Dans ces conditions, la sortie devant le Parlement de Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères français - ministère hautement régalien - proposant au gouvernement de Ben Ali une "aide au maintien de l'ordre", ne saurait revêtir de qualificatif suffisamment sévère.

Sans parler du traitement inacceptable de la presse tunisienne et internationale, du verrouillage scandaleux du net et de manière générale de la mise sous tutelle de l'ensemble des libertés fondamentales.

Face à cette carence française, la première question qui se pose est bien entendu de savoir où sont passés les champions de l'ingérence humanitaire et politique, et qui se sont encore récemment illustrés sur l'affaire ivoirienne. La deuxième question est de savoir pourquoi les mêmes se taisent sur la Tunisie, alors qu'il ne s'agit pas ici d'un différent politique entre citoyens d'un même pays, mais bien d'une agression d'une violence inouïe d'un régime sur son propre peuple ?

Serait-ce parce que le président Ben Ali a toujours su se faire passer pour le rempart le plus efficace face à l'Islamisme ? En réalité, en soutenant un régime qui a écarté toute forme d'opposition politique, on ne laisse pas d'autre choix aux tunisiens que de se réfugier dans d'autres formes de contestation, y compris religieuse.

Serait-ce parce que la corruption de sa belle famille et la mainmise de ce clan sur les affaires du pays est quasi totale ?

Serait-ce parce que Ben Ali a su soigner les bons réseaux français pour les inciter au silence ?

En fait, je vois au contraire dans la révolte du peuple tunisien - peuple avec lequel la France entretient une relation charnelle - un symbole fort. Tout d'abord, le besoin de liberté et de démocratie. Ensuite, un malaise économique et social qui s'explique en partie par l'absence de partenariat privilégié réel avec la France et l'Europe : en refusant de bâtir un lien étroit avec le Maghreb proche, c’est-à-dire un espace économique privilégié méditerranéen, et en épousant au contraire une mondialisation totale sans zones régionales, la France a en pratique favorisé les délocalisations vers l'Asie. Dans ce contexte de mondialisation, on comprend sans être grand clerc que dans cette course au moins-disant social et environnemental, la Tunisie a été rapidement battue et dépassée par des pays n'hésitant pas un seul instant à maltraiter encore plus leurs citoyens.

Pour toutes ces raisons, j'exprime aujourd'hui toute ma solidarité avec la Tunisie, pays avec lequel - comme de nombreux français - j'ai des liens forts.

De la même façon que tout mon combat politique en France consiste à rendre sa liberté au peuple français, dépossédé par l'économie et des institutions supranationales et non démocratiques, j'exprime le souhait comme député de la nation française de voir le peuple tunisien se libérer de ses chaînes. Il va de soi que le président Ben Ali devra quitter le pouvoir et que les Tunisiens devront trouver sans ingérence extérieure une alternative solide.

Ne les insultons pas en laissant croire qu’ils ne sont pas prêts pour la démocratie.

 

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