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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 09:27


solar-panel-space.jpg

Sortir de l’impasse (1)

mai 8th, 2011

  
  
Après Les chênes qu’on abat et Le bout de l’impasse, ce billet est le troisième de la série consacrée à l’absence de prospective en politique, tout particulièrement dans le domaine de l’énergie.
  
Énergies fossiles en voie de disparition, énergies renouvelables insuffisamment productives, énergie nucléaire létale, tels étaient les constats auxquels nous étions parvenus à l’issue du deuxième billet. Alors, comment sortir de l’impasse ?
  
  
Barrière psychologique
  
Avant d’aller plus loin et d’essayer de répondre à cette question en exposant par quels moyens nous pourrions éviter d’aller « droit dans le mur », une remarque préliminaire s’impose.
  
Selon le type d’interlocuteur auquel on s’adresse, exposer les propositions développées ci-après vous fera considérer, dans la quasi-totalité des cas, au mieux comme un original, adolescent ou étudiant attardé qui a un peu trop lu Jules Verne, le plus souvent comme un marginal loufoque, un dingue, un fada comme on dit dans le Midi.
  
Très fréquemment, avec un sourire un peu condescendant, votre interlocuteur vous dira : « Très intéressant, mais ce n’est pas pour tout de suite. Alors que le nucléaire (ou les énergies renouvelables, selon son point de vue)… » suivra alors l’exposé pro ou anti nucléaire, pro ou anti énergies renouvelables que l’on retrouve dans la plupart des médias.
  
Cette remarque préliminaire est loin d’être de pure forme. Les principaux freins pour mettre en œuvre les pistes exposées ci-après ne sont pas d’ordre technique ou financier mais avant tout de nature psychologique. Dans Les chênes qu’on abat, nous décrivions l’inaptitude de notre classe politique et, par voie de conséquence, d’une large majorité de nos contemporains à « penser demain ». C’est particulièrement vrai face à la proposition suivante.
  
Cette proposition part d’un constat simple : si nous sommes dans une impasse énergétique, il faut penser « hors cadre », sortir de nos schémas de référence habituels. Si la Terre ne peut plus nous fournir l’énergie dont nous avons besoin, il faut aller la chercher dans l’espace.
  
Utopique, délire de professeur Tournesol ? Non, la majorité des solutions techniques est déjà disponible ; ne manque que la volonté politique pour les mettre en œuvre.
  
  
Le solaire spatial
  
La première solution consiste à déployer dans l’espace autour de notre planète un solar-energy.jpgréseau de panneaux destinés à capter l’énergie solaire. Par rapport à une surface équivalente de panneaux déployés sur Terre, le rendement est une quinzaine de fois supérieur : d’une part le rayonnement solaire dans l’espace est quatre fois plus puissant que sur Terre, d’autre part on bénéficie d’un apport d’énergie constant, 24 heures sur 24, sans aucune fluctuation. Les objections de faible rendement et d’aléa que nous évoquions dans notre précédent billet (voir Le bout de l’impasse) en ce qui concerne l’énergie solaire recueillie sur Terre se trouvent donc éliminées.
  
Pour avancer quelques ordres de grandeur, la consommation annuelle électrique de la France est de l’ordre de 500 TWh. Le « rendement » au m² d’un panneau solaire déployé dans l’espace serait d’environ 500 Wh avec la technologie dont nous disposons (photovoltaïque à concentration utilisant des « smart cells » qui permet de capter 37 % de l’énergie reçue). Il faudrait donc mettre en place un peu plus de 100 km² de panneaux solaires pour satisfaire entièrement les besoins électriques actuels de notre pays.
  
solar-panel-in-space.jpgUne fois cette énergie récupérée, comment la faire redescendre sur Terre ? Deux techniques peuvent être prioritairement employées. La première consiste à utiliser un faisceau laser, dirigé vers un récepteur qui va « récupérer » l’énergie ainsi produite. La seconde utilise un faisceau micro-ondes en lieu et place du faisceau laser.
  
Reste bien entendu la question du coût de création puis de maintenance d’une telle architecture. Il est bien sûr de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards d’euros mais, sur ce point, plusieurs remarques peuvent être avancées :

• il est aujourd’hui très délicat d’avancer des chiffres précis en ce qui concerne le coût. Des progrès technologiques peuvent réduire les coûts de façon extrêmement spectaculaire, comme on l’a déjà constaté pour les puces ou les processeurs dans le secteur informatique.

• comparer le prix du Wh produit demain via la technologie du solaire spatial avec le coût du Wh provenant aujourd’hui du nucléaire ou des centrales à charbon fausse complètement le débat. On ne peut en effet comparer « à armes égales » d’une part une technologie naissante, qui va nécessairement progresser dès que les investissements « sérieux » démarreront, d’autre part des technologies éprouvées et archi-connues.
À ce compte-là, sur la base du coût par kilomètre du passager transporté, nous n’aurions jamais créé les chemins de fer ! Les coûts de mise en place de l’infrastructure initiale (voies ferrées, locomotives, wagons, gares…) étaient totalement disproportionnés par rapport à celle des diligences !

• en définitive, si l’on suit un raisonnement purement comptable de retour immédiat sur investissement, nous devrions attendre de « rentrer dans le mur » pour envisager d’autres sources d’énergie… en d’autres termes, quand il sera trop tard.

À titre de comparaison, le coût de construction de la centrale nucléaire de Flamanville qui devrait ouvrir prochainement a été officiellement évalué à 5 milliards d’euros par EDF. Quant au coût de gestion des déchets nucléaires de cette centrale pour les 200 à 300 siècles qui viennent, il y a fort à parier qu’il est tellement élevé… qu’EDF ne le calculera jamais.

solar-panel-space.jpgD’un strict point de vue financier, l’option d’un déploiement massif de panneaux solaires dans l’espace nécessite certes des investissements très importants mais est loin d’être absurde et mérite plus qu’une attention polie. Sur le plan technique, notre technologie actuelle permet d’ores et déjà de mettre en œuvre une telle solution, sans préjuger des « bonds » technologiques qu’un investissement massif dans cette filière permettra de réaliser.

Bien évidemment, tout n’est pas d’une simplicité biblique ! Il reste nombre de questions à trancher pour se lancer dans une telle aventure : qui financera ? Un tel projet est-il envisageable dans un cadre européen ? Quelle est la fiabilité à long terme de cette technologie ? Existe-t-il des risques cachés ?…

La liste peut être longue, justifiant de ne rien faire, d’atermoyer, de se contenter de rester dans un environnement connu, même si, au fond de soi, on sait qu’il mène au désastre. L’évitement des questions de fond (« on trouvera une solution », « on verra quand le problème se posera »), le fatalisme ou l’attitude prétendument raisonnable (« c’est encore trop tôt… ») tiennent lieu de décision politique. C’est pourtant le moment d’imaginer des solutions extra-ordinaires, au sens étymologique du terme.


Un choix politique

Extraordinaires mais pas loufoques. Ne plus investir dans le nucléaire et transférer ces sommes, dès maintenant, avec l’appui d’un grand emprunt si nécessaire, dans space-based-solar-panel.jpgun projet de déploiement massif de panneaux solaires dans l’espace, afin de disposer, dans 10 ou 15 ans, d’une solution d’approvisionnement énergétique qui permette d’une part d’assurer nos besoins en électricité, d’autre part de transférer vers l’électrique des « objets » (véhicules, chauffage…) dont la source d’énergie est aujourd’hui le pétrole ou le gaz, relève du simple bon sens.

Les énergies renouvelables « classiques » n’y suffiront pas, nucléaire rime avec suicidaire (voir Le bout de l’impasse), l’option du solaire spatial se révèle en définitive, certes ambitieuse mais sensée car elle permet de disposer d’un apport d’énergie abondant et régulier, sans dommages collatéraux sur le plan environnemental.
  
Mais c’est avant tout un choix politique. Définir comme objectif que, dans 20 ans, plus de 80 % de l’électricité consommée viendra de l’espace est insupportable pour les lobbies pétrolier, gazier ou nucléaire qui feront tout pour faire capoter des projets de ce type. La recherche du profit à court terme s’oppose, une fois de plus, à l’intérêt à moyen ou long terme de la société dans son ensemble.
  
Le déploiement massif de panneaux solaires dans l’espace n’est pas la seule solution dont nous disposons pour éviter d’aller « dans le mur » sur le plan énergétique. Il en est une autre, plus ambitieuse, que nous décrirons dans un prochain billet.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

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