ces lois scélérates de défiscalisation immobilière (comme les autres sinistres saigneurs des finances publiques et amis des riches que sont Périssol, Robien ou Scellier) qui a permis à de riches particuliers de faire sponsoriser, parfois quasi intégralement, l'achat d'un appartement par l'Etat, un locataire payant le reste… On voit aisément vers qui vont les affinités de Méhaignerie, caricature de notable de droite libérale.

Rappelons encore que Méhaignerie, comme tout parlementaire UMP qui se respecte, a voté toutes les lois scélérates de ruine de l'Etat, le "paquet fiscal", les "réductions de charges", les niches fiscales… La simple suppression de toutes ces saloperies permettrait de récupérer des dizaines, si ce n'est des centaines de milliards par an. Mais non, ce sont les chômeurs qu'il veut faire cracher.

 

S'attaquer aux victimes plutôt qu'aux problèmes et encore moins (vous n'y pensez tout de même pas !) aux coupables, voilà bien la mentalité qui vaut à Méhaignerie le poste de vice-président de l'UMP. J'ai bien envie de lui dire, en haussant les épaules : "Mais tais-toi donc, pov' con !

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