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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 04:52

Lire aussi (Plume de Presse): La générosité publique pour financer… les futurs profits des laboratoires privés ! Le 5 décembre 2008, nous mettions en ligne un article au titre volontairement coup-de-poing, La grande escroquerie du Téléthon, qui avait déchaîné les passions : 148 commentaires pour 11838 visites. Nous nous étions alors basé sur plusieurs écrits du professeur Jacques Testart. Deux ans plus tard, puisque Téléthon toujours il y a, remettons le couvert.  « Le téléthon s'est achevé hier soir sur des promesses de don en baisse pour la 4ème année consécutive* », écrit le Webzine messin Le Graoully déchaîné. (…) En 4 ans (...)
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Le scandale du Téléthon

déc 062010

La générosité publique pour financer… les futurs profits des laboratoires privés !

Le 5 décembre 2008, nous mettions en ligne un article au titre volontairement coup-de-poing, La grande escroquerie du Téléthon, qui avait déchaîné les passions : 148 commentaires pour 11838 visites. Nous nous étions alors basé sur plusieurs écrits du professeur Jacques Testart. Deux ans plus tard, puisque Téléthon toujours il y a, remettons le couvert.

« Le téléthon s’est achevé hier soir sur des promesses de don en baisse pour la 4ème année consécutive* », écrit le Webzine messin Le Graoully déchaîné. (…) En 4 ans , les dons ont baissés de près de 20% ; l’an dernier, c’est Pierre Bergé qui avait été accusé d’être responsable de la chute des promesses de dons. Et l’an prochain ? Toute noble est la cause, on peut se demander pourquoi cette générosité sélective du groupe France télévisions ; ouvrir 30 heures durant son antenne pour cette vaste opération, coûteuse de surcroît, n’est-ce pas faire de la solidarité sélective ? Rappelons que le Téléthon français est la plus grande opération de collecte populaire au monde et recueille à lui seul 3% des dons annuels des Français toutes causes confondues. Alors bien sûr, apitoyés par les enfants qu’on montre chaque année à longueur de Téléthon et qui, il faut bien l’avouer, sont autrement plus attachants qu’un vieux pédé sidéen, vous allez me rétorquer qu’il faut être solidaire de cette cause qui peut tous nous toucher. Oui ; comme peut tous nous toucher la pauvreté ; on peut tous un jour se retrouver faisant la queue devant un bus des Restos du coeur. Mais à qui revient la charge de ne pas laisser crever les pauvres ou de tenter de soigner les myopathies ? La somme récoltée hier soir par le Téléthon, c’est 40% de ce que l’état va rembourser au seul Bernard tapie ; c’est à peine 3 fois le chèque fait par les impôts à Bettencourt pour son bouclier fiscal. Et l’Etat n’aurait donc pas les moyens de financer la recherche sans qu’on passe par le culpabilisant Téléthon ? »

Le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) attaque lui sous l’angle thérapeutique : « Depuis 24 ans par le biais du service public de la télévision, le Téléthon nous fait miroiter que les dons vont faire progresser la recherche et aider aux traitements des maladies génétiques. Force est de constater que les résultats ne sont pas du tout au niveau des promesses réitérées chaque année. Et pour cause, l’AFM [Association française contre les myopathies, NdA] prétend lutter contre toutes les maladies génétiques rares en privilégiant les pathologies de l’enfant, plus médiatisables. (…) Les discours enthousiastes sur les perspectives de la thérapie génique et cellulaire présentées comme des messages publicitaires destinés à inciter aux dons reposent sur une vision réductrice de la démarche scientifique. Pour développer ces thérapies, il est fondamental de continuer à explorer l’ensemble des mécanismes de régulation des cellules normales et pathologiques. Or, la recherche pour le traitement des maladies génétiques ne peut-être que freinée par la politique scientifique actuelle de créneaux de plus en plus étroits déterminés uniquement par les stratégies des industriels. Les robinets de l’innovation sont quelque peu taris du coté des industriels de la pharmacie du fait de la réduction des champs de recherche publique menée par tous les gouvernements depuis de nombreuses années. La manne financière du Téléthon focalisé sur quelques créneaux sans développement du front des connaissances a contribué à amplifier cette réduction des champs disciplinaires, obérant les possibilités d’aboutir à des traitements. Ce n’est pas la réduction de 15% des crédits de paiement alloués aux laboratoires par l’Inserm et le CNRS pour 2011 qui va améliorer les choses. »

Puisque l’angle économique est abordé, convoquons enfin Christian Jacquiau, commissaire aux comptes, expert comptable et essayiste, qui en passe par ce prisme pour aboutir à un réquisitoire politique : « Magnifique exhibition de générosité qui force l’admiration chaque année, tant les sommes récoltées sont astronomiques, alors que des pans entiers de la recherche sont par ailleurs complètement sinistrés. C’est que depuis sa création (1987), le Téléthon français a rapporté plus de 1,6 milliards d’euros ! Une manne exceptionnelle sur laquelle plus de 119 millions d’euros ont été consacrés à ses frais de gestion et près de 175 millions… aux seuls frais de collecte des dons. Respectivement 7,3 % et 10,7% des dons recueillis, selon les chiffres communiqués par l’Association française contre les myopathies (AFM). Des chiffres qui donnent le vertige… Mais qui ne doivent pas faire oublier l’envers du décor de cette joyeuse et gigantesque kermesse surmédiatisée. Car derrière cette très belle démonstration de la puissance télévisuelle se cache une bien curieuse réalité. Beaucoup moins glorieuse celle là… Le désengagement de l’État de ses fonctions essentielles : la santé, la recherche et l’éducation, notamment. Avec en toile de fond une formidable illustration du fameux théorème libéral : mutualisation des dépenses/privatisation des profits. Étrange modèle que celui qui consiste à faire appel à la générosité publique pour financer les travaux de chercheurs privés – au seul bénéfice d’une cause, certes noble mais strictement ciblée. Chercheurs qui s’empresseront, dès que leurs travaux auront abouti, de déposer des brevets qui assureront non seulement leurs fortunes personnelles mais qui permettront aussi à des laboratoires – privés eux aussi – de s’enrichir sur la commercialisation de nouveaux médicaments qu’ils vendront alors au prix fort à ce qu’il restera d’une Sécurité sociale exsangue, n’assumant déjà plus son rôle de protection mutualisée des plus faibles. Car enfin… Si l’État et ceux qui se déchirent pour alterner à le représenter prenaient et assumaient véritablement leurs responsabilités, ne veilleraient-ils pas à assurer un financement approprié de la recherche publique ? Cela aurait pour effet immédiat de réduire les coûts de santé, la sécurité sociale n’ayant plus à assurer le service de substantiels bénéfices aux laboratoires privés, comme elle est contrainte de le faire aujourd’hui. (…) Ce modèle d’appropriation de l’argent public par le privé – prélevé autoritairement où grâce aux moyens sophistiqués de la séduction médiatique – n’est pas nouveau.  Et pas davantage limité à la santé. Il y a longtemps déjà qu’en application du fameux AGCS, il a été appliqué pour la première fois aux concessions d’autoroutes, de parkings publics et de bien d’autres… Ici comme ailleurs, les usagers ont été, dans un premier temps, soumis à de substantiels droits de péage destinés à financer les travaux initiaux de réalisation. Avant que ces ouvrages n’entrent discrètement dans le patrimoine de sociétés concessionnaires privées qui n’avaient plus alors qu’à engranger les substantiels bénéfices tirés d’un patrimoine… appartenant en réalité aux usagers et à la collectivité des citoyens, mais détourné par les politiques au profit de structures privées, habilement constituées à cet effet. Comble d’ironie, et l’altruisme médiatisé ayant ses limites, les généreux donateurs du Téléthon bénéficient d’une réduction d’impôts de 66% du montant des dons qu’ils promettent à l’AFM. «Après réduction d’impôts, votre don de 100 € ne vous revient qu’à 34 €», explique l’AFM sur son site. Mais ce qu’économise le donateur, c’est l’État qui le paiera. Ainsi pour la seule année 2009, c’est un peu plus de 62 millions d’euros qui sont passés – ni vus, ni connus – du budget de l’État (via les déductions fiscales accordées aux donateurs) à la recherche privée… via le Téléthon. Sans engagement et sans contrepartie. Emblématique, non seulement d’une certaine idée de la recherche publique mais bien au-delà, du rôle de l’État dans la société, le Téléthon serait-il devenu un moyen efficace de nous faire admettre – en chansons, avec flonflons et serpentins – le détricotage méticuleux et systématique des acquis sociaux issus du Conseil national de la Résistance que les politiques ont de plus en plus de mal à nous faire accepter ? »

*88 millions d’euros de promesses de dons aujourd’hui lundi.

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