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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 07:56


février 27th, 2011

  
  
Tunis, Le Caire, Tripoli… à qui le tour ? Où va s’arrêter la « révolution arabe » qui se présente, au sens propre du terme, comme un séisme politique, c’est-à-dire une secousse d’une très grande ampleur après une longue période d’immobilité ? Répondre précisément à cette question tient aujourd’hui de la divination mais nous pouvons d’ores et déjà tirer trois réflexions des événements en cours.
  
  
Première réflexion, en forme de constat : nous sommes en train d’assister à une série d’événements fondateurs pour les nations arabes. Pour la mémoire des peuples concernés, leur impact sera équivalent à celui de la Révolution de 1789 pour les Français, des guerres d’indépendance de 1848 à 1866 pour les Italiens ou de la révolution des Œillets pour les Portugais.
  
Bien évidemment, les peuples arabes sont parfaitement conscients de l’importance historique de ce qui est en train de se dérouler et tous « veulent en être » pour ne pas laisser passer le train de l’Histoire.
  
La hiérarchie subtile qui pouvait exister entre les différentes nations arabes est en train d’être passablement chamboulée : les Tunisiens, considérés parfois avec condescendance par leurs voisins algériens, apparaissent maintenant comme à l’avant-garde au Maghreb. Les Égyptiens sont la référence du Machrek. Quant aux Libyens, quelle que soit l’issue de la guerre civile entre anti et pro-Kadhafi, leur capacité collective à payer au prix fort – celui de leur vie – la volonté de se débarrasser de la dictature de Kadhafi transforme cette révolution de février 2011 en une véritable épopée moderne.
  
Les événements qui constituent et soudent les nations, ensuite « sacralisés » et sources de fierté collective, sont donc en train de se dérouler sous nos yeux.
  
  
Deuxième réflexion : une fois la poussière retombée et les passions un peu calmées, il va falloir se réconcilier. Pro et anti Ben Ali, pro et anti Moubarak, pro et anti Kadhafi vont devoir continuer à vivre sous le même toit, à moins de vouloir éliminer un habitant sur quatre ou cinq des différents pays concernés !
  
Comment cette réconciliation pourra-t-elle s’opérer ? Très certainement en trouvant un bouc émissaire, de préférence externe à la nation concernée, qui sera alors désigné comme source de tous les maux.
  
Dans le premier billet de l’année, 2011 : le temps des perspectives, nous envisagions une poussée du sentiment anti-occidental comme conséquence du déclin des États occidentaux et de l’« empire américain ». Il est fort probable que les États-Unis vont bientôt endosser ce rôle de bouc émissaire dans nombre de capitales arabes.
  
En Égypte, leur empressement public à lâcher Moubarak ou à applaudir les « changements démocratiques », leurs efforts, via leurs services de renseignements, pour se positionner auprès de et manipuler ceux qu’ils espèrent être les futurs maîtres du pays, n’y changeront sans doute rien. La ficelle est trop grosse, le ressentiment des peuples arabes à leur égard trop fort.
  
Surtout, lorsque l’on arrivera à la « question centrale », à savoir « peut-on soutenir la libération des peuples arabes qui se battent contre leurs dictateurs locaux sans soutenir celle du peuple palestinien à l’égard d’un occupant étranger, Israël ? », il y a fort à parier que l’Amérique d’Obama ou de Sarah Palin fera bloc derrière Israël. L’anti-américanisme et, au-delà, l’anti-occidentalisme, seront alors un catalyseur du « nouveau monde arabe » en train de se constituer.
 
  
Troisième réflexion : cette agitation américaine pour préserver ses positions au Proche et Moyen-Orient semble disproportionnée, voire quasiment surréaliste, compte tenu de la situation interne des États-Unis.
  
Comme nous l’avions exposé dans Sic transit, la superpuissance américaine est morte de facto mais elle continue de « faire comme si ». Faire comme si nous étions encore au XXe siècle, faire comme si les déclarations d’Obama ou d’Hillary Clinton avaient encore une influence notable, faire comme si les États-Unis avaient encore la capacité financière, humaine et politique d’influencer significativement la marche du monde.
  
C’est sans doute une des caractéristiques des empires en train de s’effondrer : alors que les États-Unis pataugent dans la pauvreté (pour mémoire, un Américain sur sept vit sous le seuil de pauvreté), le chômage et la récession (par exemple, les prix de l’immobilier continuent de dégringoler), que le dollar américain est de plus en plus chahuté et contesté comme monnaie de référence, que les déficits publics (de l’État fédéral et des États fédérés) apparaissent de plus en plus structurels et « insolubles », les « ressources » (à crédit…) du pays continuent d’être tournées vers des opérations militaires extérieures, que ce soit en Irak ou en Afghanistan, ou de l’agitation diplomatique (déclarations quasi-quotidiennes sur la situation dans le monde arabe) au détriment d’une reconstruction et d’un « recentrage » qui viseraient à préserver le cœur du système. Résultat : celui-ci ressemble de plus en plus à une coquille vide.
  
Un exemple très significatif de cette situation « surréaliste » vient de nous être fourni à l’occasion de la perte par Airbus – et du gain par Boeing – de la première tranche d’un marché de 35 milliards de dollars destiné à fournir 179 avions ravitailleurs à l’armée de l’air américaine.
  
En premier lieu, en concluant un tel contrat, sur une telle échelle, les États-Unis se comportent comme si l’URSS de Brejnev était encore de ce monde, déployant des moyens qui semblent plus adaptés au scénario de Docteur Folamour qu’aux enjeux du XXIe siècle. Les échecs en Irak et en Afghanistan sont d’ailleurs la meilleure preuve de ce décalage stratégique entre le type de ressources engagées et les « besoins » sur le terrain.
  
En second lieu, on peut s’étonner que la presse française se soit, en règle générale, lamentée sur cet échec d’Airbus (« très mauvaise nouvelle pour l’avionneur européen Airbus ») sans se demander si le Pentagone sera capable, dans quelques années, de régler la facture…
  
En définitive, comme les étoiles mortes dont la lumière nous parvient encore des milliers d’années après leur explosion finale ou leur effondrement, l’illusion de la pérennité d’un empire américain conditionne encore nombre de comportements « occidentaux » alors qu’au sud de la Méditerranée, le XXIe siècle a déjà commencé.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

Trois réflexions sur la « révolution arabe »

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