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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 06:25

 

 

8 juin 2012
Le Monde diplomatique

De nos archives, octobre 1966

Socialisme européen,
l'histoire d'une trahison

Ce week-end, les Français éliront leurs députés ; un second tour se déroulera le dimanche 17 juin, au moment même où les électeurs grecs choisiront leur futur gouvernement. Si la compétition oppose, une nouvelle fois, un Parti socialiste (et ses alliés) à une droite qui lorgne vers le Front national, les termes du débat sont profondément marqués par la plus grave crise économique qu'ait connue le système capitaliste depuis 1929 et à laquelle le Parti socialiste peine à s'adapter.

Dans les années 1960, au Royaume-Uni, le Parti travailliste pouvait s'appuyer à la fois sur une classe ouvrière fière de sa place et sur un réformisme qui pouvait tirer argument de la croissance du niveau de vie. Il était alors divisé entre une aile gauche socialisante et une aile droite pragmatique, qui finalement arrivaient à coexister. Mais le parti sera incapable d'anticiper les transformations induites par le capitalisme financier qui triomphera avec Mme Margaret Thatcher et auquel il finira par se rallier avec M. Anthony Blair. Le grand historien Eric Hobsbwam, dans un article publié en octobre 1966 sous le titre « Royaume-Uni : le conflit entre la droite et la gauche du parti travailliste tend à s'aggraver » - et disponible, avec son dossier, dans notre DVD-ROM d'archives - revie nt sur l'originalité du mouvement travailliste britannique et sur son histoire qui éclaire les ratés de la gauche dans ce pays et en Europe.

par Eric Hobsbawm

Tant sur le plan politique que sur le plan idéologique, les destinées du parti travailliste diffèrent considérablement de celles de la plupart des partis sociaux-démocrates du continent : politiquement, il a eu la chance unique d'opérer dans un pays où le prolétariat, même si l'on interprète ce terme dans son sens strict pour désigner uniquement les travailleurs manuels, a longtemps constitué la majorité absolue de la population - ses deux tiers environ actuellement - et dont les institutions favorisent le jeu d'un système parlementaire à deux partis. Mise à part la Scandinavie, la Grande-Bretagne a été depuis 1945 le seul Etat européen à posséder un parti social-démocrate capable de former à lui seul un gouvernement, ou seulement même paraissant en mesure de le faire.

Idéologiquement, le parti travailliste offre ceci de particulier qu'il s'appuie sur un mouvement du travail qui était déjà puissant et bien établi avant la montée du marxisme dont le rôle fut si déterminant pour la formation des partis de la classe ouvrière en d'autres pays. Le parti fut créé en 1900 essentiellement en tant qu'expression de la conscience de classe prolétarienne dont on croyait qu'elle nécessitait une représentation politique séparée des travailleurs par les travailleurs. Il n'avait aucun programme, si ce n'est qu'il était prêt à défendre les intérêts de la classe ouvrière partout où ils pouvaient être menacés. En pratique cela revenait principalement à défendre les droits légaux des syndicats. L'idéologie lui faisait défaut. Ou plutôt c'était une coalition de tous les groupes existant au sein du mouvement prolétarien ; ainsi, avant 1914, il comprenait une large majorité de syndicats, principalement libéraux-radicaux, et que lques petites sociétés de socialistes s'échelonnant des marxistes aux fabiens et qui exerçaient une influence disproportionnée par rapport à leurs modestes dimensions.

En 1918 il acquit un programme en même temps qu'il s'engageait d'une manière formelle, quoique vague, dans le socialisme ; mais il conserva le même contenu idéologique indéterminé. Les chefs du syndicat libéral demeurèrent en son sein, et même le parti communiste récemment créé manifesta le désir de s'y joindre en tant qu'organisme affilié. L'union la plus large possible à partir de la conscience de classe restait l'idéal, et partant la réalité du parti travailliste.

Le choc de la première guerre mondiale et de la révolution russe n'a pas provoqué la scission du mouvement du travail britannique, comme il advint sur le continent. Mais il divisa, ou plutôt détruisit, l'ancien alignement libéral-radical, drainant à gauche vers le parti travailliste les anciens travailleurs libéraux, et, pour la première fois, un nombre important d'intellectuels. S'il eut un effet, ce fut bien celui de renforcer la cohésion d'un mouvement du travail unique qui était désormais devenu officiellement socialiste, même s'il ne l'était que modérément (...)

Lire la suite de cet article de Eric Hobsbawm :

http://www.monde-diplomatique.fr/1966/10/HOBSBAWM/27484

 

 

Sur ce site,

 

Terra Nova, l’American Jewish Committee et la guerre contre l’Iran

vendredi 8 juin 2012, par Alain Gresh

Terra Nova est un « think tank progressiste indépendant » (sic), situé dans la mouvance du Parti socialiste mais qui se glorifie d’une indépendance consistant, le plus souvent, à mettre en cause les positions trop « dogmatiques » (c’est-à-dire trop à gauche) des socialistes. Et qui leur conseille, entre autres, de prendre leurs distances à l’égard des classes populaires réactionnaires et lepénistes (lire Alexander Zevin, « Terra Nova, la “boîte à idées” qui se prend pour un think tank », Le Monde diplomatique, février 2010).

Et, visiblement, Terra Nova s’inquiète d’un infléchissement (tout relatif) de la position du nouveau gouvernement sur l’Iran. Celui-ci a été signalé par George Malbrunot dans son blog L’Orient indiscret, « Laurent Fabius, réaliste sur le Moyen-Orient » (30 mai) :

« Sur l’Iran, “il n’y a pas lieu d’avoir compétition dans la fermeté”, déclare Laurent Fabius. Traduction pour les non initiés : Paris n’en rajoutera plus en se plaçant parfois au-delà des demandes américaines sur le dossier du nucléaire, ce qui revenait à épouser les thèses va-t-en guerre de Benjamin Nétanyahou, le Premier ministre israélien. Comme s’en sont plaints récemment au Washington Post deux anciens de l’administration américaine. Cela étant, sur le fond, la France restera ferme face à Téhéran, a insisté le ministre des Affaires étrangères, rappelant la double approche française : “des sanctions maintenues, et en même temps, des canaux de discussion afin de convaincre Téhéran de bouger”. »

Rappelons que, lors de son arrivée à la présidence, Nicolas Sarkozy avait mis ses pas dans ceux de George W. Bush et qu’il avait fait savoir, à plusieurs reprises, que les très relatives ouvertures du président Barack Obama sur le dossier iranien étaient trop importantes ; la France, disait-il, était la garante d’une fermeté dont pouvait se féliciter le gouvernement israélien. Pour mettre en œuvre cette politique de fermeté, le dossier iranien au ministère des affaires étrangères avait été monopolisé par la direction générale des affaires politique, le département ANMO (Afrique du Nord — Moyen-Orient) étant laissé à l’écart. Ce qui caractérise la direction générale des affaires politiques depuis au moins une décennie, c’est qu’elle était solidement aux mains de néoconservateurs — des Américains avec un passeport français comme aurait dit Eric Besson. Des gens dont on dit, en matière de plaisanterie dans les couloirs du Quai d’Orsay, qu’ils n’ont jamais rencontré un Iranien de leur vie. Son responsable depuis juillet 2009 en est Jacques Audibert. Cet homme est peut-être sur un siège éjectable et la rumeur avait même couru qu’il n’allait pas participer au cycle de négociation sur le nucléaire iranien qui a eu lieu en mai à Bagdad.

L’important n’est pas là. L’infléchissement, même partiel, du discours français inquiète tous les néoconservateurs, de France, des Etats-Unis et d’Israël et c’est le sens du colloque organisé par Terra Nova : « Peut-on stopper la prolifération nucléaire en Iran à des fins militaires ? ». Le colloque est organisé avec l’American Jewish Committee France. Imagine-ton, un instant, Terra Nova organisant un colloque sur la Palestine (ou sur les révolutions arabes) avec une organisation musulmane saoudienne ou égyptienne, même avec sa filiale française ? La directrice de l’AJC Simone Rodan-Benzquen défend le gouvernement de Nétanyahou et explique benoîtement qu’il faut être deux pour faire la paix et elle s’émerveille : « En Israël, comment ne pas voir l’évolution du Likoud qui évoque aujourd’hui sans ambiguïté la création d’un Etat palestinien ? »


Et ce colloque verra-t-il vraiment un débat, ou ses conclusions sont déjà écrites ? A part Jacques Audibert, y participeront trois experts qui méritent, si l’on peut dire, le détour :


— Michel Taubmann, présenté comme journaliste et directeur de la revue Building, mais qui, à ses moments perdus s’emploie à réhabiliter ce pauvre DSK victime d’un odieux complot. Venu de l’extrême gauche, c’est un néoconservateur assumé, qui a défendu la guerre en Afghanistan en 2001 et l’invasion de l’Irak en 2003. Il a été le rédacteur en chef de la revue néoconservatrice Le Meilleur des mondes. Lui qui ne connaît à peu près rien au Proche-Orient, ignore les langues qu’on y parle, a commis une biographie du président Ahamdinejad. Il y affirme : « Ahmadinejad a été choisi comme président de la République en 2005, parce qu’il est l’homme de l’affrontement avec les démocraties et du combat pour la destruction de l’Etat d’Israël. » Une telle ignorance des affaires internes iraniennes ne saurait surprendre d’un tel expert. Et le fait qu’aujourd’hui Ahmadinejad est mis sur la touche et perd les élections législatives en Iran l’amènera-til à conclure que l’Iran va faire la paix avec Israël ?


— Frédéric Encel, que le livre de Pascal Boniface qualifie à juste titre d’intellectuel faussaire, dont la seule légitimité est celle que lui donnent des médias complaisants. Partisan fervent d’Israël, conseiller du président du Conseil représentatif des institutions juives de france (CRIF, celui qui pense que le danger en France ce n’est pas Le Pen mais Mélenchon), intervenant régulier dans toutes les initiatives communautaires, il est un des experts (payé ?) d’une officine israélienne, Réalité-UE, qui orchestre une préparation psychologique aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Sur Encel, on pourra lire mon court article, « Apartheid », dans Le Monde diplomatique de novembre 2000), et l’article de Vincent Geisser dans « Frédéric Encel ou l’irrésistible ascension d’une géopolitique militante et sécuritaire ».


— last but not least, Bruno Tertrais. C’est le seul des trois dont on peut dire qu’il connaît le dossier, même s’il n’a jamais dissimulé ses positions assez fortement anti-iraniennes. Il est aussi parmi les experts officiels qui parlent pour Réalités-EU, ce qui ne manquera pas d’étonner.


Quelles conclusions ressortiront de ces travaux ? Il n’est pas besoin d’être devin pour le savoir. Mais quelques questions se posent : que va faire un représentant officiel Audibert dans cette galère ? Défendra-t-il les positions de l’ancien pouvoir ou de l’actuel ? Est-il vraiment du rôle de Terra Nova de défendre les positions des néoconservateurs américains ? Est-ce sa manière d’enrichir le débat intellectuel en France ? Alors qu’un nouveau cycle de négociations sur le nucléaire iranien se prépare à Moscou, alors que les néoconservateurs américains et le gouvernement Nétanyahou multiplient les critiques contre Obama et cherchent à préparer l’opinion mondiale à la guerre, Terra Nova rêve-t-il du temps où la France socialiste faisait la guerre au président égyptien Gamal Abdel Nasser, le « nouvel Hitler », et pacifiait l’Algérie ?

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