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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 16:22

http://www.politis.fr/Sevriena-l-entreprise-sarkozyste,11865.html

 

 

financement_des_retraites_et_de_lassurance_maladie_120_1_mini

http://inventerre.canalblog.com/archives/2010/10/21/19386774.html

 

Sevriena, l’entreprise sarkozyste de démolition des retraites

par Thierry Brun

Sevriena, une nouvelle société d’assurance spécialisée dans la retraite par capitalisation, créée par Malakoff Mederic, dont le dirigeant est Guillaume Sarkozy, entend bien profiter de la réforme des retraites. Histoire d’une opportune naissance destinée à rafler un juteux pactole compris en 40 et 110 milliards d’euros.

« Je garantirai la pérennité du régime de retraite… Je ne changerai pas le régime par répartition (…) par un régime où chacun épargnerait de son côté… Il faudra que tout soit mis sur la table : l’âge de la retraite, la durée de cotisation et la pénibilité. La seule piste que je ferme tout de suite, c’est celle de la diminution des pensions… La réforme des retraites concernera tout le monde… Les pensions sont trop basses... » Nicolas Sarkozy sur TF1 le 25 janvier 2010.


Mise à jour : lire aussi Sevriena, Guillaume et Nicolas Sarkozy, la suite

·         Nicolas Sarkozy veut-il vraiment sauver le régime de retraite par répartition ? Plusieurs faits récents contredisent cette profession de foi présidentielle. Nicolas Sarkozy est arc-bouté sur le projet de loi réformant les retraites pour d’autres raisons : la future loi contient quelques articles destinés à booster la retraite par capitalisation [1] au détriment de l’actuel système par répartition. Du sur mesure pour les banques et sociétés d’assurance, en particulier Malakoff Médéric, un groupe issu de la fusion en 2008 de Malakoff et de Médéric, qui est devenu dès sa création le premier groupe paritaire de protection sociale en France, avec plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Ce groupe dirigé par Guillaume Sarkozy, frère du chef de l’État, a le vent en poupe et a misé gros sur l’adoption de la réforme des retraites. Car il a récemment créé avec la Caisse nationale de prévoyance (CNP Assurances), premier assureur de personnes en France avec un chiffre d’affaires de 31,5 milliards d’euros en 2007, une société d’assurance du nom de Sevriena dont le destin programmé consiste à développer massivement la retraite par capitalisation. Cette société a déjà prévu une forte croissance de ses résultats : un document confidentiel (voir plus bas) estime le potentiel de création de valeur de cette entreprise à 634 millions d’euros dans 10 ans et à 1,2 milliards dans 20 ans.


Signez l’appel pour un référendum sur la réforme des retraites : www.referendumretraites.org


Peu de citoyens en seront informés : les principales banques et sociétés d’assurance guettent avec impatience l’adoption définitive du projet de réforme des retraites, notamment parce qu’il contient un dispositif que Nicolas Sarkozy et le gouvernement se gardent bien d’ébruiter. En effet, si l’on examine attentivement le texte de la réforme, les préoccupations réelles de Nicolas Sarkozy sont très éloignées du sauvetage de l’actuel système de retraite. Les dernières pages du projet de réforme des retraites adoptés le 15 septembre à l’Assemblée nationale contiennent un « titre V » entièrement consacré à la retraite par capitalisation, comme nous l’écrivions dans Politis (numéro du jeudi 23 septembre 2010).

Certes, ce n’est pas le cœur de la réforme, mais cette partie du projet de loi, nommée : « Mesures relatives à l’épargne retraite », décline une série de mesures dans un article 32 de cinq pages, qui va profondément modifier la réglementation de la retraite par capitalisation, jurent les spécialistes de l’épargne retraite. Pour les assureurs et les banques, un grand pas est désormais franchi : cet article 32 permettra de dynamiter le système de retraite par répartition, un souhait depuis longtemps exprimé par le groupe mutualiste Malakoff Médéric du frère de Nicolas Sarkozy.

Pendant la procédure parlementaire accélérée, qui a débuté en juin 2010 par l’audition d’Eric Woerth à l’Assemblée nationale, dans un parfait timing, Malakoff Médéric a lancé avec la Caisse nationale de prévoyance (CNP) la nouvelle société d’assurance Sevriena. « Guillaume Sarkozy a engagé son entreprise dans une politique visant à en faire un acteur majeur de la retraite complémentaire privée. Et il a trouvé des alliés autrement plus puissants que lui, en l’occurrence la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras armé financier de l’Etat, et sa filiale la Caisse nationale de prévoyance (CNP). Ensemble, tous ces partenaires vont créer, le 1er janvier prochain, une société commune qui rêve de rafler une bonne part du marché qui se profile », a rappelé récemment Médiapart (ici). En clair, la réforme est un formidable outil qui conduira à « l’asphyxie financière des grands régimes par répartition » et sera donc « propice à l’éclosion de ces grands fonds de pension qui n’étaient pas encore parvenus à s’acclimater en France, à quelques rares exceptions près ».

D’ores et déjà sur les rangs, le groupe Malakoff Médéric a pris une longueur d’avance. Réunie à Paris le lundi 21 juin 2010, écrit Emmanuel Cogos, directeur adjoint du développement de l’agence de presse AEF, qui traite quotidiennement des questions de Protection sociale, de Ressources humaines (ici), « l’association sommitale du groupe de retraite et de prévoyance Malakoff Médéric a donné son feu vert à la réalisation du « projet M », nom de code du projet d’épargne retraite que prépare ce groupe, dirigé par Guillaume Sarkozy, avec la CNP, filiale de la Caisse des dépôts » (ici).

Selon l’Agefi, agence économique et financière, le conseil d’administration de l’assureur coté « a approuvé les modalités de création de cette coentreprise, baptisée Sevriena » et le « démarrage opérationnel de Sevriena, qui héritera des portefeuilles de ses deux maisons mères, est prévu pour janvier 2011 » (ici) L’affaire est désormais bien engagée.

L’autorité de la concurrence a officiellement enregistré le 18 juin 2010 l’opération de concentration en cours entre le Groupe Malakoff Médéric et le groupe CNP. Le document fourni par les parties indique que les deux groupes envisagent la création d’une société commune dont les activités seront « la création, la gestion, la distribution de produits de retraite complémentaire par capitalisation, à titre collectif ou individuel, principalement à destination des entreprises et de leurs salariés, des associations et de leurs adhérents, des travailleurs non salariés et des retraites ; la création, la gestion et la distribution de produits d’épargne salariale à destination des entreprises et des salariés des entreprises ainsi que la tenue de compte et conservation ; et, à titre accessoire, la distribution de services liés à la retraite ».

Le document officiel du Bulletin des annonces obligatoires (Balo) daté du 23 juin 2010 a formalisé les opérations de capitalisation de Sevriena, qui se sont achevées fin juillet 2010. Et l’on apprend de source syndicale que Guillaume Sarkozy devrait en occuper le poste de président du conseil de surveillance.

Notons ici la simultanéité des événements : la mise en place de la future société d’assurance, qui proposera ses produits de retraite par capitalisation en 2011, se fait dans la période pendant laquelle le gouvernement lance son projet de réforme des retraites. En fait, dès 2008. La caisse des dépôts et consignations (CDC), l’assureur public CNP et le groupe de protection sociale mutualiste Médéric veulent créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites. Leur idée est de compenser l’érosion des taux de remplacement, c’est-à-dire du niveau des pensions versées par les régimes obligatoires, en proposant des solutions de retraite complémentaires aux salariés cadres et non-cadres.

Médéric compte profiter de l’expérience de la CNP, un partenaire de premier plan d’entreprises de toutes tailles pour les retraites complémentaires. La CNP assure notamment la gestion des régimes Préfon (fonds de pension destiné aux agents de la fonction publique) et Fonpel (fonds de pension destiné aux élus locaux). Et la joint venture Sevriena promet de belles perspectives avec la réforme des retraites.

Un document confidentiel daté de mars 2009, intitulé : « Projet de regroupement des activités d’épargne retraite et d’épargne salariale de CNP assurance, de Malakoff Médéric et de Quatrem »

PDF - 724.3 ko

Document CNP-Médéric

souligne qu’à l’horizon 2020, « une baisse du taux de remplacement de l’ordre de 8 % est attendue pour une carrière complète. Cette baisse est toutefois variable selon le niveau du salaire et le profil de carrière ». Le document note ainsi que « Pour les salariés qui auront subi des « trous » de carrière et pour les générations qui prendront leur retraite après 2020, la baisse du taux de remplacement sera plus forte » et a estimé le montant potentiel de collecte d’épargne retraite « qui est nécessaire pour financer le maintien du niveau de vie des futurs retraités » en 2020.

Ainsi un juteux gâteau est convoité, « compris entre 40 milliards d’euros et 110 milliards d’euros, suivant les hypothèses de comportement des individus ». Ce document de 2009 exprime aussi « la nécessité de développer une nouvelle offre d’épargne retraite » qui a quelques similitudes avec l’actuelle réforme.

Rien n’a donc été laissé au hasard. L’émergence prochaine de Sevriena montre que Nicolas Sarkozy et son gouvernement sont loin d’avoir tourné la page de la capitalisation. Ainsi, le document confidentiel de 2009 révèle que « la structure née d’un partenariat équilibré entre la CDC, CNP Assurances et le Groupe MM [Médéric] aura une action décisive dans la prise de conscience du marché et une contribution majeure au financement des besoins de retraite des salariés, cadres et non cadres. En dix ans, elle s’imposera comme le leader des solutions d’épargne retraite collective et individuelle avec une part de marché de plus de 17% en retraite collective et 4% en retraite individuelle » .

La réforme Sarkozy vise justement à renforcer l’épargne retraite créée par la réforme Fillon de 2003. Elle répond aussi à une demande expresse du Medef qui, en mai, avait rencontré le ministre du Travail, Eric Woerth. Laurence Parisot, présidente du Medef, avait alors réclamé « un nouveau dispositif très incitatif, voire obligatoire, de système par capitalisation ». Avant sa rencontre avec le ministre, la patronne du Medef avait vanté les « vertus » de la capitalisation, qui « crée des richesses et n’en ponctionne pas », et estimé que, « sur le long terme, l’évolution des marchés est toujours gagnante ». On comprend désormais pourquoi le Medef, dont Guillaume Sarkozy a été un temps son vice-président, trouve tant de vertu à la capitalisation.

Les discussions autour du projet de loi les incitent à aller vite. Le vœu de l’administratrice de la BNP Paribas, une des banques très favorables à la retraite par capitalisation, a été exaucé haut la main par les députés UMP proches des banques et des assureurs. Les amendements déposés par Xavier Bertrand, Arnaud Robinet et surtout par le très libéral Yannick Paternotte, secrétaire général des réformateurs, ont servi de base au texte adopté par l’Assemblée nationale.

Xavier Paternotte a présenté pas moins de 15 amendements relatifs à l’épargne retraite, et en a cosigné pas moins de 90 autres avec ses collègues. Et en fervent promoteur du « second pilier de la capitalisation », le député a réussi son coup en obtenant, en juillet 2010, le feu vert de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale et la bénédiction des assureurs.

La logique du texte adopté est claire : « Nous voulons inscrire l’épargne retraite comme un appui [à la retraite par répartition] et non comme un tabou », a plaidé Arnaud Robinet. Ainsi, le projet de réforme des retraites prévoit que la moitié des sommes perçues par un salarié au titre de la participation aux résultats de l’entreprise sera, sauf avis contraire dudit salarié, obligatoirement versée sur le plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco).

Les députés UMP ont étendu cette mesure à d’autres formes de capitalisation qui bénéficient d’avantages fiscaux : le plan d’épargne retraite d’entreprise (Pere) et le plan d’épargne retraite populaire (Perp). Enfin, pour renforcer l’attractivité de la retraite par capitalisation, l’homme lige de Nicolas Sarkozy, secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, est coauteur d’une mesure qui permet une sortie en capital, certes limitée à 20 %, lors du départ en retraite.

Xavier Paternotte n’hésite pas à reprendre à son compte les arguments du Medef pour expliquer ce volet de la réforme des retraites : « Relancer l’épargne retraite constitue une urgence sociale et un gage de compétitivité du tissu économique, favorable à l’emploi de demain ». C’est oublier le caractère très inégalitaire et la logique de ces fonds d’épargne retraite qui cherchent à maximiser les rendements et prennent des risques sur les marchés financiers. La crise a par ailleurs infligé un cinglant démenti à ceux qui juraient que le rendement du système par capitalisation était supérieur à celui du système par répartition.

Mais peu importe. Le recul de la retraite par répartition depuis les premières grandes réformes, qui ont commencé dans les années 1990 (voir l’encadré ci-dessous), s’est accompagné de la mise en place progressive des fonds de pension « à la française » qui sont un enjeu de taille pour les compagnies d’assurance et le capital financier. Laisser un champ de plusieurs centaines de milliards hors des marchés financiers leur est insupportable. Sevriena se chargera de récupérer cette manne.

 

La montée de la capitalisation

On doit au très libéral Alain Madelin l’instauration en 1994 de la première retraite par capitalisation, un an après la réforme de 1993. Elle concerne les non salariés (industriels, professions libérales, commerçants) et son encours est de 19 milliards d’euros en 2009. Il faudra attendre 1997 et l’adoption de la loi Thomas (qui sera abrogée en 2002) pour que naissent les plans d’épargne retraite, autre nom de la retraite par capitalisation. En 2003, la réforme de François Fillon favorise le développement de l’épargne retraite individuelle, avec la création du plan d’épargne retraite populaire (Perp), qui s’adresse aux 9,2 millions de salariés du privé imposables et du plan d’épargne retraite collectif (Perco) qui remplace le plan partenarial d’épargne salariale volontaire (PPESV), créé par la gauche en 2001. Le Perp a drainé 5,3 milliards d’euros en 2009 et le Perco, 3 milliards, jugés nettement insuffisant par les sociétés d’assurances qui convoitent les quelque 100 milliards d’euros de la retraite par répartition.

Rappelons que le Perp et le Perco ont été institués par des amendements déposés par Hervé Novelli, chef de file des libéraux au sein de l’UMP, et par un certain… Eric Woerth. Au total, tous produits confondus, l’encours de l’épargne retraite est de 123,8 milliards d’euros en 2009.

_T.B.

Notes

[1] Dans un système de retraite « par répartition », on prélève des cotisations sociales qui sont immédiatement reversées aux retraités. Dans un système de retraite « par capitalisation », l’épargne individuelle est placée dans des institutions financières

(fonds de pension, compagnies d’assurances…). En France, les fonds de pension ont pris le nom d’ « épargne retraite », sans doute pour ne pas effrayer les salariés trop bien informés.

http://www.politis.fr/Sevriena-Guillaume-et-Nicolas,11995.html

 

 

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mercredi 27 octobre 2010 à 22:21

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Sevriena, Guillaume et Nicolas Sarkozy, la suite

par Thierry Brun

Que de contre-feux lancés à la suite de notre billet de blog racontant la création de la désormais célèbre Sevriena, filiale commune de Malakoff Médéric et de CNP Assurances. Malakoff Médéric, groupe dirigé Guillaume Sarkozy, n’est pas le dernier à distiller de fausses pistes et à tenter de semer le doute sur nos informations. Il est donc temps de livrer quelques autres vérités à propos de Malakoff Médéric, de CNP Assurances et de Sevriena.

Occupation de Malakoff Médéric

Quelques jours après la publication de notre billet intitulé : « Sevriena, l’entreprise sarkozyste de démolition des retraites », Malakoff Médéric a publié un communiqué (le 21 octobre), complaisamment repris par certains médias, « en réponse à la diffusion d’un certain nombre d’assertions infondées ». La formule est trop vague pour être crédible et la suite du communiqué ne fait que confirmer nos informations.

Ainsi, nous expliquions dans ce billet qu’une nouvelle société d’assurance, spécialisée dans l’épargne retraite, Sevriena, a été discrètement propulsée sur les fonts baptismaux par le groupe Malakoff Médéric et le groupe CNP Assurances pendant les mois de juin et de juillet. C’est-à-dire en même temps qu’était discuté le projet de loi sur les retraites, au sein de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Nous disions aussi qu’à cette période plusieurs amendements ont été déposés avec le même objectif : adopter des mesures développant… l’épargne retraite (lire notre article de septembre et celui paru jeudi 28 octobre)

L’aboutissement du projet Sevriena en même temps que le lancement du débat parlementaire sur le projet de réforme des retraites, qui plus est augmenté de nouveaux articles sur l’épargne retraite, nous a fait dire que le sauvetage du système de retraite par répartition, tant de fois affirmé par Nicolas Sarkozy, n’était pas la seule préoccupation du moment. Banques et assureurs privés, on n’imagine pas que les créateurs de Sevriena soient restés les bras ballants, tout comme la Fédération française des sociétés d’assurance. Tous sont en effet montés au créneau pour défendre l’idée de franchir une nouvelle étape dans la retraite par capitalisation.

Rentabiliser l’activité d’épargne retraite

Nous avons aussi indiqué qu’un document estampillé confidentiel, daté de 2009, en ligne sur notre blog, détaillait de prometteuses perspectives pour Sevriena, tablant sur une baisse de 8 % des pensions de retraite et indiquant qu’un « complément d’épargne annuel de 40 milliards d’euros à 110 milliards d’euros en 2020 serait nécessaire pour maintenir le niveau de vie des futurs retraités ». Les projections de chiffre d’affaires de Sevriena à l’horizon 2020 sont impressionnantes : pas moins de 5,5 milliards de CA dans un scénario dont il est intéressant de lire le détail : « il est prévu une montée en charge progressive des activités créées par la joint venture [Sevriena] avec un démarrage du développement des activités nouvelles deux ans après la création de la joint venture. Dans le scénario A9, l’objectif est d’équiper en France dans 10 ans : 3,3 % des entreprises ; 2,2 % des actifs ; 0,9% des retraités. Après 2020, le plan de développement est basé sur un développement moins soutenu de l’activité créée par la joint venture pour converger vers un taux de croissance de l’ordre de 7% conforme à l’hypothèse de taux de croissance du marché ».

Pour compléter ce bref panorama financier, le document confidentiel indique qu’en « 20 ans, le résultat net de la joint venture [Sevriena] progresse de 12 millions d’euros à 307 millions d’euros ». Que de bénéfices en perspective ! Le document que nous nous sommes procuré indique aussi : « L’estimation de la valeur de la joint venture [Sevriena] dans 10 ans (634 millions d’euros) et dans 20 ans (1,14 milliards d’euros) indique le potentiel de création de valeur du projet. Par ailleurs, le plan de développement de la joint venture réalisé dans l’hypothèse d’un développement plus important du marché de l’épargne retraite (scénario B) montre que la valeur de la joint venture dans ce scénario serait de 1,557 milliards d’euros dans 20 ans ».

A la lecture de ce dossier confidentiel, nous avons ajouté que Sevriena, qui deviendra donc un mastodonte de l’épargne retraite, dont le président du conseil de surveillance devrait être Guillaume Sarkozy (il n’a jusqu’à présent pas démenti), ne peut qu’être conforté par la réforme sur les retraites. Notamment parce que les dernières pages de la loi Woerth contiennent des mesures destinées à booster l’épargne retraite et donc la retraite par capitalisation, au détriment de l’actuelle retraite par répartition.

« Plusieurs amendements de députés de la majorité - Xavier Bertrand, Arnaud Robinet, Yanick Paternotte entre autres -visent à pousser le développement des produits d’épargne créés par la loi Fillon en 2003. Il s’agit de produits individuels comme le PERP (plan d’épargne retraite populaire) ou d’entreprise comme le Perco (plan d’épargne retraite collectif). En juillet, la majorité avait déjà introduit des mesures importantes visant les Perco. Après l’entrée en vigueur de la loi, la moitié de la participation versée par les entreprises à leurs salariés sera automatiquement versée sur les Perco, sauf si le salarié s’y oppose », pouvait-on lire dans Les Echos du 15 septembre 2010.

Depuis, rien n’a changé dans le texte de loi. D’autres dispositions ont été ajoutées, notamment le fait que le salarié « peut, dans la limite de cinq jours par an, verser les sommes correspondant à des jours de repos non pris sur le plan d’épargne pour la retraite collectif ou faire contribuer ces sommes au financement de prestations de retraite qui revêtent un caractère collectif et obligatoire » (article 32 bis). N’oublions pas que les sommes épargnées bénéficient d’une exonération fiscale, de manière à encourager l’épargne retraite. S’agit-il vraiment de sauver la retraite par répartition ?

L’écran de fumée de Malakoff Médéric

Pour écarter cette troublante analyse, Malakoff Médéric, dont, rappelons-le, Guillaume Sarkozy est délégué général, « réaffirme avec la plus grande fermeté » son attachement et son implication « en faveur de la retraite complémentaire par répartition ». Le groupe parle de ses « missions d’intérêt général » et Guillaume Sarkozy souligne que son groupe est paritaire et mutualiste, « à but non lucratif ». C’est-à-dire sans actions, dividendes, stock options, insiste lourdement Malakoff Médéric, qui se dit « gouverné par des administrateurs issus tant des 5 grandes confédérations syndicales de salariés que des organisations patronales ». Dont acte.

Nous n’avons jamais dit le contraire. Ce que nous avons mis en évidence plus haut nous fait dire qu’il est cependant surprenant que le groupe de Guillaume Sarkozy s’abrite derrière ce paravent mutualiste alors que dans le même temps il lance avec CNP Assurances Sevriena, une société de statut privé, spécialisée dans l’épargne retraite, avec des actionnaires et le frère de Nicolas Sarkozy, déjà annoncé comme président du conseil de surveillance. Cette société d’assurance est richement dotée, suffisamment pour concurrencer les banques et assureurs privés sur le terrain de l’épargne retraite. CNP Assurances a injecté 72 millions d’euros dans le capital de l’entreprise. Et, « outre ses portefeuilles d’épargne retraite collective, le groupe apportera à la société commune son réseau de distribution en propre, CNP Trésor. Ce qui représente au total un actif net apporté de 283 millions d’euros », indique le compte rendu de l’assemblée générale mixte des actionnaires de CNP Assurances daté du 29 juillet 2010. De plus, la participation de CNP dans Fongépar, société d’épargne salariale, fait également partie de la corbeille de mariage.

Le groupe de Guillaume Sarkozy omet de préciser qu’il a créé Sevriena avec un poids lourd de l’assurance de personnes et de l’épargne retraite, CNP Assurances, un groupe de statut privé (c’est une SA), coté en Bourse (Euronext Paris), dont les actionnaires principaux sont la Caisse des dépôts (40 %) et la holding Sopassure, (Banque postale et BPCE, 35,48 %). Si l’on examine de près le conseil d’administration de CNP Assurances, on y découvre François Pérol, président du directoire de BPCE (Banque populaire Caisses d’épargne), ex secrétaire général adjoint de l’Elysée, et de Nicolas Sarkozy ; Henri Proglio, PDG d’EDF, qui doit sa place à… Nicolas Sarkozy. CNP Assurances est aussi un groupe international qui, le 15 janvier 2009 a annoncé dans un communiqué avoir payé un montant de 145 millions d’euros l’acquisition de 50,1 % de Marfin Insurance Holdings qui détient 100 % de Laiki Cyprialife (assurance vie à Chypre), Laiki Insurance (assurance dommages à Chypre), Marfin Life (assurance vie en Grèce) et Marfin Brokers (courtier assurance dommages en Grèce).

Malakoff Médéric est certes un groupe mutualiste, paritaire, mais pas sa filiale Sevriena. L’écran de fumée lancé par le groupe de Guillaume Sarkozy ne suffira pas à masquer le fait que cette filiale va en fait devenir un groupe privé majeur dans le secteur de l’épargne retraite.

Un heureux hasard a fait que parallèlement à la création de Sevriena, l’Elysée poussait à l’adoption du projet de loi réformant les retraites, dont le texte définitif contient les « mesures relatives à l’épargne retraite ». On vit une époque formidable.

 

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