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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 06:06
17 décembre 2010
Le Monde diplomatique

La valise diplomatique

En 1928, le massacre des bananeraies en Colombie

par Hernando Calvo Ospina

Ce n'est pas le fruit de l'imagination du Colombien Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature. Le massacre d'environ mille cinq cents ouvriers, le 6 décembre 1928, et la répression qui s'ensuivit pendant trois semaines, qu'il raconte dans son roman Cent ans de solitude, eut bien lieu. Il se déroula dans les plantations bananières de la société américaine United Fruit, sur la côté caraïbe colombienne. Ainsi naissait le terrorisme d'Etat en Colombie. Il est toujours en vigueur presque un siècle plus tard.

Dans ce pays, à l'aube du XXe siècle, les gisements de pétrole, d'or, de platine et d'autres précieux métaux sont quasiment offerts à des entreprises américaines ou anglaises. De la même façon, on leur cède de vastes territoires pour l'exploitation sans modération de la banane, du cacao, du tabac et du caoutchouc. Avec le consentement du gouvernement, le personnel employé par ces entreprises est traité comme à l'époque coloniale.

L'industrialisation donne naissance à un début de bourgeoisie urbaine, mais aussi à un secteur ouvrier, qui peu à peu réclame des améliorations sociales. Suivant cet exemple, les paysans, les Indiens et les artisans s'organisent aussi. Ces mouvements revendicatifs aboutissent aux premières organisations politiques et syndicales, dans les années 1920.

On ne peut comprendre ce processus sans mentionner un élément extérieur déterminant : la révolution d'Octobre, et l'établissement de l'Union soviétique qui influencent de manière décisive la pensée politique et sociale mondiale, comme l'avait fait la Révolution française en 1789. En Colombie pas moins qu'ailleurs, ne serait-ce que parce que le mot socialisme n'y était pas inconnu de certains cercles intellectuels.

A l'époque, de nombreuses mobilisations et grèves permettent d'arracher des droits et des concessions inimaginables quelques années plus tôt. Ce sont les ouvriers pétroliers de la société américaine Tropical Oil Company qui sont à l'avant-garde de ces conquêtes.

Aux yeux du gouvernement conservateur, de l'oligarchie et de la hiérarchie ecclésiastique - au sein de laquelle on trouve les plus grands propriétaires terriens du pays -, l'organisation et le mécontentement social prouvent l'existence d'un complot communiste international. Leur effroi augmente à la création, en 1926, du Parti socialiste révolutionnaire, une alternative aux partis traditionnels, Libéral et Conservateur. De fait, un secteur important des intellectuels libéraux était favorable aux changements sociaux, non pas pour établir le socialisme, mais pour moderniser un Etat qui gérait le pays comme un majordome gère une hacienda.

En provenance du gouvernement, du Parlement, de l'Eglise et des journaux, les sermons se multipliaient contre la « subversion bolchévique ». Terrorisées, l'élite conservatrice et la hiérarchie catholique décident d'agir.

Au milieu de l'année 1927, le ministre de la guerre, Ignacio Rengifo, un ancien intellectuel de gauche réinséré dans le système qu'il avait mis en question, déclare : « Sous la protection du climat de grande liberté qu'on respire en territoire colombien, un nombre non négligeable de nationaux et d'étrangers font en tout lieu une active et constante propagande communiste de leur propre chef ou comme agents à la solde du gouvernement soviétique. »

Rengifo fut le principal instigateur de la Loi de défense sociale. Promulguée en octobre 1928, celle-ci marquait la concrétisation d'un cadre théorique hautement répressif. Avec elle, la Colombie devançait les théoriciens des guerres colonialistes européennes et américaines, en formulant la doctrine destinée à combattre ce qu'on appellerait au début des années 1960 « l'ennemi intérieur ». La loi définissait comme « subversive » l'action revendicatrice, politique et sociale des syndicats et des organisations populaires naissantes (...)

Lire la suite de cet article inédit de Hernando Calvo Ospina :

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-16-colombie

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