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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 00:24

 

La “dégauchisation” d’Israël : 3 questions à Samy Cohen

Samy CohenSamy Cohen, directeur de recherche au CERI (Sciences Po), publiera un article sur l’évolution de la scène politique israélienne dans le n° 1/2013 de Politique étrangère. En attendant la parution de cet article, il répond à trois questions, en exclusivité pour politique-etrangere.com.

Dans votre article, vous soutenez que, contrairement à ce qu’on pense souvent, la société israélienne s’est moins “droitisée” que “dégauchisée”. Comment expliquez-vous cette évolution ?

La notion de “droitisation” renvoie d’une part à un déplacement des voix aux élections à la Knesset des partis politiques de gauche vers ceux de droite et d’autre part à l’adhésion aux “valeurs de la droite”. L’acception dominante en Israël fait de la question du conflit israélo-palestinien le principal facteur de distinction entre la gauche et la droite. Il séparerait “colombes”, partisans d’un compromis territorial avec les Palestiniens, et “faucons”, opposés à une telle option. 
Pour la plupart des observateurs, cette “droitisation” serait liée à l’enchaînement des événements dramatiques qui ont marqué l’année 2000 : l’échec des négociations de paix menées entre Ehoud Barak et Yasser Arafat, l’irruption de la seconde intifada et enfin la multiplication des attentats suicides. Les Israéliens – qui avaient largement soutenu les accords d’Oslo signés en septembre 1993 par Itzhak Rabin et Yasser Arafat – se seraient laissés convaincre que la voie des négociations de paix a perdu de sa pertinence, qu’il n’“y a plus de partenaire palestinien” avec qui négocier et que seule la manière forte préconisée par le chef de la droite, Ariel Sharon, peut assurer leur sécurité. De “colombes”, ils seraient devenus “faucons”, ce qui expliquerait le durcissement de l’opinion publique israélienne à l’égard des Palestiniens et l’indifférence actuelle au sujet de la poursuite du processus de paix.
Le discours sur la “droitisation” de la société israélienne dissimule cependant une réalité plus complexe. Certes, la gauche n’avait cessé de s’affaiblir mais cet affaiblissement ne profite pas massivement à la droite. Depuis 1992, date du grand retour de la gauche au pouvoir dont elle a été chassée en 1977, la gauche n’a cessé de perdre des électeurs. Si elle recueillait, en 1992, 49 % des voix des Israéliens, en 2009 elle n’en représente plus que 29 %, une chute de 20 points en 20 ans. Toutefois, au cours de la même période, le pourcentage d’électeurs votant pour la droite n’est passé que de 49 % à 52 %, soit un gain de trois points seulement en 20 ans. Les électeurs ont fui la gauche, certes, mais la plupart du temps pour soutenir des partis dits centristes, affichant des programmes modérés et assez vagues sur la question du conflit.

Cet affaiblissement de la gauche ne conduit-il pas à une adhésion aux valeurs de la droite ?

Depuis les années succédant à la guerre des Six Jours, deux blocs se sont opposés sur la question du conflit avec les Palestiniens : celui des partisans d’une solution négociée et celui de la droite dure et des colons religieux, partisans d’une colonisation à outrance des territoires occupés, opposés à tout compromis avec les Palestiniens. Entre ces deux blocs, il existe un vaste public qui se définit comme “centriste”. Il ne rejette pas l’idée d’une solution négociée mais affiche une réelle ambivalence, soutenant le processus tout en se méfiant du partenaire palestinien.
En plus de 20 ans, ces électeurs, qui avaient soutenu Y. Rabin en 1992, n’ont pas épousé, en dépit du terrorisme, le programme de la droite dure du Likoud : le refus de tout compromis politique avec les Palestiniens. Les Israéliens sont dans l’ensemble favorables à un démantèlement partiel des colonies. Ils se sont ralliés à la solution à deux États, qui a toujours leurs faveurs, comme le montrent les sondages les plus récents. Mais leur scepticisme à l’égard des “intentions véritables des Palestiniens” subsiste malgré l’arrivée de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne, qui s’est pourtant toujours prononcé contre la violence armée.
Un sondage publié en décembre 2012, en pleine campagne électorale pour les législatives de janvier 2013, montre même qu’une majorité de 58 % de ceux qui s’apprêtaient à voter pour le parti Likoud-Beitenou, dirigé par le tandem Netanyahou-Lieberman, sont favorables à la création d’un État palestinien démilitarisé, au retour aux frontières de 1967 corrigées (pour le maintien des grands blocs des colonies sous souveraineté israélienne), à un partage de Jérusalem (entre quartiers juifs restant sous souveraineté israélienne et quartiers arabes passant sous souveraineté palestinienne, la vieille ville devant être administrée par les États-Unis, Israël et les Palestiniens, les Lieux Saints restant sous contrôle religieux “comme c’est le cas aujourd’hui”). Soixante-huit pour cent de l’ensemble des citoyens qui s’apprêtaient à voter à la même élection y sont favorables (contre 25 % d’avis opposés).
L’opinion publique penche en majorité pour des idées de gauche, mais elle ne vote pas à gauche. Pourquoi ? La raison est double. D’abord, l’offre politique de gauche en ce domaine est quasiment inexistante. La défense du processus de paix ne « rapporte » plus. Au cours de la campagne électorale de 2012-2013, seuls deux petits partis ont déclaré faire du processus de paix une de leur priorités. La seconde raison est que la gauche a perdu de sa crédibilité aux yeux du grand public. Un sondage mené en 2012 montre que pour le grand public, la “gauche” est synonyme de “légèreté”, d’“irresponsabilité”, d’“élitisme”, d’“irréalisme” concernant les problèmes liés à la sécurité d’Israël. C’est le drame de la société israélienne en conflit. Personne ne croit qu’un de ses dirigeants serait capable de relever le défi de la paix. La gauche militante ne croit pas en ses capacités de se renouveler et nul ne fait confiance à Mahmoud Abbas. L’impasse est totale. L’opinion publique israélienne est “colombe” sur la question de la solution politique et “faucon” sur la question de la sécurité.

Les partis “centristes” comme Yesh Atid peuvent-ils conduire à une reprise du processus de paix ?

Yair Lapid, chef de Yesh Atid, bien qu’il se soit déclaré partisan de la solution à deux États, n’a pas montré d’appétit particulier pour le processus de paix. Il a même envisagé une alliance tactique avec Naftali Bennett, chef du parti d’extrême droite, Habayit Ha Yehudi (« la maison juive »), fortement hostile à la création d’un État palestinien. Son programme se fonde essentiellement sur une meilleure répartition de la charge de l’État entre religieux orthodoxes et laïcs…

Propos recueillis par Marc Hecker le 12 février 2013.

 

http://politique-etrangere.com/2013/02/12/la-degauchisation-disrael-3-questions-a-samy-cohen/

 

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Les Palestiniens ont besoin de dons en eau et nourriture parce que l’Etat religieux d’Israël s’est spécialisé dans des activités pour les en priver.
L’aide humanitaire ou l’argent du silence (Haaretz)

Amira HASS

L’aide généreuse apportée aux Palestiniens via des canaux divers est la récompense offerte par l’Occident en échange de la tolérance envers l’apartheid israélien.

Il y a quelque chose d’embarrassant, voire d’humiliant, dans ces paires, trios et troupeaux de véhicules tout-terrain qui se précipitent vers le site d’un désastre. Leurs passagers, qui s’expriment en des langues étrangères, émergent afin d’établir un rapport minutieux des dégâts, d’évaluer l’aide nécessaire et de considérer ensuite la façon de la prodiguer. Ensuite, ils publient leurs trouvailles et conclusions dans des rapports internes et dans des brochures à papier glacé truffées d’images spectaculaires, car la souffrance est très photogénique. Même quand ces équipes de secours sont très attentionnées, compatissantes et dévouées, l’aura de leur monde habituel, confortable et sain les entoure, les séparant ainsi de ceux pour qui les catastrophes sont une habitude. Les premiers gagnent leur vie grâce aux calamités, les seconds les vivent. Même sans être cynique, ce scénario l’est par définition. Même au cours de désastres naturels, une part importante du blâme s’attache aux manquements administratifs, aux actes (...)
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