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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 00:38
05/12/2011 23:00:06
Revue de presse
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La crise financière doit être sérieuse : Le Monde laisse passer des tribunes où la sortie de l'Euro ne relève pas de la catastrophe...
Le Monde

Réquisitionnons les banques centrales !


Point de vue

01.12.11 | 14h46

par Jacques Sapir, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Depuis quelques semaines, la dégradation constante des taux d'intérêt entérine désormais la fin probable de la monnaie unique. L'attitude de l'Allemagne, qui ne veut ni entendre parler d'une monétisation des dettes ni se résoudrerésoudre à des transferts budgétaires, mais qui aimerait imposer des règles antidémocratiques sur les budgets sans compensation, précipite cette crise. Il convient désormais de regarder la situation sans fards.

La hausse des taux d'intérêt est, ou sera sous peu, insoutenable pour de nombreux pays. Plus généralement, la défiance des marchés financiers ne connaît plus de limites : même l'Allemagne est touchée et la perte du triple A français est déjà entérinée par les écarts de taux (spreads) entre notre pays et l'Allemagne.

Deux solutions sont proposées. La première est que la Banque centrale européenne (BCE) fasse l'équivalent du quantitative easing américain en rachetant aux Etats une partie de leur dette (et non plus sur le marché secondaire auprès des banques). Cela reviendrait à rétablir les pratiques anciennes des "avances au Trésor public" d'avant 1973. Les risques inflationnistes sont très limités du fait de la récession dans laquelle l'Europe est plongée.

Cependant, des obstacles insurmontables s'opposent à cette solution :

1. Elle est interdite par le statut de la BCE et toute modification de ce statut exige l'unanimité. Or, des pays sont opposés à une telle solution (Allemagne, Finlande et peut-être Autriche et Pays-Bas).

2. Le blocage allemand s'enracine de plus dans une impossibilité constitutionnelle pour ce pays. La Cour de Karlsruhe a imposé que les règles de la BCE soient les mêmes que celles de la Bundesbank pour consentir à l'abandon du mark.

On peut imaginer que l'Allemagne change sa Constitution. Mais il lui faudra au moins dix-huit mois, or le rythme de la crise se compte en semaines. Techniquement, il n'est pas possible d'aller contre l'avis de l'Allemagne dans la gestion de la BCE. La seconde solution est celle de l'émission de titres de dettes au nom de la zone euro. Mais on se heurte alors à des problèmes insurmontables :

1. Si l'ensemble des pays se portent garants, compte tenu du risque grec et portugais, les agences de notation ont déjà averti que la note de ces eurobonds serait très dégradée (CC). Dans ce cas, il est illusoire de compter sur eux pour donner de l'oxygène aux pays en difficulté.

2. Ces obligations, si elles étaient garanties par les pays ayant une note AAA, pourraient être placées à des taux d'intérêt acceptables mais en petite quantité. Or, les besoins de financement des pays en difficulté s'élèveront en 2012 à plus de 460 milliards d'euros (dont au moins 335 milliards pour l'Italie).

3. Enfin, on se heurte à une opposition farouche de l'Allemagne.

Aucune de ces deux solutions n'est viable. Le pire serait alors un délitement progressif de la zone euro, avec le départ de la Grèce, puis du Portugal, puis de l'Italie et de l'Espagne, nous laissant de fait en tête-à-tête avec l'Allemagne. Un euro centré sur le mark connaîtrait une forte appréciation face au dollar. Cette situation serait la condamnation à court terme de la France comme pays industriel.

La question se pose donc avec acuité : devant l'inanité des solutions proposées, il faut soit préparer une sortie coordonnée de l'euro, solution de raison préservant la coordination monétaire entre les pays européens, soit considérer des mesures non conventionnelles. Le problème est de savoir comment contourner l'opposition allemande quant à un changement brutal du statut de la BCE. Une solution existe, qui aurait pour avantage de mettre l'Allemagne le dos au mur.

Les banques centrales des pays continuent d'exister. Elles sont certes liées à la BCE et s'interdisent de procéder à toute création monétaire, mais il s'agit ici d'une interdiction légale qui met en jeu les lois nationales, et non pas d'une impossibilité technique. Il faudrait pour cela procéder à une réquisition des banques centrales (en France, de la Banque de France) pour une période temporaire.

Dès lors, et sous le contrôle du ministère des finances, la Banque de France pourrait créditer le Trésor Public d'une somme importante, de 500 à 750 milliards d'euros. Elle le ferait par un simple jeu d'écriture, acceptant en échange des titres pour une somme équivalente et portant une rémunération de 0,5 %. Avec cette somme, le Trésor rachèterait en priorité les titres détenus par les non-résidents, ce qui aboutirait à faire baisser le poids des intérêts sur le budget.

La réquisition existe dans notre droit. Cependant, il est illusoire de croire que l'on pourrait trouver un accord avant de passer à l'action. Il convient donc de procéder à cette réquisition. Les conséquences seront immédiates :

1. On criera à la rupture des traités. Mais aucun moyen n'existe pour expulser un pays (et donc la France) de la zone euro. Quant à la faire condamner par la Cour de Luxembourg, il nous suffira d'annoncer que nous émettrons autant d'argent qu'il le faudra pour payer une amende.

2. Ayant montré l'exemple, et l'inanité des mesures de rétorsion, il est certain que d'autres pays nous emboîteront le pas.

3. L'effet inflationniste de ces mesures cumulées sera très faible, en raison de la récession qui domine en Europe.

4. En revanche, cette création monétaire devrait faire baisser le taux de change de l'euro par rapport au dollar américain, ce qui pourrait apporter une bouffée d'oxygène bienvenue aux pays d'Europe du Sud et à la France.

L'Allemagne serait alors mise devant le choix suivant. Elle pourrait décider d'accepter ce coup de force considérant que légalement le statut de la BCE n'a pas changé. Un sommet des pays concernés, où les règles pour fixer la quantité de monnaie à créer seraient déterminées, pourrait se tenir dans les semaines suivant cette décision. Si l'Allemagne n'accepte pas cette solution, la seule possibilité qui lui resterait serait de sortir de l'euro, en prenant le risque que la réévaluation du mark retrouvé se combine avec la tendance à la dépréciation de l'euro et aboutisse à un écart de taux de change de 40 % à 50 %, dont les conséquences seraient négatives pour l'industrie allemande. De plus, elle laisserait la France dans une situation favorable.

 

Atlantico

Resserrer la zone euro,c'est construire un nouveau mur de Berlin

Tribune de Christian Hutin, vice-président du Mouvement Républicain et Citoyen, parue sur le site internet Atlantico le 1er décembre 2011

De jour en jour, de semaine en semaine, de réunions internationales en sommets divers et variés, le feuilleton de la crise de la zone euro se déroule sous nos yeux. Rien n’y fait, l’euro se meurt tel le roi de Ionesco. L’absurdité le disputera bientôt à la tragédie.

Il ne faut pas se tromper d’analyse. Ce qui est en train de se jouer c’est l’avenir de la démocratie. Après la chute du mur de Berlin en 1989 qui résultait du rapport de force international issu de la seconde guerre mondiale, le continent européen s’apprête éventuellement à connaître une nouvelle division. Un nouveau mur de Berlin est en cours de construction avec un « noyau dur » monétaire qui regrouperait neuf pays de l’actuelle zone euro.

Il s’agit là d’un constat d’échec retentissant. L’euro aura profondément fractionné l’Europe. Les tensions entre les économies se sont accrues et avec elles les inégalités et la « tiers mondisation » de territoires entiers. Où en est la devise (dans tous les sens du terme) de l’Union européenne. « In varietate concordia ». Que l’on traduit par « Unie dans la diversité ». Divers nous le sommes de plus en plus et l’unité quant à elle s’éloigne. En outre le terme concordia renvoie aussi à l’idée de paix, d’entente harmonieuse…

Le recul démocratique est considérable puisque tout cela n’est conçu que par le durcissement de l’application des règles budgétaires et veut accélérer l’intégration fiscale européenne. L’erreur intellectuelle fondamentale est de considérer que ce qui échoue en ce moment pour les 17 États de la zone euro, réussira pour 9. L’effet sera exactement inverse et ne fera qu’accélérer le phénomène tel une gigantesque centrifugeuse.

Que deviendront alors les huit autres ? Livrés à leur sort ? Nous créerions alors au cœur même du continent une zone périphérique qui se viderait de sa substance. A-t-on pensé aux conséquences possibles ? Peut-on laisser l’Europe centrale et balkanique à la marge d’un système qui la mettra sous tension, coincée entre le monde germanique qui se retranchera au cœur de sa fragile forteresse budgétaire et industrielle et l’influence turque renaissante qui caracole sur un taux de croissance à faire pâlir d’envie ? Nul doute que la Russie ne pourrait se désintéresser de ce nouvel espace politique d’influence stratégique traditionnelle. Mesure t-on ce que cela représente et peut signifier ?

Nous sommes et nous resterons différents dans nos structures économiques et sociales. Ce n’est pas un drame, c’est une réalité. Voilà des années qu’avec Jean-Pierre Chevènement, nous dénonçons le fonctionnement de l’euro. Dès le traité de Maastricht, nous avions démontré le vice fondamental qui ronge la monnaie unique. Il ne faut donc pas mettre un place un « camp monétaire et fiscal disciplinaire » mais un système qui permettra de mettre de la souplesse entre les États membres. Pour ce faire le passage de la monnaie unique à la monnaie commune doit être absolument pris en compte.

 

Le Monde

Cessons de nous focaliser sur le déficit public



Point de vue

01.12.11 | 14h46

par Christophe Ramaux, maître de conférences en économie à l'université Paris-I

Pour l'heure, les libéraux réussissent un véritable tour de force. La crise ouverte en 2007 est clairement celle de leur modèle. Pendant des années, à défaut de voir augmenter leurs salaires, les ménages ont été poussés à la dette. Cela a effectivement soutenu la croissance pendant un temps. Jusqu'à ce que cette dette privée explose. Depuis, la dette publique a pris le relais. Sans elle, les économies se seraient littéralement effondrées.

En France, la dette publique est de l'ordre de 90 % du PIB. C'est évidemment beaucoup. Mais encore faut-il ne pas noircir le tableau. La mise en rapport d'un stock de dette avec un flux annuel de production n'a guère de sens. Pour un ménage, il est fréquent d'avoir une dette supérieure à son revenu annuel : cela n'est pas nécessairement un problème, cela peut permettre de se projeter dans l'avenir. La dette est d'autant moins un problème pour l'Etat qu'il n'est justement pas un ménage. Au nom de quoi le privé aurait-il le droit de s'endetter et pas le public ? La focalisation sur le trou du public et non sur celui du privé, autrement plus important, renvoie au discours libéral selon lequel le public est improductif et pèse sur le privé. Or l'Etat produit aussi de la richesse, les services publics augmentent le PIB. Les Etats-Unis avaient une dette publique de 120 % du PIB à l'issue de la seconde guerre mondiale. La dette y a ensuite fondu comme neige au soleil (moins de 30 % au début des années 1970).

L'important en matière de dette publique est ce que paie l'Etat chaque année au titre de la dette, à savoir les intérêts. Le véritable poids de la dette n'est donc pas de 90 %, mais de 2,5 % du PIB, soit les 48 milliards d'euros effectivement payés par la France (en 2010). Cela ne justifie aucunement les discours alarmistes en vogue. Durant les "trente glorieuses", ce poids était de 1 % du PIB. Mais, au milieu des années 1990, il était de plus de 3,5 %.

Il y a un moyen simple pour baisser les taux d'intérêt : il suffit que la Banque centrale européenne (BCE) garantisse la dette et s'engage à l'acheter si les taux excèdent un certain seuil. Seule la BCE s'y refuse. Elle n'intervient qu'à reculons et à dose homéopathique, d'où le déferlement de spéculations. Refusant de s'attaquer à la finance, la zone euro se place sous la coupe des marchés. Et les néolibéraux parviennent ainsi à leurs fins : imposer des programmes d'austérité sans précédent.

L'analyse keynésienne est ici précieuse : en cas de stagnation ou de récession, on a du chômage, mais aussi une dégradation des comptes publics, à la fois parce que des dépenses augmentent (prestations chômage, etc.) , mais surtout en raison de la chute des recettes fiscales qui dépendent de la croissance. Le déficit public est passé de 3,3 % en 2008 à 7,5 % du PIB en 2009.

 

DOMESTICATION DE LA FINANCE

Cela ne s'explique pas par la relance de Nicolas Sarkozy, particulièrement piteuse au regard de ce qui a été fait aux Etats-Unis ou en Chine, mais par la chute des rentrées fiscales. La dette publique n'est pas la question principale. Sa forte croissance ces quatre dernières années est d'abord liée à la crise. Pour réduire la dette, il faudra sortir de la crise. Or les choix effectués nous conduisent tout droit à la dépression.

Le modèle néolibéral s'appuie sur quatre grands volets : la finance libéralisée, le libre-échange, l'austérité salariale et la contre-révolution fiscale (les baisses d'impôts pour les riches). Sortir de la crise, et ainsi réduire la dette publique, ne pourra se faire sans rompre avec chacun d'eux. Outre la domestication de la finance et une autre politique monétaire, cela passe par le retour à une fiscalité progressive, une relance budgétaire indispensable pour certains besoins et par une relance salariale générale, plus soutenue dans les pays qui ont des excédents commerciaux exorbitants comme l'Allemagne.

Car, derrière la crise de la dette, il est une autre crise, celle de l'euro. Loin de conduire à la convergence, son introduction, en supprimant l'ajustement des parités monétaires, s'est traduite par un creusement des déséquilibres. L'Allemagne, par une austérité salariale redoublée, accumule des excédents au détriment de l'Europe du Sud (Grèce, Portugal, Espagne, mais aussi Italie et France). Or qui dit déficit, dit dette à souscrire pour les payer, de même que les excédents doivent être placés auprès des pays déficitaires.

Face à cela, les solutions fédéralistes (eurobonds, transferts budgétaires, etc.) sont des impasses : loin de résorber les déséquilibres par le haut (la relance de la demande interne en Allemagne), elles les entretiennent. On ne peut pourtant concevoir comme horizon pour l'Europe celui de travailleurs du Sud au chômage aidés par ceux du Nord afin de consommer des marchandises que ces derniers produiraient toujours plus durement (pour financer les transferts). L'Europe mérite mieux. A défaut de quoi c'est l'euro qui sera remis en cause.


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